Lettre 165 : Pierre Bayle à Jean Bayle

[Sedan,] le 1er d’avril 1679
M[onsieur] e[t] t[res] h[onoré] p[ere],

Quoi que je me persuade qu’il vous importe peu à qui des 3 mes lettres soient addressées, pourveu que je sois ponctuel à vous donner de mes nouvelles et à vous marquer l’affection et le respect d’un fils qui a toute la recognoissance possible de la tendresse singuliere que vous luy avez toujours temoignée ; je ne laisse pourtant pas de croire qu’il faut q[ue] je m’addresse à vous directem[en]t de tems en tems. C’est ce que je fais à cette heure, et je ne saurois mieux le faire qu’en vous renouvelant les assurances de mes tres humbles respects, et qu’en vous asseurant que je ne fais point de vœux plus empressez que pour votre prosperité, pour la tranquillité de vos vieux jours, et pour l’heureux accomplissement des mesures que vous souhaittés que je prenne à l’advenir concernant l’etude de la s[ain]te theologie. Apres la gloire de Dieu je ne saurois y etre poussé par un motif plus engageant, que par la reflexion que je fais que ce seroit pour vous une consolation infiniment agreable, que d’apprendre ma promotion au ministere [1]. Prions ce grand Dieu de qui depend toute bonne donation et tout don parfait, de seconder si bien nos vœux et nos efforts qu’enfin nous puissions venir à bout de toute sorte d’obstacles à sa gloire et à l’edification du prochain et au salut de nos ames [2].

Quand on ecrit des nouvelles, on est fort sujet à se tromper, et il faut toujours que les secondes lettres rectifient les premieres comme cela se voit dans les volumes du Mercure galant, et dans la pluspart des gazettes, ainsi je ne m’etonne pas que je me voye reduit à la meme necessité. Je marquay à • Mr Rivals de Puyl[aurens] dans la lettre que j’ay fait passer par vos mains [3], qu’un medecin nommé S[ain]t Germain venoit de publier un traitté de physique intitulé La Science de la nature degagée des chicanes de l’ecole. Je me suis trompé au nom, car l’autheur s’appelle S[ain]t Romain [4]. Je croy qu’il e[st] de la Religion*, et que Mr Allix a eu soin de faire imprimer son livre par un des libraires de Charenton asavoir Cellier [5]. J’ay dit aussi en repondant aux lettres de m[on] f[rere] J[oseph] qu’outre les proposans* que Mr Pagés m’avoit marquez, il y en avoit un de Mauvaisin nommé Mr Bigos, mais je me trompois de croire qu’il etudiat en theologie, puis qu’à son arrivée à Paris on luy a conseillé d’etudier en medecine, et qu’il a pris ce parti là [6]. J’ay appris par la derniere lettre que mond[i]t f[rere] m’a ecritte de Mont[auban] le 28 de dec[embre] [7] qu’il en devoit partir 2 jours apres pour s’attacher à l’ etude sous votre direction et sous celle de m[on] f[rere.] Il importe qu’il s’avance et qu’il se fortifie en tout, car il est bien plus facile de trouver des etablissemens honnorables quand on est fort savant que quand on ne l’est pas. J’auray soin de m’employer po[ur] luy dans / l’occasion[.] Quant au livre intitulé Passavantius, je l’ay leu il y a fort long tems ; c’est une satyre fort ingenieuse, et on n’a pas tort de l’attribuer à Theod[ore] de Beze [8][.] C’etoit un homme aussi propre à faire des pieces burlesques et piquantes*, qu’à faire des grands ouvrages d’erudition, et c’etoit un des beaux esprits de son tems. Pour ce qui regarde Mr Sartory, je ne saurois en donner des nouvelles, car je n’ay nulle habitude* à • Caen [9].

