Lettre 179 : Pierre Bayle à Vincent Minutoli

A Sedan, le 1 janvier, 1680

Vous vous souvenez, sans doute, mon très cher Monsieur, que vous m’avez promis quantité de compositions de votre plume ; la Lettre du cardinal Spinola ; la réponse que l’incomparable monsieur Turretin y a faite [1] ; le détail du bannissement de trois misérables ecrivains italiens, et de l’arrivée de Mr de Chauvigny [2] ; et l’article des livres. J’aime fort la diligence ; ainsi, faites que vos faveurs ne perdent rien de leur prix par un trop long retardement. Peu après que je vous eus écrit ma derniere, il me tomba en main un tome du Mercure galant, où j’eus le plaisir de lire votre nom, et de voir que la découverte qui s’est faite dans votre riviere, et la savante dissertation que vous avez déclamée sur cette antiquaille, sera connuë, du moins en gros, par toute l’Europe [3]. Je voudrois bien que vous la fissiez connoitre plus en détail, en publiant vous même votre belle dissertation. C’est dequoi tous vos amis vous doivent solliciter.

Je viens d’aprendre par un autre tome du Mercure, que Mr Spon vient de publier une / Histoire de votre République [4]. Je souhaite qu’elle soit au gout de messieurs vos magistrats ; car, du reste, je ne fais point de doute qu’il n’y ait une grande erudition. L’auteur en est si plein, que tous ses ouvrages regorgent d’antiquitez, d’inscriptions, et de remarques de critique. J’ai lu les Lettres que Mr Guillet a fait imprimer contre lui, pour lui rendre la pareille des coups qu’il a déchargez contre l’ Athenes ancienne et nouvelle, dans son Voiage de Grece et de Dalmatie. On m’a dit que la réplique de Mr Spon est déjà sortie de dessous la presse [5]. Voilà une couple de gladiateurs aux prises, qui peuvent nous fournir un long spectacle ; car, Guillet a de l’esprit infiniment, et sait beaucoup ; et Mr Spon a une litérature* fort vaste. Ils ont l’un et l’autre de bons amis, qui leur fourniront de mémoires. Ils sont piquez au jeu ; et on sait que la haine d’erudition est un mal qui cherche à s’exhaler, quand elle devroit crever tout ce qui la voudroit retenir. On croit que Mr Guillet aura la victoire du coté de / la politesse du stile, du tour brillant, et du feu de l’imagination ; mais non pas, du coté de la certitude des faits sur lesquels ils sont appointez* contraires.

Au reste, j’ai mille inquietudes pour votre République, depuis que je sai que le Roi y a envoié un résident ; et, sur tout, depuis qu’une gazette flamande [6] nous a débité, comme un fait certain, qu’il y avoit eu emeute contre la personne du résident ; qu’on avoit tiré deux ou trois coups sur lui, et que le[s] bourgeois avoi[en]t voulu s’opposer à l’emprisonnement des coupables. Mandez moi ce qui en est, je vous en supplie.

J’ai été passer les vacances dernieres à Paris, et j’ai même poussé jusqu’à Rouën, pour y voir notre bon ami Mr Basnage, qui y est dans une haute réputation, et grandement cheri de son eglise. Il a préché au dernier synode de sa province, tenu le mois de septembre à S[ain]t Lo, et s’y est fait admirer. Il y a un missionnaire qui a fait imprimer un libelle contre les sermons des ministres qui précherent à ce synode [7]. Il y traite Mr Basnage fort honnêtement, et l’accuse d’avoir prêché en faveur de la tran[s]substantiation. Mr Morin, ministre de Caen, répondra à ce qui le regarde dans l’ecrit du missionnaire, en faisant imprimer son sermon, qui est rempli de plusieurs recherches curieuses tirées des rabbins [8]. C’est lui qui est l’auteur de la Vie de Palmerius, imprimée au devant de la Græcia antiqua de / cet auteur, qui a été imprimée en Hollande, il y a deux ans, in 4 [9]. Vous savez que Palmerius est un savant de Caen, connu sous le nom de Mr Grentes-Menil, et par de beaux livres qu’il a fait imprimer, entre autres des notes sur les Marmora arundelliana , qui viennent de paroitre avec de nouvelles observations par les soins du savant Mr Prideaux [10].

