Lettre 769 : Vincent Minutoli à Pierre Bayle

• [Genève, le 1 er décembre 1690] [1]

Il faut mon tres-cher Mr que je fasse ici comme il arrive souvent chez vous quand le vent contraire retarde les paque-bots[ :] je veux dire que[,] comme en ce cas là vous recevés souvent tout à la fois les lettres et les nouvelles de 4 ou 5 ordin[ai]res[,] j’ai à vous donner ici, afin que vous en ayés la suite, les avis receus de Turin deux ou trois postes consecutives[.]

 

Turin 14 [novem]bre 1690. Je ne vous écrivis pas par le dern[ie]r courrier parce qu’il falut que j’assistasse aux obseques de l’abbé D. Gaspard Cazado, vicaire general de l’armée de S[a] M[ajesté] Cath[olique] et surintendant des hôpitaux des soldats malades[,] de la visite desquels il a contracté une fievre maligne qui l’a emporté en 10 jours.

Tous les postes des environs de Suse et la ville même ont été abandonnés par nos gens à la réserve du fort [2][,] lequel[,] quoi que bien muni de tout[,] je n’estime pas qui puisse faire une bien longue resistance, étant commandé de plusieurs côtés par les éminences des montagnes voisines[,] que l’ennemi tient et où il se retranche, les nôtres, sans que je sache si c’est par commandement, leur ayant cedé les postes sans faire feu et sans resistance. Nôtre armée est campée à Bussolino, terre qui n’est qu’à 4 miles au dessous de Suse[.] La ville est vuide d’habitans et les François n’osent pas s’y tenir de crainte de l’artillerie du fort. On murmure ici comme il faut contre les Espagnols[,] qui ne veulent pas s’approcher pour secourir le fort[,] lequel ainsi je tiens perdu. Le marquis de Parelle [3] étoit depuis 3 jours devant Château-Daufin qu’on croit qu’il aura pris[,] ayant avec lui un corps considérable de milices.

 

Turin 19 [novem]bre. Le fort de Suse après une legere resistance d’environ 3 jours est tombé par composition* au pouvoir de l’ennemi, qui y a à peine perdu 60 hommes [4][.] Mr le chevalier Losa [5] gouvern[eu]r de Suse[,] qui s’étoit jetté dans le fort de Suse[,] a été apres la reddition conduit dans nôtre citadelle, de même que le comte de Rivera de la maison Simeoni [6], commandant du fort, avec une dizaine d’autres officiers, qui se sont trouvés à une action si peu vigoureuse. Je ne sai, si c’est aux hommes ou aux étoiles que je dois m’en prendre[,] à voir les choses comme elles vont. Un fort tel que celui de Suse / muni de tout se rendre à un si petit corps d’armée à la barbe de nôtre camp, au bout de trois seuls jours d’attaque[,] c’est ce qui me paroit un songe. Les avis d’Allemagne venus la semaine passée portoient que l’elec[teur] de Baviere avoit écrit à l’emper[eur], que si S[a] M[ajesté] vouloit châtier tous ses traîtres, elle n’avoit qu’à faire dresser un gibet bien grand, et qui sait s’il n’y a pas lieu de donner un semblable conseil à nôtre royal prince ? Nôtre armée est encore dans le val de Suse, et celle de Mr le marquis de Parelle a pris Château-Daufin par accord, apres quoi elle s’avance dans le Daufiné.

 

Turin 22 [novem]bre. J’ai reçu ce dern[ie]r ordin[ai]re des l[ett]res de Mr le gouvern[eu]r de Monmeillan [7] et de son secret[ai]re lesquels sont du 8 e du courant et ont passé par v[ot]re ville. Ils m’écrivent que tous les jours ils remportent des avantages considerables par les sorties qu’ils font sur l’ennemi et que dans une qu’ils avoient faite il n’y avoit que deux jours[,] de 80 des leurs, ils avoient battu et mis en fuite 190 François qui laisserent environ 30 des leurs que morts que blessés sans les prisonniers. L’ingenieur de Marque [8] que v[ot]re lettre [9] me marquoit avoir été tüé par la garnison de Monmeillan étoit un tres vaillant et habile homme que les François avoient fait venir de Flandres[.] Ce fut le chasseur du gouvern[eu]r qui le tüa et qui prit incontinent sur lui les habits du mort[,] mais ce povre garçon nommé Simon est tombé peu de jours apres dans une embuscade des ennemis qui l’ont conduit au château de Miolans dans la prison dite l’Enfer.

