Lettre 1582 : Pierre Bayle à Pierre Des Maizeaux

A Rotterdam le 17 e d’octobre 1702 Celui [1] qui m’ap[p]orta la bonne edition de Marot [2], et du livre de Mr Stoupe [3] que vous m’avez fait la faveur de m’envoier Monsieur, me promit de repasser dans peu de jours afin de prendre la lettre que je voulois vous ecrire pour vous temoigner ma reconnoissance, mais il manqua à sa parole. La lettre que je tenois prete avec quelque vieux bouquin que je voulois vous envoier etoit destinée pour etre mise dans une caisse de livres que Mr Leers devoit envoier à Londres à Mr Falaizeaux [4], et dans laquelle je lui avois fait promettre qu’il mettroit le livre de Mr Sloane [5]. Mais Mr Leers[,] qui oublie volontiers les choses[,] fit l’envoi sans prendre mon paquet. Je n’ai trouvé une occasion de l’envoier que depuis un mois. Je l’ai adressé à Mr Silvestre [6], et l’ai prié de vous rendre ma lettre avec deux vieux bouquins [7] que j’ai cru que vous pourriez n’avoir pas, et ne mepriser pas. Je vous sup[p]lie de savoir de Mr Silvestre s’il a recu cela avec le livre du docteur Sloane qui est en son genre fort singulier. J’en ai tiré quelques extraits qui paroitront dans le Sup[p]lement à quoi je travaille de mon Diction[n]aire [8]. Je ne travaille qu’à cela, et encore ne m’y ap[p]lique-je que fort tranquillement, aimant mieux menager ma santé que la bouleverser par l’etude. J’asseure de mes tres humbles respects l’illustre Mr de S[aint] Evremont [9] / et suis ravi d’ap[p]rendre qu’il se porte bien. Je n’ai aucune piece manuscrite qui soit de lui [10], et je ne me souviens point d’avoir trouvé dans des livres (voiez pourtant les lettres de Rabutin [11] et quelques uns des ouvrages en Ana [12]) quelques particularitez de sa vie. Il y a quelque chose qui le concerne dans l’une des pieces des Memoires de La Rochefoucault [13], mais c’est plutot une raillerie qu’un eloge. Il est souvent parlé de lui dans les Journaux des savans, et vous trouverez les endroits dans les tables que le sieur van Beughem a publiées de tous les journalistes de l’Europe [14]. J’ai toujours eu pour Mr de La Bastide un respect tout particulier, et je serai bien aise de la publication de l’ecrit où il montre que Mr Pellisson est l’auteur de l’ Avis aux refugiez [15] mais sauf meilleur avis, Monsieur, je ne trouve pas qu’il y faille joindre l’avertissement dont vous m’envoiez le plan. On saura que vous avez dirigé l’impression des pieces dont celle là feroit partie. Vous vous attireriez sur les bras toute la cabale de mon adversaire, qui etant composée de gens bilieux et acariatres s’envenimeroit contre vous comme contre moi. C’est une af[f]aire que j’ai entierement oubliée et qui tombe d’elle meme dans l’oubli. Ce seroit reveiller les mauvaises humeurs que de la remettre sur la scene. On publieroit des feuilles volantes qui m’obligeroient peut etre à les refuter et je ne souhaitte rien moins que de si miserables occupations. Voiez donc Monsieur, s’il ne / vaudroit pas mieux se reduire à deux mots d’avertissement pour faire voir combien on s’expose à juger faux quand on attribuë à tel ou à tel un livre anonyme. Il est tres vrai que Mr Pelisson fit rimprimer l’ Avis chez Martin à Paris [16], mais sans aucune addition ; il n’y a que quelque mot ou quelque phrase de changé. Si vous trouvez à propos de joindre au recueil ma reponse à l’ abbé Renaudot [17], j’y consens, mais je ne veux y rien ajouter ni changer, je promis à feu Mr de Witt qui etoit grand ami de cet abbé et qui se donna du mouvement pour arreter notre querelle, que je consentois à une treve perpetuelle, à quoi l’abbé paroissoit fort incliné [18]. C’est pour cela que je n’ai rien dit dans ma 2 e edition qui se rapportat à ce different, et par la meme raison je n’y ai pas joint mes Reflexions sur le jugement du public. Je goute extremement l’ordre que vous voulez donner aux pieces. Je preparerai incessamment* le peu de corrections que j’ai à donner pour les imprimeurs de la traduction angloise de mon Diction[n]aire [19], et je vous les enverrai par la voie qu’il vous plaira de m’indiquer. Comme l’impression n’ira pas peut-etre fort vite, on pourra les envoier en divers tem[p]s, d’abord celles qui concernent les premieres lettres, et puis les autres selon qu’on en aura besoin vu le cours de l’impression. Je consens / qu’ils retranchent ce qu’ils voudront et j’aime mieux cela que des notes où ils rectifieroient les choses selon leur gout. Les marges n’etant deja que trop chargées, cela feroit de la confusion. Demandez leur je vous prie s’ils ont recu la lettre où j’avertissois le traducteur de quelques choses à observer [20]. Voici ce que j’ajoute à cet egard. Quand je renvoie à une remarque d’un article qui n’etoit pas encore imprimé, je n’en marque pas la lettre, je dis seulement voiez l’une des remarques d’un tel article. Presentement on peut marquer si c’est la remarque B ou C et il seroit tres commode aux lecteurs qu’elle fut ainsi marquée. J’ai seu que Mr Duncan etoit à Berlin lors que je le croiois encore à Berne et il n’y a pas long tem[p]s qu’il m’a fait l’honneur de m’ecrire de cette ville là [21]. Vous savez que j’ai declaré que je n’etois point l’auteur du Commentaire philosophique [22], j’avouë avec vous que cet ouvrage devroit etre abrégé, il faudroit le reduire au 3 e ou au quart pour en faire un ouvrage regulier. Il y a peu de choses contre Mr Jurieu si ce n’est dans la preface du sup[p]lement [23]. Si l’on traduit en anglois mes Pensées sur les cometes [24], on feroit bien d’en oter tout ce que je dis du roi de France. J’ai marqué dans la preface de la 3 e edition pourquoi j’avois suivi le style des ecrivains de Paris, et leurs pompeux eloges [25]. Il faudroit pour le moins emploier cette preface, mais le mieux seroit d’oter tout ce que j’ai dit de louanges [26]. Cela seul gendarmera et revoltera contre le livre et contre l’auteur les lecteurs anglois. Je suis, Monsieur, votre etc.

