Lettre 1268 : Jean-Baptiste Dubos à Pierre Bayle

[Paris,] le vendredi 14 juin [1697]

La datte de ma lettre monsieur, m’a faict rougir en l’escrivant ; c’est mal meriter l’honneur de vostre cor[r]espondance que d’estre un grand mois à repondre à une • lettre aussi remplie et aussi hon[n]ete* que vostre derniere [1]. Je pour[r]ois bien ramasser de mechantes raisons pour m’excuser, et peutetre vous les trouverié bonnes, mais ce n’est point ma maniere, quand j’ay tort je la voue [ sic], je demande que l’on m’excuse, en promet[t]ant de faire mieux.

J’adjouteré à ce que je vous escrivis sur le livre du P[ère] Lamy contre Spinoza [2], lors qu’il parut, que l’autheur ne repond point à la principale difficulté des spinozistes de vos quartiers, que les difficultés sont plus grandes et plus incomprehensibles dans le systeme ordinaire que dans le leur. Ce Pere n’a nullement songé à repondre à leurs objections tirées du malheur des creatures, des defauts de l’univers et de l’impossibilité d’ac[c]omplir la loix [ sic] [3]. Je vous en dirois • davantage sur cet article si je ne croiois que vous avé presentement ce livre que vous attendié incessam[m]ent le 13 • de may. C’est la datte de vostre derniere.

Les lettres de Monsieur de Bussi Rabutin sont ici beaucoup plus estimées que ses memoires [4], où il n’i a que de la jactance : • le stile de ses lettres peut passer pour modele dans le genre epistolaire ; il n’est point • donné d’escrire avec plus d’esprit et de delicatesse. Bien des gens méme les preferent à celles de Voiture où il paroist de l’affectation de briller, outre qu’elles sont vides de sentiments [5]. Je vous ai deja entretenu de la vanité de l’autheur • moderne, elle paroist à chaque page. Vous trouveré dans le premier et le second volume de ce receuil, des lettres de Madame de Sevigni et de Madame de Grignan qui pour[r]oient faire honneur à un academicien. Ces lettres et celles de quelqu’autres femmes qui sont dens [ sic] les deux autres volumes, montrent bien que nos dames n’on[t] pas moins d’esprit et de genie que leurs méres, mais / ce n’est plus de ce costé la qu’elles ambition[n]ent de briller.

Vostre Diction[n]aire est lu de touts ceux qui le peuvent faire et estimé de touts ceux qui le lisent. J’ay vu la copie du memoire presenté à Monsieur le chancelier par l’ abbé Renaudot et celle de vostre lettre [6]. • Il a faict son memoire le plus violent et le plus satirique qu’il a pu, et vous avé faict vostre lettre la plus douce et la plus retenue qu’il vous a esté possible. Tout le monde lui veut mal ici d’avoir malignement dissimulé dans ce memoire ce que vous dites dans vostre preface sur les passages libres rap[p]ortez dans vostre Diction[n]aire.

Nous avons vu ici la relation du P[ère] Hennepin [7], com[m]e nous i avons ap[p]ris qu’il estoit d’Ath [8], nous en sommes demeurez moins surpris de son epitre dedicatoire au roy Guillaume. Cette exhortation d’envoier precher l’Evangile, faite par un moine à un prince protestant me paroit cependant bisarre de quelque foy que l’on l’entende. A propos du changement de religion du capucin de Ma[a]stricht [9], on a debité ici pendant un lontemps que l’ abbé de Lanion s’estoit faict protestant [10]. Presentement on dit ici le contraire et deux lettres que j’ay recues de La Haye parlent si diversement de ce qui a donné lieu à ce bruit que l’on ne scait à quoy s’en tenir. L’abbé de Lanion est homme de qualité de Bretagne frere du marquis de Lanion marechal de camps. Il a com[m]encé à se faire con[n]oistre dans le monde par sa science dans les mathematiques qui lui procura une place dans l’Academie des sciences. Il fut encore plus illustré par son intrigue avec la presidente Ferrand. Les amours de cette dame avec le baron de Breteuil furent publiés il i a cinq ou six ans, sous le titre de Cleanthe et Belise [11] ; le pedant dont il i est faict une si vilaine mention est l’abbé de Lanion. Madame Ferrand aiant esté mise dans la suite en convent[,] cet abbé l’en tira avec une lettre de cachet contrefaite[,] ce qui le fit bastiller. Il s’estoit mis apres cette avanture dans la haute devotion, mais il estoit outré[,] quand il partit[,] d’avoir esté joué pour l’eveché de Treguier [12]. Tout ceci est pour vous seul.

