Lettre 454 : Pierre Bayle à Gilles Ménage

[Rotterdam, le 7 août 1685]

Je vous prie aussi de m’escrire si vos Origines de la langue italienne [1] de la nouvelle impression sont présentement à Paris. Je suis etonné que vous ayez jugé cet ouvrage plus digne d’une révision que vos Origines de la langue françoise [2] qui, quoi que vous en pensiez valent mieux que tout ce qui est sorti de vos mains. Vous deviez m’apprendre le nom de ce commentaire de Rabelais, que M. Thévenot a trouvé, ne serait-ce point ce meme Copus, ministre de La Rochelle, qui fut fouetté pour avoir fait cet ouvrage s’il faut en croire Florimond de Remond [3]. On m’escrit que la satire de Mr de Furetière [4] contre l’Academie n’a pas eu beaucoup d’approbation, et que l’ouvrage est assez plat....

Notes :

[1] Gilles Ménage, Le Origini della lingua italiana (Paris 1669, 4°), dont une nouvelle édition in-folio venait de paraître à Genève. Sur la contribution de Vincent Minutoli à cette édition, voir Lettre 193, n.5.

[2] Gilles Ménage, Les Origines de la langue françoise (Paris 1650, 4°). Ce n’est qu’en 1694 que Ménage allait publier une nouvelle édition de cet ouvrage sous le titre : Dictionnaire étymologique, ou origines de la langue françoise. Nouvelle édition (Paris 1694, folio).

[3] Il s’agit de Michel Cop. « Que ne peut-on point dire du fameux médecin du roi François I er , Guillelmus Copus, son collègue et son contemporain, qui savoit comme lui toutes les intrigues de la cour et toutes les affaires du temps, car il en fit une estime si particulière qu’il passa, dit l’auteur du Scaligeriana, une partie de sa vie à le commenter ? Sur quoi j’ai appris en bon lieu que ce commentaire ou clef étant tombé après sa mort, entre les mains des Genevois, le magistrat le fit périr sous prétexte des libertés qui s’y trouvoient. On dit à ce propos qu’un Copus, ministre de La Rochelle, fut fouetté, apparemment au réquisitoire des anciens du consistoire, pour avoir commenté son Pantagruel. » ( Bernier, p. 67, à propos des hommes célèbres qui ont comblé Rabelais de louanges). Les éditeurs du Quart Livre (chap. II), Œuvres de Rabelais, t. V, éd. C. Esmangart et E. Johanneau (Paris 1823), p.487, qui font cette citation, ajoutent : « C’est sans doute Michel Cop, son fils, qui aura porté à Genève la clef de Rabelais que son père avait composée ».

[4] Il s’agit ici sans doute, non pas de la Nouvelle allégorique, ou histoire des derniers troubles arrivés au royaume de l’éloquence (Paris 1658, 8°), ouvrage déjà ancien, mais du premier Factum pour messire Antoine de Furetière, abbé de Chalivoy, contre quelques-uns de l’Académie françoise (Amsterdam 1685, 8°). Deux autres Factums devaient suivre en 1686 et 1688, portant toujours sur la querelle provoquée par la publication de son Essai d’un dictionnaire universel (s.l. 1684, 4°), dont Bayle avait rendu compte dans les NRL, février 1685, art. VI. Bayle avait aussi publié, dans les NRL de mai 1685 (art. VII) un « Mémoire concernant le procès intenté par Messieurs de l’Académie françoise à M. l’abbé Furetiere ». Voir aussi Lettre 383.

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