Lettre 1436 : Pierre Bayle à Jacob Le Duchat

[Rotterdam,] le 11 e de juin 1699 M[onsieur] On ne peut rien dire de plus obligeant que ce que vous m’ecrivez au sujet de ma petite santé [1], ni rien de plus hyperbolique que les reflexions que vous y joignez. Souf[f]rez que je vous supplie de me parler en bon ami, franc et sincere, tout eloge mis à part. Je suis ravi d’ap[p]rendre que vous aiez envie d’etre vous meme le correcteur de l’edition du R[abelais] [2], que le public attend de vous. Elle en sera infiniment meilleure, car vous voiez assez les fautes que les correcteurs ont laissées dans la 2 e edition de votre S[ancy] [3] et moi je soupire tous les jours en voiant celles qui sont par leur faute dans mon Diction[n]aire. J’ecris au sieur D[es]b[ordes] tres fortement sur tout ce que vous me marquez. Je croi M[onsieur] que vous ferez tres bien de venir presider à l’edition de votre ouvrage, et quand vous serez sur les lieux, on prendra plus aisement des mesures à l’egard des autres occupations que vous pourriez souhaiter. La suite de mon ouvrage sera / [précé]dée de la 2 e edition à laquelle on travaille fortement [4]. Les exemplaires de la premiere ne manquent point encore chez Mr Leers. Je vous prie d’assurer de mes respects tres profon[d]s Mr Le B[lanc] , conseiller au presidial de S[edan] [5], vieillard venerable dont j’ap[p]ris tres agreablement des nouvelles de la bouche de Mr son fils le m[inistre] [6], qui s’est abouché avec lui sur les frontieres. J’ai inseré dans la 2 e edition de l’article « B[eaulieu] » ce que vous dites de lui [7]. Les vers de Macrin [8] que vous avez eu la bonté de m’envoier sont admirables. Je vous en remercie de tout mon cœur et suis [etc.] B[ayle]

Notes :

[1] Bayle s’était plaint de sa santé fragile dans ses lettres à Charles Ancillon (Lettre 1429) et à Jacob Le Duchat (Lettre 1430).

[2] Sur cette édition de Rabelais par Jacob Le Duchat, voir Lettre 1287, n.8 : elle ne devait paraître qu’en 1711 (Amsterdam 1711, 8°, 6 vol.).

[3] Sur la publication des Remarques de Le Duchat sur la Confession de Sancy d’ Agrippa d’Aubigné, voir Lettres 930, n.3, et 938, n.5. La deuxième édition venait de sortir dans le Recueil de diverses pièces servant à l’histoire de Henry III [...] Tome second (Cologne, P. Du Marteau 1699, 12°), comprenant La Confession de M. de Sancy par L. S. D. S. et les Remarques sur la confession de Sanci augmentées dans cette nouvelle édition. Voir l’annonce flatteuse de cette édition dans les NRL, mars 1699, art. VII.

[4] Bayle maintenait donc, à cette date, le projet d’une deuxième édition suivie par un « Supplément ». En fin de compte, le « Supplément » ne devait contenir que les articles arrivés trop tard pour la deuxième édition : voir Lettre 1454, n.4.

[5] Pierre Le Blanc , conseiller au Présidial de Sedan, frère de Louis Le Blanc de Beaulieu (1614-1675), professeur de théologie à l’académie de Sedan : voir Lettre 144, n.9.

[6] Charles Le Blanc de Beaulieu , à cette date ministre à Gorcum : voir Lettre 310, n.4.

[7] DHC, art. « Beaulieu (Louïs Le Blanc de) », article capital, dont Bayle consacre la remarque F à une profession de foi sur le statut épistémologique de l’historiographie. Il ajoute au corps de l’article dans la deuxième édition la formule suivante : « Mr Le Blanc, conseiller au présidial de Sedan, frère de Mr de Beaulieu, a tâché deux fois de se sauver en Hollande depuis sa signature ; mais il a été attrapé sur les chemins, et ramené en son païs », et signale en marge : « Le Roi lui a remis la peine des galeres, à laquelle il avoit été condamné, pour avoir voulu sortir du roiaume contre les deffenses. Remarques sur la confession de Sancy, pag[e] 555 édition de 1699. »

[8] Jean Salmon Macrin (1490-1557), poète néo-latin originaire de Loudun. Voir le commentaire de G. Soubeille dans son édition de Jean Salmon Macrin, Epithalames et odes (Paris 1998), p.35, 144-145, sur la poésie néo-latine en France vers 1520 : « Pour la poésie française, l’ère des Rhétoriqueurs s’était estompée [...]. C’est Jean Salmon qui devait réaliser la révolution poétique : en introduisant Catulle, puis Horace dans nos lettres, en composant un cycle amoureux à la manière pétrarquiste, il allait tracer pour vingt ans la voie à la poésie néo-latine et préfigurer déjà d’importants aspects de la Pléiade [...]. Mais la Brigade des poètes humanistes et la Pléiade avaient leur sort lié ; la désaffection qui s’abattit progressivement sur Ronsard frappa les néo-latins [...] Le XIX e siècle sonna le réveil [...]. Par paliers successifs, Jean Salmon dit Macrin retrouva son rang dans notre histoire littéraire ; en 1990, avec un certain faste, le cinq centième anniversaire de sa naissance fut célébré à Loudun, où une place porte désormais son nom. » Voir aussi M.-F. Schumann, Salmon Macrin und sein Werk unter besonderer Berücksichtigung der « Carmina ad Gelonidem » von 1528 und 1530 (Münster 2009) ; Jean Salmon Macrin, Hymnes (1537), éd. S. Guillet-Laburthe (Genève 2010) ; et l’édition en cours par M.-F. Schumann des recueils de poésie de Macrin de 1528-1534, 1537 et 1538-1546 (Münster 2011, 2012, 2013).

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