Lettre 304 : Daniel de Larroque à Pierre Bayle

[Paris, mi-juillet 1684]

Comme je say mon cher Monsieur que vous souhaitez d’enrichir vos Nouvelles de la republique des lettres de celles qu’on vous fera savoir de ce païs icy, en voicy que je vous envoie, et qui sont un extrait fidelle et exact de tous les livres nouveaux qui ont paru depuis un mois, celuy qui a fait ces extraits est Monsieur de Lesseville [1] conseiller au Parlement de Paris qui est une personne de merite, fort estimé[e] dans son corps, qui a beaucoup de lumière et de bons [ sic] sens, et qui juge fort sainem[en]t d’un ouvrage, comme vous en demeurerez d’accord quand vous aurez lû vous mesme les livres dont il vous envoie les extraits. Comme il a desja une fort belle bibliotheque qu’il enrichit de tout ce qui se fait de nouveau, et que les libraires ne manquent pas à luy porter un livre des qu’il est imprimé, personne ne sauroit vous en faire plus promtement part que luy, s’il veut bien s’en donner la peine. On luy a demandé cette grace là pour vous, et j’ay pris la liberté de joindre pour cela mes prières aux autres, parce qu’il me fait l’honneur de m’honorer un peu de sa bienveillance.

Je vous avois prié par ma dernière lettre [2] de m’envoier vos journeaux par la poste, mais on m’a apris que cela me coûteroit tant d’argent que si vous ne me les avez pas encore envoiez, je vous prie d’attendre des occasions moins ruineuses pour moy. Le Pere Mal[e]branche a vû vos journeaux [3], mais je n’ay pas encore su ce qu’il en pense, ils sont à present entre les mains de Mr Auzout [4] fameux mathematicien et de Mr Bernier [5], qui par parenthèse ne s’y verra pas des mieux traitez, Mr A[l]lix  [6] et moy n’avons pas deviné pourquoy. Je croy autant qu’il m’en peut souvenir que Mr de Lessevil[l]e ne vous marque pas que dans chaque vignette des Dialogues dont il vous parle • l’ abbé de Dangeau y est toujours representé [7], prenant apparemment grand plaisir à se voir par tout. Adieu mon cher Monsieur, je suis tout à vous. Si j’avois esté seur que cette lettre vous fût rendüe exactem[en]t en en payant le port, je l’aurois aquitté, mais je crains que celle[s] qu’on aquittera en France ne soient pas rendües fort soigneusem[en]t mandez* moy si je me trompe.

 

• A Monsieur/ Monsieur Baile Professeur en philo-/ sophie et en histoire chez Mr Ferrand/ marchand op Geldreskai/ A Roterdam

 

Notes :

[1] M. de Lesseville, conseiller au Parlement de Paris. Larroque écrit systématiquement son nom « LEsseville ».

[2] La dernière lettre connue de Larroque est la Lettre 299 du 6 juillet 1684 : voir p.. C’est cette allusion qui permet de dater cet envoi entre les Lettres 299 et 307.

[3] Voir la Lettre 301 du 9 juillet 1684 de Malebranche à Bayle.

[4] Adrien Auzoult (1622- 1691), mathématicien, physicien et astronome. En 1666, il fut l’un des premiers membres fondateurs de l’Académie des Sciences, où il entra parmi les astronomes, avec Jean Richer et l’abbé Jean Picard, outre Roberval et Huygens. Il quitta Paris pour Rome en 1668, mais revint à Paris entre 1676 et 1685, ce qui explique qu’il fût lié en 1684 au milieu scientifique de Malebranche. Sur lui, voir R.M. McKeon, L’Etablissement de l’astronomie de précision et l’œuvre d’Adrien Auzout, thèse dactylographiée (Paris 1965), et Dictionnaire de Port-Royal, s.v. (article de D. Descotes).

[5] François Bernier est l’auteur de l’« Eclaircissement sur le Livre de M. de la Ville » que Bayle a inséré dans son Recueil de quelques pieces curieuses concernant la Philosophie de M. Descartes. Dans les NRL (mars 1684, art. III), le journaliste le présente comme « un grand sectateur de Gassendi ». Sur lui, voir aussi Lettre 101, n.30.

[6] Pierre Allix devait écrire quelques jours plus tard directement à Bayle ses réactions à la lecture des NRL : voir Lettre 306.

[7] Sur les Dialogues de Choisy et Dangeau, voir Lettre 299, n.11.

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