Notes :

[1] L’identité de celui qui servit d’intermédiaire pour cet échange entre Des Maizeaux et Bayle n’est pas précisée.

[2] Sur cette édition de Marot (Niort, Thomas Portau 1596, 16°), apportée par Des Maizeaux, voir Lettre 1577, n.2 et 3.

[3] Jean-Baptiste Stouppe (ou Stoppa), La Religion des Hollandois représentée en plusieurs lettres écrites par un officier de l’armée du Roy à un pasteur et professeur en théologie de Berne (Paris 1673, 12°). Sur cet ouvrage, voir Lettre 882, n.33, et sur l’auteur voir Lettre 882, n.33, et T. Guillemin, Isaac Papin (1657-1709). Itinéraire d’un humaniste réformé, de l’Ecole de Saumur au jansénisme (thèse, université d’Angers 2015, 3 vol.), s.v.

[4] Sur Pierre Falaiseau, ancien chargé d’affaires à Londres de l’ électeur du Brandebourg, voir Lettre 1563, n.6.

[5] Sur le livre de Louis Chocquet prêté à Bayle par Hans Sloane, voir Lettre 1565, n.7. Pour l’annotation de ce passage, Des Maizeaux et Marchand se livrent à un véritable concours d’érudition dans leurs éditions respectives de la correspondance, dans le DHC et dans les OD. La note initiale de Des Maizeaux est apparemment celle de l’édition Marchand de 1714 (Lettre CCVIII, n.3) et elle est longuement commentée et corrigée par Marchand dans une seconde note, signée M[archand], dans la même édition. Des Maizeaux corrige son annotation dans son édition de 1729 et dans les OD, et, en fin de compte, précise que, dans son ajout à l’article « Chocquet (Louis) », rem. A, Bayle attribue à Chocquet à la fois les Actes des apostres et l’ Apocalypse de saint Jean Zebedee, alors que Chocquet n’aurait composé que la seconde œuvre : Bayle aurait été trompé sur ce point par Du Verdier, alors que La Croix du Maine précise que les Actes des apostres ont été commencés par Arnoul Greban et achevés par son frère Symon. Des Maizeaux cite une édition de l’ouvrage attribué à Chocquet imprimée aux dépens de Guillaume Alabat et parue à Bourges en 1536 et ajoute que Hans Sloane vient de lui montrer une autre édition, imprimée sans lieu ni date, qui permet d’apporter des précisions concernant les éditions et l’attribution de cet ouvrage.

[6] La dernière lettre de Bayle à Pierre Silvestre est celle du 16 mai 1702 (Lettre 1563) : une autre a dû se perdre.

[7] Sur ces deux livres, qui ne sont pas identifiés plus précisément, voir Lettre 1577, n.5.

[8] A peine remis des tâches épuisantes de la composition des nouveaux articles de la deuxième édition du DHC et de la correction des épreuves, Bayle s’était mis à la composition du Supplément, qui ne devait, en fin de compte, paraître que sous forme de notes en annexe de l’édition de 1720.

[9] Des Maizeaux avait été introduit dans le cercle de Saint-Evremond, sans doute par Pierre Silvestre. Voir la lettre de Saint-Evremond adressée à Des Maizeaux et publié dans l’édition de ses Œuvres meslées, éd. Des Maizeaux et Silvestre (Londres, Jacob Tonson 1709, 4°, 3 vol.), iii.431-434 : « Je suis fâché, Monsieur, de ne vous avoir pas renvoyé plus tôt le livre de Monsieur Bayle ; je vous aurois épargné la peine de l’envoyer querir. Je l’ai lû avec plaisir. Tout ce que vous me faites la grace de m’envoyer est si bien choisi, qu’on ne trouve pas moins de satisfaction à le lire, que d’instruction ; particulierement quand ce sont des ouvrages de Monsieur Bayle. Il donne un tour si agréable à sa profonde érudition, que l’on n’en est jamais dégoûté. Il est vrai que ses discussions chronologiques me fatiguent un peu ; mais elles sont nécessaires aux historiens ; et je trouve bien-tôt de quoi me dédommager amplement, dans les matieres qui suivent. Quel charme seroit la lecture, si tous les savants avoient autant de délicatesse et de justesse d’esprit que lui ! Mais au lieu de ces rares qualités, on ne trouve dans la plûpart des auteurs qu’une science confuse, un faux goût, et un entêtement ridicule. [...] Si vous m’envoyez le premier tome de Monsieur Bayle dans dix ou douze jours, vous m’obligerez beaucoup. Dans la dernière conversation que nous avons eue ensemble, vous me dîtes certaines particularités du Roman de la rose, que je voudrois bien voir plus au long. » Des Maizeaux indique dans son annotation de cette lettre qu’il s’agit de la deuxième édition du DHC (1702) : il avait sans doute prêté à Saint-Evremond l’un ou l’autre des deux derniers volumes de cette édition. Nous sommes bien obligés de le suivre sur ce point. Un petit mystère subsiste néanmoins, car dans le premier tome du DHC, Saint-Evremond ne pouvait guère trouver qu’une mention très brève du Roman de la rose : art. « Abélard (Pierre) », rem. I ; une autre allusion semblable – concernant l’inscription prétendue de l’histoire d’amour d’Abélard et Héloïse dans le roman – se trouvait dans l’article « Héloïse », rem. F, mais cet article se trouve dans le deuxième tome de la deuxième édition du DHC ; surtout il ne s’agit que d’allusions brèves et de peu d’intérêt qui n’auraient pas suffi à aiguiser l’intérêt de Saint-Evremond pour le commentaire de Bayle. Ce n’est d’ailleurs pas dans le DHC que Saint-Evremond allait apprendre du nouveau sur le Roman de la rose mais directement par une lettre circonstanciée de Des Maizeaux, publiée par celui-ci dans son édition des Œuvres meslées (1709), iii.437-446.