Quand je vois la baguet[t]e divinatoire [13] faire presentement bruit en Hollande[,] je m’imagine voir vos bourgeoises se parer d’une mode vieillie à Paris. Person[n]e ne doute plus ici que Jacques Aymar / n’ait esté un fripon et il ne trouverait plus une dupe parmy les savetiers.

• Monsieur Janisson m’a averti que Monsieur Clement nostre ami commun [14] avoit repondu à ce que vous me demandé de la bibliotheque de Monsieur l’archevêque de Rheims [15]. L’empressement où l’on est de vous servir[,] qui faict que chacun à l’envi se derobe vos com[m]issions[,] doit vous faire quelque plaisir.

Je passe Monsieur à nos nouveautés. A propos du livre latin sur la creche de Jesuschrist [16] j’oubliois à vous dire que • j’en ai ici un [exemplaire [17]] francois • d’une seconde edition à Cologne en 1677. C’est un in 12 de 330 pages, mais qui ne contient gueres que des exhortations pieuses.

Nous allons voir incontinent une seconde edition des evangiles du P[ère] Bouhours [18], apparam[m]ent, il aura profité des critiques ; il paroist une cinquieme Lettre d’une dame de province, mais il n’i est plus parlé du Nouveau Testament de ce pere [19]. Apparam[m]ent celle ci où il est traitté du different • des jesuites avec Mr l’archeveque de Rouen à l’occasion du P[ère] Buffier [20], sera la derniere, car l’imprimeur a esté ar[r]eté [21].

Mr Simon a publié deux nouvelles lettres contre la traduction du P[ère] Bouhours [22], je vous les envoieré à la premiere occasion, et je pense que vous en seré content.

L’Illusion de l’oraison de quiétude : c’est le titre d’un livre que Desprez vient de faire afficher. Je ne me suis pas encore informé, si ce n’est pas celui de Mr Nicolle rechauffé [23]. On vous aura peut etre deja fait scavoir, que Madame Guyon a esté remfermée [24]. C’est un apostre de cette secte[,] autheur de trois escrits dont le plus fort qui est intitulé, Des torrents n’a pas encore esté imprimé [25]. On l’avoit mise à la Bastille d’où elle sortit il i a quelque temps, mais comme elle ne s’abstenoit pas de dogmatiser on l’a renfermée. Apres tout il n’i a guere que quelques recluses ou quelques devots speculatifs qui donnent dans ces visions ; vous voié à quoy cela se reduit en France. /

Un anonime vient de publier un in 12 d’environ cinq cen[t]s pages qu’il a ap[p]ellé Bibliotheque des autheurs [26]. Ce sont par exemple, ce que Plutarque Seneque, etc. auront dit • de meillieurs [ sic] sur la colere, sur l’amitié, etc.

Les Chevræana paroissent enfin en un seul volume in 12 [27][ ;] il i a de bonnes et de mauvaises choses com[m]e dans touts les ana du monde.

Le premier volume du Theatre italien doit vous estre connu. C’est un receuil naïf des sottises du temps plein d’un sel françois qui vaut bien celui Dathenes [ sic]. L’on vient d’en donner un second, mais fort inferieur aux [ sic] premier [28]. Ap[p]aram[m]ent qu’il ne sera jamais suivi d’un troisieme, ce theatre aiant [e]sté fermé par ordre du Roy et les comediens congediez [29].

[O]n vient de reimprimer une Relation de Pologne, par le sieur Hauteville [30], à la faveur des conjonctures presentes. Ce sieur de Hauteville • estoit le masque de Monsieur de Tendes qui avoit demeuré lon[g]temps aux païs. Il est mort depuis [e]nviron deux mois. C’est le meme qui avoit donné les Regles de la traduction qui passe pour un ouvrage de Port Royal, sous le non [ sic] du sieur de Lestang [31]. Il se maria à Port Royal où il s’estoit retiré avec une demoiselle de Madame de Longueville, qui lui fit avoir la charge [d]e thresorier de la reyne Marie qu’il suivit en Pologne.

[Je] ne vous parlé point de nos livres de devotion, je ne les [li]s point, et d’aillieurs come la plus part portent les livrées du parti et discourent de pratiques incon[n]ues chez vous, je vous crois peu de curiosité pour les con[n]oistre.

