Lettre 485 : J.C. Lahire à Pierre Bayle

[Bordeaux, le 24 novembre 1685]

• Monsieur

J’aÿ recu celle que vous m’avé fait l’honneur de m’ecrire à l’egard de Mons r le ministre[ ;] je ne doute pas que l’on ne vous aÿe donné avis qu’il etoit mort et en veritable cretien [1] il a eté fort visité de Mess rs [ sic] Loris jesuite ce pendant il[s] n’ont rien peu gagné sur son esprit[.] Il a heu toujour l’esprit presant et d’un bon sans jusques au dernier soupir[ ;] jamais homme n’a fait une si belle mort. Je demandoi le corps à Mons r le major qui ce trove à presant comandant le quel me la corda[ ;] je luÿ fis faire un sercoeuil et le fis antaire fort honnorablement par une 20taine de mais sold[ats] de la Religion, je vous assure qu’il n’a heu besoin de rien pandant tout le tamps qu’il a eté an prison car j’y tenoit la main autan qu’il m’etoit possible[ ;] il a eté un tamps qu’il de pansit plus que 7 l[ivres] t[ournois] par jour mais je represanta / à Mr le major quoi qu’il fut prisonié au Chateaux Trompette et gardé etroitement que ce n’etoit pas l’intension du Roÿ qu’en jolië exiga de cette maniere d’un home et que je le voulloit faire vivre ausibien pour un escu par jour[,] ce que je fis[.] Sa depance etoit taxée à 3 l[ivres] t[ournois] par jour[ ;] j’aÿ amploÿé 50 escu que Mr votre cousain avec Mr le marquis de Venours me remire an main [2][ ;] outre sca j’aÿ fait une avance de quatre ving livres qu’il met dheu : son bopere fut icÿ a prais sa mort[,] l’on luy remis quelque memoire et ces ardre an main[.] Il ÿ a deux jour que le major a recu une lettre de quachet pour son elargissem[en]t daté de Versaille du 6 du courant [3], a prais la mort le medecain[.] J’orai souhetté pouvoir contribué à sa santé et [son] elargissement[,] je l’orai fait avec [beaucoup] de plaisi come cellui de [me] dire Monsieur vostre tres hu[m]b[le] et tres obbeis[san]t serviteur

  JC Lahire

Bourdeaux ce 24 me 9 bre 1685 •

Notes :

[1] La lettre que Bayle avait adressée à Lahire, fonctionnaire de la prison du Château-Trompette à Bordeaux, est perdue. L’attention que Lahire prête aux conditions d’emprisonnement de Jacob et les soins qu’il prend pour son enterrement suggèrent qu’il était lui-même un « nouveau converti » : voir H. Bost, Pierre Bayle, p.284. Jacob Bayle mourut le 12 novembre 1685, à l’âge de quarante et un ans : voir ci-après le certificat de décès de Jacob (SHPF ms 715 (44)) et la Lettre 486.

[2] Bayle fait état, dans sa lettre adressée à son cousin Jean Bruguière de Naudis (Lettre 486), de « 250 livres qui ont été avancées à Bourdeaux sur ma recommandation ». Sur le marquis de Venours, voir Lettres 268, n.2, et 362, n.8.

[3] Les démarches de Bayle, par l’intermédiaire de Ruvigny et de Rainssant, ont donc enfin porté leur fruit, mais trop tard : à quelques jours près, Jacob aurait été libéré par lettre de cachet et aurait pu rejoindre son frère à Rotterdam, comme il avait l’intention de le faire avec Théophile d’Arbussy : voir la lettre de consolation de l’ancien pasteur de Calmont et professeur de théologie à Puylaurens du 27 février 1686 (Lettre 524).

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