Lettre 788 : Pierre Bayle à Vincent Minutoli

A Rotterdam, le … de février, 1691

Cet Etat vient de perdre deux des meilleurs officiers de ses troupes : savoir, Mr De Webbenum, gouverneur de Breda [1], Lorrain de naissance, et catholique de religion : mais, fort affectionné de tout tems au service de la république, et à la maison d’Orange. C’étoit un vieux officier, qui avoit gagné de grands biens ; et il a institué le roi d’Angleterre son héritier. L’autre est Mr D’Ailüa [2], Frison, qui s’est malheureusement tué, en tombant de cheval. Il est fort regretté. Pour Mr De Waldek [3], il n’est plus dans aucune estime ; mais, plutot, dans le mépris des soldats et des officiers, depuis la bataille de Fleurus. On ne sait pas s’il commandera l’armée, en cas que le roi n’y vienne pas en personne ; ni, si Mr Tromp [4] sera soumis à l’amiral d’Angleterre. On sait seulement que ce dernier commandera notre flotte, et le public en est dans une joie singuliere. Il passoit l’autre jour à pied dans les ruës de Rotterdam, et on couroit pour le voir de tous côtez, comme après un prince.

On vient de me dire que l’évêque d’Eli se refugiera en France [5], et que Preston n’a découvert / que des gens qu’on ne sauroit arrêter [6] ; comme si c’étoit une partie dressée, qu’avant qu’il nomme personne, quelqu’un des plus puissans en Cour fasse avertir l’intéressé de se mettre en sureté. Nous n’avons point vu ici la lettre, dont vous me parlez, sur le jugement de Torringhton [7] ; mais, on reçut l’un de ces jours par la poste un libelle de Paris, intitulé, La Mascarade de La Haye [8]. Je n’ai pu la lire ; parce que celui qui l’a reçu, le porta peu après à nos bourgemêtres. On m’a dit que c’est une satire, qu’on croit de la façon du s[ieu]r Le Noble, l’auteur de plusieurs pieces semblables, et nommément du Dialogue d’Esope et de Mercure, que Messieurs d’Amsterdam ont fait bruler par la main du bourreau [9] : et que cette prétenduë Mascarade contient des reproches malhonnêtes de lacheté et de bassesse à l’empereur et aux princes d’Allemagne, de ce qu’ils ont envoié, ou sont venus en personne, baiser la pantoufle à un homme si au dessous d’eux ; louant l’électeur de Saxe d’avoir eu plus de cœur que cela.

Nous sommes ici ravis de voir la France si outrée de colere contre les honneurs qui sont rendus à Sa Majesté britannique, par tant de princes [10]. La Gazette de Paris se trompe vilainement, en ce qu’elle a publié que le roi de la Grande Bretagne traite les Electeurs avec beaucoup de hauteur, et les fait attendre, comme aussi le marquis de Castanaga, des heures entieres dans son antichambre [11]. Tant s’en faut que cela soit vrai, que rien n’est plus remarqué de tout le monde, que l’affabilité, et les manieres modestes de ce monarque [12].

On veut, que si Mr. Jurieu répond à la très piquante lettre de Chappuzeau [13], comme on le / croit, celui-ci reviendra à la charge de plus belle, muni de toutes pieces, que des gens, plus habiles que lui, lui fourniront ; étant bien aises, comme ils sont mal avec Mr. Jurieu, de se venger, sous le nom d’un tiers. Les Anglois sont bien fâchés de n’avoir pas acheté la bibliotheque de feu Isaac Vossius [14], mort chanoine de Windsor ; et, si l’on n’eut usé de diligence, dès que le marché eut été conclu à trente six mille florins, de faire porter les livres chez Mr Citters, l’ambassadeur de cet Etat à la Cour d’Angleterre [15], il fut venu des ordres pour empêcher le déplacement de la bibliotheque ; afin que les héritiers fussent obligés de rompre le marché avec l’université de Leyde, et en faire un autre avec celle d’Oxford. Si les livres étoient rangés, je serois déjà allé à Leyde exprès pour les voir ; mais, on ne sait quand ils seront mis en ordre.

