Lettre 197 : Suzanne Du Moulin, épouse de Jacques Basnage à Mlle Jérico

[Cantorbery, le 12 decembre 1681]

Je vis Mad lle Cralin [1] à Londre il y a quelque semaine[,] ma chere demoiselle [2], que je suplié fort de vous dire que quoy que je ne vous ecrivisse point je vous aimois pourtant autant que vous meritét d’estre aimée et que j’i suis obligée[.] Si elle ne l’a pas fait à la premiere veue je luy feray les reproches nessesaires[.] Mais cepandant ne soyés point mecontante de moy car quand je serois un peu paresseuse en vaudrois je moins pour cela[?] C’est une infirmité inevitable quand on est si eloigné[.] Au reste ma chere voila un billet pour notre fille [3][.] La chose est bien plus avantageuse presantemant pour elle qu’elle ne l’estoit dans le temps que je vous l’ay fais desirer car il est bien etabli à Rotredam et dans un agreable poste [4][.] Faitte donc sette affaire dans l’assurance que vous en aurés de la joie à tous egars[.] J’espere que Monsieur Jurieu vous donnera ce billet [5] et qu’il vous confirmera que • vous ne pouvés randre un meilleur office à votre amie que de la mettre en de si digne mains[.] Je croy que vous nous aimés mieux encore depuis que vous avés ouy mon beau frere[,] car on nous ecrit que vous en este bien charmés à La Haye[ ;] vous pouvés juger comme leurs venue en Holande nous y fait desirer notre retour[.] Je voudrois bien pour eux et pour vous que vous vous conussiés particulieremant[.] Au reste ne ditte pas s’il vous / plaist à Mad lle Roussal [6] que je vous aye ecrit car vous savés comme elle gronderoit[.] Mais je voudrois pour tant bien qu’elle sust que je l’aime et l’estime toujours tres fors[.] Adieu ma tres chere demoiselle contés sur nous comme sur des amies tres fidelles je vous en suplie et de tirer reponce de notre d[e]m[oise]lle et de l’anvoyer à ma seur [7] à Rotredam qui me la fera tenir quand ils l’auront veue car comme je le dit à la demoiselle on ne s’ambarquera pas dans une recherche qu’elle n’ait apris de bone foy ses santimans[.] J’embrasse en imagination toutte votre troupe et suis servante de Mr Jerico[.]

Pour Mademoiselle/ Jerico/ à La Haye

Notes :

[1] Nous ignorons qui était cette demoiselle Cralin qui se trouvait à Londres et qui devait revenir à La Haye.

[2] Nous ne savons qui était cette dame, M lle Jérico, de La Haye avec laquelle Suzanne Du Moulin avait envisagé de marier une jeune amie commune avec Bayle. La graphie du nom pourait être Jéricau ou Géricaut (Géricault).

[3] A savoir, la jeune fille à laquelle Suzanne Du Moulin avait parlé de Bayle et qui semble avoir été disposée à l’épouser.

[4] Le projet matrimonial de Suzanne Du Moulin et de son amie avait été antérieur à la suppression de l’académie réformée de Sedan, mais la nomination de Bayle à Rotterdam rend l’union projetée plus indiquée et plus facile que jamais, puisque l’épousée n’aurait qu’à changer de ville et non de pays.

[5] Jurieu avait évidemment été invité à prêcher dans le temple wallon de La Haye quelque temps après son arrivée aux Provinces-Unies. Sa femme et lui étaient introduits d’avance à la cour du Stathouder par leurs relations de famille.

[6] Cette M lle Roussal était une amie commune de Suzanne Du Moulin et de M lle Jéricho.

[7] Madame Jurieu, née Hélène Du Moulin, récemment établie à Rotterdam.

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