La nouvelle que les vaudois après la retraite de Catinat avoient défait un corps considerable de François étoit bien vraye mais non pas celle qui portoit qu’ils avoient occupé un poste voisin de Pignerol [10]. Bien est il vray qu’ils se sont souvent fort approchés de la place et y ont causé des alarmes. Le 19 et le 20 du courant, il arriva à Moncalier 9 fantassins espagnols venus de Catalogne et débarqués à Final qui sont partis incessamment pour l’armée vers Rivoles. Les François firent il y a deux jours une course de Suse jusques près d’Avigliane [11]. Mr le marquis de Parelle continüe ses conquétes dans le Dauphiné et l’on croit qu’à l’heure qu’il est il s’est emparé d’Embrun [12]. On a envoyé environ 200 massons à Château-Daufin pour le fortifier, le d[i]t marquis / y ayant mis 200 vaudois en garnison. On leur donnera tout le païs qui se pourra conquerir de ce côté là. Il y a 2 jours qu’il partit 700 autres vaudois pour ce païs là qui étoient ici en garnison. C’est qu’ils donnent desormais le nom de vaudois à tous les religionaires.

 

Voilà où j’en suis, mon tr[ès] ch[er] Mr, en attendant un nouveau courrier[.] Vous me marquiés dans votre penultième lettre, car il faut que vous sachiés que j’ai aussi receû celle du 14 de ce mois [13], qu’on travailloit à donner ou à obtenir la charge de sous-bibliothecaire de Leide à un proselyte venu de la moinerie [14], en vérité c’est aller bien vîte que d’avoir une semblable confiance en une chose de cette délicatesse[.] On sait de quelle importance est la conservation des bibliothèques et des manuscrits et combien il est aisé de joüer de mauvais tours sur le tout ou sur des parties. Je veux croire que celui dont il s’agit joint la probité à l’habilité, mais suffit il d’étre persuadé de celle ci pour étre convaincu de celle là ? Et qui ne sait combien longtems des gens à mauvais dessein ont porté le masque ? Le malheur du college de la Madeleine à Oxfort[,] si ce que les Ga[zett]es nous en ont dit est vray [15][,] doit bien donner à penser.

Mr Walkenier vôtre envoyé en Suisse [16] fit un discours dans la dern[iè]re diette qui doit avoir été vigoureux puis qu’il obligea Mons r Amelot [17] d’y répondre par celui ci[,] qui, n’entrant dans aucun détail ne fait qu’allumer la curiosité où l’on seroit de voir l’autre, on me l’a fait esperer et alors vous y aurés part[.]

« Magnif[iqu]es Seig[neu]rs

Les declamations emportées ou plûtôt les libelles diffamatoires que l’on est venu lire dans vôtre assemblée sont si indignes non seulement d’un ministre public mais même de tout homme bien né qu’elles ne méritent pas qu’on se donne la peine d’y repondre, et je suis sûr que vous en aurés été vous memes choqués. Ce ne sont que des repetitions entassées les unes sur les autres, de toutes les impostures dont les ennemis du Roi tâchent d’appuyer une mauvaise cause, mais des repetitions chargées d’un venin encore plus amer et plus grossier et d’autant plus odieuses qu’elles viennent d’une / republique qui devroit conserver en tout temps le respect qui est dû aux grands roys et sur tout à ceux à la protection desquels elle doit l’établissement de sa souveraineté. Il est d’ailleurs assés étrange que des gens qui ont allumé le flambeau de la guerre en faisant détrôner un roi legitime et chrétien par son gendre osent venir parler d’entreprises injustes et de renversement d’Etats[.] Si l’on vouloit enfin faire attention sur la maniere dont on fait la guerre des deux côtés, il ne faut pour en juger qu’entendre les lamentations des peuples de Svabe[,] de Flandre et de Piémont qui ne se cachent pas de publier qu’ils souffrent incomparablem[en]t davantage des Allemans leurs amis que des François leurs ennemis.