Je croi avoir repondu à tous les articles des 6 lettres que j’ay receües de Montauban en dernier lieu [10] ; j’attends à mon tour la reponse à tous les articles des miennes. Mais j’excepte le chapitre du regim[en]t de Quinson, duquel je ne puis deterrer aucune nouvelle ; c’est dommage que celuy en faveur dequi vous voudriez savoir où e[st] ce regim[en]t n’y fasse que la figure de volontaire, car etant brave comme il est, et y ayant eu tant d’officiers tuez pendant le cours de la guerre, il auroit deu se pousser [11]. C’est que dans ce monde si on n’a pas un puissant patron, qui prenne soin de la fortune des gens, on ne peut aller que terre à terre. Le Mercure galant qui m’apprit q[ue] Mr d’Almanny avoit eté tué, n’ajouta rien de son regiment [12]. J’en conceus de bonnes espera[n]ces pour vos compatriotes, je crus que le malheur etoit tombé sur le seul mestre de camp*, et que ce seroit un moyen infaillible de s’avancer au chev[alier] de Clermont [13] et à ses subalternes. Mais c’est tout autre chose, ils ont succombé les uns et les autres à cette attaque ; à proprement parler ce n’a eté qu’une rencontre de party à party et non pas un combat considerable. A propos de votre consul* qui vient de perdre sa femme [14], je vous apprendray l’allarme où je suis à cause de la declara[ti]on que l’on dit que le Roy va faire publier dans le Languedoc • et pays adjacens pour exclure du consulat tous ceux de la Religion. On a deja executé l’arret du Roy qui defend à ceux de notre Religion de tenir des academies pour monter à cheval et faire les autres exercices [15], et Mr Foubert celebre ecuyer de Paris a deja eté contraint de fermer la sienne, et songe à plier bagage et à se retirer en Angleterre ou en Allemagne [16]. Je ne sai ce que deviendra le s[ieu]r Bardon [17] qui enseignoit les mathematiques dans cette academie. On dit qu’on se propose dans le Conseil du Roy de nous accabler d’edits et de declarations et qu’outre la mauvaise disposition qu’on y a contre nous, et la liberté qu’on a de tout entreprendre à cause de la paix, on s’est extremem[en]t chagriné* des violences que l’on pretend avoir eté exercées à Londres contre les cathol[iques] romains, en sorte que par droit de represailles, on nous va secouer terriblem[en]t [18]. Dieu sur tout. J’ay repondu aux questions touchant l’ opera [19], j’ajoute icy que le s[ieu]r Baptiste Lully en doit donner un nouveau q[ui] s’intitule Bellerophon [20], c’est un grand sujet po[ur] l’execution des machines. Mr Corneille le jeune a fait les vers, Mr de Vigarani les machines, et Lully la musique. La conspiration d’Angleterre est un chaos qu’on ne sauroit debrouiller [21]. On croyoit au commencem[en]t qu’elle etoit contre la personne du Roy, presentement on soubçonne qu’on n’en / vouloit qu’à la religion anglicane et au Parlement. Ce qu’il y a de plus probable c’est que cette affaire aura de facheuses* suittes p[ou]r le repos de cette isle, et la plongera peut etre dans une horrible combustion, car le party des catholiques y est fort puissant. Je vous diray avant que de finir ce que je sauray de la paix de la France avec l’Empire [22].