On recoit demain Monsieur le president Cousin à l’Academie, Monsieur Dacier lui repondra [32]. Je • vous ai parlé par avance des traittés d’ Hippocrate que ce dernier vient de publier[ ;] il doit incessament en donner la suitte [33]. /

Madame Daunoi [a] donné un troisieme volume des contes de fées [34]. On imprime encore • un autre ouvrage de cette dame[,] Ponce de Leon. Le non [ sic] de l’autheur vous avertit assez que c’est un roman [35].

La Princesse Agathonize [36] et L’Illustre Mousquetaire [37] viennent encore de paroistre. Ce sont deux livres de même espèce.

Un Monsieur de Monfort autheur de quelques comedies vient de publier une Apologiedu marquis Daronchez ambassadeur de Portugal à Vienne, pour le justifier de l’assassinat dont il a esté ac[c]usé jusques à estre obligé de se retirer de cette cour [38].

Je ne puis m’empecher de vous faire part de la conversation que j’ay eue avec un de mes amis sur le memoire de Mr l’abbé R[enaudot] [39]. Quand Mr l’abbé[,] dit-il[,] escrit que le Diction[n]aire critique n’est q[u]’un ramas de receuils distribué par ordre alphabetique, il • ne songe point qu’en lui ap[p]liquant la definition veritable du diction[n]aire, il ne lui dit pas plus une injure que s’il ap[p]elloit quelq[u]’un contre qui il seroit faché un animal raisonnable. Ce n’est point assé[,] adjouta-t’il[,] de dire pour blamer Mr Bayle qu’il a rap[p]orté le mal que l’on dit de nos derniers roys, il faudroit faire voir qu’il n’a pas de meme rap[p]orté le bien, car ayant faict egalement l’un et l’autre, il faut louer son exactitude et non pas l’ac[c]user de partialité. S’il consülte les autheurs recents preferablement à ceux qui sont un peu plus anciens, c’est que pour un homme qui • ramasse, les plus recen[t]s critiques sont tousjours les meillieurs, outres [ sic] les sources montrées par les autres[,] il[s] en indiquent tousjours quelq[u]’unes decouvertes par eux. Pour ce qui est des opinions • impies, qu’il rap[p]orte en les qualifiant[,] on pour[r]oit le reprendre • s’il avoit voulu faire un cathéchisme pour estre mis entre les mains des enfan[t]s. D

 

A Monsieur / Monsieur Bayle / A Rotterdam •

Notes :

[1] Dubos répond à la lettre de Bayle du 13 mai (Lettre 1258), comme il le précise un peu plus loin.

[2] Dubos avait annoncé la « réfutation » de Spinoza par François Lamy dans sa lettre du 7 décembre 1696 (Lettre 1191 : voir n.26) et Bayle l’attendait depuis lors : voir aussi Lettres 1194, n.12, et 1258, n.2.

[3] Remarques de Dubos qui témoignent d’une lecture attentive des textes spinozistes et de ceux de leurs adversaires : il soulève précisément les points qui font l’objet d’une argumentation approfondie dans le DHC contre la théologie rationaliste. Sur sa propre philosophie dans les Réflexions critiques sur la poésie et la peinture (Paris 1719, 12°, 2 vol.), voir Lettre 1067, n.2.

[4] Il a été plusieurs fois question de ces deux ouvrages de Bussy-Rabutin dans les échanges entre Bayle et Dubos : voir Lettres 1160, n.27 et 28, et 1258, n.6 et 7.

[5] L’enjouement des lettres de Voiture avaient servi de modèle au jeune Bayle, par opposition à l’asianisme emphatique de Balzac. On voit ici que le style de Voiture, à son tour, passait de mode. Voir S. Rollin, Le Style de Vincent Voiture. Une esthétique galante (Saint-Etienne 2006) ; A. McKenna, « La correspondance du jeune Bayle : apprentissage et banc d’essai de son écriture », in L’Ecriture des non-écrivains, n° spécial de RHLF, 103 (2003), p.287-300.

[6] Le Jugement de Renaudot et les Réflexions de Bayle : voir le texte du Jugement en annexe du présent volume et celui des Réflexions de Bayle (Lettre 1303).

[7] Louis Hennepin (récollet, en religion Antoine) (1626-1701), missionnaire au Canada, auteur d’une Description de la Louisane nouvellement découverte au sud-ouest de la Nouvelle France, avec la carte du pays, les mœurs et la manière de vivre des sauvages (Paris 1683, 12°) ; il s’agit ici de sa Nouvelle découverte d’un très-grand pays situé dans l’Amérique, entre le Nouveau-Mexique et la mer Glaciale (Utrecht 1697, 12°), qui, en effet, est dédicacée « au roy de la Grande Bretagne », Guillaume III.

