Lettre 1413 : Pierre Bayle à Hervé-Simon de Valhébert

[Rotterdam,] le 9 de fevrier l699 Je suis bien faché, mon cher Monsieur, qu’il me soit impossible aujourd’hui de repondre à la belle lettre que Monsieur l’abbé Bignon m’a fait l’honneur de m’ecrire [1]. Je m’a[c]quit[t]erai de ce devoir au premier jour en lui envoiant par l’ancienne route desormais plus seure qu’auparavant [2] quelque nouveauté de ce païs ci. Aiez la bonté de le sup[p]lier pour moi de me pardonner ce petit renvoi. Je l’assure de mes plus profonds respects. Je vous importune toujours, et je vous en demande mille pardons. Voici encore une lettre pour Mr Janiçon [3] que je pren[d]s la liberté de mettre sous votre couvert, et de vous prier de lui faire rendre à votre commodité. Comme il n’y a que peu de jours que je lui ai ecrit à droiture* [4], je n’ose le faire sitot apres, et cependant il m’est survenu une necessité de lui recrire aujourd’hui pour m’a[c]quit[t]er d’un remerciement à un auteur qui m’a envoié par son moien une dissertation imprimée [5]. J’ai envoié à Monsieur l’abbé la lettre de Mr Jaquelot à laquelle celle de Mr Benoit sert de reponse [6] : s’il l’a perduë, si elle s’est egarée de telle sorte qu’on ne la puisse retrouver, donnez m’en avis, je la renverrai pour la seconde fois avec les deux lettres qui ont paru depuis[,] l’une de Mr Jaquelot en replique, l’autre de Mr Benoit en replique aussi. On travaille à les reconcilier, l’accommodement de Mr Le Vassor avec Mr Benoit est deja conclu, et ils ont diné ensemble chez le mediateur [7]. Le traitté De peccato originali ne se trouve que tres dif[f]icilement ; je le chercherai comme aussi le traitté du meme auteur De virginitate Stolata [8]. Quant à celui De p[rostibulis] V[eterum] il n’a jamais eté imprimé [9]. Ce que l’auteur en dit dans l’endroit que vous me marquez ne regarde que l’original manuscrit. Mr Le Duchat ne fait que vous rendre justice [10]. Je suis mon cher Monsieur votre etc. / J’ai recu l’ Historia Academiæ regiæ scientarum [11] depuis peu de jours. Je vous remercie de ce beau present avec toute la gratitude imaginable. A Monsieur / Monsieur de Valhebert / Bibliothecaire de Monsieur l’abbé Bignon •

Notes :

[1] Toutes les lettres de l’abbé Jean-Paul Bignon à Bayle sont perdues.

[2] Bayle redoutait la saisie par Jurieu de sa correspondance avec ses amis français et avait emprunté, par exemple, la « voie de Genève » pour envoyer le DHC à Nicaise : voir Lettre 1237, n.13. L’« ancienne route » est sans doute celle de Lille ( François Fiévet : Lettre 947, n.10) ou bien celle de Rouen (Lettre 1236, n.4).

[3] Cette lettre de Bayle à Janiçon est perdue. Une seule lettre de Bayle à Janiçon de l’année 1699 nous est connue : celle du 8 octobre (Lettre 1452).

[4] Cette lettre est également perdue.

[5] Nous ne saurions identifier avec certitude l’auteur de cette « dissertation ». Il est possible qu’il s’agisse de Charles Cotolendi, Dissertation sur les « Œuvres meslées » de Monsieur de Saint-Evremont (Paris 1698, 12°), ou bien de Charles-César Baudelot de Dairval, Réponse à M. G[alland], où l’on examine plusieurs questions d’antiquité et entre autres la dissertation publiée sur le Gallien d’or du cabinet du roi (Paris 1698, 12°). Cette dernière publication répondait à la Lettre d’ Antoine Galland touchant la nouvelle explication d’une médaille d’or du cabinet du Roy (Caen 1698, 8°), qui elle-même s’en prenait à Pierre Le Lorrain de Vallemont (1649-1721), Nouvelle explication d’une médaille d’or du Cabinet du Roy, sur laquelle on voit la tête de l’empereur Gallien (Paris 1698, 8°). Sur Baudelot, voir l’article que lui consacre Chaufepié, s.v. et les travaux manuscrits de Gijsbert Kuiper : Aantekeningen betreffende bijbelse geschiedenis en numismatiek, o.a. bij werken van Johannes Harduin (1646-1729) en Charles César Baudelot de Dairval (1648-1722) (Den Haag, KB : 72 D 8).

