[Rotterdam, le 18 juillet 1696]

Au très illustre et très érudit Monsieur Thomas Crenius [1] Pierre Bayle adresse son salut.

C’est principalement pour vous que j’ai été affligé par la mort prématurée de votre disciple de Mey [2], mais je sais, homme très illustre, que vous ne manquez ni de courage, ni de raisons pour vous remettre d’une telle perte. Recevez cependant, je vous le demande de tout mon cœur, les marques de ma sympathie.

Je voulais vous dire aussi une autre chose. J’ai lu, avec beaucoup de plaisir et de profit, la dernière partie de vos travaux portant sur le recueil De ratione studiorum, illustré de notes remarquables [3]. Mais j’ai remarqué à la fin la lettre de Lipse que vous publiez comme étant inédite. Je voudrais vous signaler qu’elle a été publiée par Boxhornius à Rotterdam en 1649 avec 49 autres [4]. J’ai en ma possession ce petit ouvrage, qui renferme cinquante lettres de Lipse à Théodore Leeuw.

Si vous savez (et qui donc le saurait si vous l’ignorez ?) quel est le livre qu’on appelle Monuments d’Érasme [5], indiquez-le-moi, s’il vous plaît, à loisir et quand l’occasion se présentera. Je soupçonne que ce sont des discours ou des sermons fictifs sous des noms antiques.

Portez-vous bien, homme très illustre, et aimez-moi.

Donnée à Rotterdam, le 15 e jour avant les Calendes d’août 1696.

Notes :

[1] Né au Brandebourg, Théodore Crusius (1648-1728), dit Thomas Crenius, avait enseigné la philosophie à Giessen avant d’être appelé comme ministre à Zell ; il enseigna ensuite en Hongrie avant de servir comme correcteur de presse, d’abord à Rotterdam, ensuite à Leyde. C’est dans cette dernière ville qu’il enseigna enfin en tant que professeur dans un internat et comme précepteur privé. Voir aussi Lettre 928, n.11.

[2] L’élève ou disciple de Crenius prématurément décédé n’est pas facile à identifier. Il ne s’agit pas d’un des membres déjà rencontrés de la famille de Mey : Georgius de Mey (1628-1712), ministre de Gouda, mourut quelques années après son fils Willem (?-1709), le juriste et conseiller municipal de Rotterdam. Celui-ci n’eut que des filles. Il se peut qu’il s’agisse du fils, Dirck, de Pieter de Mey (1642-1722), l’allié d’ Adriaan Paets au conseil municipal de Rotterdam : cet enfant fut baptisé en 1667 et on ne connaît pas la date de sa mort. On trouve trace également d’un Jan de Mey (1633-1721), « heer van IJsselmonde », dont le fils Antoine fut baptisé en 1677 : la date de sa mort reste inconnue. Voir E.A. Engelbrecht (en collaboration avec W.J.L. Poelmans), De vroedschap van Rotterdam, 1572-1795 (Rotterdam 1973), p. 236, 237 et 245.

[3] Thomas Crusius, dit Crenius, Consilia et methodi aureæ studiorum optime instituendorum, præscripta studiosæ juventutu a maximis in re litteraria viris, J. Fortio Ringelbergio, D. Erasmo Roterodamo, L. Vive [...] : cuius acc. opuscula de cognitione sui et imitatione, item introductio in chronologiam, ac Francisci Junii ; quæ Th. Crenius collegit, recensuit, emendavit (Rotterodami 1692, 4°), publié chez Pieter van der Slaart ; De philologia, studiis liberalis doctrinæ, informatione et educatione litteraria generosorum adolescentum [...] tractatus Gulielmi Budæi, Thomæ Campanellæ, Joachimi Pastorii, Joh. Andreæ Bosii, Joh. Schefferi, et Petri Angeli Bergæi quos Thomas Crenius collegit, recensuit, emendavit [...] (Lugduni in Batavis 1696, 4°), publié chez David Severinus.

[4] Marcus Zuerius van Boxhorn (1612-1653) ne publia aucun livre à Rotterdam. Bayle songe sans doute à l’ouvrage intitulé Justi Lipsii [...] Ad Theodorum Leeuwium Epistolæ (Lugduni Batavorum 1649, 12°), publié « ex officina W.C. Boxii ». En effet, l’officine de Willem Christiaensz van der Boxe (1583-1658) fut acquise par Boxhorn et par Petrus Scriverius en 1638, ce qui explique que Bayle associe le nom de Boxhorn à la publication de cet ouvrage.

[5] Nous n’avons su identifier plus précisément cet ouvrage : voir aussi Lettre 1126, n.6.

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