[8] Ath, ville du Hainaut en région wallonne, à 60 km à l’ouest de Bruxelles, avait été prise par le maréchal de Catinat le 5 juin 1697.

[9] Sur le capucin de Maastricht, Michiel Loeffius, en religion le Père Cyprien, voir Lettre 1258, n.29.

[10] François de Lanion (ou Lannion, 1650 ?-après 1706) était proche des cercles malebranchistes et avait publié au printemps 1678 des Méditations sur la métaphysique (s.l. 1678, 12° ; éd. J.-C. Bardout et K. Trego, Paris 2009) sous le pseudonyme de Guillaume Wander, où il résumait le système cartésien et les « déviations » malebranchistes ; Bayle avait reproduit ces Méditations dans son Recueil de quelques pièces curieuses concernant la philosophie de Monsieur Descartes (Amsterdam, 1684, 12°) et il devait révéler l’identité de l’auteur dans sa RQP. Après de rocambolesques aventures (voir la note suivante) et un séjour à la Bastille, Lanion se retira chez les pères de la Doctrine chrétienne et se rapprocha de Pierre Nicole et d’ Antoine Arnauld. On le perd de vue pendant une dizaine d’années, mais Bayle fit sa connaissance lors des négociations de la paix de Ryswick ; le comportement de Lanion ne semble pas avoir été irréprochable, selon la correspondance de Leibniz avec le marquis de L’Hôpital en 1696, et il fut de nouveau emprisonné, à For-L’Evêque à Paris, en septembre 1697. C’est sans doute le scandale de ses frasques qui fit naître la rumeur de sa conversion aux Provinces-Unies dont Dubos fait ici état. On perd de nouveau sa trace mais, en novembre 1706, l’historien breton Dom Lobineau évoque dans sa correspondance les conversations qu’ils eurent ensemble pour établir la généalogie précise de la famille Lanion en vue de la publication de son Histoire de Bretagne (Paris, 1707). On ne connaît pas la date de sa mort. Voir F. Pillon, « L’idéalisme de Lanion et le scepticisme de Bayle », L’Année philosophique, 6 (1895), p.121-194 ; M. Chastaing, « L’abbé de Lanion et le problème cartésien de la connaissance d’autrui », Revue philosophique, 141 (1951), p.228-248 ; A. Robinet, Malebranche et Leibniz. Relations personnelles (Paris, 1955) ; S. Charles, « Du “Je pense, je suis” au “Je pense, seul je suis” : crise du cartésianisme et revers des Lumières », Revue philosophique de Louvain, 4 (2004), p.565-582, et son article dans le Dictionary of French seventeenth-century philosophers, s.v. ; A. Jacob (dir.), Encyclopédie philosophique universelle (Les Œuvres philosophiques) (Paris 1992), s.v. (art. de J. Letrouit).

[11] Lanion entra à l’Académie des sciences le 9 décembre 1679, et en devint le président en janvier 1684. A cette époque, il conçut, en collaboration avec le duc de Chevreuse, le marquis de Vardes, Jean de Corbinelli, René Fédé et Pierre-Sylvain Regis, une réfutation du malebranchisme, mais ce projet fut abandonné. Le 23 février 1686, Lanion fut exclu de l’Académie, très probablement à cause de ses aventures avec Anne de Bellizani, épouse de Michel Ferrand, président de la première chambre des requêtes du Parlement. Celle-ci fut embastillée par son mari à cause de ses amours adultères avec Louis Nicolas Le Tonnelier (1648-1728), baron de Breteuil – amours qu’elle devait représenter dans son roman Histoire nouvelle des amours de la jeune Belise et de Cléante (Paris 1689, 12° ; éd. R. Godenne, Genève 1979). Pour des raisons qui restent obscures, Lanion tenta de faire libérer la présidente Ferrand au moyen d’une lettre de cachet falsifiée ; il fut lui-même embastillé pendant quelque temps. A sa sortie de prison, il fut contraint de se retirer chez les pères de la Doctrine chrétienne et fut ordonné prêtre en 1687.

[12] Apparemment, Lanion avait manœuvré avec l’espoir de devenir évêque de Tréguier : nous n’avons su découvrir le détail de cette affaire. L’évêché de Tréguier avait changé trois fois de mains entre 1679 et 1697 : François-Ignace de Baglion fut évêque de 1679 à 1686, Eustache Le Sénéchal de Carcado (ou Kercado), de 1686 à 1694, Olivier Jégou de Kervilio, de 1694 à 1731.

