Lettre 711 : Pierre Bayle à M. de Courbaut

[Rotterdam, le] 20 may [16]88
Pour Monsieur de Courbaut Je suis bien faché Monsieur mon tres cher cousin que l’esperance que j’avois et que je vous marquai dans la lettre que je me suis donné l’hon[n]eur de vous ecrire il y a quelque tems [1] n’ait pas [été] bien fondée ; j’esperois qu’on laisseroit en repos en Brandebourg Mr votre ainé, cependant j’ai apris qu’il a eté obligé de se retirer. Mr le baron Davejean [2] qui est de la garnison de Nimegue où l’affaire se passa, et à qui j’ecrivis pour le suplier tres humblement de lui procurer quelque certificat dechargeant, me fit reponse qu’il etoit bien faché de ne pouvoir lui etre utile, et qu’il lui avoit conseillé de s’en aller ou en Hongrie ou en la Morée. J’aprens qu’il a pris ce dernier parti, et pleut à Dieu que son puiné l’eust suivi au lieu de revenir en France. Je prie le bon Dieu de vous fournir à vous et à tous les votres les graces qui vous sont necessaires. Je suis faché que le mauvais etat de mes affaires, je veux dire les depenses excessives que ma longue maladie m’a causées m’engagent à vous reiterer la priere de vous souvenir du remboursement des 50 ecus que je pretai à Mr votre ainé [3]. Je suis Monsieur etc votre tres h[umble] et t[res] o[beissant] s[erviteur]. A Monsieur/ Monsieur Pauli marchand à la/ grand’ruë/ Pour faire tenir à Mr de Naudis/ A Pamiers. •

Notes :

[1] Cette lettre de Bayle, datée sans doute du début de l’année 1688, ne nous est pas parvenue. Bayle a évoqué le cas des fils Courbaut dans sa lettre à Naudis du 27 juillet 1688 (Lettre 702), et il a sans doute été de nouveau question de M. Courbaut dans sa lettre du 15 novembre 1687 (Lettre 705), où il déclarait vouloir s’employer à secourir un de ses « meilleurs amis qui gémit sous l’esclavage, et pour lequel je travaillerai assurement de toutes mes forces, n’y ayant personne au monde qui me tienne plus au cœur que celui-là ». En effet, Courbaut, lieutenant à Campagne, dans le comté de Foix, en 1672, était un cousin de Bayle du côté maternel. Ses deux fils quittèrent la France à la Révocation et cherchèrent à prendre du service : ils passèrent à Rotterdam, où Bayle prêta de l’argent à l’aîné, qui partit pour l’Allemagne et, de là, pour la Morée, tandis que le cadet se décidait à revenir en France. Une note administrative du 28 avril 1689 sur Courbaut signale qu’il est un mauvais nouveau catholique : « luy ni sa famille ne font rien qui vaille » : voir J. Lestrade, Les Huguenots dans le diocèse de Rieux (Paris 1904), p.119n.

[2] La famille languedocienne des Banne d’Avéjan fut très nombreuse. Il s’agit peut-être de Denis de Banne, comte d’Avéjan (1639-1707), maréchal de camp en 1693, qui allait devenir en 1702 lieutenant général, gouverneur de Nancy et commandant en Lorraine.

[3] Sur le passage des frères Courbaut avec deux de leurs cousins à Rotterdam, sur la route du Brandebourg, voir Lettre 627, n.3, et ci-dessus, n.1.

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