Pour • nouvelles de la republique des lettres, je vous apprens q[ue] Mr Allix vient de publier un traitté De sanguine Christi  [23] où il montre que le sentiment des anciens Peres touchant le sang de J[esus] C[hrist] est incompatible avec la tran[s]substantia[ti]on. Il fait voir que les Peres ne croyoient pas q[ue] J[esus] C[hrist] eut du sang dans son etat de gloire, et il s’ensuit de là que l’opinion de l’Eglise romaine q[ui] porte q[ue] J[esus] C[hrist] est sous les especes du pain avec son sang, de sorte que l’on communie à son sang par cela meme q[ue] l’on prend l’espece du pain, est fort differente de la doctrine des Anciens. Mr Jurieu a fait un abbregé de l’incomparable Histoire du concile de Trente composée par Fra Paolo [24], lequel il pourra faire imprimer dans quelques tems. Il importe que cette histoire qui represente avec tant de force les artifices et l’esprit frauduleux de la Cour de Rome soit mise en un etat où tout le monde la puisse lire avec plaisir, et pour cela il la faut degager de quantité de disputes sur divers points de theologie, qui sont à la verité fort instructives pour les savans, mais qui fatiguent les gens du monde. C’est ce q[ue] Mr Jurieu a fait et avec beaucoup de jugement. Comme je n’observe aucun ordre, parlant de chaque livre selon qu’il se presente à ma memoire, je ne fais point de difficulté de passer à une critique du Mercure galant q[ue] je viens de lire depuis peu. On l’appelle le Mercure reprouvé [25]. Je n’ay rien veu de plus plat, ni de plus froid*, et je ne m’etonne pas que l’autheur n’ait point tenu la promesse qu’il avoit faite de donner à la fin de chaq[ue] mois une semblable critique, car apparemm[en]t l’imprimeur a craint que personne n’en acheteroit.

Ces lettres etant ecrittes à diverses reprises ne vous etonnez pas de n’y voir aucune liaison, ainsi je reprens en cet endroit ce que j’ay dit sur le consulat my-party* dans la page precedente ; on vient de m’asseurer que le changement ne regarde que la ville de Nismes, et qu’il n’y a point d’autre lieu que celuy là, où Mr Daguesseau intendant de Languedoc doive casser les consuls de la Religion. On ajoute que ce que le Roy a ordonné pour Nismes à cet egard et qui a eté deja executé sans aucune emeute, est en punition de quelque petite escapade des habitans [26]. Je ne sai ce qui en est. On craint pour l’academie de Saumur qui est en partage depuis long tems co[mm]e vous savez et qui dans le fonds n’a point de bons titres. Ce qui me fait vous demander si celle de Puylaurens a eté encore jugée et si elle a quelque fondation et quelque bon titre [27]. Eclaircissez moi cela je vous en prie, car co[mm]e je suis de la p[ro]vince on suppose que je le dois savoir ad unguem [28].