A propos de recherches rabbiniques, je vous dirai que l’ouvrage de Mr Spanheim sur celui du P[ere] Simon n’a pas été jugé digne de ce savant professeur de Leyde [11]. Si vous l’avez lu, mandez m’en votre sentiment. On a débité que le livre du P[ere] Simon est plein de rémarques qui ne sont guere favorables à l’authenticité et à la divinité que nous attribuons au canon des Ecritures. On ne devroit point répondre à cette espece de livres ; ou il le faudroit faire avec la derniere force. Car, il n’est rien qui ait plus servi à faire valoir le livre de Spinosa, que la foiblesse de quelques-uns de ceux qui l’ont voulu réfuter [12]. J’ai acheté à Paris un traité de ce Spinosa, où il établit les Principes de Mr Descartes par une methode géometrique, et ses / Œuvres posthumes qui consistent en un gros traité de morale, plusieurs lettres, et une grammaire hébraïque [13]. Sa morale n’est pas si orthodoxe, à beaucoup près, que celle que Henricus Morus, savant professeur à Cambridge, fit imprimer il y a quelques années, sous le titre d’ Enchiridion ethicum  [14]. Je l’ai lu depuis peu de jours, avec bien de la joie ; et j’attens au premier jour le docte traité qu’il a fait pour prouver l’immortalité de l’ame. Il en a fait un autre sur les enthousiastes que je voudrois bien voir [15].

Je croi que vous avez ouï dire que Mr Baluze, bibliothecaire de Mr Colbert, fait imprimer quantité de traitez qui n’avoient point encore vu le jour, et qu’il trouve dans de vieilles bibliotheques [16] ; ce qui a été déjà fait par le P[ere] Dom Luc d’Achery, savant bénédictin, dans l’ouvrage qui s’apelle Spicilegium , qu’il a poussé jusqu’au . volume, sans compter les tables, et les indices, qui en font un [17]. Parmi les traitez que Mr Baluze a déjà publiez, il s’en trouve un, que l’on croit être de Lactance, et qui contient de choses fort curieuses concernant l’empire de Diocletien [18]. / Il traite particulierement de la fin qu’ont euë les cruels persécuteurs du christianisme. Ce manuscrit a été trouvé parmi ceux de l’abbaïe de Moissac, au diocese de Cahors, desquels on a fait présent à Mr Colbert. Il y a un passage qui a mis un peu à la torture Mr Baluze, orientem præcipitatus est, et où il a vainement tâché de donner un sens raisonnable ; ne prenant pas garde, que c’est une faute de copiste ; et qu’il faut lire Orontem, qui est la riviere qui passe par Antioche [19].

Mr Ménage a fait un recueil de plusieurs façons de parler proverbiales d’Italie, dont il raporte l’origine, le sens, et l’application ; et qu’il entrelarde de plusieurs compilations de passages grecs, latins, françois, etc [20]. Il devoit l’envoier à Florence, pour l’y faire imprimer, et se vouloit servir du retour de l’abbé Gradi [21], bibliothecaire du Vatican, natif de Raguse, et envoié de cette République-là au Roi, pour lui demander quelque assistance contre les Turcs. Mais, ce pauvre abbé a été contraint de sortir si précipitamment du roiaume, avant que d’avoir eu aucune audience, que je ne sai s’il a pu se charger du manuscrit de son ami. On croit que cette disgrace lui a été suscitée par les jésuites, / qui ne l’aiment pas, à cause qu’il a écrit contre eux, en la personne du jésuite Fabry, dont il a réfuté quelque livre touchant la probabilité [22].