[10] Bayle avait publié la Conversation du maréchal d’Hocquincourt avec le Père Canaye de Saint-Evremond dans son Retour des pieces choisies, ou bigarrures curieuses (Emmerick 1687, 12°) : voir Lettre 605, n.7. Il répond ici manifestement à une question de Des Maizeaux, qui envisage la composition de sa Vie de M re Charles de Saint-Denis, sieur de Saint-Evremond, avec sa lettre sur la paix des Pyrénées (Paris 1705, 12°) et la publication des Œuvres meslées avec la collaboration de Pierre Silvestre : sur ces projets, voir Broome, An agent in Anglo-French relationships, p.49-51.

[11] Bussy-Rabutin, Lettres de Messire Roger de Rabutin, comte de Bussy (Paris 1697, 12°) : voir sur cet ouvrage Lettre 1160, n.28.

[12] Sur les Saint-Evremoniana de Cotolendi, voir Lettre 1495, n.16.

[13] Au moins un passage des Mémoires de La Rochefoucauld tels qu’ils furent publiés aux Provinces-Unies (Cologne 1662, 1664, 12°) était dû à Saint-Evremond : voir la lettre de La Rochefoucauld de l’année 1662, éd. L. Martin-Chauffier et J. Marchand, Paris 1964, n° 67, p.612-613 : « Les deux tiers de l’écrit qu’on m’a montré, et que l’on dit qui court sous mon nom, ne sont point de moi, et je n’y ai nulle part. L’autre tiers, qui est vers la fin, est tellement changé et falsifié dans toutes ses parties et dans le sens, l’ordre et les termes, qu’il n’y a presque rien qui soit conforme à ce que j’ai écrit sur ce sujet-là : c’est pourquoi je le désavoue comme une chose qui a été supposée par mes ennemis, ou par la friponnerie de ceux qui vendent toute sorte de manuscrits sous quelque nom que ce puisse être. » La Rochefoucauld porta plainte devant le Parlement le 7 septembre 1662, exigeant la suppression de cette édition, à laquelle les imprimeurs rouennais Jean II et David Berthelin avaient été mêlés ( ibid., p.771). Sur ceux-ci, voir J.-D. Mellot, L’Edition rouennaise et ses marchés (vers 1600-vers 1730). Dynamisme provincial et centralisme parisien (Paris 1998), p.144, n.159. Des Maizeaux signale en particulier la pièce intitulée Retraite de Mr de le duc de Longueville en son gouvernement de Normandie (1649) comme étant due à Saint-Evremond : elle figure, en effet, dans les Œuvres meslées éditées par Des Maizeaux et Silvestre (Londres 1709, 4°), i.36-44 ; voir aussi Des Maizeaux, La Vie de [...] Saint-Evremond (n lle éd., Amsterdam 1726, 12°, 5 vol.), i.26-27.

[14] Cornelius van Beughem avait publié d’abord La France sçavante, id est Gallia erudita, critica et experimentalis novissima (Amstelodami 1683, 12°), comportant la liste de tous les ouvrages recensés dans le Journal des savants ; cet ouvrage fut critiqué par Baillet dans son Jugemen[t]s des savan[t]s ([1685-1686], éd. Amsterdam 1725, 4°), ii.20, et van Beughem se garda de commettre les mêmes erreurs dans la présentation de son Apparatus ad historiam litterariam novissimam, variis conspectibus exhibendus, quorum nunc primus prodit, qui est bibliographia eruditorum critico-curiosa seu dispositio harmonica scriptorum operumque quorum summaria et contenta in actis et ephemeridibus eruditorum universæ ferme Europæ exhibentur (Amsterdam 1689-1701, 12°, 2 vol.), qui vise à constituer la liste de tous les livres recensés dans les périodiques européens jusqu’en 1700.