[13] Sur Jacques Aymar et sa baguette divinatoire, voir Lettres 1107, n.30, et 1258, n.21.

[14] Nicolas Clément (1647-1712), sous-bibliothécaire du roi depuis 1692 : voir Lettre 473, n.6.

[15] Voir la demande de Bayle concernant la bibliothèque de Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims : Lettre 1258, n.23 et 24.

[16] Dubos se trompe sur ce livre, qui n’était pas à l’origine en latin. Il s’agit de l’ouvrage d’ Ezéchiel Spanheim, Discours sur la creche de Nostre Seigneur (Genève 1655, 12° ; 2e éd., Cologne 1677, 12°), dont Bayle signalait à Dubos la troisième édition augmentée par l’auteur (Berlin 1695, 12°) dans sa lettre du 2 mai (Lettre 1250 : voir n.6).

[17] Lapsus de Dubos.

[18] Le Nouveau Testament de Nostre Seigneur Jesus-Christ, traduit en françois selon la Vulgate (Paris 1697-1703, 12°, 2 vol.), traduit par Dominique Bouhours, Pierre Besnier et Michel Le Tellier : voir Lettre 1128, n.20. Il s’agit ici de la nouvelle édition révisée parue chez Louis Josse (Paris 1698-1703, 12°, 2 vol.) ; une « nouvelle edition, reveuë et corrigée » devait paraître quelques années plus tard (Paris 1704, 18°), toujours chez Louis Josse. Parmi les critiques dont Bouhours aurait pu profiter figurait essentiellement celle de Richard Simon, Difficultés proposées au P[ère] Bouhours sur sa traduction françoise des quatre évangélistes (Amsterdam 1697, 12°).

[19] Dubos confond deux titres très semblables. Il s’agit ici d’une allusion, non pas aux Lettres à une dame de province sur les « Dialogues d’Eudoxe et de Philanthe » (Paris 1688, 12°) par lesquelles Bouhours poursuivait sa Manière de bien penser dans les ouvrages d’esprit, dialogues (Paris 1687, 4°), et auxquelles Nicolas Andry de Boisregard avait répondu aussitôt par ses Sentiments de Cléarque sur les « Dialogues d’Eudoxe et de Philanthe » et sur les « Lettres à une dame de province » (Paris 1688, 12°), mais à une critique récente de la traduction par Bouhours et ses confrères du Nouveau Testament : Cinquième lettre d’une dame de qualité à une autre dame de ses amies (Mons 1697, 12°) ; les cinq lettres parurent toutes en 1697.

[20] Sur les Difficultez publiées par le jésuite Claude Buffier contre Jacques-Nicolas Colbert, archevêque de Rouen, voir Lettre 1266, n.2.

[21] La lettre pastorale de Colbert fut imprimée à Rouen par Eustache Viret, mais les Difficultez de Buffier avaient paru sans lieu et sans nom d’imprimeur. Selon le témoignage de Claude II Jore et d’ Antoine Le Bègue, Jean-Baptiste Besogne fut impliqué dans l’impression des pièces polémiques du Père Gabriel Daniel et François III Vaultier dans celle de la Critique du Père Claude Buffier : voir J.-D. Mellot, L’Edition rouennaise et ses marchés, p.323-324, 364.

[22] Richard Simon, Difficultez proposées au R.P. Bouhours sur sa traduction françoise des quatre évangélistes [Lettres I-II] (Amsterdam 1697, 12°) ; Difficultez proposées au R.P. Bouhours [Lettres III-IV] (Amsterdam 1697, 12°).

[23] Ce titre sonne, en effet, comme la combinaison de deux titres de Pierre Nicole, Traité de l’oraison, divisé en sept livres (Paris 1679, 8°), dont une nouvelle édition parut sous le titre Traité de la prière, divisé en sept livres (Paris 1695, 12°, 2 vol.), et Réfutation des principales erreurs des quiétistes contenues dans les livres censurés par l’ordonnance de M gr l’archevesque de Paris (Paris 1695, 12°). Cependant, il s’agit très probablement du premier tome de l’ouvrage de Pierre de Villiers paru sous forme de deux lettres : Lettre sur l’oraison des quiétistes, où l’on fait voir la source de leurs illusions (s.l. 1697, 12°) et Seconde lettre sur l’oraison des quiétistes, où l’on fait voir l’illusion et l’égarement de ce qu’ils appellent amour pur (s.l. 1698, 12°).