J’ai acheté à Paris la II. partie des Hoggidi de l’ abbé Lancelot, dont je vous ai tant ouï parler ; et j’ai mis à part dans une bibliotheque à vendre, la prémiere partie, avec les Farfalloni de gli antichi historici du même auteur [23]. Je ne sai si on me les laissera pour le prix que j’ai prié un de mes amis d’en offrir. Mr Nicole a fait imprimer un Traité de l’oraison [24], qui est rempli d’une morale fort pieuse et fort relevée ; quelquefois un peu trop mystique. J’ai lu le dernier ouvrage du P[ere] Maimbourg avec bien du plaisir ; c’est l ’Histoire de la décadence de l’empire après Charlemagne [25]. On dit qu’il travaille presentement à l’histoire de notre Réformation [26]. Il nous mettra sans doute en beaux draps blancs.

Vous trouverez ci-joint un billet, que mademoiselle Du Moulin, fille du grand Du Moulin, a coupé d’une lettre que son frere Louïs Du Moulin lui a écrite de Londres. C’est l’endroit de la lettre où il la prie de retirer d’entre les mains de Mr de Gy de Géneve un manuscrit dont il devoit procurer l’impression ; mais, il n’a point trouvé de presses [27]. Vous m’obligerez infiniment, Monsieur, de faire cette affaire-là ; car, outre que cette personne merite infiniment, c’est que je lui ai de très grandes obligations, et je me suis fait fort de lui donner des nouvelles du manuscrit en question par votre moien.

J’ai acheté à Paris le Lexicon de Mr Hofman [28], qui m’a couté vingt et deux livres en feuille* ; c’est / un bon livre ; mais, on ne trouve pas qu’il soit d’une grande force dans les choses qui ne regardent pas la géographie. Ce qu’il y a de géographie est fort éxact ; et particulierement à l’égard de la France : ce qui a été fort facile à l’auteur ; car, il a pu puiser dans le Dictionnaire géographique de Ferrarius, augmenté par Mr le prieur Baudrand, et dans la Notitia Galliarum de Mr Adrien de Valois [29], tout ce qui se pouvoit dire de bon sur chaque ville et païs [30]. Vous me direz dans l’article des livres ce que c’est que le dessein de Chappuzeau, qui traduit en françois ce gros Lexicon-là [31], sans prendre garde que Mr Morery fait réimprimer son Dictionnaire françois, tellement augmenté, qu’il sera de 2 vol[umes] in folio [32] ; et que tous les François, en faveur de qui Chappuzeau travaille, préféreront toujours le dictionnaire d’un prêtre, à celui d’un huguenot. J’excepte pourtant ceux du petit troupeau [33] ; mais, ils ne suffisent pas pour le débit d’un livre comme cela. Mr Baudrand fait aussi réimprimer son Dictionnaire géographique ; et cette derniere / edition sera de 2 vol[umes] in fol[io] [34]. J’ai lu les remarques que quelque Flamand a fait imprimer contre les Mémoires des ambassadeurs de Mr de Wicquefort [35], et j’ai trouvé que c’est peu de chose.

Mr Colomiés, de La Rochelle, vient de faire imprimer ses Observationes sacræ  [36], qui sont de petites remarques sur des passages de l’Ecriture. Il trouve que la version de Géneve est fautive en divers endroits, comme I Corinth[iens] XV, « la mort est engloutie en victoire », il pretend que les mots de l’original signifient in æternum, et non pas in victoriam [37] ; et Apocal[ypse] XIII, v. 8, il pretend que ces paroles, « dès la fondation du monde », ne doivent pas être liées avec l’« Agneau immolé » ; mais, avec « les noms ne sont point écrits » ; ce qui épargne la peine d’éxpliquer en quel sens Jesus-Christ a été « immolé dès la fondation du monde ». Ce Mr Colomiés lit beaucoup, et connoit les auteurs ; il travaille sur l’ouvrage de Gregorius Giraldus de poëtis græcis et latinis  [38]. Cela me fait souvenir d’un livre qu’on doit me faire voir bientot. Il est de Sandius, et contient une espece de critique de l’ouvrage de Vossius De historicis latinis  [39].

