[Rotterdam, le 14 juillet 1686]
Au très célèbre Monsieur Jean-Georges Graevius Pierre Bayle fait ses compliments. Comme vos lettres, toutes pleines d’affection et de délicatesse, me plaisent extrêmement, je ne peux pas ne pas attendre avec la plus grande impatience la lettre qui ne m’a pas été apportée dans laquelle vous m’avertissiez de ce qu’on disait de mon silence à propos du Pline d’Hardouin [1]. Maudits soient ceux qui m’envient et me cachent de tels trésors qui leur sont confiés ! Quoi qu’il en soit, je rends bien grâce qu’autant que possible vous ayez évité de rien faire qui permette que de tels jugements de la part des Français me restent inconnus. Vous avez vu, je pense, dans mon journal du mois de mai la mention assez honorable de l’ouvrage de ce même Hardouin [2], et comme je puis affirmer sous la foi du serment que la lettre où vous indiquiez que bon nombre de personnes interprétaient mal mon silence ne m’avait pas été rendue, et que la lettre la plus récente par laquelle j’en ai été informé a été écrite après la publication de mon journal de mai, vous voyez clairement, très érudit Monsieur, que j’ai parlé spontanément de ce livre, et nullement incité par des plaintes ou des avertissements, de quelque genre que ce soit. En réalité, je fais grand cas de cet ouvrage, et je n’ai pas eu d’autre raison d’en parler par la suite que le fait que c’est par la suite qu’il était venu entre mes mains. Mais cela m’étonne que ceux qui interprètent à mal mon silence ne censurent pas celui de l’abbé de La Roque, auteur du journal de Paris, qui n’a pas encore fait mention du Pline in usum Delphini [3]. Je vous rends, en vous remerciant très vivement, l’ouvrage de Petit [4]. Je ne l’ai pas encore parcouru parce qu’il m’est nécessaire d’avoir présent le volume entier quand j’en extrais les articles de mon journal. Je n’ai pas encore pu consulter le catalogue de Francfort où figure le titre de ce livre. J’espère voir sous peu le traité complet. Quant aux autres noms pour lesquels je vous dois des remerciements, je vous en fais volontiers, et vous souhaite grande et longue santé, mon très cher ami. 
Donnée à Rotterdam 14 juillet 1686.
 Je vous ai envoyé depuis longtemps par l’intermédiaire de Monsieur Janiçon, pasteur français des plus éloquents [5], le petit écrit d’ Origène sur la prière [6].

Notes :

[1] Cette lettre de Graevius à Bayle ne nous est pas parvenue.

[2] Bayle avait recensé l’édition de Pline par le Père Jean Hardouin, parue dans la collection ad usum Delphini l’année précédente, dans les NRL, mai 1686, art. IX : Caii Plinii Secundi Naturalis Historæ libri 37 interpretatione et notis illustravit Joann. Harduinus, Soc. Jesu, jussu regis christianissimi Ludovici Magni in usum Serenissimi Delphini (Parisiis 1685, 4°, 5 vol.).

[3] Les rédacteurs de périodiques se surveillaient de près les uns les autres. L’abbé de La Roque, rédacteur du JS, ne publia pas, en effet, de compte rendu de l’édition de Pline par Hardouin.

[4] Il s’agit sans doute de l’ouvrage de l’abbé Jacques Petit, Les Véritez de la religion prouvées et defendües contre les anciennes hérésies, par la vérité de l’Eucharistie (Paris 1686, 8°), mentionné par Bayle dans les NRL, juillet 1686, art. I, in fine, et de nouveau au mois de septembre 1686, cat. iv ; il avait été annoncé dans le JS du 1 er avril 1686 et recensé dans le numéro du 13 mai 1686.

[5] Il s’agit du frère de François Janiçon, Michel, qui s’était réfugié à Utrecht : voir Lettres 222, n.2, 335, n.18, et 600, n.19.

[6] Le Traité de l’oraison d’ Origène édité par John Fell : ( Origenis De oratione libellus) (Oxonii 1686, 12°), dont Bayle avait donné le compte rendu dans les NRL, juin 1686, art. VIII.

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