Lettre 147 : Pierre Bayle à Jacob Bayle

[Sedan,] le 12 janvier [16]78

Comme je croyois que vous ne feriez pas assez de sejour à Mont[auban] M[onsieur] e[t] t[res] c[her] f[rere], pour y recevoir les lettres que je voudrois vous y ecrire apres avoir seu votre voyage du synode [1], je ne me pressai pas de repondre à votre 1ere lettre du 24 novembre, ainsi j’en ai receu 3 de votre part avant que de me mettre en etat de vous en ecrire quelqu’une [2]. Ce sera desormais mon tour d’ecrire coup sur coup sans attendre la repartie, et je vous promets que je m’en acquitterai comme il faut s’il plait à Dieu. Vous n’avez que faire de tant plaindre Mr Pajon, car outre qu’il n’a point eté nommé, il faut que vous sachiés que le mal n’est pas petit, et qu’il est de la prudence de nos synodes de proceder par de vertes censures contre des gens qui vont à nier le concours actuel de la divinité, et à etablir l’homme dans une espece d’independance [3]. Si ce grand homme se contentoit de croire ce qu’il croit, • et de s’applaudir tacitement des pretendues lumieres qu’il • s’imagine avoir receües pour l’intelligence des mysteres de la theologie par dessus ses confreres, il n’y auroit pas lieu de s’emporter contre ses sentimens, car enfin nous ne croyons pas toujours ce que nous voudrions croire, et tout le monde n’est pas le maitre ches soi à l’egard des opinions mais il veut avoir des sectateurs, et malgré les prieres qu’on lui a tant de fois reïterées de ne point dogmatiser, il empaume* autant de proposans qu’il peut, si bien qu’il y en a peu qui l’ayent approché, qui ne se soien[t] piqués dans la suitte de deffendre son systeme contre tous venans [4]. Mr Lenfan travaille de son coté à cette meme sorte de conquetes, et leur province, qui e[st] celle de Berry est devenue si suspecte d’arminianisme qu’on ne croit pas que la moitié de ses pasteurs en ait echappé [5]. On a cependant condamné ces nouvelles opinions dans le synode de cette province meme [6], mais avec moins de severité que dans celui de l’Ile de France, de Normandie et d’Anjou. Ce dernier a eté le plus vigoureux car non seulement on y a deffendu de recevoir au ministere ceux qui auroient eté imbus de ces nouveautez, mais aussi d’enseigner notre doctrine sous de nouvelles idées, et en d’autres expressions que celles dont on s’est toujours servi, et cela de peur que ces Mrs ne vinssent à dire comme Mrs de Saumur, que leurs hypotheses ne sont ni contraires à la parole de Dieu ni differentes dans le fonds, de la doctrine commune [7].

Vous m’avez fait le plus grand plaisir du monde d’avoir agi si fortement en faveur de Mr Jurieu [8]. Je / lui ai leu tout cet endroit de votre lettre, et il m’a temoigné se sentir extremement obligé à ce bon office, et rempli d’estime pour votre prudence, zele et capacité. Il etoit sur le point de vous en ecrire, mais je lui fis connoitre qu’il falloit attendre qu’il eut receu la lettre que vous lui prepariez depuis long tems. Elle est enfin venue comme aussi celle que m[on] p[ere] y a jointe [9]. On les a trouvées tout à fait belles et obligeantes et sur un tel titre on vous a • comblés d’eloges. Vous verrés de quelle maniere on les estime par les reponses qu’on vous y fait. Mr Jurieu a eté ravi d’apprendre tant de particularitez de la liaison de nos familles, qui lui etoient inconnues. Je vous puis asseurer pour mon conte que c’est m’avoir rendu un service signalé et dont je ne perdrai jamais le souvenir, que d’avoir ecrit ces lettres. Mad le Jurieu qui est la plus honnete et la plus spirituelle personne du monde, comme je vous l’ai deja dit [10], m’a fait mille remercimens de ce que m[on] p[ere] lui fait des recommandations*, car elle s’imagine que c’est une suitte de ce que je puis avoir ecrit sur son sujet. Je vous prie que la premiere fois que vous ecrirez à Mr Jurieu (desormais ce ne sera plus une affaire) il y ait quelque trait d’ honneteté* pour mad le sa femme.

Je vous parlerai de Mr Basnage cy dessous. Maintenant je fairai mieux de vous repondre selon l’ordre de vos lettres. Le ministre à qui Mr Jurieu addresse sa lettre se nomme Mr Soustel et sert l’Eglise de Romorantin [11]. Il n’y a point d’autres sermons impriméz de lui que les 3 que vous avez veus [12], et il est effectivement fils de ce Daniel Jurieu dont vous avez quelq[ue] petit ouvrage [13]. C’estoit un fort habile homme, mais je pourrois dire en changeant le masculin au feminin, et la science en la beauté, comme un ancien poëte o matre pulcra filia pulcrior [14]. La p[remi]ere fois que je vous enverrai quelque paquet vous aurez non seulement la lettre imprimée, mais la copie d’une autre où Mr Jurieu a beaucoup eclairci la question, à l’occasion de plusieurs difficultez qui lui ont eté mandées de toutes parts [15]. Le Traitté de la devotion que vous avez receu n’est point celui qui est augmenté ; et ce qui m’empecha de vous en envoier un exemplaire de la derniere edition, fut qu’il n’y en avoit aucun ici, et que je ne voiois aucune apparence* d’y en voir de long tems, cependant je ne voulois pas manquer l’occasion du retour de Mr Lariviere [16]. Je ne croi pas que la 2e partie de la reponse de Mr Jurieu à Mr Arnaud [17], voye le jour, il ne songe plus à la revoir pour y changer quelque chose que Mr Claude lui a conseillé de retoucher, parce que ce petit changement l’engageroit à donner une nouvelle œconomie à son ouvrage, et à s’appuier sur de nouvelles hypotheses, or on a plutot fait un livre tout entier, que d’en rhabiller un autre / de cette maniere. Il a prononcé l’année derniere 8 sermons sur ces paroles de s[ain]t Paul aux Corinth[iens] « J’ay receu du Seigneur ce qu’aussi je vous ay donné » etc qui pourroie[n]t etre un bon octave contre la presence corporelle, à opposer à tant d’octaves du s[ain]t Sacrem[en]t que les predicateurs de l’Egl[ise] rom[aine] ont fait imprimer et font imprimer tous les jours [18]. Il y a traitté avec son tour et son eloquence ordinaire et avec une force de raisonnemens qui ne se peut dire, cette grande et celebre controverse de l’Eucharistie, qui a tant fait ecrire de volumes, et comme il disoit lui meme en chaire, qui a fait verser tant d’ancre et tant de sang. On pourra voir cela imprimé un jour, car l’autheur a pris la peine de les ecrire apres les avoir recités.