Je m’arrête ici, mon cher Monsieur, en vous assurant tout de nouveau de la haute estime que je fais de vous, et de l’étroite liaison qui m’unit de cœur à tout ce qui vous regarde. Je vous de / mande la continuation de votre precieuse amitié, et vous prie d’assurer de mes très humbles services le très excellent Mr Turretin, dont l’ouvrage est si généralement estimé [40] ; le savant Mr Bourlamachi, que je regarde comme un autre Photius [41] ; Mr Pictet, à qui je me donnerai l’honneur de faire réponse au prémier jour [42] ; Mr Leger, dont je suis surpris de ne recevoir aucune lettre [43]. Tout à vous, mon cher Monsieur.

 

P. S. J’ai un cadet qui est proposant* à Puy-Laurens, pour lequel je vous demande de bonne heure vos bons offices. Il s’en ira dans un an, ou un an et demi, voir votre célebre academie [44].

Je ne sai si vous avez jamais lu en italien un livre qui s’intitule Squitinio della liberta veneta, composé par le marquis de Bedemar, ambassadeur d’Espagne à Venise. On l’a traduit en françois depuis un an [45]. Je l’ai lu, et ne croi pas qu’on puisse réfuter plus fortement aucune chose, que ce livre-là réfute la prétension des Venitiens, que leur République a été dès sa naissance indépendante de l’empire romain.

Notes :

[1] Giulio Spinola (1612-1691), cardinal en 1666, une fois devenu évêque de Lucques, apprit que plusieurs familles considérables de son diocèse avaient gagné Genève à la fin du siècle parce qu’elles avaient embrassé la Réforme. Le prélat écrivit en 1679 une Lettre par laquelle il s’efforçait de ramener ces brebis, à ses yeux égarées, dans le giron de l’Eglise romaine ; elle fut imprimée avec une réponse par François Turrettini : Lettera dell’Em. Sign. Cardinale Spinola Vescova di Lucca agli oriundi di Lucca stanfrati in Geneva. Colle considerationi sopr’ad essa fatte (Geneva 1680, 12°).

[2] Laurent de Chauvigny arriva à Genève comme Résident de France le 26 octobre 1679 et ouvrit la chapelle contiguë à son logement, réintroduisant ainsi la célébration de la messe à Genève. Ce Résident hautain et sans tact fut remplacé au bout de sept mois, le 4 juin 1680, par Roland Du Pré Des Marets : le fait que Pomponne ait été disgracié en novembre 1679 et que Charles Colbert de Croissy lui ait succédé aux Affaires étrangères a probablement joué dans le rappel de Chauvigny. Sur ce dernier, voir A. Rolliet, Le Rétablissement du catholicisme à Genève il y a deux siècles (Genève 1880) et aussi l’ Histoire de Genève des origines à 1798, publiée par la Société d’histoire et d’archéologie de Genève (Genève 1951), p.378-380. Gregorio Leti, Historia Ginevrina (Amsterdamo 1686, 8°, 5 vol.), v.351ss, s’étend sur cet épisode et donne le texte du cardinal, mais ne souffle mot des trois Italiens arrêtés...

[3] Sur le monument découvert à Genève par Minutoli, voir le Mercure galant, avril 1678, p.220-225.

[4] Jacob Spon, Histoire de la ville et de l’Estat de Genève, depuis les premiers siècles de la fondation de la ville jusqu’à présent, tirée fidellement des manuscrits (Lyon 1680, 12°, 2 vol.). La nouvelle de Bayle devance le compte rendu dans le JS du 29 janvier 1680 ; il l’a lue dans le Mercure galant, novembre 1678, p.283-285.

[5] Sur cette controverse entre Jacob Spon et Georges Guillet de Saint-Georges, dit La Guilletière, voir Lettre 160, n.122.