[24] Jeanne-Marie Bouvier de La Motte-Guyon, dite M me Guyon (1648-1717), fut élevée chez les ursulines. A l’âge de seize ans, en février 1664, elle épousa Jacques Guyon, dont elle eut cinq enfants. Sa rencontre avec le franciscain Archange Enguerrand semble avoir été décisive dans son initiation à la spiritualité. Elle rencontra en juin-juillet 1671 un barnabite, le Père François La Combe, et, en septembre de la même année, Jacques Bertot, dont l’influence sur sa vie devait être déterminante. Veuve en 1676, elle subit une profonde crise spirituelle, qui s’acheva le 22 juillet 1680 ; elle consulta Claude Martin, le fils de Marie de l’Incarnation. En 1681, Jean d’Arenthon d’Alex, évêque de Genève, lui donna le Père La Combe comme directeur spirituel. Elle fit retraite avec le Père La Combe en juillet 1682 et rédigea Les Torrents (éd. Pierre Poiret , Grenoble 1704, 12°). A Grenoble en 1684, elle composa le Moyen court et très facile pour l’oraison que tous peuvent pratiquer et arriver par là à une haute perfection (Grenoble 1685, 12° ; Lyon 1686, 12°) et les Explications de l’Ecriture Sainte (Cologne 1713-1716, 8°, 18 vol.). Elle quitta Grenoble à la demande de l’évêque, Etienne Le Camus, se rendit à Marseille auprès de Malaval, ensuite à Vercelli auprès de l’évêque V.A. Ripa, enfin à Turin auprès de la marquise de Prunai. En 1686, fut publiée l’ Oratione del cuore facilitata de Ripa, avec la traduction latine par La Combe et française par M me Guyon. Elle revint ensuite, en juillet 1686, à Paris, toujours avec le Père La Combe, qui, après la condamnation de Molinos le 27 août 1687, fut enfermé chez les pères de la Doctrine chrétienne. M me Guyon se heurta à l’archevêque de Paris, François de Harlay de Champvallon, qui, le 29 janvier 1688, la fit enfermer à la Visitation du faubourg Saint-Antoine. M me de Miramion et une abbesse parente de M me de Maintenon intervinrent en faveur de sa libération, le 13 septembre. C’est à cette époque qu’elle rencontra Fénelon, précepteur du duc de Bourgogne, pour la première fois et, après huit jours, se sentait « unie à lui sans obstacles ». Elle séjourna chez M me de Miramion, puis, en 1690 et 1691, à l’invitation de M me de Maintenon, commença à fréquenter les demoiselles de Saint-Cyr. Elle s’attacha d’autres disciples, parmi lesquels les ducs et duchesses de Chevreuse , de Beauvillier et de Mortemart . Mise en garde par l’évêque de Chartres, Godet des Marais, M me de Maintenon prit peur. M me Guyon soumit ses écrits pour examen à Pierre Nicole, à Jean-Jacques Boileau « de l’archevêché » et à Bossuet. Le 4 mars 1694, Bossuet émit un avis défavorable ; le 16 octobre, ses écrits furent condamnés par l’archevêque de Paris. Les « entretiens d’Issy », réunirent Bossuet, Louis-Antoine de Noailles, archevêque de Châlons, et l’ abbé Tronson, et permirent la rédaction de trente-quatre articles définissant la spiritualité chrétienne. Le 13 janvier 1695, M me Guyon fut enfermée à la Visitation de Meaux et dut signer un acte de soumission ; après de longues hésitations, Bossuet lui remit une attestation d’orthodoxie le 2 juillet ; libérée, elle se rendit à Paris. Le 4 février, Fénelon avait été nommé archevêque de Cambrai ; il fut sacré le 9 juillet et quitta Paris le 31 juillet pour arriver à Cambrai le 4 août. Le 10 juillet, l’évêque de Chartres fit examiner les écrits de Fénelon et de M me Guyon ; le 21 août, il émit une ordonnance contre le quiétisme. M me Guyon fut arrêtée le 27 décembre 1695 et enfermée à Vincennes ; le 7 octobre suivant, elle fut transférée dans une maison de Vaugirard appartenant aux sœurs de Saint-Thomas de Villeneuve, et l’année suivante, le 4 juin, à la Bastille. Le 27 janvier 1697, Fénelon avait publié ses Maximes des saints ; le 1 er août, il reçut l’ordre du roi de se retirer dans son diocèse. M me Guyon ne devait être libérée que le 24 mars 1703 ; elle mourut à Blois en 1717. Voir sa Vie par elle-même et autres écrits biographiques, éd. D. Tronc (Paris 2001) et sa Correspondance, éd. D. Tronc (Paris 2003-2005, 3 vol.) et, sur la bataille entre Fénelon et Bossuet, Lettre 1241, n.19, et le Dictionary of French seventeenth century philosophers, s.v. (art. de M. Terestchenko), ainsi que les Annales de la cour et de Paris pour les années 1697 et 1698 (nouvelle édition revûë et corrigée, Amsterdam 1706, 12°, 2 vol.), i.139-143, 244-257. On remarque que Dubos suit de très loin la querelle du quiétisme (voir Lettre 1227, n.29) ; il fait ici allusion au transfert de M me Guyon à la Bastille, le 4 juin 1697. Toutes les notices sur M me Guyon se contredisent quant aux dates de ses arrestations : nous nous sommes fiés à la chronologie fournie par D. Tronc.