Je reviens aux livres nouveaux. Le livre de Mr Huet sur la verité de la relig[ion] chret[ienne] / est enfin hors de sous la presse, et s’intitule Demonstra[ti]o evangelica  [29]. C’est un in folio. On verra bien tot la 2e edition du Grand dictionnaire historique, poetique etc du s[ieu]r Morery [30] qui est un pretre de Lyon. Il y aura 2 gros vol[umes] in fol[io.] La premiere edition est de l’an 1674 et n’est que d’un gros volume de 1 346 pages fol[io.] C’est un repertoire fort commode. Je le parcourois il n’y a q[ue] 2 jours l’ayant emprunté d’un ministre de ma connoissance, et je trouvay à l’article de Pamiers, qu’il cite plusieurs histoires du comté de Foix comme, Les Annales de Foix de Guillaume de La Periere [31] ; Historia fuxensis de Bertrand Elie [32] ; Histoire de Foix de Pierre Olhagaray, et de Des Cases [33]. Je croi vous avoir ecrit dés l’année passée que Mr Hofman celebre professeur de Basle avoit fait imprimer à Geneve un gros Lexicon universale qui etoit fort estimé [34]. Il contient 2 amples volumes fol[io] en petit caractere. On m’a dit depuis que le s[ieu]r Chappuzeau travaille à le mettre en francois [35]. La Demonstra[ti]o evangelica de Mr Huet fait voir à la verité que l’autheur a infinim[en]t d’esprit, qu’il a une lecture prodigieuse, la plus belle latinité qu’on puisse demander d’un ho[mm]e de ce tems, enfin une erudition profonde et une maniere de l’etaler fort agreable, mais au fonds il employe indifferemment les raisons probables et les raisons convainquantes, il fait fleche de tout bois, il appuye sur de faits qui ne sont gueres certains, comme le temoignage de Joseph en faveur de J[esus] C[hrist,] l’eclipse du soleil avenue le jour de la passion [n]o[n] seulement à l’egard de la Judée, ce qui est de foy, mais aussi à l’egard des autres nations, ce qui n’est point vraisemblable, puis q[ue] les historiens grecs et romains qui vivoient en ce tems là, et qui ne pouvoient pas s’imaginer qu’un jour ce seroit un argument contre la religion payenne, n’en ont fait nulle mention. En parlant du passage de Joseph il n’a garde d’oublier Mr Le Fevre de Saumur dans les Epitres duquel on voit une dissertation pour faire voir que c’est une glose ou une addition subreptice, et une supposition pieuse des anciens chretiens pour objecter aux Juifs leurs propres gens [36] ; à l’occasion de cela Mr Huet apprend au public q[ue] Mr Le Fevre avoit dessein de se faire catholique rom[ain] quand il mourut, et que luy Mr Huet • a encore les lettres qu’il luy avoit ecrittes sur cela [37]. Mr Mesnard le cadet est venu se faire examiner icy le mois de fevrier dernier, il en a remporté un acte de capacité fort meritoirement, apres quoi il s’est acheminé à son Eglise pour y recevoir l’imposition des mains par Mr son ainé [38]. L’Eglise se nomme Chaltray à une petite journée et demy de Paris. C’est un jeune homme qui a de beaux dons. Il est fort savant, fort eloquent, et le plus agreable du monde dans la conversation, à cause d’une infinité de choses qu’il sait par cœur, comme les beaux endroits des comedies, et des satyres, une infinité de chansons (car il chante bien) les bons contes, les bons mots ; et choses semblables. Mr Perou est icy depuis environ la my mars et se prepare pour le prochain synode [39]. J’ay eu bien de la joye des particularitez qu’il m’a dites de vous et de la famille. [Je] suis toujours M[onsieur] e[t] t[res] h[onoré] p[ere] votre &c[.]

Notes :

[1] Sur l’abandon par Bayle de ses études de théologie, voir Lettre 160, n.43.

[2] Cette prière, inspirée notamment de Jacques 1,17, reprend dans la « langue de Canaan » des expressions bibliques multiples.

[3] Bayle avait mentionné cette lettre à Elie Rivals, Lettre 164, n.63.

[4] G.B. de Saint-Romain, La Science naturelle dégagée des chicanes de l’école, ouvrage nouveau enrichi de plusieurs expériences curieuses tirées de la Médecine et de la Chymie ; et de quelques observations utiles à la santé du corps (Paris 1679, 12°) ; voir JS du 6 février 1679. La conjecture de Bayle quant à la confession réformée de ce médecin est confortée par le fait qu’une traduction latine de son livre allait paraître simultanément à Londres et à Leyde en 1684 : Physica sive scientia naturalis, scholasticis tricis liberata [ liberator, édition de Londres]. Opus novum (Lugduni Batavorum / Londini 1684, 12°) ; en outre, il apparaît comme traducteur d’un traité de médecine originalement en anglais : Methode assurée et efficace pour guerir la maladie venerienne sans salivation mercurielle. Composée en latin par un celebre medecin d’Angleterre [D. Abercromby], et nouvellement mise en françois par le Sr G.B. de Saint-Germain (Paris 1690, 8°) ; tout cela suggère qu’il avait quitté la France dès 1684 et s’était réfugié en Angleterre (comme devait le faire après la Révocation, son ami Allix, si Bayle a raison de les juger liés).

[5] Antoine Cellier (1612 ?-1681), imprimeur-libraire : fils du libraire Claude I Cellier, il fut reçu libraire en juin 1636 ; la première édition à son nom date de 1642. Jusqu’en 1659, il travailla en association avec Pierre Des Hayes, chez qui il entra en apprentissage en janvier 1624 et qui devint son beau-père en épousant sa mère en 1627. Cellier imprima à l’adresse de Charenton à partir de 1636 jusqu’à sa mort : voir J.-D. Mellot et E. Queval, Répertoire d’imprimeurs-libraires - siècle (Paris 1997), n°901.