A Bade le 13 [novem]bre 1690. »

 

J’ai vû ce que vous marquez du Mercure gal[ant][,] on le voit ici réglément et quand j’ai quelques moments de loisir je le parcours parce qu’il s’y trouve parfois quelque piece d’eloquence ou d’esprit et quelques éloges de gens celebres dans les sciences et les arts. Le dern[ie]r qui est celui d’[octo]bre avoit peu de choses de ce caractere là, il y est parlé d’une nouvelle edition de L’Art de vivre heureux [18] avec de si grands changemens dans tout l’ordre de la piece qu’il dit qu’on doit le regarder comme un livre nouveau[.] Il fait aussi mention d’une Histoire monastique d’Irlande [19], dont il parle fort au long sans que j’en aye retenu autre chose si ce n’est que de trois ordres reguliers qu’il y avoit en Irlande l’un étoit appelé tres saint. Il y a outre cela une longue deduction* de ce qu’il faut entendre par les lieux s[ain]ts que la France a fait ôter aux Grecs par son credit à la Porte pour étre rendus aux Latins et en particulier aux relig[ie]ux de S[ain]t-François [20][.] Ce sont particulierement la grotte de Bethlehem, le Mont Calvaire la table ou pierre d’onction sur laquelle J[ésus] C[hrist] fut embaumé quand on l’ût descendu de la croix, et le s[ain]t sepulchre, dont les Grecs s’étoient emparés depuis 15 ans.

L’amplification des travaux d’Huningue [21] est surcise jusqu’au retour d’un courrier dépéché à la Cour par Mr Amelot sur la declaration des cantons de Zurich et de Berne appuyés de ceux de Lucerne, Soleurre et Fribourg, qu’ils ne pouvoient la souffrir[.] On croit que la France se relâchera à cet égard, mais qu’il en coûtera aux Suisses l’engagement à garder tellement leur frontiere du côté d’Augst que les alliés ne puissent faire par là aucune irruption en Alsace ni en Franche-Comté.

[On] attend de jour à autre le courrier de Mr Cox [22] de retour à Berne avec la ratification et des lettres de change. Je crains fort que ce ne soit là nôtre coup de mort et que nous ne perissions de la main d’où nous l’aurions le moins attendu car la France en est dans une colere enragée dont il sera fort difficile qu’on ne voye quelques éclats dans l’ascendant où elle se trouve. Je n’ûs rien hier de Piémont, vôtre lettre du 17 [23] vient de m’étre rendüe, la réponse suivra au plûtôt[.] Voici une lettre de Mr Constant [24], la quelle attendoit mon paquet depuis quelques jours.

Tout à vous.

21 [novem]bre st[yle] v[ieux]

 

M rs Banage que j’embrasse, n’ont ils point reçu une lettre que je leur écrivois il y a 2 ans avec la condoleance de M rs de Berne sur la mort de Mr le profess[eu]r Turrettin et la reponse de notre compagnie [25] que je fus chargé de faire[?]

Notes :

[1] Le millésime ressort du contenu : nouvelles de la guerre du Piémont.

[2] Sur la reddition de Suze, voir la Gazette, ordinaires n° 51, nouvelle de Pignerol du 22 novembre, et n° 50, nouvelle de Paris du 25 novembre 1690.

[3] Sur le marquis de Parella, voir Lettre 752, n.12. Casteldelfino défend la vallée de la Varaïta, qui descend ensuite vers Saluzzo.

[4] Voir les nouvelles rapportées dans les ordinaires de la Gazette signalés ci-dessus, n.2.

[5] Nous n’avons pas d’autres informations sur le chevalier Losa, gouverneur de Suse.

[6] Nous n’avons pas d’autres informations sur Simeoni, comte de Rivera, commandant du fort de Suse.

[7] Sur Charles-Jérôme del Caretto, marquis de Bagnasco, gouverneur du fort de Montmélian depuis 1689, voir Lettre 765, n.40. Sur la résistance de Montmélian, voir le Mercure galant, août 1691, p.279-290, novembre 1691, p.316-319, décembre 1691, p.295-324, janvier 1692, p.247-263, et le récit de Moreau de Brasey, capitaine dans le régiment de la Sarre, Journal de la campagne de Piémont pendant l’année 1691, et du siége de Montmélian sous le commandement de M. de Catinat (Paris 1692, 12°), dont un compte rendu parut dans le JS du 28 juillet 1692 ; sur la reddition de la ville, voir la Gazette, ordinaire n° 35, nouvelle de Paris du 11 août, et n° 36, nouvelle du camp de Chambéry du 10 août 1691.

[8] Nous ne saurions identifier plus précisément l’ingénieur M. de Marque, tué lors du siège de Monmeillan.

[9] Cette lettre de Bayle à Minutoli, où il fait état de la mort de l’ingénieur M. de Marque, ne nous est pas parvenue.

[10] La Gazette parisienne ne fait pas état de ces événements.

[11] La Gazette parisienne ne donne pas de nouvelles sur ces événements.