[6] Il se pourrait qu’il s’agisse de la Gazette de Haarlem, régulièrement portée à majorer ce qu’elle relate concernant la politique anti-protestante de la France. Voir Histoire de Genève, p.379-380 : le Conseil de la ville envoya successivement à la Cour de France Barthélemy Lect, puis Michel Tremblay, le syndic, en personne, pour dénoncer l’attitude provocante du Résident. Par ailleurs, la ville ferma ses portes le dimanche jusqu’à midi, ce qui empêchait les étrangers de venir écouter la messe chez le Résident, où celui-ci les convoquait activement. Voir ci-dessus n.2 sur le succès obtenu par les Genevois, avec le rappel de l’agressif Chauvigny.

[7] Jean-Baptiste Hué, sieur de Launay, Relation de ce qui s’est passé dans le Synode tenu à Saint-Lô, par les ministres de la R.P.R., dans lequel ils ont reconnu que l’Eglise romaine est la véritable Eglise (Caen 1679, 4°). L’ouvrage se trouve à la SHPF, sous la cote Rés. 1223 4° ; il y est question, p.10-19, de Jacques Basnage, qui avait prêché sur le Symbole des Apôtres.

[8] Apparemment, ce sermon prêché par Etienne Morin au synode de Saint-Lô ne connut jamais l’impression et il y a lieu de conjecturer qu’il était plus érudit qu’édifiant. Morin, bon orientaliste, était naturellement un savant hébraïsant. Hué de Launay parle de son sermon, sur Psaume 80,9-10, dans son opuscule, p. 6-10.

[9] Jacques Le Paulmier de Grentemesnil (1587-1670), Græciæ antiquæ descriptio (Lugduni Batavorum 1678, 4°), éditée par Etienne Morin, qui avait épouse une nièce de l’auteur et qui fit précéder l’ouvrage par une « Vita Jacobi Palmerii Grentismenilli » dont les frères Haag jugent le style « diffus et prétentieux » (Haag, v.559).

[10] Humphrey Prideaux (1648-1724), savant orientaliste anglais, Marmora oxoniensis ex arundellianis, seldenianis aliisque conflata, recensuit […] Humphridus Prideaux […] appositis ad eorum nonnulla Seldeni et Lydiati annotationibus. Accessit Sertorii Ursati […] de Notis romanorum commentarius (Oxonii 1676, folio).

[11] Cette lettre, datée du 10 décembre 1678, n’est pas, comme Bayle l’a cru, du professeur Frédéric Spanheim, mais de son frère aîné, le diplomate Ezéchiel Spanheim : Lettre à un amy, où l’on rend compte d’un livre qui a pour titre, Histoire critique du Vieux Testament, publié à Paris en 1678 (Amsterdam 1679, 12°). Sur la manière dont Bossuet réussit à faire condamner un ouvrage dont il ne connaissait encore que la table des matières, voir J. Steinmann, Richard Simon et les origines de l’exégèse biblique (Paris 1960), p.124-130, et P. Auvray, Richard Simon, 1638-1712 : étude bio-bibliographique avec des textes inédits (Paris 1974), p.46-47. Le Père Simon fut alors exclu de l’Oratoire. La quasi totalité de l’édition de son premier livre pionnier fut brûlée en juillet 1678, mais, quelques rares exemplaires ayant échappé à l’autodafé, il reparut à Amsterdam (s.l. 1680, 4°), et surtout, avec la participation discrète de Simon lui-même et quelques pièces additionnelles, en 1685 à Rotterdam ; ainsi, la Lettre d’ E. Spanheim figure dans cette édition (p.563-621), avec la réponse de Simon, datée de Paris, 10 septembre 1679 (p.623-667).

[12] Bayle répète cette opinion dans les NRL, juin 1684, art.VI ( OD, i.73a).

[13] Spinoza, Renati Des Cartes Principiorum philosophiæ Pars I. et II. more geometrico demonstratæ. Accesserunt ejusdem Cogitata metaphysica (Amstelodami 1663, 4°) ; B. de S. Opera posthuma, quorum series post præfationem exhibetur. I. Ethica II. Politica (id est Tractatus politicus) III. De emendatione intellectus. IV Epistolæ et ad eas responsiones. V. Compendium grammatices linguæ hebraeæ (s.l. 1677, 4°).