Mr de Meaux fait imprimer quelque chose conjointement contre M rs Basnage et contre Mr l’évêque de Salisburi [16], de qui je n’ai pu encore savoir la pensée sur le manuscrit du projet de paix [17], dont je lui ai fait tenir une copie, que j’ai fait faire fort lisible ; j’entens des VI prémiers entretiens ; car, je n’ai reçu que cela, et je ne puis rien dire sur la suite ; n’aiant point reçu ce que vous me marquez que votre ami devoit me faire tenir par la voie d’Allemagne, où est contenu le point capital et décisif de la garantie [18]. Le même Mr de Meaux a fait des notes sur la version vulgate des Pseaumes, et sur / celle de s[ain]t Jerôme, et le tout vient d’être imprimé à Lyon [19].

On n’a jamais tant parlé des vaudois que présentement, soit à cause de leurs hardis exploits dans le Piedmont [20], soit à cause du grand nombre de livres qu’on fait en France sur leurs anciennes prétendues hérésies. Un nommé Mr de La Valette, va publier une Histoire des albigeois [21] ; et un dominicain de Carcassonne, nommé le P[ère] Benoit, a donné celle des vaudois [22], où il a inséré des morceaux d’un manuscrit, qui est entre les mains de Mr Graverol [23], contenant les actes des procès faits à plusieurs. J’ai vu ici des extraits d’un semblable manuscrit, qui font foi qu’il y avoit des manichéens parmi ces sectaires, que les papistes persécutoient en France ; et d’autres, qui confessoient qu’ils couchoient avec des femmes, et se mettoient nuds sur elles nuës : mais, sans accomplir l’œuvre de la chair. Il s’en trouvoit, qui étoient sodomites [24] ; et c’étoit un terme en ce tems-là ordinaire, que d’appeller la sodomie, Crimen seu Delictum Spina Dorsi [i] : et Monstrelet dit quelque part, que quelques-uns furent brulez à la Greve, pour avoir commis le délict de l’épine [25]. Mr Ménage nous apprend, dans son Anti-Baillet, qu’en Italie, on nomme cela le péché de non-conformité [26].

J’apprens que Mr Pellissari [27] est parti, pour aller joindre sa famille en vos quartiers*, et qu’il a pris un exemplaire de tout ce qui s’est imprimé ici / de petits livres, bons ou mauvais, depuis le départ de Mr Bibaud son oncle [28] ; c’est-à-dire, depuis le commencement d’août dernier. Il vous sera aisé d’en avoir communication ; mais, en vérité, vous y trouverez peu de chose digne d’attachement. Vous aimeriez mieux, sans doute, la lettre que Mr Wallis a publiée, pour montrer à quelques sociniens, qui avoient publié quelque chose en Angleterre contre le mystere de la Trinité, qu’il n’y a nulle contradiction là-dedans [29], et qu’on voit dans les trois dimensions de la matiere une image de la Trinité, si expresse que rien plus. Mr Jurieu s’est servi de cette comparaison dans ses Essais de théologie mystique ; et, avant la publication de ces Essais, dans un mémoire, qu’il me donna, pour mettre dans mon Journal ; mais, je sai d’original, qu’on lui a fait des objections, ausquelles il n’a pu répondre : et celle même, dont il me donna la réfutation, que je publiai aussi, est demeurée victorieuse, si on y prend garde de bien près [30].

Je vous supplie, mon très cher Monsieur, d’envoier l’incluse à son addresse [31], et de me croire tout à vous.

Notes :

[1] Joann Theobald von Weibnom (1626 ?-1691), connu aussi sous le nom de Theobald Metzger von Weybnom (en néerlandais : heer van Webbenum), militaire originaire de la Lorraine, devenu gouverneur de Breda et major-général de l’armée des Provinces-Unies. Avant d’être anobli, son nom de famille était Metzger ; malgré ses origines obscures, il laissa à sa mort une fortune immense.