Mon etat depuis la mort du vieux professeur [19] qui arriva l’hyver dernier n’est devenu autre que ce qu’il etoit, sinon en ce que les 400 francs qui font l’entier appointement m’ont eté accordés. C’est la multitude de disciples qui fait ici valoir la charge quant au lucre, or c’est ce qui me manque. J’en ai 4 tant* seulem[en]t. Je ne m’attendois à toucher que le minerval de deux, mais Mr Le Blanc [20] qui est le pere d’un des autres m’a protesté qu’il n’accepteroit jamais la deference que je voulois avoir pour les reiglemens de l’Academie en sa personne, et qu’encore qu’il fut moderateur, voire chef du conseil des moderateurs il ne pretendoit pas que son fils fut exemt du minerval, veu sur tout le peu d’emolumens que j’avois, ainsi j’aurai 10 ecus par an plus que je ne croiois, c’est à dire 490 l[ivres] t[ournois] en cas que personne ne se debande. Ce seroit dequoi etre à son aise à Puylaurens où les pensions honnetes ne sont qu’à 40 ou 50 ecus, mais ce n’est rien pour icy où les moindres pensions coutent 100 ecus, et où tout ce qu’il faut acheter pour sa veture est d’une cherté epouvantable. Mais comme je ne me soucie point de thesauriser, je me mets peu en peine de tout cela. Mon 4e auditeur est un garson de Mauvaisin nommé Lamigue [21], fils de ministre, qui ayant suivi un de ses parens je ne sai sur quelle veüe, se jetta entre les bras de nos ministres ne sachant où donner de la tete, et les pria de lui procurer quelque condition* qui lui permit de continuer ses etudes. De bonne fortune il y avoit un riche bourgeois d’icy qui avoit temoigné quelques jours auparavant, que s’il trouvoit quelque precepteur, il le prendroit pour un petit garson qu’il a. C’est le premier exemple que l’on ait jamais veu icy. On se souvint de cela, et on le pourveut du Gascon qui se presentoit. Comme il n’a pas le sou, il est dispensé par toute sorte de droits de la paye de minerval [22].

Je souhaitte pour votre satisfaction qu’on imprime les originaux de Mr Morus, mais je ne sai si on fairoit par là beaucoup d’honneur à sa memoire, car il me semble que le fort de ces sermons consistoit dans un certain ton, et un certain air de dire les choses, et dans quelques subtilitez / et certains denoüemens de parodoxes où brilloit une imagination extraordinaire [23], toutes choses qui sont propres à ebloüir l’auditeur et à le tenir attentif, mais sur le papier ce n’est plus cela, car souvent ceux qui ont eté les plus charmés d’ouyr ces agreables illusions, les trouvent froides et pueriles en les lisant, destituées qu’elles sont du feu et de la grace avec quoi on les debitoit. Mais peut etre que les sermons que Mr Morus a laissés n’ont rien à craindre de ce coté là. Je sai bien que ces mechantes copies qu’on fait courir dans le monde, m’ont toujours semblé peu propres à soutenir la reputation de ce grand ho[mm]e et de bien indignes sœurs des 3 ou 4 harangues latines que nous avons de lui, et qu’il a jugées lui meme meriter la veüe du public [24].

Quand on fait venir par la voye des libraires la Synopsis criticoru[m] etc  [25] elle coute beaucoup plus de 20 ecus et il n’y a pas long tems que j’ay veu un memoire de Mad[am]e de Varennes qui marque cet ouvrage à 125 l[ivres] t[ournois][,] il est vrai que le 5. volume qui a eté imprimé depuis peu y est compris. Cependant il n’est pas impossible que le ministre d’Agen [26] • ait des habitudes et des lesines à l’avoir à meilleur marché. Tous ceux à qui j’en ai parlé m’ont asseuré que les 4 premiers volumes revenoient à environ 100 francs tous frais faits.

Je vous suis infiniment obligé de toutes les particularitez que vous m’apprennés soit de votre synode, soit de vos amis et de leurs changemens d’Eglise, soit du fameux canal pour la jonction des 2 mers [27], et du dessein de rendre les rivieres navigables. La Guyenne et le Languedoc ne cederoient en rien aux autres provinces de France, si le commerce y devenoit florissant, au lieu que la disette d’argent y est si visible qu’on en raille* par toute la terre. J’entens dire tous les jours un tel est povre, il n’a que 15 ou 20 mille livres de rente, s’il etoit en votre pays avec une pareille somme de capital, le Roy ne seroit pas son cousin. J’avoüe que c’est outrer la raillerie, mais il est vrai que c’est un pays où il y a incomparablem[en]t moins d’argent q[ue] par tout ailleurs ; temoin ces monstrueuses sommes de deniers en quoi les marchands les plus celebres font leurs payemens, au lieu qu’à Paris, et à Lyon et ailleurs on se fait prier pour prendre de l’argent blanc. Tout cela vient du defaut de commerce. Continuez à m’informer des nouvelles de la nature de ces autres là, car rien ne me sauroit etre plus agreable. Pour les sermons de Mr Turretin [28], vous les pourrez voir si Mr de La Riviere notre excellent ami le veut, car il m’a ecrit que Mad[am]e de Schomberg [29] à qui ils sont dediez, lui en avoit fait present. J’ai donné l’exemplaire que j’avois à un ministre de ma connoissance nommé Mr Catel [30] q[ui] sert l’Eglize d’Auton pres de Chartres, sans cela je vous l’envoirois de bon cœur. Notre c[ousin] [31] m’a marqué q[ue] Mrs de L… [32] sont dans le regiment d’Almanny. Il a passé par cette ville venant d’Alsace et allant au Pays Bas, • le mois de decembre dernier. Je n’ai peu rien decouvrir touchant le petit traitté de Mr Mestrezat [33], je le cherchai / en vain à Paris ches tous nos libraires, lors que vous m’en chargeates. Ces petites pieces ont quelquefois le malheur de s’evanoüir de la memoire des hommes aussi bien q[ue] des boutiques des marchands. On ne dit rien par icy des Pseaumes de Mr Conrart [34] et je ne voi pas de disposition à les rendre d’un usage public. Le changement est trop grand, je croi qu’on jugera plus à propos d’oter tantot un mot vieux tantot un autre, et ainsi sans qu’on s’en appercoive on • evitera l’inconvenient qui arriva aux hymnes que Numa fit composer pour les pretres Saliens, qui etant demeurés dans leur etat jusques au tems des empereurs n’etoient entendus de personne, non pas meme de ceux qui s’egosilloient à les chanter Saliorum carmina vix sacerdotib[us] suis intellecta, dit Quintilien l[ivre] I ch[apitre] 6 [35][.] Quoi qu’il en soit ce dessein n’a pas eté gouté autant qu’on l’avoit creu, peut etre. Je ne sai si on pretend publier les 2 parties qui restent, et si le peu d’ardeur que le public a fait voir ne refroidira pas ceux qui devoient achever ce q[ue] Mr Conrart a commencé. Je suis fort tro[m]pé si celui qui a ecrit l’acte du synode où vous avez veu H. Satur moderat[eur] adjoint a copié fidelement. J’ai toujours oüi dire que c’etoit Mr Le Sueur et [n]o[n] ce Montalbanois q[ui] e[st] ministre en Brie [36]. Le 5. tome de l’ Histoire eccles[iastique] de Mr Le Sueur est imprimé et on travaille au 6e [37][.] Il y en a qui disent que Mr de Montausier l’a fait prier de continuer. Mr Claude etant allé voir par curiosité la belle maison de Chantilly [38] où Mr le p[rin]ce de Condé fait sa residence ordinaire, et Mr le p[rin]ce l’ayant seu le fit venir aupres de lui et s’entretint avec lui fort familierem[en]t plus de 6 heures, lui parlant de ses livres, et lui demandant si nous avions de bonnes plumes et en bon nombre ; il lui parut fort satisfait de l’ Histoire ecclesiast[ique] de Mr Le Sueur qu’il avoit leüe, et comme* Mr Claude lui nomma Mr Jurieu comme un autheur celebre, Mr le p[rin]ce lui fit promettre qu’il lui envoyeroit l’ Apologie p[ou]r n[ot]re morale [39]. J’ai seu q[ue] Mr Claude n’y a pas manqué, mais je n’en sai autre chose. Le livre que vous me demandés de Mr de Focquembergue [40] ne se trouve pas icy. Si je le rencontre quelq[ue] part je vous l’envoirai sans faute.