[14] Henry More, Enchiridion ethicum, præcipua moralis philosophiæ rudimenta complectens (Londini 1668, 8°).

[15] Les autres ouvrages d’ Henry More mentionnés ici avaient initialement paru en anglais et furent accessibles en latin avec la parution des Opera omnia (Londini 1679, folio, 2 vol.), avec les titres suivants : Immortalitas animæ quatenus ex cognitione naturæ rationisque lumine est demonstrabilis et Enthusiasmus triumphatus, sive de natura, causis, generibus et curatione enthusiasmi .

[16] Sur ces publications de Baluze, voir Lettre 168, n.21.

[17] Dom Luc d’Achery (1609-1685), un des plus savants bénédictins de la congrégation de Saint-Maur : Veterum aliquot scriptorum qui in Galliæ bibliothecis, maxime Benedictorum, latuerunt, Spicilegium, opera et studio D. Lucæ d’Acherii (Parisiis 1655-1677, 4°, 13 vol.) ; sur lui, voir Dictionnaire de Port-Royal.

[18] De persecutione, sive de mortibus persecutorum. Miscellanea , éd. Baluze, ii.1-46 (Parisiis 1679). Le premier volume des Miscellanea de Baluze avait été annoncé dans le JS du 20 mars 1679 (voir Lettre 168, n.21) ; une suite est annoncée dans le JS du 22 avril 1680. Voir NRL, août 1685, cat. ii, sur le retentissement de cette découverte de Baluze. Il y eut une première traduction française, par Maucroix, et des rééditions successives du texte original amendé et corrigé. Plus d’un auteur réformé invoqua ce texte patristique après la Révocation, parce qu’il stigmatisait la contrainte de conscience, et Jacques Basnage en publia une traduction française sur la base de la traduction anglaise de Gilbert Burnet, Histoire de la mort des persécuteurs de l’Eglise primitive (Utrecht 1687, 12°).

[19] Il s’agit en fait d’une mère qui fut jetée dans l’Oronte avant la mise à mort de ses deux enfants : mater eorum in Orientem præcipitata est. Contrairement à ce que pensait Bayle, Baluze était parfaitement conscient qu’il s’agissait du fleuve de l’Oronte, comme l’avait déjà signalé l’érudit Gijsbert Kuiper (dit Cuperus). Mais puisque celui-ci signalait que nombre d’anciens auteurs appelaient Orientem le fleuve que d’autres appelaient communément Orontem, Baluze n’a pas voulu modifier le texte de Lactance, encore qu’il acceptât la thèse de Kuiper que la désignation du fleuve avait été changée en Orientem par d’anciens copistes qui employaient habituellement cette forme : voir la note de Baluze sur le chapitre L de l’ouvrage de Lactance.

[20] Gilles Ménage, Mescolanze d’Egidio Menage (In Parigi 1678, 8°).

[21] Cette nouvelle n’est pas donnée par la Gazette ; Bayle a dû l’apprendre par ouï-dire ou par une lettre (qui ne nous est pas parvenue) provenant du milieu de Ménage, qu’il connaissait bien. Voir Critique générale, iv.6. Stefado Gradi (1613-1683), garde de la bibliothèque vaticane depuis 1661, fut l’un des habitués de l’académie de la reine Christine. Il prit part à la querelle du probabilisme et publia une Dissertatio de opinione probabili cum P. Honorato Fabro (Romæ 1678, 4°). L’ abbé Servien avait décrit Gradi à Pomponne comme un émissaire du cardinal Fr. Barberini (dépêche du 7 juin 1679) ; Louis XIV en conçut une vive hostilité contre le savant ecclésiastique et chargea le duc d’Estrées, ambassadeur de France à Rome, de faire signifier au prêtre qu’il se repentirait s’il lui arrivait de dire des impertinences, car les rois avaient le bras long (dépêche du 2 décembre 1679). Voir Bossuet, Correspondance, xiv.406-407, note 7.

