Lettre 93 : Pierre Bayle à Vincent Minutoli

A Paris le 28 may 1675

Je vous suis infiniment obligé, Monsieur, des particularitez que vous m’avez apprises de ce qui s’est passé à Geneve [1] ; et je vous en demande la continuation. Je compte pour un grand bonheur l’arrivée de ces deux Messieurs que je vous / ai dejà nommez [2]. Nos conversations sont agréables ; mais, qu’elles le seroient davantage, si vous en étiez le directeur et le président ! Comme j’ai fait une douce expérience de ce que valent les entretiens où vous présidez, je vous y trouve à dire toujours, et pour suppléer à ce mal, je parle de vous à tout propos. J’ai vu Mr Franconis [3], qui me fit la réception du monde la plus obligeante, et qui reçut le compliment que je lui fis de votre part, Monsieur, en homme qui a le véritable gout des honnêtes gens. Je vous suis infiniment obligé de m’avoir procuré cette connoissance. Il est si près d’avoir recouvré toutes ses forces, qu’apparemment il ira faire bientot un tour à Geneve. Votre mal de dents m’a éxtrémement [ sic] affligé, et j’ai souhaité par mille voeux qu’il vous ait mal-traité pour la derniere fois. Sur tout, qu’il ne vous empechât pas de rehausser la pompe de vos promotions par une belle dissertation. Si la bonne fortune de ce jour-là a voulu que vous y aiez parlé, je me reserve la communication de la harangue. Je continuë mes souhaits pour la réüssite glorieuse des propositions qui vous ont été faites [4], et vous remercie de tout mon coeur des égards que vous avez pour moi, lors même qu’il s’agit principalement de vos interêts [5].

Je ne saurois mieux commencer l’article des nouvelles de la république des Muses, que par l’extrait d’une lettre de Mr Basnage [6], lequel me charge de vous saluer ardemment de sa part, et de vous assurer de la part qu’il prend à l’affaire qui est sur le bureau sur votre sujet [7]. Je m’étois acquitté fort religieusement de la commission que vous m’aviez donnée pour lui. Il m’apprend / donc, qu’après de longues maladies, il commence de se porter bien, et d’étudier à son ordinaire, et qu’il a lû un traité du Pere Vavasseur De ludicrâ dictione  [8]. Il en trouve le stile fort pompeux* ; et, si ce n’est qu’il a trop d’enfleure à son gout, il admire l’abondance, la force, la facilité, et la beauté des expressions de ce Pere. Le but de l’auteur est de montrer que le stile burlesque n’est qu’une fausse et batarde production de l’esprit ; que les anciens Grecs et Romains ne s’en sont jamais servis ; et, pour le prouver, il fait la revuë de tous les auteurs qui pourroient passer pour burlesques, touche leur patrie, leurs emplois, le caractere de leurs ouvrages et bien d’autres recherches historiques. Il dit une chose touchant Esope, qui vous surprendra peut-être ; car, elle étoit inconnuë à Mr Basnage, quoi qu’il ait fort lu. C’est que les Fables, qui courent sous son nom, ne sont pas de lui ; mais, de Planudes [9]. Les raisons du Pere Vavasseur sont, premierement la conformité du stile de Planudes dans les ouvrages, qui sont de lui, (comme la Vie d’Esope) avec celui des Fables mêmes. La seconde, qu’il paroit par l’ , que l’auteur de ces fables étoit, ou juif, ou chrétien [10] ; parce qu’alleguant cette sentence, que Dieu resiste aux orgueilleux, mais qu’il fait grace aux humbles, il la rapporte dans les mêmes termes qu’elle se trouve dans la Bible des LXX Interpretes [11], au lieu où Salomon a établi cette maxime, repetée par un apôtre [12]. La troisieme qu’il est fait mention du Pyrée dans une des Fables attribuées à Esope [13]. Cependant, il est certain que le Pyrée n’a été bati que par les ordres de Thémistocle [14], après la guerre de Xerxes [15], et / qu’ Esope vivoit du tems de Solon, de Cyrus, et de Crésus, environ quatre-vingt ou cent ans avant la construction du Pyrée [16] [17]. Mr Basnage dit contre la premiere raison, qu’il est faux que le stile des Fables d’ Esope soit conforme à celui de Planudes ; et contre la seconde, que le hazard peut avoir fait emploier les mêmes mots à des gens qui avoient la même pensée ; mais, j’aimerois mieux dire que les LXX interpretes trouvant les termes d’ Esope fort propres pour exprimer la pensée de Salomon, les avoient adoptez : croiant peut-être que ce trait d’erudition grecque feroit davantage estimer les saints livres dans une cour où les manieres des Grecs étoient si fort en vogue [18]. La troisieme paroit très forte à Mr Basnage, et avec raison ; car, de dire que le Pyrée étoit Pyrée avant que Thémistocle en fit un port, n’est pas soudre* la difficulté ; parce que de l’air dont on en parle dans la fable, le Pyrée devoit être quelque chose de très remarquable dans Athenes ; ce qui ne peut convenir qu’à l’état où les travaux et les batimens ordonnez par Thémistocle mirent ce port. Un homme demande à un singe s’il est d’Athenes, et s’il sait où est le Pyrée, et le singe lui repondant que le Pyrée étoit un de ses meilleurs amis, l’homme reconnoissant visiblement l’imposture, punit le singe. Il est facile de concevoir que quand on veut vérifier si un homme est d’une certaine ville, l’ordre veut qu’on le questionne sur les raretez de cette ville. Pourquoi donc demander plutot des nouvelles du Pyrée, qui n’étoit rien en ce tems-là, que du port de Phalere, où étoit l’abord de tous les vaisseaux des Atheniens ? Pour moi, / je croirois volontiers que cette fable auroit pu être supposée* à Esope, et quelques autres aussi : mais, je ne voudrois pas dire pour cela que Planudes fut l’auteur des Fables qui courent sous le nom d’ Esope ; car, celui-ci passant constamment pour le pere des fables, selon le temoignage de Phèdre [19], affranchi de Tibère, et tous les Anciens, qui en ont parlé, il est d’une presomption violente* que quantité de ses fables se sont conservées.