[2] Hans Willem, baron van Aylva (1635-1691), noble originaire de Frise, fut lieutenant général lors des combats contre les Français et les armées de Munster en 1672 ; il combattit aussi à Fleurus en 1690. Il jouissait d’une excellente réputation en tant qu’officier de cavalerie.

[3] Le prince Georg Friedrich von Waldeck-Eisenberg (1620-1692), général de l’armée des Provinces-Unies lors de la bataille de Fleurus, le 1 er juillet 1690, où ses troupes furent écrasées par l’armée française conduite par le duc de Luxembourg.

[4] Cornelis Tromp (1629-1691), deuxième fils de Maarten Tromp (1598-1663), l’amiral légendaire de la flotte hollandaise, devint lui-même commandant en chef de la marine néerlandaise et danoise, mais dut céder sa place à Michel de Ruyter. C’était un défenseur acharné de la maison d’Orange et il joua un rôle majeur dans le complot contre les frères de Witt en 1672. Il devait mourir en proie à l’alcool et aux remords.

[5] Il s’agit de Francis Turner, évêque d’Ely, autrefois Master de St. John’s College, Cambridge, l’un des sept évêques poursuivis en justice pour avoir résisté à l’autorité de Jacques II (voir son portrait, Illustration n° 3). Cinq de ces évêques, dont Turner, allaient être relevés de leurs fonctions le 1 er février 1691 pour refus de l’autorité de Guillaume III. Aucun de ces évêques ne semble avoir pensé à se réfugier en France, mais ils y envoyèrent un délégué pour demander à Jacques II de nommer deux évêques qui assureraient la succession des non-jureurs. Jacques en laissa le choix à Sancroft, le plus éminent de ceux-ci. Ces nouveaux évêques furent consacrés par Turner et deux autres prélats non-jureurs. Il fut proposé à Turner en 1694 de se présenter devant le roi Jacques à Saint-Germain. Le roi approuva cette proposition mais n’y donna pas suite. En décembre 1696 Turner fut arrêté et relâché, puis arrêté de nouveau. Il mourut à Londres en 1698. Bayle dit que « Preston n’a découvert que des gens qu’on ne pourrait arrêter », mais la difficulté n’était pas tant d’arrêter des gens que de démontrer leur culpabilité. Il s’agissait naturellement de personnages haut placés, souvent très estimés de leurs pairs et se trouvant devant un choix difficile : accorder leur allégeance à Jacques II, qu’ils considéraient comme roi légitime tout en rejetant son catholicisme, ou bien à Guillaume III en tant que roi de facto tout en rejetant son presbytérianisme. D’un autre côté, il faut avouer qu’alors que certains d’entre eux avaient prêté serment d’allégeance à Guillaume, d’autres avaient refusé ; ce qui pouvait donner à la conjuration prétendue et au moins en partie réelle un certain air d’équivoque.

[6] Richard Graham, vicomte Preston, avait fortement soutenu les droits de Jacques II et avait été récompensé par le titre de vicomte de Preston : voir Lettre 783, n.10. En mai 1682, il succéda à Henry Savile comme envoyé extraordinaire à la cour de France, et revint en Angleterre au moment de l’accession de Jacques II au trône. Il fut nommé alors membre du conseil royal. Ayant la confiance des autorités françaises, il disposait de sommes importantes pour défendre les intérêts de Jacques II après la Glorieuse Révolution, mais il fut arrêté en mai 1689 et conduit à la Tour de Londres. Il fut acquitté et continua à être tenu par les jacobites pour le véritable secrétaire d’Etat ; il poursuivit aussi ses négociations en vue du rétablissement de Jacques II et fut de nouveau arrêté le 1 er janvier 1691. Au mois de mai, ayant obtenu la promesse d’un acquittement en échange de sa collaboration, il révéla les noms de ses complices : Clarendon, Dartmouth, Francis Turner et William Penn et une longue liste de personnes « favorables à Jacques II ». Il fut libéré le 13 juin 1691 et, rejeté par les jacobites à cause de sa trahison, se retira à Nunnington Hall dans le Yorkshire, où il établit une édition critique du De consolatione philosophiæ de Boèce avant de mourir le 22 décembre 1695.