[6] Sur les Bigos, originaires de Mauvezin, voir Lettre 164, n.36.

[7] Lettre qui, comme les autres lettres de Joseph, ne nous est pas parvenue.

[8] Epistola magistri Benedicti Passavanti responsiva ad commissionem sibi datum a venerabile D. Pedro Lyseto […] nunc […] abbate sancte Victorii prope muros (s.l. 1553, 8°), épître satirique de Théodore de Bèze au président Lizet, dont la première édition est de 1553 et qui fut plusieurs fois réimprimée par la suite.

[9] Il est assez peu croyable que son père ou l’un de ses frères ait demandé à Bayle des nouvelles du jeune Sartory de Genève. Il peut fort bien s’agir d’un homonyme résidant alors à Caen.

[10] Aucune de ces lettres ne nous est parvenue.

[11] Au Carla, on avait cherché à savoir où se trouvait le régiment de Quinson, car on y connaissait un volontaire : voir Lettre 164, p..

[12] Sur la mort de M. d’Almanny, voir Lettre 163, n.22.

[13] Nous n’avons su identifier avec précision le chevalier de Clermont. Comme le dit Bayle lui-même : « Car qui ne dit que Clermont, ne dit rien de particulier » (Lettre 77).

[14] Impossible d’identifier un des consuls du Carla en 1679, mais visiblement il s’agissait d’un réformé.

[15] La liste des nouvelles assez peu exactes que donne ici Bayle est si proche de celle qu’on trouve dans la Gazette de Haarlem vers la même date, concernant les protestants français, qu’il est vraisemblable qu’il s’agit là de la source de Bayle : voir « Extraits de la Gazette de Haarlem sur les persécutions dirigées contre les protestants français de 1679 à 1685, traduits du néerlandais par E. Enschedé », BSHPF, 28 (1879), p.403. Marie Du Moulin était revenue depuis quelque temps des Provinces-Unies (voir Lettre 160, n.5) et elle savait le néerlandais. Il n’y a pas lieu de s’étonner que Bayle s’efforce de renseigner son père sur ce qui se passe en Languedoc, car la Gazette ne faisait guère de place à ce qui concernait les réformés, sinon pour citer ceux qui abjuraient s’il s’agissait de notables.

[16] La Gazette de Haarlem, nouvelle du 31 janvier 1679, indique l’interdiction faite à Foubert de tenir une académie. O. Douen, La Révocation, i.142 et n.3 et i.331, nous apprend que cette académie de Salomon Foubert avait été théoriquement fermée dès 1666, mais avait continué à fonctionner ; c’est une Ordonnance du 16 janvier 1679 qui avait enjoint à La Reynie, lieutenant général de Paris à cette date, d’assurer la disparition effective de cette institution. Foubert partit pour l’Angleterre avec sa femme et ses trois enfants , dont une fille, Judith, veuve de Nicolas Durel, ce qui semble révéler des accointances avec l’Outre-Manche. Notons qu’un des fils de Salomon, Henri, se trouva à la bataille de la Boyne comme un des aides de camp de Guillaume d’Orange.

[17] Sur la famille Bardon et sur celui qui enseignait les mathématiques, que Bayle avait connu à Puylaurens, voir Lettres 109, n.11, et 160, n.104.

[18] Voir Lettre 160, n.176, et Lettre 163, n.30. La répression exercée à l’encontre des prétendus responsables du « complot papiste » fut très dure et comporta plusieurs peines de mort contre des ecclésiastiques catholiques. Elles sucitèrent en France de véhémentes protestations.

[19] Voir Lettre 164, p. et n.52.