[15] Bayle a pris connaissance d’une première version, encore manuscrite, de la Dissertation, où l’on découvre le véritable auteur de l’« Avis aux réfugiez » de Marc-Antoine de La Bastide et craint de réveiller la querelle autour de l’attribution de ce pamphlet féroce. En effet, il devait bien voir que les indices se multipliaient – tels que la Dissertation concernant le livre d’Etienne Junius Brutus, imprimée l’an 1579 et la Dissertation sur les libelles diffamatoires, jointes en annexe à la deuxième édition du DHC et traitant de problématiques qu’il avait mises en avant dans l’ Avis aux réfugiez – qui pouvaient susciter de nouveaux soupçons sur sa responsabilité, alors qu’il venait d’obtenir un répit dans la bataille devant le consistoire grâce aux Eclaircissements. La Dissertation de La Bastide ne fut finalement publiée que dans l’ Histoire de Mr. Bayle et de ses ouvrages (n lle éd., Amsterdam 1716, 12°) de Bernard de La Monnoye, sous le titre « L’auteur de l’ Avis aux réfugiés déchiffré » (p.297-362). On saisit sur le vif l’ironie de cet échange – puisque Bayle était le véritable auteur du pamphlet en question (voir l’éd. G. Mori, Paris 2007) – même si son conseil à Des Maizeaux part aussi de la bonne intention de lui éviter l’animosité du clan de Jurieu. Voir aussi le commentaire de Jean-Alphonse Turrettini dans sa lettre à Des Maizeaux du 1 er juillet 1717 : « La dissertation qu’on attribue à M. de La Bastide, pour prouver que l’auteur de l’ Avis aux réfugiez étoit M. Pellisson, ne persuadera personne. Il ne faut pas contester ces faits avérés. Vous pouvez consulter là-dessus le neveu de M. de La Bastide qui est à Londres, qui vous en donnera de nouvelles preuves. » (BL, Add. mss 4.228, f.192 : cité par G. Mori, loc. cit., p.19, n.47 ; Pitassi, Inventaire Turrettini, n° 2782).

[16] Sur le rôle – très restreint – de Pellisson dans la publication parisienne de l’ Avis en 1691-1692, où la préface de l’édition précédente avait été supprimée, voir Bayle, Avis aux réfugiés, éd. G. Mori, p.25-30, et 48, n.175.

[17] Sur le projet de Des Maizeaux de constituer un recueil des écrits polémiques de Bayle dans sa querelle avec Jurieu, voir Lettre 1555, n.17. La question de Des Maizeaux à laquelle Bayle répond ici porte sur ses Réflexions sur le Jugement de l’ abbé Renaudot (Lettre 1303), qu’il pensait joindre à ce recueil.

[18] Bayle avait déjà fait allusion à cet accord avec Renaudot établi par l’intermédiaire de Johan de Witt (Lettre 1549, n.4), mais les lettres concernant cet « arrangement » ne nous sont pas parvenues.

[19] Sur ce projet de traduction anglaise et sur les corrections que Bayle souhaitait apporter à son texte, voir le post-scriptum de sa lettre à Des Maizeaux du 3 septembre (Lettre 1577, n.6).

[20] Cette lettre de Bayle adressée à Jacob Tonson ne nous est pas parvenue ; elle a sans doute abouti entre les mains de Des Maizeaux lui-même, car il joua un rôle clef dans la publication des trois traductions anglaises du DHC.

[21] Bayle avait fait allusion à Daniel Duncan (1649-1735), médecin à Berne, dans le DHC, art. « Cerisantes », in fine : voir Lettre 1162, n.5. La lettre par laquelle Bayle avait appris la nouvelle de son arrivée à Berlin est perdue. Des Maizeaux ajoute que Duncan se retira par la suite en Angleterre.