[12] La nouvelle de la prise d’Embrun sera démentie quelques jours plus tard : voir Lettre décembre 1690.

[13] Cette lettre de Bayle à Minutoli du 14 novembre 1690 s’est également perdue.

[14] Rémy ou Casimir Oudin (1638-1717), ancien élève des jésuites à Charleville, entra dans l’ordre des Prémontrés en 1655 et fut précepteur du fils aîné, Henri (né en 1666), de Jean Du Han IV, seigneur de Jandun, et de Marthe Croyé. Après la Révocation, cependant, il gagna le Refuge et s’associa à Jurieu, qui lui trouva un emploi à la bibliothèque de l’université de Leyde. Ainsi, le 18 septembre 1692, il reçut 100 florins en récompense de l’aide qu’il apportait au bibliothécaire en chef, Frédéric Spanheim le jeune ; le 15 novembre 1694, Spanheim demanda aux autorités de l’université de nommer Oudin bibliothécaire adjoint, ce qui fut accordé le 8 décembre, lui attribuant un salaire de 250 florins par an. Cette place était devenue libre à la suite de l’achat par l’université de Leyde – pour la somme considérable de 33 000 florins – de la bibliothèque d’ Isaac Vossius (voir Lettre 474, n.5). Sur Oudin, voir Haag, s.v. ; Nieuw Nederlandsch Biografisch Woordenboek, éd. P.C. Molhuysen et P.J. Blok (Leiden 1911-1937, 10 vol.), v.411-412 ; P.C. Molhuysen, Bronnen tot de geschiedenis der Leidsche universiteit, 1575-1811 (’s Gravenhage, 1913-1924, 7 vol.), iv.105, 122, 124 ; W. Otterspeer, Groepsportret met Dame II. De vestiging van de macht. De Leidse universiteit, 1673-1775 (Amsterdam, 2002), p.104-106.

[15] Dès avril 1687, le collège de Magdalen traversait une crise provoquée par la demande du roi Jacques II que le successeur du président du collège, Samuel Parker, qui venait de mourir, soit de la même persuasion religieuse que lui, c’est-à-dire catholique. Le collège refusa le candidat recommandé par le roi et en élut un autre. La commission ecclésiastique déclara nulle l’élection, imposa son propre candidat, catholique, expulsa le président et les fellows en place et les remplaça. Mais vers la fin du mois d’octobre de l’année suivante, par peur de la révolution qui semblait menacer, le roi restaura le président élu et les fellows dans leurs fonctions. Les malheurs du collège n’étaient cependant pas terminés. Après la « Glorieuse Révolution » de 1688 et avec l’avènement au trône de Guillaume III, les fellows de tendance anglicane stricte, qui eurent à prendre position vis-à-vis du latitudinarisme du régime imposé par Guillaume, refusèrent de prêter serment. Le cas de l’éminent docteur Thomas Smith est exemplaire (sur lui, voir aussi Lettres 487, n.4, et 567, n.8) : ayant accepté sans enthousiasme la nomination par le roi Jacques II de l’ évêque Samuel Parker , un modéré, à la présidence du collège, Smith perdit son fellowship lors de l’imposition par le roi du successeur catholique après la mort de Parker. Ayant repris ses fonctions au moment de la restauration générale par Jacques II des fellows qu’il avait fait destituer, Smith finit par être de nouveau exclu pour avoir refusé de prêter serment au gouvernement de Guillaume III. Sur Samuel Parker, voir aussi Lettre 638, n.11.

[16] Petrus Valckenier (1641-1712), diplomate, fut l’envoyé extraordinaire des Provinces-Unies en Suisse entre 1690 et 1704 : voir Lettre 820, n.20. Il fut aussi l’auteur de l’ouvrage : ’t Verwerd Europa ofte politijcke en historische beschrijvinge der waaren fundamenten en oorsaaken van de oorlogen en revolutien in Europa, voornamentlijk in en omtrent de Nederlanden zedert den jaaren 1664 (Amsterdam 1688). Voir O. Schutte, Repertorium der Nederlandse vertegenwoordigers, residerende in het buitenland, 1584-1810 (’s Gravenhage 1976), p.152-153. Sur l’action de Valkenier vis-à-vis des vaudois, voir M. Evers, « La questione valdese nella corrispondenza dei rappresentanti diplomatici delle Province Unite (1687-1689) », in Dall’Europa alle valli valdesi, p.57-81.

