Lettre 1263 : Pierre Bayle à François Pinsson des Riolles

[Rotterdam, le] 20 e de mai 1697

J’ai vu avec une extreme satisfaction, Monsieur, que vous avez l’equité de ne me pas faire un crime d’une omission involontaire comme a eté celle qui concerne le memoire que vous m’aviez communiqué touchant Monsieur votre pere [1]. J’eusse eté trop malheureux si le chagrin d’avoir oublié cela eut eté aggravé par quelques marques de votre ressentiment.

J’ai communiqué à M rs Gra[e]vius et Burman professeurs d’Utrecht les conditions exigées par Mr Baluze [2], et dès que je saurai leur reponse je vous la ferai tenir. Je prevois qu’ils me diront qu’il est necessaire de savoir la grosseur du manuscrit avant toutes choses. M rs Huguetan  [3] m’ont fait savoir qu’ils vous ecriroient : ils le feront sans doute dès qu’ils verront que le tem[p]s d’avoir la vie de Mr Cottelier les pressera [4]. Ils ont rimprimé le Beveregius, Codex Canonum Ecclesiæ Antiquæ [5].

Je n’ai point encore recu ni votre paquet de l’an passé [6], ni le livre du Pere Lami benedictin [7]. Ayez la bonté, Monsieur, de lui faire savoir incessamment* que la lettre qu’il me fit l’honneur de m’ecrire le mois de decembre dernier ne m’a eté renduë que long tem[p]s apres, et que je lui repondis par l’ordinaire qui suivit immediatement la reception [8]. Je mis ma reponse sous le couvert de Mr Anisson à qui je recommandai la diligence. Si Mr Anisson a eté prompt à la lui faire tenir[,] il l’aura tiré de la peine où je le vois dans son billet du 20 e de mars dernier [9]. Il ne pouvoit pas encore avoir recu ma reponse. Marquez lui bien je vous prie que ce billet ne m’a eté donné qu’avec votre lettre du 10 e du courant [10] ; que je n’ai pas recu sa refutation de Spinoza, qu’elle est toujours à l’Isle avec des paquets de Mr Fievet [11] doit envoier à Mr Leers, et que l’on dif[f]ere d’envoier pour epargner les frais des passeports ; c’est qu’un passeport pour une petite bale coute autant que pour 3 ou 4. C’est pourquoi les libraires attendent d’en avoir plusieurs avant que d’en envoier aucune. Je suis tres faché que sans qu’il y ait de ma faute le Pere Lami ait lieu de croire que je manque à mon devoir. Je le sup[p]lie d’etre tres persuadé que je repondrai • avec toute l’ardeur imaginable à l’honneur qu’il me fait. J’at[t]en[d]s avec la derniere impatience la reception de son bel ouvrage.

J’ecrivis à notre ami de Saumur [12] l’hyver passé so[us] le couvert du mathematicien de Nantes [13] ; j’ignore s’ils ont recu mes lettres. A[yez la] bonté de leur faire mille complimen[t]s de ma part. Je suis Monsieur av[ec] toute l’amitié, l’estime et la gr[atitude imag]inables votre etc.

Je vous sup[p]lie de faire rendre l’incluse [14] au plutot[.]

 

A Monsieur / Monsieur Pinsson / des Riolles avocat / au Parlement ruë de la / Harpe à Paris

Notes :

[1] Sur ce mémoire promis, voir Lettres 603, n.5, et 862, n.2. Bayle n’avait pas composé d’articles consacrés à la famille Pinsson dans la première édition du DHC ; il exploite le « mémoire manuscrit » de Pinsson des Riolles dans les deux articles intitulés « Pinsson (François) » dans la deuxième édition. C’est dire que Pinsson lui avait envoyé son mémoire après le mois de juin 1696, date de l’impression de la lettre P de la première édition du DHC.

[2] Sur ces négociations de Baluze, voir Lettres 1218, n.4 et 5, 1225, n.2, 1238, n.2, 1242, n.1, et 1261.

[3] Sur les frères Huguetan , imprimeurs-libraires, voir Lettres 882, n.40, 1135, n.18, et 1165.

[4] Jean-Baptiste Cotelier (1629-1686) avait été chargé, avec Du Cange, par Colbert de dresser le catalogue des manuscrits grecs de la Bibliothèque du roi ; en 1676, il fut nommé professeur de grec au Collège royal. Il publia des éditions des Pères de l’Eglise : SS. Patrum qui temporibus apostolicis floruerunt, Barnabæ, Clementis, Hermæ, Ignatii, Polycarpi opera edita et non edita, vera et supposita, græce et latine, cum notis (Lutetiae Parisiorum 1672, folio, 2 vol.), recueil qui connut deux éditions révisées, l’une à Anvers par Jean Le Clerc (Antverpiæ 1698, folio, 2 vol.) publiée chez les frères Huguetan , l’autre à Amsterdam chez les Wetstein (Amstelædami 1724, folio, 2 vol.) : sur ces publications, voir aussi Lettre 1156, n.11. Cotelier publia également un catalogue Ecclesiæ Græcæ monumenta, græce et latina (Paris 1677, 1681, 1686, folio, 3 vol.). Dans le recueil de ses papiers manuscrits (BNF, mss Baluze 136-137) figure une lettre originale de Pierre Allix à Etienne Baluze ; il est plusieurs fois question de Cotelier dans les Sorberiana, et c’est peut-être à la notice biographique concernant Cotelier dans cet ouvrage (Tolosæ 1691, 12°) que Bayle fait ici allusion. Voir aussi L. Auvray, Affiches des cours du Collège royal pour les années 1681, 1682 et 1683, reconstituées à l’aide des papiers de J.B. Cotelier et suivies de notes (Paris 1926).

[5] William Beveridge, Codex canonum ecclesiæ primitivæ vindicatus ac illustratus (Londini 1678, 4°) ; editio nova emendatior (Amstelodami 1697, 4°).

[6] Pour la première mention de ce paquet, voir la lettre de Bayle à Pinsson des Riolles du 10 janvier (Lettre 1208).

[7] Sur la « réfutation » de Spinoza par François Lamy, voir Lettres 1128, n.19, 1191, n.26, 1194, n.12, et 1215, n.15.

[8] La lettre de François Lamy et la réponse de Bayle sont perdues.

[9] Ce billet de François Lamy est également perdu.

[10] Aucune des lettres de Pinsson des Riolles de cette époque ne nous est parvenue.

[11] François Fiévet, imprimeur-libraire lillois en activité de 1680 à sa mort en 1698 : voir Lettre 947, n.10.

[12] Daniel de Larroque, emprisonné au château de Saumur : voir Lettre 1117.

[13] Edouard de Vitry, ami de Larroque : voir Lettre 1122, n.1 et 2.

[14] Il s’agit peut-être de la lettre du 20 mai adressée à François Janiçon (Lettre 1262), mais nous n’avons aucune certitude sur ce point.

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