Je suis faché de la mort de la pauvre Anne de Brandoüy [41], mais puis qu’elle etoit mal dans ses affaires, Dieu lui a fait une belle grace. Je voudrois que vous lui eussiez peu departir* de vos bonnes consolations à quoi vous avez toujours eu tant de talent. Je me souviens que son beau pere passoit pour un chicaneur terrible, et je doutte fort que vous puissiez le reduire à quelque accommodement, neantmoins si le jeu en vaut la chandelle, pourquoi lui laisseroit on ce qui ne lui appartient pas. J’ai envoié à Cologne un memoire au sujet de la sœur du baron de Ketteler [42]. /  La personne qui en sera chargée deterrera bien tot ce seigneur là, et si vous m’envoiez quelque lettre pour lui, je me fais fort de la lui faire rendre et d’en avoir reponse. Il n’est pas necessaire qu’elle soit decachetée. On fait bien de communiquer au public les dernieres actions de Mr Bonnafous [43] ; quand la vie a eté si pleine d’edification, la mort ne peut etre que consolante pour tous ceux qui apprennent que la grace a couronné son œuvre en agissant sur son sujet jusques à la fin. Je ne serois pas faché d’apprendre dans le nouveau poeme de Corras, les beautés de Mont[auban] [44] car quoi qu’il faille toujours prendre au rabais les eloges des poetes, on peut neantmoins juger à peu pres de la force et de la noblesse de leur matiere. Je souhaitte q[ue] l’ouvrage posthume de Mr Charles [45] fasse autant d’honneur à sa memoire et à sa patrie, qu’il en a fait lui meme en son vivant à l’Academie qu’il servoit, vous m’avez fait beaucoup de plaisir de m’apprendre cette particularité. Celui de nos professeurs qui se nomme Trouillart, est natif de cette ville a 2 fils qui sont ministres l’ainé à Calais, l’autre à Oisemont, la patrie du celebre Mr Des Marets [46]. Pour lui il a eté ministre en divers lieux, à La Ferté Vidame[,] • dans le pays chartrain, à Ay en Champagne, et en dernier lieu à Roucy. Il a eté plusieurs années de suitte continué en la charge de moderateur adjoint dans la province de l’Isle de France ; ayant un grand talent pour les affaires. Il est frere de madame Neveux ches qui je suis logé en pension depuis mon installation. Le petit in 12° du P[ere] Vincent contre Des Cartes ne me fait pas grand peur. J’ay veu de cet auteur un gros Cours de philosophie scholastique en 4 vol[umes] in 4° imprimé à Toulouse, où il y a bien du fatras [47]. Le minime est un autre personnage, et je pretens avoir un jour toutes ses œuvres et sur tout sa Philosophia entis sacri avec les appendix qu’il y a ajoutés de tems en tems [48]. Je suis obligé infiniment à tous ces Mrs q[ue] vous m’avez nommés, des temoignages d’amitié qu’ils me donnent, soyez de grace ma caution aupres d’eux pour la reconnoissance q[ue] j’en ai et p[ou]r l’estime et l’amitié que je sens pour eux. Le petit Traitté de Mr Du Moulin sur la nature de la foy se voit à la fin de ses devotions pour chaque jour de la semaine ; je ne l’ai point peu trouver separé [49], c’est une affaire de 20 ou 30 pages tout au plus à ce qu’on m’a dit. S’il me tombe entre les mains vous l’aurez infailliblement.

Mr de Brais dont vous avez veu un commentaire sur l’ Epitre aux Rom[ains] e[st] le meme que celui qui vient d’etre inauguré [50], il avoit exercé la charge quelques années ensuitte* de sa designation, mais sa reception ne s’est faite qu’à ce dernier synode. Il a fort paru et satisfait à ses examinateurs d’une maniere qui les a remplis d’estime pour lui. Je voudrois avoir ses theses inaugurales [51] pour / vous les envoier avec la lettre de Mr Jur[ieu] imprimée et manuscritte que je fais partir aujourdhui pour Paris, mais il n’y en a ici que 2 ou 3 exemplaires dont il a fait present, et dont personne ne se veut defaire. Elles sont De baptismo, il ne touche qu’en passant la question de Mr Jurieu et n’entre pas tout à fait dans sa pensée, et dans le reste il s’acharne contre les sociniens et autres heretiques. Il y a à Saumur un autre profess[eu]r designé qui s’appelle Mr de Hautecour [52] à qui le synode d’Anjou a donné theme pour des theses inaugurales, de pœnitentia, m’a t’on dit. Le frere de Mr Mesnard qui se fait nommer Mr Daire [53] est à Saumur, d’où il m’ecrit qu’ils sont 40 proposans*, qu’il est logé chés un certain Mr Alpron [54] juif converti, qui est habilissime dans toutes les langues orientales et fort profond dans la doctrine du Talmud, savant au reste italicè et hispanicè  [55], qui a l’art de bien montrer ce qu’il sait, enfin qui a de l’esprit et du brillant. Tout ce qu’on vous a dit des ouvrages de Mr Larroque est vrai, et il me semble vous en avoir entretenu autrefois. C’est lui qui a fait la Reponse à L’Office du s[ain]t Sacrement, l’ Histoire de l’eucharistie q[ui] e[st] sa meilleure piece etc [56][.] J’eus quelque soupcon que le Mr Laquere du Merc[ure] galant etoit celui q[ue] nous connoissons, mais voyant qu’on le traitte de capitaine de vaisseau, et que mad lle de La Verune est un parti de 800 cens mille l[ivres] j’avois de la peine à croire que ce fut lui, car comment seroit il capitaine de vaisseau lui qui n’a jamais servi sur mer. Ces charges ne se donnent guere qu’à de bons officiers ; Il me semble qu’un parti de pres d’un million n’est pas pour un cadet, et qu’il n’y a guere de marquis meme du bon calibre qui ne s’en estimat bien honnoré ; mais tout coup vaille [57]*.