[22] Honoré Fabri (1607-1688), S.J., grand pénitencier de Rome, a publié Apologeticus doctrinæ moralis ejusdem societatis Jesu (Colonia Agrippinæ 1672, folio, 2 vol.). Bayle a lu l’annonce dans le JS du 3 avril 1679 de l’ouvrage de l’ abbé Gradi, Stephani Gradii Ragusini Bibliot. Vaticanæ Præfecti Disputatio de opinione probabili cum P. Honorato Fabri Soc. J. Theologo (Romæ 1679).

[23] Sur cet auteur et ces livres, voir Lettre 89, n.38. Ajoutons aux indications précédentes le fait qu’ Ottavio Lancelotti fit paraître un autre ouvrage posthume de son frère : Farfalloni de gli Antichi Historici, notati dal Abbate Don Secondo Lancelotti (Venetia 1636, 8°).

[24] Sur cet ouvrage de Pierre Nicole, voir Lettre 177, n.13 ; le jugement de Bayle est ici remarquable sur cet ouvrage, qui est considéré, du côté catholique, comme très hostile au mysticisme.

[25] Louis Maimbourg, S.J., Histoire de la décadence de l’Empire, après Charlemagne et des differends des empereurs avec les papes, au sujet des investitures et de l’indépendance (Paris 1679, 4°) : voir le JS du 11 septembre 1679.

[26] Maimbourg allait publier successivement l’ Histoire du luthéranisme (Paris 1680, 4°) – dont le compte rendu parut dans le JS du 16 septembre 1680 –, puis l’ Histoire du calvinisme (Paris 1682, 4°) – voir le JS du 30 mars 1682. Bayle répondra à cet ouvrage en 1682 par la Critique générale.

[27] A cette date, en tout cas, donc, Marie Du Moulin était en correspondance avec son frère Louis et encore en assez bons termes avec lui pour qu’il lui demande un service. Il avait déjà été question de M. de Gy dans la Lettre 124, n.16. Il s’agit clairement d’un Genevois, probablement seigneur du village de Gy aux environs de Genève. Il n’est pas sans intérêt d’apprendre que les libraires genevois ne s’empressaient pas de publier un livre de Louis Du Moulin, probablement parce qu’il était hétérodoxe en matière ecclésiastique, très véhément et parfois insultant pour ses adversaires doctrinaux.

[28] Sur le Lexicon de Hofmann, voir Lettre 149, n.6.

[29] Sur le livre d’ Adrien de Valois, voir Lettres 101, n.7, et 107, n.16.

[30] Sur cet ouvrage de Philippe Ferrari repris par Michel Antoine Baudrand, voir Lettre 124, n.13.

[31] Sur la traduction de Hofmann par Chappuzeau, voir Lettre 165, n.34.

[32] La seconde édition du Grand dictionnaire historique allait paraître à Lyon en 1681 (2 vol. in-folio) ; entre temps, Louis Moreri devait mourir le 10 juillet 1680 : voir le JS du 29 juillet 1680.

[33] Les huguenots se désignaient volontiers eux-mêmes par cette allusion à Luc 12,32.

[34] Bayle évoque la nouvelle édition latine du Dictionnaire géographique de Michel-Antoine Baudrand, qui était une continuation du travail de Philippe Ferrari : Lexicon geographicum [...] Illud primum in lucem edidit Philippus Ferrarius [...] nunc Michel Antonius Baudrand [...] hanc editionem [...] dimidia parte auctiorem fecit (Parisiis 1670, folio, 2 tomes en 1 vol. ; 2e éd. Isenaci 1677, folio). De cet ouvrage, C. Maty devait tirer son Dictionnaire géographique universel [...] le tout tiré du Dictionnaire géographique latin de Baudrand, des meilleures relations, des plus fameux voyages, et des plus fideles cartes (Paris 1701, folio, 2 vol.), dont de nouvelles éditions parurent à Paris en 1705 et à Utrecht en 1711.