[22] Le Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus-Christ « Contrain[s]-les d’entrer » avait été publié comme « traduit de l’anglois du sieur Jean Fox de Bruggs par M.J.F. » sous l’adresse « Cantorbéry, T. Litwel, 1686 » [Amsterdam, A. Wolfgang, octobre 1686]. Sur la signification de ce pseudonyme, allusion à la fois au quaker George Fox et à l’anabaptiste David Joris, connu sous le nom de Jean de Bruges (Bruggs en néerlandais), voir l’édition établie par J.-M. Gros, De la Tolérance. Commentaire philosophique (Paris 2006), p.42-43.

[23] Voir Bayle, Supplément du « Commentaire philosophique [...] » ; où entre autres choses, l’on achève de ruïner la seule échap[p]atoire qui restoit aux adversaires, en démontrant le droit égal des hérétiques pour persécuter à celui des orthodoxes. On parle aussi de la nature et origine des erreurs (Hambourg, T. Litwel [Amsterdam, A. Wolfgang (?)] 1688, 12° ; éd. M. Pécharman, Paris 2002) : « Préface, contenant les raisons qui ont fait sup[p]rimer la réponse ample et exacte, qu’on avoit faite au traité Des droits des deux souverains, etc. [de Jurieu] desquelles raisons la principale est, qu’on peut en cinq ou six pages, comme il se verra ici même, faire une apologie invincible de ce qui a été censuré du Commentaire philosophique ».

[24] Le projet d’une traduction des Pensées diverses sur la comète fut réalisé quelques années plus tard. Des Maizeaux signale que cette traduction, publiée sous le titre Miscellaneous Reflections occasion’d by the Comet which appear’d in December 1680 [...] : written to a Doctor of the Sorbon [...] To which is added the author’s life (Lonson 1708, 8°, 2 vol.), comporte la préface de la troisième édition, ainsi que « la traduction de quelques mémoires sur la Vie de Mr Bayle, que Mr le comte de Shaftesbury m’avoit demandez ». En effet, la Vie de Mr Bayle est traduite sous le titre : Life of Mr. Bayle : in a letter to a peer of Great Britain. Voir La Monnoye, Histoire de Mr Bayle et de ses ouvrages (Amsterdam 1716, 12°), p.56 sqq. Voir aussi Various thoughts on the occasion of a comet, trad. R.C. Bartlett (Albany 2000).

[25] Bayle, Pensées diverses, Préface de la troisième et quatrième édition ( OD, iii.7-8) : Bayle explique d’abord qu’il avait eu le projet d’adresser sa Lettre sur les comètes (titre de la première édition) à Donneau de Visé, rédacteur du Mercure galant, et de lui faire prendre les mesures utiles pour faire approuver l’ouvrage par Gabriel Nicolas de La Reynie, lieutenant général de police de Paris ; ce projet ayant échoué et l’académie réformée de Sedan ayant été supprimée, il se retira à Rotterdam et ne songea plus à faire imprimer son ouvrage à Paris : « Vous voïez là le motif qui me fit prendre le style d’un catholique romain, et imiter le langage et les éloges de Mr de Visé sur les affaires d’Etat. Cette conduite étoit absolument nécessaire à quiconque se vouloit faire imprimer à Paris ; et je crus que l’imitation du Mercure galant en certaines choses, rendroit plus facile à obtenir ou la permission de M. de La Reinie, ou le privilège du Roi. Et comme je pris toutes sortes de précautions pour n’être pas reconnu auteur de cette Lettre sur les comètes, qui fut imprimée en Hollande peu de mois après mon arrivée, je ne changeai rien dans le langage dont j’ai parlé. Je crus que rien ne seroit plus propre qu’un tel langage, à faire juger que la Lettre sur les comètes n’étoit point l’écrit d’un homme sorti de France pour la Religion. »

[26] Bayle craint la réaction des lecteurs anglais à la lecture de ses éloges de Louis XIV et leur colère lorsqu’ils constateraient, d’après l’Avertissement de la troisième édition, la duplicité de l’auteur huguenot.

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