Je vous envoie la reponse de Mr Jurieu, on ne se lasse point de parler c[h]es lui le plus obligeamment du monde de vos lettres. J’y joins un billet par lequel Mr Jurieu vous prie de consulter Mrs vos professeurs et de tirer d’eux eclaircissement sur les points y enoncez [58]. Je vous dirai en confidence que notre conseil des moderateurs se trouve quelquefois en conflict de jurisdiction avec le consistoire, et avec ce qu’on appelle icy conseil academique qui est une assemblée composée des moderateurs et des ministres et professeurs. Le conseil des moderateurs pretend avoir seul l’autorité de la decision, et q[ue] les autres soit professeurs soit ministres dont on grossit l’assemblée en certains cas, ne peuvent qu’ayder de leurs lumieres et conseils, sans que leur / voix soit deliberative. Il y eut pour cela un gros demeslé lors de ma reception, mais l’affaire fut terminée selon les veües du conseil des moderateurs. Depuis on a fait un concordat, qui assoupira à l’avenir semblables contesta[ti]ons. Il y a dans notre compagnie de moderateurs (je dis notre, parce q[ue] depuis 1 mois Mr Brazi et moi avons eté receus conseillers de ce corps, et moi outre cela secretaire) [59] quelqu’un qui voudroit affoiblir son autorité, mais Mr Jurieu s’y oppose avec sa vigueur et fermeté ordinaire, et pour se fortifier de l’usage des autres Academies, il veut se munir de quelques attesta[ti]ons concernant la maniere dont on s’y gouverne. C’est la raison pourquoi il vous envoie le present memoire. Afin que vous entendiés le 3e article il faut que je vous dise l’usage qu’on suit ici dans la censure des propositions [60]. Celui q[ui] a proposé* sort de l’assemblée, et le ministre qui est en sepmaine* soit qu’il soit membre de l’academie soit qu’il ne le soit pas demande aus assistans à chacun selon son ordre ce qu’il a remarqué, et quand tout est dit, on fait rentrer le proposant, et alors le dit ministre lui rapporte tout ce qu’on a trouvé à redire. Il est arrivé que le ministre qui etoit en sepmaine ne pouvant pas venir à la proposition, un autre pretendoit presider à la censure quoi qu’il fut le plus jeune de tous, alleguant que celui qui devoit presider, lui avoit remis son droit. On s’opposa à cela, et il n’y eut point de censure pour le coup*. Cette contestation a fait prendre quelque petit reiglement per interim, et on a obtenu q[ue] les professeurs en theologie qui ne sont pas ministres de cette Eglise tel qu’est Mr Trouillart, et qui par consequent ne seroient jamais en tour* de presider, puis qu’ils ne sont jamais en sepmaine, on a obtenu, dis je[,] qu’ils presideroient quelquefois. Vos Mrs n’ont rien à dire sur cela parce que les ministres de l’Eglise n’ont aucun droit acquis par la coutume de presider à ces actes là. Neantmoins ils pourront rapporter ce qui se prattique parmi eux à cet egard, et on en tirera les consequences qu’on vourra* bon* etre pour les appliquer à notre droict. Pour le 4e article je ne croi pas que le principal du college ches vous pretende presider à la correction des themes du prix par exemple, et à l’examen des ecoliers p[ou]r les promotions, ainsi ce seroit une chose decidée si on s’en tenoit à l’usage de l’academie de Mont[auban][.]

Je n’ai nulle reponse de Mr Basnage, ainsi je ne vo[us] tiendrai pas parole sur son chapitre. Il est extremem[en]t couru et efface tous ses collegues à precher [61]. Il y a 7 ou 8 mois que je n’ai veu le Journ[al] des savans [62]. J’espere de le voir bien tot et je vous en fairai savoir le contenu. Je vous souhaitte mille benedictions et suis tout à vous. Je n’ai pas eu le loisir de relire ma lettre.

Notes :

[1] Le synode provincial de Caussade : voir Lettre 146, n.2.

[2] Ces lettres sont perdues.

[3] Voir aussi Lettre 143, n.4. Bayle est ici étroitement tributaire des informations qu’il tient de Jurieu, un des adversaires de Pajon. Jacob Bayle avait compati à la condamnation des idées de Pajon – sans que le pasteur d’Orléans fût nommément désigné – par les synodes d’Ile-de-France (Clermont, 26 août 1677), de Normandie (Rouen, 8 septembre 1677) et d’Anjou (Saumur, 28 octobre 1677) : voir Chaufepié, article « Pajon », rem. D. Mais cette belle unanimité résultait d’une manœuvre pour le moins douteuse : une réunion secrètement tenue à Paris le 6 juillet 1677 entre sept pasteurs (le détail est donné dans Chaufepié, article « Pajon », rem. F) dont nous ne connaissons que quelques noms : Claude et Mesnard, pasteurs de Charenton ; Pierre Du Bosc, de Caen, alors à Paris pour affaires ; Jurieu, venu tout exprès de Sedan. Le secret de cette réunion fut éventé, peut-être à la suite d’une lettre véhémente et maladroite de Jurieu à Paul Lenfant, disciple de Pajon : voir Chaufepié, article « Pajon » rem. D. Si Pajon, de tempérament irénique, se garda de tout éclat, il n’en fut de même pour ses amis, dont Pierre Allix, un des pasteurs de Charenton, indignés de la sournoiserie du procédé.