Mr de Launoi, célebre docteur de Sorbonne, dont je vous disois il n’y a pas long tems, qu’il avoit publié un livre en latin, de la puissance des rois sur les mariages, en imprime un autre De simonia  [20], où, par occasion, il avance que la Somme de théologie est faussement attribuée à Thomas d’Aquin, et qu’on ne trouve point d’auteur au dessus* du pape Clement VI [21], qui le reconnoisse pour l’auteur de ce fameux ouvrage. Cela va lui mettre sur les bras tous les jacobins, qui se vantent d’avoir dejà trois auteurs au-dessus de Clement VI, qui parlent de la Somme de théologie, comme d’une production de leur docteur angelique [22]. Entre eux le debat.

Mr Baluze [23], bibliothecaire de Mr Colbert, donna l’année passée la vie d’un certain Castellanus [24], grand homme d’Etat et evêque de / Mâcon sous Charles IX et Henri III, composé par un nommé Petrus Gallandus [25]. Il y a de choses bien remarquables sur les affaires de ce tems-là. Mr Baluze a illustré de notes cet ouvrage. Ce Castellanus étoit un de ces prelats qui sentoient le fagot. C’est lui, qui, faisant l’oraison funebre d’ Henri III, et parlant de ce prince, comme dejà reçu dans le paradis, fut censuré par des bigots, jaloux des interets du purgatoire. Il se moqua d’eux, et leur dit qu’il n’avoit pas pretendu nier qu’ Henri III n’eut été en purgatoire ; mais, qu’il connoissoit son humeur si impatiente, qu’il jureroit qu’il ne s’y étoit arreté que pour y tâter le vin [26]. L’auteur de cette vie n’est pas un grand partisan de saint Augustin ; car, il le maltraite en quelques endroits [27]... / 

J’ai lu depuis quelques jours des remarques sur l’ Histoire de Du Pleix, lesquelles on attribuë au marechal de Bassompierre [28]. Ce seigneur, qui connoissoit la cour à fonds, et qui savoit le véritable état des choses de son tems, remarque cent bevuës, et cent meprises, dans l’historien ; et il les releve d’une maniere qui sent fort son étourdi. Car, quand il pretend que Du Pleix a mal jugé de la conduite de quelque grand, le marechal lui fait son procès ordinairement sur ce ton : Peste* du coquin ! Quels coups d’étrivieres pourroient jamais être assez rudes pour châtier tes impertinences ? Mr de Beauvais-Nangis a critiqué l’histoire de Davila bien plus honnêtement [29]. Il releve ses meprises, soit en géographie, soit dans les faits mêmes historiques ; mais, sans se mettre en colere. Ces fautes de géographie sont fort pueriles ; car, Davila, parlant de La Rochelle, dit que les Huguenots avoient grand interet de se la conserver, comme étant un port très commode pour recevoir les secours d’Allemagne. Il en fait de bien plus lourdes. Le même Mr de Beauvais-Nangis a fait aussi des remarques sur l’ Histoire des Pais-Bas, du cardinal Bentivoglio [30], et des Discours sur la vie des favoris des trois ou quatre derniers regnes ; comme Mrs d’ Epernon, de Joyeuse, de Sully, de Bellegarde, de Luynes, etc.