[7] En 1688, Arthur Herbert, comte ( earl) de Torrington (vers 1648-1716), avait refusé de voter en faveur de la suppression du Test Act qui interdisait aux catholiques d’exercer une charge publique. Jacques II le démit de ses fonctions, mais, après la Glorieuse Révolution, il fut rétabli par Guillaume comme Lord High Admiral (1689) et comme First Lord of the Admiralty (1689-1690). Il dirigea ainsi la flotte anglaise lors de la bataille de Béveziers (Beachy Head) du 10 juillet 1690, qui constitua une sévère défaite pour la flotte des forces alliées anglo-hollandaises. Il refusa ensuite de soutenir la flotte hollandaise dans une bataille contre la marine française et fut emprisonné à la Tour de Londres, mais obtint enfin son acquittement. Il fut néanmoins démis de ses fonctions. Entre les deux premiers numéros de la Gazette de l’année 1691, dans l’exemplaire de l’Arsenal (cote : 4° H 8917), on trouve une Lettre d’un gentilhomme anglois à un bourgmestre hollandois, sur le jugement de Milord Torrington, traduite de l’anglois (s.l.n.d., 4°) ; voir aussi, sur ce jugement, la Gazette, ordinaires n° 1 et 2, nouvelles de La Haye du 28 décembre 1690 et du 8 janvier 1691.

[8] Nous n’avons su identifier plus précisément ce libelle.

[9] Eustache Le Noble publia, entre janvier 1690 et novembre 1691, vingt-huit « dialogues » sous le titre, La Pierre de touche politique (s.l. 1690-1691, 12°) ; le dix-huitième dialogue, publié en janvier 1691, s’intitule Les Etrennes d’Esope, 18 e dialogue (s.l. 1691, 12°) : c’est sans doute le pamphlet évoqué par Bayle.

[10] Sur les événements diplomatiques en Angleterre immédiatement après la Glorieuse Révolution, voir Lettre 728, n.6, et les analyses proposées dans l’ouvrage dirigé par J.I. Israel, The Anglo-Dutch Moment.

[11] Francisco Antonio de Agurto y Salcedo, marquis de Gastañaga (1640-1702), gouverneur des Pays-Bas espagnols entre 1685 et 1692. Il avait conduit les troupes espagnoles lors de la bataille de Fleurus en 1690 et avait dû céder Mons aux troupes françaises, ce qui provoqua son rappel en Espagne, où il fut nommé vice-roi de la Catalogne (1694-1696). Bayle fait allusion à l’ordinaire de la Gazette, n° 10, nouvelle de La Haye du 26 février 1691 : « Il y a ici un nombre extraordinaire de princes, qui font journellement la cour au prince d’Orange. [...] Il les traite tous avec une hauteur dont on ne peut croire qu’ils soient contents, et sous prétexte que les Electeurs sont incognitô, on les voit souvent attendre des heures entières à la porte du cabinet du prince d’Orange. »

[12] Ce n’est sans doute pas une remarque ironique de Bayle à l’égard de Guillaume III : dans sa lettre du 11 mars (Lettre 792), il relève que le roi a interdit aux prédicateurs de le louer dans leurs sermons.

[13] Défense du Sieur Samuel Chappuzeau contre une satire intitulée : « L’Esprit de Mr Arnauld » (s.l. 1691, 12°), qui porte sur la critique par Jurieu de l’ouvrage Les six voyages de Jean Baptiste Tavernier qu’il a fait[s] en Turquie, en Perse et aux Indes pendant l’espace de quarante ans (Paris 1676, 4°, 2 vol.), puisque ces deux volumes sont dus à Chappuzeau.

[14] Sur la bibliothèque d’ Isaac Vossius, acquise par Hadriaan Beverland et vendue à l’université de Leyde en 1689, voir Lettre 474, n.5. Ce fonds a gardé son identité en tant que Codices Vossiani.

