Lettre 1480 : Pierre Bayle à Louis Tronchin

[Rotterdam, le 26 avril 1700] Monsieur J’avois fait paroitre tant de joie à Mr Memin [1] de ce qu’il m’ap[p]ortoit un memoire de votre part qui me donneroit lieu d’orner mon ouvrage d’un nom illustre [2], et je l’avois tant prié en meme tem[p]s de vous faire savoir le plaisir que je me ferois d’ inserer l’article de Monsieur votre pere, que je crus qu’il vous rendroit compte promptement de notre conversation. De là est venu Monsieur, que je n’ai pas eu l’honneur de vous ecrire sur ce sujet pour vous marquer ma reconnoissance de la faveur que vous m’avez faite de me communiquer un memoire si precieux, et d’autant plus agreable qu’il me fournira une occasion tres naturelle de vous temoigner combien j’honore depuis long tem[p]s votre excellent et rare merite. J’esperois de me servir de l’occasion de quelque voiageur, afin qu’une lettre que je jugeois superflue, ne vous coutat pas de port. Il ne s’est point presenté de telle occasion, mais puis que par votre derniere lettre j’ap[p]ren[d]s que vous souhaitez d’etre eclairci et que je le fasse à droiture, je me donne l’honneur de vous ecrire aujourd’hui par la poste de France, et vous / sup[p]lie d’etre fortement persuadé que votre memoire paroitra (selon la forme que je donne aux articles de mon ouvrage) dans la 2 e edition. Elle sera considerablement augmentée mais je ne croi pas qu’elle puisse etre en vente que vers l’eté ou l’automne de l’année prochaine. Je vous souhaitte une longue et heureuse santé et prosperité et suis avec toute sorte de respect, Monsieur, votre tres humble et tres obeissant serviteur Bayle Je vous sup[p]lie d’agreer que j’assure ici de mes tres humbles services et respects Monsieur le syndic Choüet [3]. A Rotterdam le 26 e d’avril 1700. Monsieur Tronchin pasteur / et professeur en theologie / A Geneve

Notes :

[1] Nous avons déjà rencontré Guy Mesmin, médecin calviniste qui avait soigné Joseph Bayle lors de sa dernière maladie et qui s’était ensuite réfugié aux Pays-Bas et puis à Londres : voir Lettres 339, n.6, et 634, n.2. Il s’agit ici plus probablement de Pierre Mesmin, originaire de Paris, réfugié à Berne à la Révocation, qui semble avoir voyagé en Suisse en 1695 pour récolter un soutien financier pour les galériens. Il agissait comme un agent à Berne, étant l’intermédiaire entre les donateurs et les galériens : il envoyait l’argent à ses correspondants français qui devaient en retour lui faire parvenir des reçus. Il séjourna à Genève en 1699 et y joua le rôle qui devait être par la suite celui de Bénédict Calendrini (voir Lettre 623, n.3). Mesmin pourrait être l’auteur d’un mémoire sur les galériens conservé aux archives de Zurich (Staatsarchiv, ms E I 25.14). Voir J.-G. Baum, Les Eglises réformées sous la croix [...] (Strasbourg 1869), p.42 ; E. Jaccard, L’Eglise française de Zurich (Zurich 1889), p.257-258 ; Douen, iii.371 ; A. de Chambrier, Henri de Mirmand et les réfugiés de la révocation de l’Édit de Nantes. 1650-1721 (Neuchâtel 1910), p.98 ; M. Grandjean, « Genève au secours des galériens pour la foi (1685-1718) », in O. Fatio (dir.), Genève au temps de la révocation de l’édit de Nantes, Mémoires et documents publiés par la Société d’art et d’archéologie de Genève, tome 50 (Genève, Paris 1985), p.399-438, en particulier, p. 413, n.16.

[2] Voir le DHC, art. « Tronchin (Théodore) », Bayle renvoie à un « mémoire communiqué », « reçu de Genève ». Bayle conclut ainsi son article : « Il [ Théodore Tronchin] laissa entre autres enfan[t]s Louïs Tronchin, qui étoit ministre de l’Eglise de Lion, et qui fut élu quatre ans après pour remplir sa place dans l’Eglise, et dans la chaire de théologie [de Genève]. Ce digne fils occupe encore aujourd’hui (on écrit ceci l’an 1701) ce poste-là, avec la réputation d’un des plus habiles théologiens de notre tem[p]s. Tous ceux qui connoissent la justesse et la pénétration de son génie souhaitent passionnément qu’il veuille enfin devenir auteur, et sont bien marris qu’il ait fait si peu de cas de ce titre-là. » Tronchin a, en effet, peu publié : voir Lettre 10, n.13, J. Solé, « Rationalisme chrétien et foi réformée à Genève autour de 1700 : les derniers sermons de Louis Tronchin », BSHPF, 1982, p.29-43, et O. Fatio, Louis Tronchin (1629-1705), une transition calvinienne (Paris 2016).

[3] Le neveu de Tronchin, Jean-Robert Chouet, autrefois professeur de philosophie de tendance cartésienne, d’abord à Saumur, ensuite à Genève, avait abandonné l’enseignement pour occuper des postes importants dans le gouvernement de la république de Genève : voir Lettre 5, n.11, et M. Sina, La Corrispondenza di Jean-Robert Chouet, professore di filosofia a Saumur e a Ginevra (Firenze 2008).

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