Lettre 922 : Jean Jacobé de Frémont d’Ablancourt à Pierre Bayle

[La Haye, le 14 avril 1693]

Paul Perrot de La Salle son pere, « fameux par ses ouvrages en vers et en prose » et qui « avoit part à la composition du Catholicon [1] », étoit petit-fils d’ Emile Perrot conseiller au Parlement et fils de Nicolas Perrot conseiller de la Grand’Chambre. « Il fit ses études à Oxfort où il embrassa la religion protestante, et repassant en France », il se retira à Chaalons « où étoit alors une partie du Parlement de Paris » dont « Cyprien Perrot son aisné étoit conseiller ». Il se maria à Chaalons à une fille bien noble, Anne des Forges dont il eut notre Nicolas Perrot sieur d’Ablancourt, et deux filles dont l’aînée fut mere de Monsieur Fremont d’Ablancourt (tiré d’une lettre que Mr Fremont d’Ablancourt m’écrivit le 14 e d’avril 1693 [2]) dont je parlerai ci-dessous (dans la remarque D). Cyprien Perrot, oncle de celui qui fait le sujet de cet article, fut pere de Jean Perrot président des Enquêtes, qui laissa un fils Cyprien Perrot, qui a été maître des Requêtes. Les Perrots de Geneve [3], le bon Perrotto de Fra Paolo [4], Mylord Perrot qui fut en faveur pendant quelque tems auprès de la reine Elizabeth [5], « les Perrot de La Malmaison [6] dont il y a eu un prevôt des marchans, le beau Perrot de la princesse de Conti [7], sont tous sortis d’une même souche ». Christophe de Thou [8] premier président au Parlement de Paris avoit épousé une Perrot. Mr le chancelier Boucherat étoit petit-fils d’une autre Perrot, « sans parler de beaucoup d’autres alliances dans la Robe ». Voilà ce que j’ai tiré d’une lettre manuscrite.

Notes :

[1] Bayle désigne ainsi La Vertu du catholicon d’Espagne [...] (Tours 1593 [1594], 8°), première version imprimée du manuscrit Abbregé et l’ame des estatz convoquez à Paris en l’an 1593, le 10 de febvrier, qui circula sous le manteau dès avril ou mai 1593 et qui fut publié par la suite sous le titre Satyre ménippée de la vertu du catholicon d’Espagne et de la tenue des estatz de Paris. 1593 (Paris 1594, 8°) : voir les éditions établies par M. Martin (Paris 2007 ; Saint-Etienne 2010). Bayle reviendra souvent sur ce texte dans sa correspondance avec Jacob Le Duchat, éditeur de la Satyre menippée de la vertu du catholicon d’Espagne, et de la tenue des etats de Paris. Nouvelle édition, imprimée sur celle de 1677, corrigée et augmentée d’une suite de remarques sur tout l’ouvrage, pour l’intelligence des endroits les plus difficiles (Ratisbonne [Amsterdam] 1696, 8°), imprimée par Henry Desbordes, qui connut une nouvelle édition corrigée et augmentée (Ratisbonne [Amsterdam] 1699, 12°) : voir Lettre 936, n.14. Paul Perrot de La Salle n’est pas mentionné par les éditeurs modernes comme un des auteurs de la Satire ménippée, qui sont : Jean Passerat (1534-1602), Pierre Pithou (1539-1596), Nicolas Rapin (1539-1608), Loys Le Roy (1510 ?-1577), Florent Chrestien (1541-1596) et Jacques Gillot (1550 ?-1619).

[2] Cette lettre de Jean-Jacobé de Frémont d’Ablancourt à Bayle, datée du 14 avril 1693, ne nous est pas parvenue.

[3] Charles Perrot (1541-1608), professeur de théologie et recteur de l’Académie de Genève, fut reçu bourgeois de Genève en 1567. Sa fille Madeleine était la mère de Vincent Minutoli, l’ami de Bayle.

[4] Bayle précise, dans l’article « Perrot (Nicolas) », rem. A : « Le bon Perrotto de Fra Paolo [...] est sans doute le même François Perrot, qui paroît dans le LXXXII e livre de l’ Histoire de Mr de Thou (année 1585, p.33) comme l’auteur d’un écrit où la bulle du pape Sixte contre le roi de Navarre étoit réfutée [...]. » Ce Perrot accompagna Gabriel Aramont, ambassadeur de la France à Constantinople, avant de revenir en Italie, où il fut bien connu de Pietro Sarpi. Il serait le traducteur de la version italienne du traité De la vérité de la religion chrétienne (Anvers 1581, 4°) de Du Plessis-Mornay qui parut à Saumur en 1612.

[5] Sir John Perrot (1528-1592) servit avec succès comme Lord Deputy d’Irlande sous le règne d’ Elisabeth I re d’Angleterre pendant la conquête de ce pays par les Tudor, mais sa critique acerbe de ses associés dans cette tâche lui créa bien des ennemis et, à sa demande, la reine Elisabeth le rappela en Angleterre. D’abord en faveur après son rappel, il fut nommé au Conseil privé de la reine mais, plongé dans les disputes politiques qui suivirent la défaite de l’Armada espagnole en 1588, il fut accusé de trahison et, après enquête, de s’être servi d’un langage grossier en parlant de la reine. Les preuves de l’accusation de trahison semblent avoir été fabriquées mais les avocats de la défense se montrèrent incompétents et en fin de compte il fut déclaré coupable. On s’attendait à un pardon royal, mais Perrot mourut en prison avant que le pardon eût pu être prononcé. Il n’est pas exclu que ses ennemis l’aient fait empoisonner.

[6] En 1622, Christophe Perrot, un conseiller du Parlement de Paris, se fit construire un château sur le site appelé Malmaison – devenu Rueil-Malmaison. Nicolas Perrot fut marchand de Paris en 1542, et devint prévôt des marchands en 1557.

[7] Nous n’avons pas su identifier le « beau Perrot de la princesse de Conti ». Nous n’avons trouvé trace que d’un Jean Perrot, chevalier, dont la veuve, Magdeleine de Combault, donna « aveu » pour la terre de Bury à Anne-Marie de Martinozzi, princesse douairière de Conti, le 4 avril 1671 : voir le Catalogue analytique des chartes, documents historiques, titres nobiliaires, etc. composant les archives du Collège héraldique et historique de France. Première partie : Picardie (Paris 1866), p.37, n° 297.

[8] Christophe de Thou (1508-1582), père de Jacques-Auguste de Thou, était avocat, bailli de Melun. En 1554, il devint président du Parlement de Paris, puis, en 1562, premier président du même Parlement. Il fut chancelier de Monsieur, frère du roi, et conseiller d’ Henri II, de Charles IX, d’ Henri III et de la reine Catherine de Médicis. Il n’épousa cependant pas une Perrot mais Jacqueline (alias Catherine) de Tuleu (ou Tulieu). Le seul lien entre les familles Perrot et De Thou paraît être le mariage en 1515 de Marguerite de Thou (†1533) avec Miles Perrot, marchand et échevin de Paris, d’où est issu Nicolas Perrot, marchand de Paris en 1542 et prévôt des marchands en 1557 (voir ci-dessus, n.6).

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