[15] Aernout van Citters (1633-1693), ambassadeur à Londres entre 1680 et 1695 : voir O. Schutte, Repertorium der Nederlandse vertegenwoordigers, residerende in het buitenland, 1584-1810 (’s Gravenhage 1976), p.108-109.

[16] Il s’agit sans doute d’une partie du sixième Avertissement de Bossuet : Etat présent des controverses et de la religion protestante, avec une revue des ouvrages précédents et une table générale des six avertissements. Troisième et dernière partie du sixième avertissement contre M. Jurieu (Paris 1691, 4°).

[17] Bayle avait envoyé un exemplaire du projet de paix de Goudet à Gilbert Burnet : voir Lettres 710, n.8, 751, n.17, et 765, n.18.

[18] La garantie des droits des huguenots et du retour des huguenots réfugiés.

[19] Bossuet, Liber Psalmorum, additis, canticis, cum notis Jac. Benigni Bossuet (Lugduni 1691, 8°).

[20] Minutoli a fourni à Bayle des récits très détaillés des exploits des vaudois : voir, en particulier, Lettre 778, n.14 et 16.

[21] Cet ouvrage de La Valette était déjà publié en deux éditions : Parallèle de l’hérésie des albigeois et de celle du calvinisme. Dans lequel on fait voir que Louis le Grand n’a rien fait qui n’eust esté pratiqué par saint Louis. Avec l’histoire de la dernière révolte des calvinistes du Vivarais (Paris 1681, 1686, 4°).

[22] Le Père Jean Benoit (1632-1705), dominicain, Histoire des albigeois et des vaudois ou barbets avec une carte géographique des valées (Paris 1691, 12°). Il est allusivement question de cet ouvrage dans l’ HOS de février 1691, p.280-281. Plus intéressé par cette question que Basnage de Beauval, Jean Le Clerc lui consacre un compte rendu dans la BUH, avril 1691, art. III,2, p.197-227.

[23] Jean Graverol, ancien pasteur de Lyon : voir Lettre 58, n.6.

[24] Cette réflexion de Bayle sur les accusations – presque toujours d’ordre sexuel – portées contre les hérétiques de différentes sectes annonce ses remarques faites à la fin de l’article « Caïnites » du DHC : « Quand on lit ces choses [le récit des monstruosités de ces sectaires] dans les Pères de l’Eglise, on a quelque peine à ne pas s’imaginer qu’il leur arrivait à l’égard des hérétiques ce qui arrivait aux païens à l’égard de la religion chrétienne. Les païens lui ont imputé cent extravagances et cent abominations qui n’avaient aucun fondement. Les premiers qui forgeaient ces calomnies étaient sans doutes coupables d’une malice très noire ; mais la plupart de ceux qui les débitaient depuis qu’elles avaient été semées malicieusement n’étaient coupables que de trop de crédulité : ils croyaient le bruit commun sans avoir voulu prendre la peine de l’approfondir. » (Voir aussi l’article « Anabaptistes »).

[i] Spina dorsi : « échine dorsale, épine du dos ». La curieuse formule delictum ou crimen spina dorsi pour désigner le crime de sodomie paraît simplement euphémique. L’emploi du mot simple « épine » dans le même sens doit être très rare. Le mot latin spina a d’ailleurs été employé par des auteurs pieux dans le sens de « droiture morale ».

[25] Enguerrand de Monstrelet (1390 ?-1453), Chroniques. Contenans les cruelles guerres civilles entre les maisons d’Orleans et de Bourgogne, l’occupation de Paris et Normandie par les Anglois, l’expulsion d’iceux (Paris 1572, 2 vol.).

[26] Ménage, Anti-Baillet, partie II, §CXIX-CXX, éd. La Monnoye, xiv.449-509 : ces deux chapitres sont consacrés à la réfutation de l’accusation proférée par Baillet contre Jean de La Casa d’avoir composé un ouvrage intitulé De laudibus Sodomiæ seu pederastiæ ; le passage cité par Bayle sur la « non-conformité » se trouve au début du §CXX, p.474. Voir aussi le commentaire de Michel de La Roche dans sa lettre du 20 décembre 1699 à Jean Le Clerc (éd. Sina, n° 316, ii.328-329).

