Lettre 198 : Suzanne Du Moulin, épouse de Jacques Basnage à Mlle ***

[Cantorbery, le 12 décembre 1681]

Je ne say ma chere demoiselle [1], si mon raisonnemant vous acomodera mais il me semble que c’est asses de bien aimer les gens quand on est separée d’une grande mer et que l’on peut en bone conciance ce dispancer de leurs ecrire[.] Si Mad[e]moiselle Jerico [2] est toujours une famme de bien elle n’aura pas manqué de vous faire scavoir que j’ay ressu toutte vos tandresses et vos doleances de mon sejour ici avec beaucoup de joie et de reconoissance et je ne say à quoy il a tenu que je ne vous en aye remercié vous mesme[.] Si j’ay tort je ne me fais pas une affaire de vous demander pardon car à quelque pris que ce soit je veux que vous soyés toujours mon amie et pour vous prouver que je suis toujours aussi la vostre c’est que j’ay plus que jamais envie de vous marier[.] C’est toujours notre mesme affaire que je desire car où pourois je aller pour trouver une personne d’un merite aussi achevé que la personne de question [3]*[.] Le malheur des gens de notre Religion en France l’a atiré à Rotredam où vous aprandrés qu’il est professeur et où il fait une tres agreable figure[.] Puis que Dieu vous a auté vos conducteurs [4] croyés vos veritables amis ma tres chere qui desirent sinseremant votre bien et qui pour rien du monde ne voudroist vous engager dans une affaire dont vous pussiés vous repantir[.] Vous savés tout ce que je vous ay dis de notre homme[.] Ruminés bien sur l’avantage d’estre unie à une telle / personne[.] • Ne faitte point la badine et me repondés positivemant car je vous declare que ni ma fammille ni moy ne voulons point engager notre ami à vous conter fleurette s’il n’est assuré qu’elles ne seront pas perdues[.] Adieu ma chere[.] Aimés moy toujours et me repondés au plus tost et si vous allés à La Haye taschés d’y voir ma seur [5] car elle vaut bien mieux que moy et je vous permest de l’aimer bien mieux aussi[.]

Notes :

[1] Nous ignorons le nom de la destinataire de cette lettre, qui ne l’aura jamais reçue, Bayle ayant tué dans l’œuf les projets matrimoniaux de ses amis. Sur son hostilité au mariage, voir Lettre 190, p..

[2] Sur M lle Jérico, voir Lettre 197, n.2.

[3] Pierre Bayle, évidemment.

[4] A savoir ses parents ; la candidate au mariage était orpheline et dépendante de son beau-frère, qu’elle n’appréciait pas (voir Lettre 196, p.).

[5] A savoir Hélène Du Moulin, épouse de Pierre Jurieu. La Haye n’est pas très éloignée de Rotterdam, où habitait cette dernière. La candidate au mariage résidait apparemment dans une autre ville de Hollande que La Haye, où elle se rendait à l’occasion ; c’était peut être aussi le cas de Mme Jurieu.

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