Lettre 1185 : Jacques Alpée de Saint-Maurice à Pierre Bayle

[Maastricht, le 2 décembre 1696]

Je viens vous feliciter de la grande et vaste reputation que vous vous estes acquise de nouveau, et vous rendre graces tres humbles en mesme temps de la niche que vous m’avés preparée [1] dans ce temple superbe que les gens du bon gouste d’aujourd’hui, et ceus des siecles les plus eloignés, vous erigeront dans tous les climats, où l’amour des bonnes choses percera. Mais • par quel artifice avés vous peü joindre ensemble tant d’esprit et de politesse, tant de memoire, et de jugement ? Vostre fabuleus architecte de Troye n’en avoit pas tant amassé pour un ouvrage que tous les Grecs, et Junon elle mesme eurent tant de peine à detruire, encore que les materiaus vinssent s’y placer d’eus meme[s] au son de sa lire. Car les plus belles choses du monde semblent estre faites à votre badinage, et elles s’empressent de parestre devant vous aussi tost que vous les souhaittés. Je n’oserois passer plus loin, ou de peur d’interrompre des momens si chers à tous les siecles, ou de crainte de ne satisfaire pas asses tost l’envie que j’ay de voir les richesses de votre tresor. Car je n’ai fait encore que parcourir quelques raretés, et regarder quelques layetes [2]. Vivés long temps afin que les autres jouissent de votre infatigabilité, et quoi qu’un homme de quatre vingts ans semble prest à perdre sa chaleur, je n’en manquerai pourtant jamais pour vous temoigner l’ardeur du zele que j’ai pour vostre service, et qui m’accompagnera jusques à la mort[.] De Saint Maurice

A Maestricht ce 2 e dec[embre] 1696

Mr de S[aint] Maurice m’a prié d’adjouter ces mots.

 

 

A Monsieur / Monsieur Bayle [3]

Notes :

[1] Jacques Alpée de Saint Maurice avait résisté aux tentatives du Père jésuite Jean Adam de créer un collège jésuite à Sedan : voir le DHC, art. « Adam (Jean) », in corp., note (d), et Lettre 952, n.4 et 6.

[2] Littéralement, « layette » signifierait « petit tiroir dans une armoire » ( Dictionnaire de l’Académie, 1694) : Alpée de Sant-Maurice désigne ainsi, sans doute, quelques articles du DHC.

[3] L’adresse est incomplète parce que la lettre fut confiée à Du Rondel et envoyée avec la sienne, datée du lendemain (Lettre 1186).

Accueil du site| Contact | Plan du site | Se connecter | Mentions légales | Statistiques | visites : 192244

Institut Cl. Logeon