[4] Outre Chaufepié, bien informé et objectif, on peut consulter O. Douen, La Révocation de l’Edit de Nantes à Paris (Paris 1894, 4°, 3 vol.), i.342-362, qui prend vigoureusement le parti de Pajon, non sans certains anachronismes. Chaufepié disposait d’une documentation en grande partie disparue actuellement : il raconte (art. « Pajon », rem. E) qu’on n’avait pu contester à Pajon le droit de se défendre si on l’interrogeait, ce qui suffisait à permettre au pasteur d’Orléans de répandre ses idées, en dépit des décisions synodales…

[5] Paul Lenfant (1625/1630-1686) et Charles Le Cène (vers 1647-1703), disciples de Pajon, n’avaient rien de l’irénisme de leur maître. Paul Lenfant était à l’époque ministre de l’Eglise de Châtillon-sur-Loing ; ses sympathies affichées pour la théologie saumurienne, de même que son amitié pour Pajon, lui valurent les soupçons d’arminianisme dont Bayle fait état ici. Bayle se lia par la suite avec le fils de Paul Lenfant, Jacques, qui devint un théologien réputé. Charles Le Cène étudia la théologie à Sedan, à Genève et enfin à Saumur, puis devint pasteur à Honfleur. En 1682-1683 il fut « prêté » pour un an à l’Eglise de Charenton comme suffragant d’ Adrien Daillé, dont la santé était chancelante. L’ancien ministre de Montpellier, Sartre, alors à Paris, accusa son collègue d’hérésie devant le consistoire de Charenton, qui fut divisé : une fois de plus, Allix s’opposait à ClaudeLe Cène fut appelé à devenir collègue de Pajon à Orléans, succédant à l’apostat Grostête des Mahis, et à la Révocation il gagna l’Angleterre. Il ne semble avoir occupé aucune charge ecclésiastique au Refuge, où il se consacra à sa nouvelle traduction de la Bible. Ses positions personnelles allèrent au-delà du pajonisme et il semble avoir embrassé le socinianisme. Voir Stelling-Michaud, iv.288-289.

[6] Sur ce synode du Berry, voir Chaufepié, article « Pajon », rem. D : ce synode provincial avait condamné les outrances d’où qu’elles vinssent et s’était bien gardé de s’aligner sur les autres synodes provinciaux que mentionne ici Bayle.

[7] Chaufepié (article « Pajon », rem. D) observe que Bayle confond ici les termes employés par le synode d’Ile-de-France avec ceux du synode d’Anjou. La référence aux théologiens de Saumur vient directement de Jurieu, car Claude prend leur défense auprès du professeur de Sedan : voir Chaufepié, article « Jurieu », rem. G. Le camp des adversaires de Pajon regroupait donc des gens de sensibilités théologiques diverses. Sur les difficultés de la position de Claude, voir la lettre de Pajon au pasteur de Charenton, du 9 mars 1682 (éditée par Chaufepié, article « Pajon », rem. I), restée apparemment sans réponse : les positions théologiques extrêmes étant plus faciles à soutenir que celles qui font des concessions modérées au rationalisme – à la manière de Claude.

[8] Evidemment, au synode de Caussade, certains – tel Isarn – auraient souhaité que fût condamnée la Lettre de Jurieu concernant la nécessité du baptême (voir Lettre 106, n.6). Jacob Bayle avait apparemment contribué à écarter cette vexation qui menaçait le protecteur de son frère.

[9] Aucune des lettres de la famille de Bayle à Jurieu à cette date ne nous est parvenue, ni les réponses du théologien.

[10] Bayle avait déjà fait l’éloge d’ Hélène Du Moulin, l’épouse de Pierre Jurieu : voir Lettre 111, n.14.

[11] Il s’agit de la Lettre d’un théologien à l’un de ses amis de la province de Berry : voir Lettre 106, n.6. Cette lettre de Bayle est la seule source qui permette de préciser que la Lettre de Jurieu s’adresse à Galéot II Cambis de Soustelle, pasteur à Romorantin dans le Berry (voir Kappler, Bibliographie de Pierre Jurieu, p.162-164) ; Soustelle avait embrassé d’abord la carrière militaire, qu’il abandonna pour devenir pasteur en 1668 ; il se retira aux Provinces-Unies à la Révocation, et eut la douleur de ne pouvoir emmener avec lui ses fils, qui avaient dépassé l’âge de sept ans.

[12] Les trois sermons de Jurieu déjà publiés à cette date sont les suivants : Sermon prononcé à l’ouverture du synode de la province de Berry. Assemblé à Mer le 30 avril 1671. Sur ces paroles, de la Première Epître de saint Paul à Timothée chapitre 3, verset 16 : « Et sans contredit le secret de la piété est grand » (Orléans 1671, 4°) ; Sermon sur ces paroles de l’Evangile de Nostre Seigneur Jésus-Christ, selon saint Mathieu. Chapitre IV. v.19. « Je vous feray pescheurs d’hommes ». Prononcé à Lorges, pour l’ordination du sieur Henry Rou, ministre audit lieu, le 31. may 1671 (Orléans 1671, 4°) ; et enfin Les devoirs de la persévérance, ou sermon sur ces paroles de l’Epître aux Hébruex chap. 12. vers. 1. Prononcé à Charenton le 21. de juin 1675 (Charenton 1677, 8°). Bayle avait fait allusion à ce dernier sermon dans la Lettre 133, n.26. Voir aussi Kappler, Bibliographie de Jurieu, n°62, p.284-298.

[13] Daniel Jurieu (1601-1663, et non pas 1683, comme l’indique par erreur Stelling-Michaud, iv.178), le père de Pierre, fut pasteur à Mer-sur-Loire (au nord-est de Blois) ; il avait étudié à Genève de juin 1623 à janvier 1624. Il épousa en 1629 Esther Du Moulin, fille de Pierre Du Moulin. Celle-ci mourut en 1638 et Daniel Jurieu se remaria l’année suivante avec Charlotte Cambis de Soustelle, évidemment parente de Galéot II, pasteur de Romorantin (voir n.11). Daniel fut député au synode national en 1644, et il s’engagea en une « conférence » avec Jacques Closet les 16 et 25 avril 1659. Le « petit ouvrage » de Daniel Jurieu que Pierre Bayle suppose connu de son frère est peut-être sa Réponse au faux récit que le sieur Closet missionnaire, et soy disant Docteur et prédicateur des controverses, a publié de la conférence qu’il a euë avec le sieur Jurieu en la ville de Mer (2 e éd. Charenton 1661, 12°) – dont la première édition, sans doute de 1659, reste introuvable – par laquelle il répondait au Résultat des conférences publiques […] (Paris 1659, 12°) de Jacques Closet : voir le commentaire d’E. Kappler, Conférences théologiques entre catholiques et protestants en France au siècle, thèse dactylographiée (Université de Clermont II), 1980, ii.346-348. Cependant, il se peut aussi qu’il s’agisse de l’autre ouvrage de Daniel Jurieu, La Voix d’Elie contre ceux qui clochent des deux côtez, ou Réponse au « Catholique réformé » de M. de La Milletière (Paris 1642, 8°), par lequel il répondait à Théophile Brachet, sieur de La Milletière, Le Catholique réformé, professant l’adoration du S. sacrement de l’eucharistie, l’invocation des Saints, l’usage des images sans superstition ni idolâtrie (Paris 1642, 8°). Rappelons que La Milletière n’abjura formellement le protestantisme qu’après avoir été excommunié par le synode national de Charenton le 29 janvier 1645 ; mais depuis plusieurs années déjà il préconisait un rapprochement entre les huguenots et les gallicans, qui avait été encouragé par Richelieu. Sur lui, voir L. Desgraves, Répertoire des ouvrages de controverse entre catholiques et protestants en France (Genève 1985), ii.229, n° 545, et R.J.M. van de Schoor, The Irenical Theology of Théophile Brachet de La Milletière (1588-1665) (Leiden 1995).

