[Rotterdam, le 16 novembre 1692]

Au très éminent et très cher ami Monsieur Théodore Jansson d’Almeloveen Pierre Bayle adresse ses compliments.

Il y a longtemps, très éminent et très cher ami, depuis que j’ai transmis à Monsieur de Mey, défenseur des causes, les Vies des jurisconsultes que par une extrême générosité vous m’aviez prêtées [1] ; j’avais joint un billet où je vous remerciais à la fois pour ce bienfait et pour le petit poème de l’éminent Monsieur Muhlius où il vantait votre table aussi somptueuse qu’érudite [2]. Je ne doute pas que vous ayez reçu ce fascicule en temps utile. D’un autre côté, je regrette que l’espérance de votre visite chez nous se soit dissipée ; vous savez en effet que j’ai été empêché par la migraine de jouir de vos embrassements et de votre conversation si enjouée quand tout récemment vous avez fait un tour jusqu’ici [3]. J’aimerais que vous me permettiez de réparer cette grave perte ; il n’est guère possible cependant de vous joindre en même temps que de hâter le progrès du Dictionnaire historique et critique, donc il est permis de réparer la perte en vous voyant et en vous embrassant ici.

Un Genevois de mes amis [4] m’a envoyé le titre d’un livre qu’il voudrait voir imprimer dans ces parages beaucoup plus augmenté qu’il ne l’était autrefois dans l’édition d’un des Elzévirs. J’ai cru que personne n’était aussi capable que vous de persuader quelque libraire d’imprimer ce livre et je ne doute pas que cela lui rapporterait un profit non négligeable. S’il vous plaît, veuillez me rendre ce service, très aimable Almeloveen et très porté à mériter l’estime du monde des lettres, en vous informant si un imprimeur accepterait d’entrer dans ce projet mais aussi en ne dédaignant pas de me dire ce que vous pensez de la première édition et ainsi, selon la prérogative de votre suffrage, de recommander cet ouvrage.

Je ne vous retiendrai pas avec d’autres remarques, je termine en vous souhaitant tout bonheur.

Donnée à Rotterdam le 16 novembre 1692.

 

J’entends dire que le très éminent Maye[r] est sur le point de donner à l’impression un récit de son voyage batave [5] ; si cela est, vous voyez quelle part il aura à cet écrit.

Si je ne savais pas que vous connaissiez cet écrit en français, je traduirais en latin là où il s’agit de l’ensemble de l’ouvrage et de l’opinion du possesseur du manuscrit.

Notes :

[1] Sur cet ouvrage de Leickher, voir Lettres 876, n.8, 880, n.2, et 886, n.3.

[2] Sur ce poème de Muhlius en souvenir de la rencontre des amis chez Almeloveen, voir Lettre 885, n.2 ; Bayle en avait remercié Almeloveen dans sa lettre du 17 septembre (Lettre 886).

[3] Sur cette migraine de Bayle, voir Lettre 887.

[4] Comme il ressort de la lettre d’ Almeloveen du 22 novembre (Lettre 898), il s’agit de l’ouvrage du médecin genevois Alexandre Dieudonné (1598-1676), dit Diodati, Valetudinarium, seu observationum, curationum, et consiliorum medicinalium satura (Lugduni Batavorum 1660, 8°). Sur cet auteur et sur la tentative de Bayle d’obtenir l’aide d’Almeloveen pour la publication de son ouvrage, voir S. Stegeman, Patronage and service, p.398-399.

[5] Sur Johann Friedrich Mayer et son ouvrage sur le thème « diabolique » des trois imposteurs, voir Lettre 889, n.12. Nous n’avons su identifier l’ouvrage dont il est ici question : Mayer ne semble pas avoir publié un récit de son voyage aux Pays-Bas.

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