[17] Michel-Jean Amelot, baron de Brunelles, marquis de Gournay (1655-1724), ambassadeur du roi de France en Suisse de 1688 à 1698 (voir Lettre 775, n.4). En octobre 1689, il s’était plaint devant la diète de Bade de ce que le retour des vaudois dans les vallées du Piémont s’était effectué sans opposition de Berne : voir H. Bots, « Echos de la Glorieuse Rentrée des Vaudois dans les Provinces-Unies à travers la presse périodique et les pamphlets », in Dall’Europa alle valli valdesi, p.385.

[18] Sur cet ouvrage de Nicolas Binet, voir Lettre 768, n.4.

[19] Louis-Augustin Alemand, Histoire monastique d’Irlande, où l’on voit toutes les abbayes, prieurés, couvents, qu’il y a eu dans ce royaume (Paris 1690, 12°). 

[20] La bulle du pape Clément VI qui établit la constitution juridique de la custodie de Terre Sainte date du 21 novembre 1342. En 1623, en vue de faciliter l’activité des franciscains, la province de Terre Sainte fut réorganisée en plusieurs entités, plus petites, appelées custodies : les custodies de Chypre, de Syrie et celle de la Terre Sainte proprement dite. Cette dernière comprenait les couvents de Saint-Jean d’Acre, d’Antioche, de Sidon, de Tyr, de Jérusalem et de Jaffa. L’événement évoqué par Bayle concerne la reprise de la custodie par les franciscains de certains lieux saints confiés jusque-là aux Grecs orthodoxes. En effet, en 1644, les Géorgiens, n’arrivant pas à résister à l’autorité turque, abandonnèrent définitivement la basilique du Saint-Sépulcre. Un peu plus tard les Abyssins en firent autant. Les franciscains, avec l’aide des pays chrétiens, purent faire face aux dépenses et acquirent divers lieux abandonnés par les autres communautés. La question de la propriété de la basilique du Saint-Sépulcre devint encore plus aiguë lorsque le patriarche grec Dosithée (1669-1707) se procura en 1676 un firman qui en attribuait la possession exclusive à sa communauté. L’Autriche, l’Espagne, la Pologne et Venise s’unirent pour créer une commission afin d’étudier la contestation, et il fut ordonné que les Latins devaient être réintégrés dans leurs droits d’avant 1630. La sentence fut publiée solennellement à Jérusalem le 25 juin 1690 en présence des autorités et des parties en conflit et, le 29 juin, le père custode lors d’une messe solennelle reprit possession du Saint Sépulcre et des autres lieux. Voir l’ouvrage de Pierre de La Vergne de Tressan, Relation nouvelle et exacte du voyage de la Terre sainte, ou Description de l’état present des lieux où se sont passées les principales actions de la vie de Jesus-Christ (Paris 1688, 8°), dont un compte rendu parut dans l’ HOS de Basnage de Beauval, juillet 1688 ; Mercure galant, octobre 1690, p.85-147 : « Article curieux concernant la description des Saints Lieux et toute l’histoire de la restitution des ces mesmes lieux, procurée par le Roy à l’Eglise catholique » ; P. Pizzaballa, La Présence franciscaine en Terre Sainte (Jérusalem 2008), et DHGE, xviii.880-882.

[21] La Gazette ne donne pas de nouvelles sur ces événements.

[22] Coxe écrira le 14/24 décembre qu’il a reçu ordre du roi d’Angleterre de s’occuper de la sécurité de Genève et qu’il a obtenu de l’empereur qu’on y livre 400 sacs de blé par semaine. Le conseil de la ville est embarrassé, car Genève négocie au même moment avec la France pour en importer du blé. Voir Journal de Flournoy, p.342, n.183.

[23] Cette lettre de Bayle à Minutoli du 17 novembre 1690 est également perdue : on remarquera la fréquence des lettres échangées entre Bayle et Minutoli à cette époque.

[24] La dernière lettre que nous ayons de David Constant à Bayle date du 24 octobre 1690 ; puisque la lettre évoquée ici par Minutoli n’est entrée en sa possession que depuis quelques jours, il doit s’agir d’une autre lettre perdue.

[25] Minutoli a mis longtemps pour se demander si sa lettre adressée aux frères Basnage ne s’était pas perdue, car François Turrettini était mort en 1687... Il semble d’ailleurs qu’il ne s’en souvienne qu’afin de rappeler sa réponse, au nom de l’université de Genève, aux condoléances des professeurs de l’université de Berne, pensant sans doute que Basnage de Beauval pourrait en faire état dans l’ HOS. Sa lettre et les deux textes qui l’accompagnaient sont perdus.

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