[35] Voir Lettre 136, n.11 et 12 sur Wicquefort et son livre ; cet ouvrage fut attaqué dans des Réflexions sur les mémoires pour les ambassadeurs et response au ministre prisonnier (Ville-Franche 1677, 12°), anonymes, qui semblent être du Père Ferdinand de Galardi.

[36] Sur cet ouvrage de Colomiès, voir Lettre 177, n.10.

[37] Le mot grec est une forme tardive de  : « victoire ». On trouve cependant dans la Septante, 2 Rois, 2.26, alors que les autres versions traduisent in aeternum ou l’équivalent.

[38] Les Animadversiones in Gyraldum de poetis de Colomiès parurent après la mort de leur auteur dans une édition des œuvres de Lilio-Gregorio Giraldi, Opera omnia duobus tomis distincta […] quæ omnia partim tabulis æneis et nummis, partim commentario Joannis Faes, et animadversionibus hactenus ineditis Pauli Colomesii illustrata (Lugduni Batavorum 1696, folio). L’ouvrage de Giraldi, Historia poetarum, tam græcorum quam latinorum, dialogi decem avait été publié initialement (Basileæ 1545, 8°).

[39] Christoph Sand (1644-1680) : Christophori Sandii, Notæ et animadversiones in Gerardi Joannis Vossii libros III de Historicis latinis (Amstelodami 1677, 12°). Ce socinien est surtout connu par sa Bibliotheca anti-trinitariorum (Freistadius 1684, 8°), que Bayle recensera, NRL juin 1684, art. IV.

[40] François Turrettini, Institutiones theologicæ Elenchticæ, in qua status controversiæ perspicuè exponitur, præcipua Orthodoxorum argumenta proponuntur et vindicantur, et fontes aperiuntur (Genevæ 1679-1685, 4°, 3 vol.). Seul le premier des trois volumes avait alors paru.

[41] Fabrice Burlamaqui, pasteur et théologien à Genève : voir Lettre 11, n.50. Bayle le compare à Photius, le théologien et érudit byzantin (vers 820-vers 895).

[42] Sur Bénédict Pictet, voir Lettre 84, n.4.

[43] Sur Antoine Léger, voir Lettre 84, n.4.

[44] Faut-il déduire de cette information donnée à Minutoli que Bayle a bien compris que sa famille n’enverrait pas son frère Joseph à Rouen, le jugeant apparemment trop peu mûr (ou compétent) pour s’éloigner beaucoup des siens ? Bayle jetterait ainsi quelques jalons dans l’espoir de trouver plus tard un poste à Genève pour Joseph.

[45] Bayle attribue ici l’ouvrage dont il parle à Alfonso de La Cueva, marquis de Bedmar (1572-1655), cardinal en 1622, et il le fera encore dans les NRL (mai 1684 cat. vi) et dans sa lettre à Almeloveen du 7 mars 1689. Il s’agit de Squittinio della libertà Veneta nel quale si adducono anche le raggioni dell’impero romano soprà la città e signoria di Venetia (Mirandola 1612, 4°), correctement attribué à Markus Welser (Velser) (1558-1614), juriste et humaniste d’Augsbourg, dans le DHC (article « Veleserius », rem. E). Abraham-Nicolas Amelot de La Houssaye (?-1706), ambassadeur de France à Venise en 1669 et polygraphe, traduisit cet ouvrage en français : Examen de la liberté originaire de Venise. Avec une harangue de Louis Helian, ambassadeur de France, contre les Venitiens, traduite du latin, et des remarques historiques (Ratisbonne [Rouen ?] 1677, 8°). Amelot de La Houssaye avait été emprisonné à la Bastille pendant six semaines en avril-mai 1676, pour donner une satisfaction à la République de Venise, qui n’avait pas apprécié la seconde édition, très augmentée, de son Histoire du gouvernement de Venise (Paris 1676, 12°) ; la première, une esquisse, avait été publiée à Paris en 1672, in-12°, sans avoir irrité les Vénitiens.

Accueil du site| Contact | Plan du site | Se connecter | Mentions légales | Statistiques | visites : 118197

Institut Cl. Logeon