[14] Voir Horace, Odes , I.xvi.1 : « O, d’une mère si belle, fille plus belle encore ».

[15] La « Lettre imprimée » est la Lettre sur le baptême (voir Lettre 106, n.6) ; dans l’autre document qu’envoie Bayle, manuscrit celui-là et actuellement inconnu, Jurieu cherchait à désarmer les objections suscitées par son opuscule imprimé, objections dont il semble avoir mal prévu la véhémence.

[16] Falentin de La Rivière allait donc faire parvenir au Carla un exemplaire de la première édition du Traité de la dévotion, comme l’avait annoncé Bayle dans la Lettre 139, p.422.

[17] Il s’agit de l’ouvrage de Jurieu, auquel Bayle avait fait allusion dans sa lettre du 29 octobre 1675 (voir Lettre 112, n.10), Apologie pour la morale des réformés, ou défense de leur doctrine touchant la justification, la persévérance des saints et la certitude que chaque fidèle peut et doit avoir de son salut. Pour servir de réponse au livre de M. Arnauld intitulé Le Renversement de la morale de Jésus-Christ (Quevilly 1675, 8°). En effet, comme l’annonce Bayle ici, Jurieu ne devait pas en publier la suite. Cependant, dans sa Justification de la morale des réformés, contre les accusations de M. Arnauld (La Haye 1685, 8°), Jurieu reprendra les arguments de son Apologie et y ajoutera un deuxième tome dirigé contre un nouveau livre d’ Antoine Arnauld, où celui-ci attaquait les thèses de Le Blanc de Beaulieu, professeur de Sedan, intitulé Le Calvinisme convaincu de nouveau de dogmes impies, ou la justification du livre du Renversement de la morale par les erreurs des calvinistes […] (Cologne 1682, 12°). Voir A. McKenna, « Sur L’Esprit de M. Arnauld de Pierre Jurieu », Chroniques de Port-Royal, 47 (1998), Annexe bibliographique, p.203-215.

[18] Bayle ne mentionne à cet endroit qu’un projet de publication. Il y a ici une petite difficulté : on connaît un Sermon sur ces paroles de saint Paul, I Cor. chap. xi, v.23 : « J’ai reçu du Seigneur ce que je vous ay donné » (Quevilly 1682, 8°) : il n’est donc pas question de huit prédications sur ce verset. Par ailleurs, l’année de publication est MDCLXXXII, mais certains exemplaires comportent la fausse date MDCLX, légère malfaçon due à la chute de quelques caractères. Voir E. Kappler, Bibliographie de Pierre Jurieu, n°62, IV.

[19] Claude Pithoys était mort en décembre 1676.

[20] Pierre Le Blanc, frère de Louis Le Blanc de Beaulieu : voir Lettre 144, n.9.

[21] Isaac Lamigue (?-1728), réfugié dans les Provinces-Unies à la Révocation, fut ministre wallon de Sneek, en Frise, en septembre 1686, puis passa à Franeker, fin 1693. En août 1702, il fut choisi comme précepteur du jeune prince d’Orange, de la branche frisonne. En 1708, Lamigue redevint pasteur wallon à Leeuwarden. On possède de lui une lettre à Bayle du 25 février 1686. Lamigue publia une Histoire du prince d’Orange et de Nassau, qui contient ce qui s’est passé depuis la naissance de ce prince jusqu’à sa majorité (Leeuwarde 1715, 16°, 2 vol.) – biographie de son ancien élève, qui fut traduite en néerlandais l’année suivante sous le titre Het leven van Zyne Hoogheit Johann Willem Friso, prinse van Oranje en Nassau (Amsterdam 1716, 12°, 2 vol.). L’ouvrage de Lamigue est dédié à Charles, Landgrave de Hesse-Cassel, beau-père du « héros » ; celui-ci, Jean-Guillaume de Nassau, né en 1687, fut, en 1702, l’héritier universel de Guillaume III d’Orange, roi d’Angleterre, en ce qui concernait ses biens sur le continent (testament qui fut contesté par le roi de Prusse). Jean-Guillaume de Nassau prit part très jeune à la guerre de Succession d’Espagne et mourut accidentellement en septembre 1711. L’ouvrage de Lamigue est moins une biographie qu’une histoire de la guerre de Succession d’Espagne, envisagée du point de vue néerlandais, avec des récits détaillés, accompagnés de plans des sièges des villes.

[22] Sur l’usage du minerval et sur le petit nombre des étudiants de Sedan pendant les années de guerre, voir Lettre 109, n.15.

[23] En fait, les sermons d’ Alexandre Morus n’allaient être imprimés que sensiblement plus tard, en Hollande (à La Haye et à Amsterdam) et à Genève entre 1685 et 1695 – voir NRL, mars 1685, cat. III. Cependant, Joseph Bayle enverra à Bayle un sermon – manuscrit – de Morus : voir Lettre 151, p., et 152, p..

[24] Sur les harangues latines d’ Alexandre Morus, voir Lettre 13, n.12, et H. de Waart, « Academic careers and scholarly networks », in The Early Enlightenment in the Dutch Republic, 1650-1750, dir W. van Bunge (Leiden, Boston 2003), p.23-29.

[25] Synopsis criticorum aliorumque S. Scripturæ interpretum [éditée par Matthew Poole] (Londini 1669-1680, folio, 8 vol.), souvent désignée en abrégé comme Critici sacri. Il s’agit d’un recueil de travaux exégétiques et historiques composés par des auteurs protestants. Il reprenait en texte continu les Critici sacri, sive doctissimorum virorum in S.S. Biblia annotationes et tractatus (Londini 1660-1661, folio, 10 vol.) réunis auparavant par John Pearson, sur lequel voir Lettre 36, n.7. Voir F. Laplanche, L’Ecriture, le sacré et l’histoire (1986), p.326-327, et La Bible en France, entre mythe et critique, - siècle (Paris 1994), p.50, 56, 62. Le JS (13 décembre 1677 (catalogue) et 25 août 1681) mentionne l’œuvre de M. Poole et signale qu’elle est disponible chez Sébastien Mabre-Cramoisy : « On ne sçaurait avoir trop de soin de r’imprimer des livres aussi utiles que celuy-ci, pourveu qu’on le veüille bien faire. »

[26] Après Zachée Daubus (qui y exerça son ministère de 1666 à 1677), il y avait deux pasteurs à Agen en 1678 : Laporte (prénom inconnu), pasteur de 1677 à 1685 et Jean Bories, qui venait de Layrac et qui fut affecté à Agen comme second ministre. Il était âgé (né en 1615) et semble avoir exercé jusqu’en 1683. Voir C. Cambon, « L’Eglise réformée d’Agen sous le régime de l’édit de Nantes (1594-1685) », Revue de l’Agenais, 67 (1940) et 68 (1941), p.13-39 ; ici, respectivement p.23 et 25.