[20] Le Bellérophon de Lully fut donné à Paris le 31 janvier 1679, et publié sous le titre Bellérophon, tragédie représentée par l’Académie royale de musique (Paris 1679, 4°). Le livret de Thomas Corneille, dont l’action fait suite à celle de la tragédie du même nom de Philippe Quinault, est remarquable par l’importance du rôle qui y est joué par le spectacle. Carlo Vigarani (1623-av.1713) était venu à Paris en 1659 avec son père Gaspare Vigarani (1586-vers 1663), que Mazarin avait invité afin de superviser les fêtes organisées pour le mariage de Louis XIV. Carlo était devenu dès 1673 le principal décorateur théâtral de France et jouissait d’un monopole comme « inventeur de machines pour les théâtres, les ballets et les fêtes royales ».

[21] Bayle apparaît ici moins péremptoire qu’auparavant. Sans adopter la thèse de la Gazette, qui présentait, non sans raison, les catholiques anglais comme les victimes de calomnies délirantes, il s’en montre ébranlé, s’il conserve une image exagérée de leurs intentions subversives et de leur puissance occulte. Notons que, pour sa part, Jurieu restera attaché à la vision des choses la plus manichéenne.

[22] Cette paix fut signée à Nimègue le 5 février 1679.

[23] Pierre Allix, D issertatio de sanguine D. N. Jesu Christi ad epistolam CXLVI S. Augustini, qua, num adhuc existat, exquiritur (s.l. [1674], 8°). Cette étude reparut dans Dissertationes tres (Paris 1680, 8°).

[24] Pierre Jurieu, Abrégé de l’Histoire du Concile de Trente, avec un discours contenant des réflexions historiques sur les conciles, pour prouver que les protestants ne sont pas obligés à se soumettre à ce dernier concile (Genève 1682, 8°, 2 vol.). Il devenait de plus en plus difficile pour un auteur réformé de publier en France un ouvrage de controverse, même indirecte.

[25] Le Mercure réprouvé (Cologne 1678, 12°), critique du Mercure galant, est un ouvrage anonyme devenu très rare : il en existe un exemplaire à la BNF : FB-9295.

[26] Mieux renseigné que dans la première partie de cette lettre, Bayle sait maintenant qu’il ne s’agit pas encore d’une interdiction générale. Voir L. Ménard, Histoire civile, ecclésiastique et littéraire de la ville de Nîmes (parue initialement en 1744-1758 ; Paris 1873, 8°, 7 vol.), vi.207, 220 : le roi avait écrit le 30 juillet 1675 aux autorités de la ville pour leur demander de contribuer pour la somme de 10 000 livres à la construction de l’église édifiée à Nîmes par les jésuites ; la partie protestante du conseil de ville avait soulevé des difficultés à l’exécution de cette suggestion royale, et, le 20 novembre 1676, outré d’une telle résistance, le roi fit surseoir à l’élection des consuls, puis chargea l’intendant d’Aguesseau de les choisir autoritairement ; le tout fut couronné par l’arrêt du Conseil du 12 décembre 1678 qui exclut « pour toujours » les religionnaires du consulat de la ville de Nîmes. Voir R. Sauzet, Contre-Réforme et Réforme catholique en Bas-Languedoc. Le diocèse de Nîmes au siècle (Paris, Louvain 1979), p.397.

[27] Une déclaration royale d’avril 1661 avait institué des commissaires chargés de contrôler l’exacte application de l’Edit de Nantes dans tout le royaume, l’un catholique (à peu près toujours l’Intendant de la province) et l’autre réformé choisi par le roi sur avis de l’Intendant parmi la noblesse huguenote de la province. En cas de désaccord entre les deux commissaires, il y avait partage et l’affaire remontait au Conseil du roi qui progressivement cessa même de feindre l’impartialité. Par ailleurs, un Arrêt du 7 août 1662 exigeait que le droit d’exercice fût prouvé par acte et non par témoins, et avec le temps et par l’effet des guerres beaucoup d’institutions réformées n’avaient pas ou plus de documents concernant leur fondation. Tant que l’affaire n’avait pas été tranchée au Conseil, il y avait sursis, qui dans bien des cas, avant la Révocation, dura des années, les documents les plus explicites finirent par être inutiles. Ainsi Sedan, à la position juridique très solide (voir Lettre 125, n.5), fut la première académie réformée interdite (9 juillet 1681), avant Die (11 septembre 1684), Saumur (8 janvier 1685) et finalement Puylaurens (16 mars 1685). Sur cette question, voir P. Blet, « Le Conseil d’Etat et les protestants de 1680 à 1685 », Bibliothèque de l’Ecole des Chartes, 130 (1972), p.131-162.