[27] Il s’agit sans doute du marchand et banquier Théophile de Pelissari (1655-1722), originaire de Genève, qui épousa Sarah Rigot (1666-1721) en 1691 à Genève. Fils de Gabriel de Pelissari (1623-1677), membre du Conseil des Deux-Cents, et de Suzanne Boucher (1635-1708), Théophile était membre du Conseil des Deux-Cents depuis 1684 et allait devenir membre du Conseil des Soixante de Genève. Sa fille Marthe épousa en 1707 Barthélemy Martin (1675-1750), fils de Pierre Martin, marchand de toile, et frère de Pierre Antoine Martin, banquier genevois. Ayant fait faillite à Genève, Barthélemy vint à Paris pour y fonder une banque rue de Quincampoix. Il existe aussi une autre branche genevoise de la famille Pelissari apparentée aux Minutoli : Antoine de Pelissari fut l’époux d’ Elisabeth Minutoli ; leur fille Charlotte épousa Jacques Dufour (mort en 1658) : voir J.-A. Galiffe, Notices généalogiques sur les familles genevoises depuis les premiers temps jusqu’à nos jours (Genève 1892), ii.167.

[28] Il s’agit sans doute d’un enfant de Georges Pelissari (ou Pellissari), trésorier général de la Marine, et de Madeleine Bibaud, issue d’une famille originaire de La Rochelle ; leur fille Julie épousa en 1690 Jean-Louis Calandrini, mais nous n’avons su identifier leur fils.

[29] John Wallis, professeur de mathématique à Oxford, fondateur de l’algèbre moderne, écrivit en fait huit lettres sur la doctrine de la Trinité, qu’il croyait pouvoir rendre très claire en comparant celle-ci à un cube ayant trois dimensions égales : la longueur, la largeur et la hauteur sont égales mais constituent un seul cube et non pas trois. Mais, chacune de ses lettres se prêtant à une objection qui demandait une réponse, il sembla finir par tomber dans le sabellianisme, qui veut que la Trinité désigne simplement une seule personne ayant trois noms selon la forme sous laquelle elle se manifeste. Voir John Wallis (1616-1703), Theological Discourses : containing VIII letters and III sermons concerning the blessed Trinity (London 1692, 4°). William Sherlock intervint dans le débat en affirmant que les trois personnes de la Trinité étaient des personnes aussi distinctes que Pierre, Jacques et Jean, mais il se trouva réfuté par Robert South, de Christ Church, Oxford. Au fond, malgré l’existence d’un arrière-plan de propagande socinienne généralement anonyme, la controverse était surtout entre anglicans qui n’étaient pas d’accord entre eux. En fin de compte, la doctrine orthodoxe dut être réimposée par une déclaration de la part de la hiérarchie ecclésiastique, qui suivait une instruction royale, procédé qui n’était pas pour plaire au clergé anglican.

[30] Pierre Jurieu, « Mémoire [...] pour montrer le rapport des trois dimensions du corps, avec les trois personnes de la nature divine », publié dans les NRL, juillet 1685, art. III ; Pierre Allix envoya à Bayle sa « Réponse aux parallele des trois personnes de la Trinité et des 3 dimensions du corps [...], qui fut publiée dans les NRL, août 1685, art. X, ainsi que plusieurs objections manuscrites, et Jurieu fit publier aussitôt sa « Réplique » dans les NRL, septembre 1686, art. X. Jurieu reprit son « Mémoire » et développa sa « Réplique » dans le second volume de L’Accomplissement des prophéties [...]. Seconde édition. Corrigée et augmentée de près d’un tiers, et de l’explication de toutes les visions de l’Apocalypse et de plusieurs chapitres concernant la theologie mystique (Rotterdam 1686, 12°, 2 vol.).

[31] Nous ne saurions identifier l’auteur de cette lettre perdue.

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