[25] Voir Les Opuscules spirituels de Madame J.M.B. de La Mothe Guion. Nouvelle edition, augmentée de son rare « Traité des torrents », qui n’avoit pas encore vû le jour, et d’une préface generale touchant sa personne, sa doctrine, et les oppositions qu’on leur a suscitées (Cologne 1704, 12°).

[26] La Bibliothèque des auteurs (Paris 1697, 12°), publiée chez G. de Luynes, est attribuée par Barbier à un certain Coursant, qui signe l’épître dédicatoire : voir A.-A. Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes (3 e éd., Paris 1872, 4 vol.), i.413, s.v.

[27] Chevræana (Paris 1697-1700, 12°, 2 vol.), comportant les bons mots d’ Urbain Chevreau (1613-1701), ouvrage annoncé dans les NRL, juin 1700, art. VI, 1. Voir F. Wild, Naissance du genre des Ana, p.346-374. Ce recueil fait partie de ce que F. Wild appelle les « ana savants » : « Ce qui fait l’originalité du Chevraeana par rapport à ses devanciers est la forme soignée de ces remarques, et leur longueur relative. » ( ibid. p.347).

[28] Le Théatre italien ou le recueil de toutes les scènes françoises qui ont esté jouées sur le théâtre italien de l’hôtel de Bourgogne (Paris 1694, 12°) ; Le Théâtre italien ou recueil de toutes les scènes françoises qui ont été jouées sur le théâtre italien de l’hôtel de Bourgogne, augmenté de la « Comédie des souffleurs » (Amsterdam ; Genève ; Bruxelles 1695, 12°) ; Le Théâtre italien. Recueil des scènes françoises du théâtre italien de l’hostel de Bourgogne, suite des ouvrages d’Arlequin (Genève 1696, 12°, 2 vol.).

[29] Installés en France depuis le XVI e siècle, les comédiens italiens avaient remporté un succès considérable auprès du public parisien et la commedia dell’arte avait fortement influencé le théâtre de Molière, en particulier, qui – partageant son théâtre avec la troupe italienne – lui emprunta les types des zanni et d’autres personnages traditionnels ainsi que certains lazzi récurrents dans ses pièces. Louis XIV institua les acteurs italiens « comédiens ordinaires du roi ». Cependant, le 4 mai 1697, il fit fermer leur théâtre, leurs spectacles parodiques étant jugés trop irrévérencieux, et cette suppression favorisa l’essor des théâtres forains. La Comédie-Italienne ne fut rouverte qu’en 1716 par le Régent, qui fit venir d’Italie la troupe de Luigi Riccoboni, dit Lelio. C’est l’époque du « nouveau Théâtre Italien ». La langue italienne fut vite abandonnée et c’est pour ce théâtre que Marivaux devait composer de nombreuses pièces. Voir R. Guardenti, Gli Italiani a Parigi. La Comédie-Italienne (1660-1697). Storia, pratica scenica, iconografia (Roma 1990, 2 vol.) ; V. Scott, The Commedia dell’arte in Paris 1644-1697 (Charlottesville 1990) ; D. Gambelli, Arlecchino a Parigi. Dall’inferno alla corte del Re Sole (Roma 1997, 2 vol.) ; C. Mazouer, Le Théâtre d’Arlequin. Comédie et comédiens italiens en France au XVII e siècle (Fasano 2002) ; C.B. Segrest, Métamorphoses burlesques : la fabrique de la parodie dans l’ancien Théâtre Italien de Paris (1668-1697), thèse de doctorat, dir. F. Rubellin (Nantes 2012), et le site-web animé par F. Rubellin : http://cethefi.org/index.php.