[28] « jusqu’aux ongles », soit : parfaitement.

[29] Voir Lettres 141, n.24 ; 143, n.5, et 146, n.14 : Bayle avait parlé de ce livre à plusieurs reprises dès avant sa parution ; il a lu le compte rendu dans le JS du 9 janvier 1679.

[30] Louis Moreri, Le Grand dictionnaire historique ou le mélange curieux de l’histoire sainte et profane (Lyon 1674, folio).

[31] Guillaume de La Perrière, Les Annales de Foix. Joincts à ycelles les cas et faictz dignes de perpetuelle recordation advenuz tant aulx pays de Bearn, Commynge, Bigorre, Armygnac, Navarre que lieulx circumvoysins despuis le premier comte de Foix Bernard, jusques à […] Henry à present comte de Foix et roy de Navarre (Tholose 1539, 4°).

[32] Bertrand Hélie, Historia fuxensium comitum (Tolosae 1540, 4°).

[33] Sur l’ouvrage de Pierre Olhagaray, voir Lettre 151, n.15. Nous n’avons su identifier l’ouvrage de Des Cases désigné par Bayle.

[34] Sur Hofmann, voir Lettre 149, n.6.

[35] Chappuzeau songea un moment à imiter le Lexicon universale de J.J. Hofmann (Basileæ 1670, folio, 2 vol. ; Basileæ 1683, folio, 2 vol., et Lugduni Batavorum 1698, folio, 4 vol.) (voir Lettre 149, n.6) dans un ouvrage qui se serait intitulé Bibliothèque universelle, mais, sous la pression des libraires qui y voyaient un plagiat, il s’en tint à la traduction française sous le titre prévu (Genève 1689, folio) : voir J. Caullery, « Notes sur Samuel Chappuzeau », BSHPF, 58 (1909), p.142, n.3.

[36] Sur le passage interpolé de Flavius Josèphe, décelé par Tanneguy Le Fèvre, voir Lettre 13, n.75.

[37] Tanneguy Le Fèvre était mort le 2 septembre 1672. S’il est vrai qu’il était en assez mauvais termes avec les pasteurs de Saumur, il l’est aussi qu’il avait accepté une vocation pour enseigner à l’université de Heidelberg ; reste que les débuts de la guerre de Hollande avaient pu le décourager de voyager. Des témoignages assez concordants décrivent une bonne dose de tiédeur religieuse, sinon de mécréance chez Le Fèvre. Le témoignage de Huet n’est pas sans intérêt, mais il demeure sans preuve. Sur T. Le Fèvre, voir G. Bédouelle, Lefèvre d’Etaples et l’intelligence des Ecritures (Genève 1976) ; E. Bury, « Tanneguy Le Fèvre, professeur de grec à l’académie de Saumur » et J.A. Kleinstuber, « La République des lettres à Saumur : le cercle de Tanneguy Le Fèvre », in Saumur, capitale européenne du protestantisme au siècle, dir. F. Lebrun (Fontevraud 1991), respectivement p.79-89 et 91-96.

[38] Sur Jean et Philippe Mesnard, voir Lettre 139, n.4.

[39] Le prochain synode provincial d’Ile-de-France apte à sanctionner l’achèvement des études de Pérou et à lui confier la charge d’une Eglise. La principauté de Sedan était maintenant rattachée à cette province.

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