[27] Sur le Canal du Midi, voir Lettre 143, n.11 et 12.

[28] François Turrettini, Sermons sur divers passages de l’Ecriture Sainte (Genève 1676, 8°).

[29] Schomberg avait épousé en secondes noces, le 14 avril 1669, Suzanne d’Aumale, réformée très zélée, fille de Daniel d’Aumale, sieur d’Haucourt.

[30] Antoine Catel, né à Sedan, pasteur à Authon (entre Chartres et Le Mans) de 1676 à 1679, puis pasteur à Compiègne (1679-1685), se réfugia aux Provinces-Unies, où il desservit l’Eglise wallonne de Tarveere.

[31] L’initiale « c » doit probablement être développée en « cousin », et c’est Jean Bruguière de Naudis qu’elle paraît désigner.

[32] Impossible d’identifier ces « messieurs » désignés par une simple initiale, d’autant plus qu’il ne s’agit certainement pas d’officiers supérieurs et, peut-être, pas même d’officiers subalternes.

[33] Jean Mestrezat a publié trop d’opuscules de controverse pour qu’on puisse tenter d’identifier celui que recherchait Jacob Bayle. Rappelons simplement que le plus répandu de ces traités, opposé à Bellarmin et à Du Perron et traduit en plusieurs langues, s’intitulait De la Communion à Jesus-Christ au sacrement de l’eucharistie (Sedan 1624, 8°, et réédité dès l’année suivante).

[34] Sur la nouvelle version des Psaumes entreprise par Conrart, voir Lettre 104, n.22.

[35] Quintilien, i.6 (Bayle a omis l’adverbe satis entre les deux derniers mots) : « ce qu’ils chantaient était à peine intelligible aux prêtres saliens eux-mêmes ». Voir aussi Lettre 105, n.62 : ces prêtres célébraient le culte de Mars.

[36] Il s’agit ici d’une copie des actes du synode provincial d’Ile-de-France de 1669. Le copiste avait indiqué le nom de Satur comme modérateur adjoint : Jérôme Satur, originaire de Montauban, était pasteur à Morsain, non loin de Soissons, et Jacob Bayle croit voir en lui le modérateur adjoint. Ce Satur était certainement apparenté à Thomas Satur, l’un des pasteurs de Montauban. Bayle rectifie la bévue en précisant que le modérateur adjoint de ce synode provincial avait été Jean Le Sueur, pasteur de La Ferté-sous-Jouarre : voir Lettre 118, n.23.

[37] Jean Le Sueur, Histoire de l’Eglise et de l’Empire... (voir Lettre 118, n.23). L’ouvrage allait connaître plusieurs éditions ultérieures et une continuation par Bénédict Pictet.

[38] Actuellement, nous dirions le château.

[39] Pour le titre complet de l’ Apologie pour la morale, voir Lettre 112, n.10.

[40] Jean de Focquenbergues (ou Fauquembergue), neveu de Drelincourt par son mariage en 1636 avec une nièce du pasteur de Charenton, fut pasteur à Dieppe. Il est plutôt l’éditeur que l’auteur d’un traité de piété intitulé Le Voyage de Beth-El, avec les preparations, prieres et meditations pour participer dignement à la Sainte Cène, ensemble les pseaumes qui se chantent les jours de celebration d’icelle, composé par Michel Le Faucheur, Samuel Durant, Pierre Du Moulin, Jean Mestrezat, Raymond Gaches (Charenton 1665, 12°). L’ouvrage connut de multiples éditions, à Paris en 1670 et 1674, à Saumur en 1677. Le fait qu’on ne le trouvait pas à Sedan atteste l’indigence de l’unique librairie de la ville, que Bayle avait déjà signalée, Lettre 138 (voir n.9), en mentionnant le décès du libraire Chayer.

[41] Il s’agit d’une parente montalbanaise des Bayle. L’éventuel conflit qui pouvait surgir entre Jacob Bayle et le beau-père de la défunte dépend du fait que la coutume de Montauban retournait les biens dotaux d’une femme qui mourait sans postérité à des membres de sa famille de naissance, ou bien à son mari, mais simplement durant la vie de ce dernier, sans que ces biens dotaux puissent revenir aux héritiers de celui-ci.

[42] Nous n’avons pu identifier ce baron.

[43] Sur les Dernières heures de Bonafous, qui venaient d’être imprimées à Montauban, voir Lettre 134, n.21.

[44] Jacques de Coras, Montauban florissant, idylle héroïque (Montauban 1677, 12°). Bayle sera déçu à la lecture du poème : voir Lettre 151, p..

[45] Paul Charles (?-1648), père de Jean et oncle de Michel Charles, avait enseigné la théologie à l’académie réformée de Montauban. Nous n’avons pu identifier l’ouvrage posthume mentionné ici, dont l’impression pourrait bien être demeurée à l’état de projet.

[46] Sur Pierre Trouillart, voir Lettre 133, n.6. L’aîné de ses fils, prénommé lui aussi Pierre (1646-1701), fut pasteur à Calais et à Guines (1673-1685), se réfugia dans les Provinces-Unies, devint pasteur wallon à Cadsand (1686-1687), puis le fut en Angleterre, à Canterbury (1687-1699), et enfin de nouveau en Zélande, à Middelbourg (1699-1701) : voir Stelling-Michaud, vi.76-77. Nous sommes mal renseignés sur son frère, au prénom incertain ( Philippe ?), qui fut pasteur d’Oisemont et y reçut un temps en pension l’un des anciens élèves de Bayle, Adolphe de Beringhen (voir E. Labrousse, Pierre Bayle, i.145, n.60). Après la Révocation, c’est probablement le pasteur d’Oisemont qu’on retrouve pasteur en Caroline du Sud – évidemment après un séjour en Angleterre.

[47] Père Jean Vincent, doctrinaire, Discussio peripatetica in qua philosophiæ cartesianæ principia, per singula fere capita seu articulos dilucide examinantur (Tolosæ 1677, 12°), et Cursus philosophicus in quo totius scholæ quæstiones fere omnes in utramque partem propugnantur (Tolosæ 1658-1671, 4°, 5 vol.).

[48] Bayle possède maintenant le cours de philosophie du Père Maignan, minime : voir Lettre 144, n.21. L’autre ouvrage que Bayle désire acquérir s’intitule Philosophia sacra, sive entis tum supernaturalis tum increati (voir Lettre 107, n.26, sur les deux éditions successives de cet ouvrage). Ce sont manifestemment des ouvrages qui servent à Bayle dans la rédaction de son cours de philosophie, sur lequel voir J.-M. Gros, « Un cours de philosophie vers 1680 », Cahiers philosophiques, 41 (1989), p.75-97.