[30] Gaspard de Tende, Relation historique de la Pologne : contenant le pouvoir de ses rois, leur élection, et leur couronnement, les privileges de la noblesse, la religion, la justice, les mœurs et les inclinations des Polonois ; avec plusieurs actions remarquables par le sieur de Hauteville (Paris 1686, 12° ; 2 e édition, Paris 1697, 12°).

[31] Il s’agit d’un ouvrage du traducteur Gaspard de Tende (1618-1697), petit-fils d’ Annibal, enfant naturel de Claude de Savoie, comte de Tende. Après une carrière militaire, il se retira à Port-Royal et épousa, le 18 juin 1659, Marie Du Vallet, qui appartenait à la suite de M me de Longueville. C’est cette dernière qui lui obtint la charge de trésorier de la reine Louise-Marie de Gonzague (1611-1667), qu’il rejoignit en Pologne (elle avait quitté Paris en novembre 1645), après avoir publié à Paris, sous le nom de L’Estang, chez Damien Foucault, son traité intitulé Règles de la traduction, ou moyens pour apprendre à traduire de latin en françois [...] (Paris 1660, 8°) (une autre édition parut en même temps chez J. Le Mire sous un titre légèrement différent) et sa traduction des Sermons de saint Augustin (1661). Intendant de la maison de la reine Louise-Marie, Tende occupa aussi la charge de contrôleur général de la maison du roi Jean II Casimir, avec lequel, en 1669, après son abdication, il revint à Paris. Plus tard, en 1674, il se rendit à nouveau en Pologne en qualité de secrétaire du cardinal de Forbin-Janson, nommé ambassadeur près de la diète. Rentré à Paris après cette mission, il y demeura jusqu’à sa mort. Le long séjour polonais est à l’origine de sa Relation historique de la Pologne (Paris 1686, 1697). Voir l’édition critique de son ouvrage, Regole della traduzione : Testi inediti di Port-Royal e del “Cercle” di Miramion (meta del XVII secolo), éd. L. Di Nardis (Napoli 1991) ; F. Mariotti, « Gaspard de Tende e le Règles de la traduction  », in G. Malquori Fondi (éd.), Teorie e pratiche della traduzione nell’ambito del movimento port-royaliste (Pisa, Genève 1998), p.143-158.

[32] Sur l’élection de Louis Cousin à l’Académie française, voir Lettre 1260, n.11. Le discours de Cousin et la réponse d’ André Dacier furent publiés dans le Recueil de l’Académie françoise, 1697, p.297-308 et p.309.

[33] Sur l’édition d’ Hippocrate par André Dacier en deux volumes, voir Lettre 1257, n.13.

[34] Sur les recueils de contes de fées de Marie-Catherine Le Jumel de Barneville, comtesse d’Aulnoy (1650-1705), voir Lettre 1180, n.5.

[35] Juan Ponce de León (vers 1460-1521) étant un conquistador espagnol, il s’agit probablement d’une nouvelle édition de l’ouvrage de M me d’Aulnoy (1650-1705), Relation du voyage d’Espagne (1691-1699, 12°, 3 vol.), mais nous n’avons su localiser une édition de 1697.

[36] On trouve trace d’un ouvrage intitulé La Princesse Agathonise in-12°, dans la liste des livres « qui se trouvent à Aix chez Nicolas Broncart » dans Les Mémoires de la vie du comte de Grammont par Mr le comte Antoine Hamilton, nouvelle édition, augmentée d’un discours préliminaire du même auteur (Utrecht, Etienne Neaulme 1732, 12°), mais nous n’avons pas réussi à en localiser un exemplaire.

[37] François Nicolas Dubois, L’Illustre Mousquetaire : nouvelle galante (Paris, Lyon 1697, 12°) ; L’Illustre Mousquetaire : nouvelles galantes. Reveu, corrigé, et augmenté de nouveau (Lyon, La Haye 1699, 12°). L’auteur était un spécialiste de la nouvelle galante : il venait de publier Le Philosophe amoureux, histoire galante contenant une dissertation curieuse sur la vie du P[ère] Abailard et celle d’Héloïse (Au Paraclet 1696, 12°), et devait publier par la suite une Histoire secrète des femmes galantes de l’Antiquité (Paris 1726-1732, 12°, 6 vol.).

[38] Apologie de Mr le prince Senechal de Ligne, marquis d’Aronchez, ambassadeur de Portugal à Vienne : lettre d’un de ses amis (s.l.n.d. [1697], 12°).

[39] Le Jugement de Renaudot : voir ci-dessus, n.6.

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