[6] Sur cette Lettre d’ Isaac Jaquelot adressée aux prélats de France, voir Lettre 1378, n.15.

[7] Sur la querelle entre Isaac Jaquelot et Elie Benoist, voir Lettre 1378, n.15 et 16. La mention de Michel Le Vassor – qui était alors en Angleterre – n’est pas un lapsus de Bayle mais provient d’une erreur de Benoist lui-même, qui, dans ses premières critiques des Lettres de Jaquelot, les attribuait à Le Vassor. Le 16 mars 1699, Jacques Basnage signale à Turrettini : « Les disputes de Mrs Benoist, Vassor et Jacquelot sont aussy terminées par des accomodements où le premier a donné des satisfactions à ceux qu’il avoit attaquez trop brusquement. » (éd. M. Silvera, n° LV, p.162) ; voir aussi la correspondance de Jean-Alphonse Turrettini du 1 er juin, du 10 septembre et du 22 novembre 1698 et du 10 mars 1699 (Pitassi, Inventaire, n° 1188, 1211, 1229, 1238). Chaufepié consacre un article substantiel à Elie Benoist et fait allusion à sa querelle avec Jaquelot ; il fait aussi longuement état de sa critique de Jean Le Clerc : voir Chaufepié, art. « Benoist (Elie) », rem. P et Q.

[8] Sur la dissertation de Beverland, De Peccato originali, publiée en 1678 et 1679, voir Lettre 474, n.5. Le traité de Beverland s’intitule De stolatæ virginitatis jure lucubratio academica (Lugduni Batavorum 1680, 12°) : un exemplaire se trouve à la Zentralbibliothek Zürich, cote Ochsner 141, et le titre figure dans différents catalogues de bibliothèques privées. Sur l’édition récente et probablement néerlandaise de son ouvrage De fornicatione cavenda admonitio, sive Adhortatio ad pudicitiam et castitatem [...] cui accessit Johannis Brandii [...] detestatio nefandissimi sceleris onanitici gravissima (s.l.s.n., 1698, 8°), voir aussi Lettres 1285, n.2, et 1411, n.5. Un compte rendu édifiant de cet ouvrage parut dans le JS du 9 mars 1699 et de nouveau dans le numéro du 4 mai de la même année consacrée à une « Editio nova et ab auctore correcta. Juxta exemplar Lodinense » : « L’auteur heureusement revenu des egaremen[t]s de sa jeunesse, avertit les autres de les éviter, et represente les funestes ef[f]ets du penchant que la nature cor[r]ompue don[n]e à tout ce qui flat[t]e les sens. Il propose les motifs qui doivent detourner de l’impureté, et les moyens qui en peuvent ôter l’oc[c]asion. » Voir l’annonce dans les NRL de Jacques Bernard, février 1699, art. VI,5, le portrait de Beverland, archétype du « libertin », dans le cahier des illustrations de ce volume, n° 10, et la bibliographie critique, Lettre 1285, n.2.

[9] Sur cet ouvrage de Beverland, De Prostibulis Veterum, resté manuscrit, voir Lettre 1290, n.15.

[10] Jacob Le Duchat avait sans doute commenté favorablement le travail de Valhébert sur les Menagiana ou sur la nouvelle édition du Dictionnaire étymologique de Ménage (Paris 1694, folio), deux ouvrages cités très fréquemment dans ses « Remarques sur la Confession de Sancy » publiées dans le Recueil de diverses pieces servant a l’histoire de Henry III, roy de France et de Pologne, nouvelle édition revuë et augmentée (Cologne, Pierre Marteau 1699, 12°, 2 tomes en un vol.). Le deuxième tome de ce Recueil comporte le texte complet de la Confession de Sancy avec les Remarques de Le Duchat sur chacun des neuf chapitres.

[11] Jean-Baptiste Du Hamel (1624-1706), Regiæ scientiarum academiæ historia, in qua præter ipsius academiæ originem et progressus (Parisiis 1698, 4° ; 2 e éd. Parisiis 1701, 4°). Malebranche signale la même publication dans sa lettre adressée à Leibniz du 13 décembre 1698 (éd. Gerhardt, i.356 ; éd. A. Robinet, xix.652), et l’ouvrage fut recensé dans le JS du 26 janvier 1699, dans l’HOS de Basnage de Beauval, juin 1699, art. X, et dans les NRL de Jacques Bernard, juillet 1699, art. I.

Accueil du site| Contact | Plan du site | Se connecter | Mentions légales | Statistiques | visites : 196835

Institut Cl. Logeon