[49] Le bref Traité de la foi justifiante de Pierre Du Moulin le fils n’a jamais été publié séparément. Il figure en seconde partie de la troisième édition française de A Week of soliloquies and prayers with a preparation to the holy communion (London 1657, 8°). Le texte originel français fut composé vers 1655 à l’intention de Mme d’Haudanger, baronne de Sorcy (actuellement, département de la Meuse), comme nous l’apprend sa dédicace. Vraisemblablement, la dédicataire fréquentait le temple de Sedan ; son mari était un gentilhomme suisse (voir Lettre 160, p., et n.22). Cette pieuse dame fit circuler autour d’elle des copies du Traité, d’où les premières éditions françaises (Charenton 1662 ; Sedan 1663). La troisième édition française porte le titre : Semaine de méditations et de prières. Avec une préparation pour la Sainte Cène, troisième édition à laquelle est ajouté un Traité de la forme essentielle ou nature de la foy justifiante (Amsterdam 1667, 16°) ; c’est vraisemblablement cette édition-là que Bayle enverra à son frère. Cet ouvrage de dévotion connut un grand nombre d’éditions à partir de la première de 1662, intitulée : Semaine de méditations et de prières, avec une préparation pour la Sainte Cène ; le titre fut modifié comme ci-dessus dans les éditions suivantes.

[50] Installé dans sa charge de professeur de théologie à Saumur : (voir Lettre 105, n.30), Etienne de Brais avait assuré l’enseignement de la théologie pendant plusieurs années sans avoir été officiellement nommé. On peut supposer que cette situation assez étrange s’est trouvée liée aux difficultés opposées à la nomination de Pajon. L’affaire demeura en suspens, quoique réglée sur le plan pratique. Bayle fait allusion ici au commentaire d’Etienne de Brais, Analysis paraphrastica epistolæ S. Pauli ad Romanos, cum notis ; adjecta est ejusdem dissert. de sabbato deuteroproto : Luc VI, 1, et de baptismo pro mortuis : I Cor. XV, 29 (Salmurii 1670, 4°), ouvrage réédité plusieurs fois au siècle à Francfort (1707) et à Leipzig (1726).

[51] Sur les thèses inaugurales d’ Etienne de Brais, voir Lettre 146, n.11.

[52] Henri Philiponeau (ou Philipponneau) de Hautecour (1646-1715), neveu du gendre d’ Amyraut, Bernard de Haumont, fut pasteur de Saumur en 1671 et professeur de théologie en 1677 ; il se réfugia aux Provinces-Unies, où il enseigna la théologie à l’université de Franeker. Il allait devenir beau-père d’ Isaac Lamigue en 1709 (voir ci-dessus n.21).

[53] Sur Philippe Mesnard, sieur d’Aïr, voir Lettre 139, n.4 ; la lettre de Bayle ne nous est pas parvenue : voir aussi Lettre 163, n.19.

[54] On trouve aussi l’orthographe « Alperon » pour ce personnage, prénommé Jacques (voir Lettre 163, n.19). Il avait enseigné l’hébreu à Loudun, dans une école qui fut fermée par lettre de cachet en 1665 ; Alpron s’établit alors à Saumur. En octobre 1685, il fut autorisé à gagner Paris (Haag, iii.83 b), ayant abjuré, et il bénéficia d’une pension. Il mourut vers 1710 (voir BSHPF, 126 (1980), p.243).

[55] Dans les langues italienne et espagnole : voir Lettre 163, p..

[56] Sur les ouvrages de Mathieu de Larroque, voir Lettres 68, n.16, et 75, n.9. Mais Bayle n’avait pas encore signalé à son frère la Response à un livre intitulé « L’ Office du Saint Sacrement » venu des Messieurs de Port-Royal (Charenton 1665, 8°). Un Office du Saint-Sacrement figure dans les Heures de Port-Royal dès 1650 et dans la seconde édition (Paris 1658, 12°), p.222-228, mais l’ouvrage attaqué par Larroque est très probablement la nouvelle édition augmentée (Paris 1659, 12°), qui comporte, en une première partie, en latin et en français, l’office complet de la fête et celui de chaque jour de l’octave ; la seconde partie, en latin, présente de nombreux textes patristiques sur la tradition de l’Eglise concernant la transsubstantiation – annonçant par là la « grande » Perpétuité ; la troisième partie reprend ces mêmes textes en français. Voir aussi NRL, mars 1684, art. V, où est publié un éloge de Larroque.

[57] Voir le Mercure galant, août 1677, p.127-133 : « Description d’une fête galante donnée à Montpellier par M. de La Quère à M lle de La Vérune ». Bayle avait pensé à Tristan d’Usson, sieur de La Quère, le troisième fils de François d’Usson ; il fut lieutenant, puis capitaine de galère et après sa conversion au catholicisme, finit cénobite. Voir Lettres 152, n.19, et 153, n.27.

[58] Comme les autres lettres mentionnées ici, ce billet de Jurieu à Jacob a été perdu, mais la suite de la lettre de Bayle nous en fait connaître le contenu. Bayle avait autrefois confié à son frère que Jurieu n’avait pas que des amis à Sedan (voir Lettre 133, n.17), et d’une manière générale il y avait une certaine tension entre les professeurs et les pasteurs du cru et ceux de leurs collègues dont les familles n’étaient pas ardennaises. Il semble que le Sedanais Alpée de Saint-Maurice, professeur de théologie, n’ait pas été dans les meilleurs termes avec son collègue Jurieu. Celui-ci voulait connaître avec précision le fonctionnement administratif de l’académie de Puylaurens, dont il espérait qu’il lui fournirait un exemple applicable à Sedan.

[59] Les deux professeurs de philosophie – deux laïcs – étaient donc venus grossir les conseil des modérateurs. Le choix de Bayle comme secrétaire de cette compagnie atteste qu’en dépit de sa liaison évidente avec Jurieu, il inspirait généralement confiance même à ceux qui n’aimaient pas le théologien. Les qualités de calligraphe de Bayle peuvent également avoir joué dans cette distinction.

[60] Ces détails sur le déroulement des propositions, autrement dit des examens auxquels étaient soumis les étudiants en théologie, sont intéressants en ce qu’ils nous montrent l’emprise des valeurs de compétition dans l’honneur, qui dominaient la société civile, tout aussi sensible dans des milieux et dans des circonstances où on aurait pu penser qu’elle se relâchait. Dans toutes les occasions, chacun – et, on le verra, Jurieu plus que quiconque – défendait jalousement ses prérogatives et cherchait à les accroître…

[61] Rappelons que Basnage était depuis peu un des pasteurs de Rouen.

[62] Nous avons dans cet aveu la preuve, s’il en était besoin, que Bayle n’accédait ni régulièrement ni immédiatement au contenu des périodiques parisiens. Seule la Gazette arrivait sans doute avec promptitude et régularité.

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