Il paroit un Voyage du mont Liban, traduit de l’italien d’un jésuite, nommé Bandini [31] qui fut envoié nonce vers les Maronites de ce / païs-là par un pape, il y a un peu moins de quatre vingt ans. Le traducteur a fait des notes, qui valent bien le voyage même. Le jésuite remarque que les Grecs schismatiques ne sont pas dans toutes les erreurs qu’on s’imagine ; que souvent les latins les condamnent, parce qu’ils ne savent pas exprimer en termes grecs le sentiment qu’ils ont sur les dogmes de l’Eglise latine, qu’on leur propose. Ce qu’il y a de plus singulier dans ce voiageur, ce sont les observations qu’il a faites de la maniere dont les docteurs de l’Alcoran disputent et dogmatisent. Il y a, au compte du jésuite, une théologie scholastique parmi les Mahometans, et une infinité de sectes parmi les docteurs. Il y a un avocat au Parlement, qui a écrit en françois l’ Histoire de la république Romaine, en 2 Tomes in 8. Il se nomme Mr de La Fayole [32].

Un nommé Mr Muret, vient de publier un traité touchant les cérémonies funebres de toutes les nations [33]. Un jésuite italien, nommé Bondini, a fait un in folio imprimé à Rome, De rebus ab Alexandro Farnesio, Parmensi duce, in Gallia gestis  [34]. On estime fort cette histoire ; et, quoi qu’on se plaigne depuis long-tems que les historiens d’Italie ne font pas assez de justice aux autres nations : jusques là que les historiens espagnols n’ont pu souffrir les histoires qu’on a faites en Italie, de la guerre de Flandres ; soutenant qu’elles attribuoient tout au / duc de Parme, au marquis de Spinola [35], et aux autres capitaines de leur nation : nos François se contentent de ce que Bondini a dit d’ Henri IV, et ils ne se plaignent pas que pour louër Alexandre il ait degradé Henri.

Je croi vous avoir dit, Monsieur, qu’on a traduit du latin de Paul Jove l’ Histoire de Leon X [36], qui a été également remarquable par ses bonnes et par ses mauvaises qualitez, et qui a eu tant de part à tout ce qui s’est fait dans le monde durant sa vie, que son histoire peut à bon droit passer pour générale. On soupçonne l’ abbé de Pure d’en être le traducteur.

Je m’étonne que vous ne me parliez pas de l’ Origène de Mr Wetstennius [37], célebre professeur à Bâle. On m’a dit qu’il y a un traité parmi ceux qu’il a publiez de cet ancien Pere, où on prouve que l’histoire de Susanne est suposée ; entr’autres raisons, parce que les juifs n’étoient pas dans ce païs-là sur le pied* d’avoir des juges de leur nation ; qu’ils y étoient esclaves, et que cet état étoit incompatible et avec les ameublemens precieux dont il est parlé dans cette histoire, et avec ce tribunal à la judaïque, dont il y est pareillement fait mention.

Mr Cousin, president en la cour des monnoies, l’un des habiles hommes que nous aions en France pour le grec, a donné au public la traduction de l’ Histoire ecclesiastique d’ Eusèbe, accompagnée d’une très docte preface [38], où il justifie Eusèbe de l’arianisme dont s[ain]t Jerôme l’a diffamé ; et prouve que les esséens, dont parle Philon, n’étoient pas chrétiens, mais juifs [39]. Il y a un petit poëme sur Esther, par / Mr de Boisval [40], et un nouveau Traité du poëme épique, par un chanoine de S[ain]te Geneviefve [41]. L’ Iphigenie de Mr Corras se jouë enfin, par la troupe de Moliere, après que celle de Mr Racine s’est assez fait admirer dans l’hôtel de Bourgogne [42]. Je suis, Monsieur, tuus ære et librâ [43].

Notes :

[1] Comme la plupart des lettres de Minutoli à Bayle, celle dont il est question ici n’a pas été retrouvée.

[2] Il s’agit d’ Antoine Léger et de Bénédict Pictet : voir Lettre 84, n.3 et 4. Il n’est pas certain que Bayle ait pu fréquenter assidûment les deux Genevois en séjour à Paris, car sa tâche de précepteur semble lui avoir laissé peu de loisirs.

[3] La famille Franconis, d’origine dauphinoise, appartenait à l’aristocratie genevoise. Il est impossible de déterminer quel était celui de ses membres qui se trouvait à Paris au printemps 1675.

[4] Voir Lettre 89, p.123, et n.9. La fin de l’année universitaire approchait et allait être marquée par les cérémonies de collation des grades (bachelier ès Arts, maître ès Arts), occasions de harangues éloquentes. Minutoli ne devait être formellement nommé professeur de grec à l’académie que le 17 septembre 1675 ( RCP, xiii, f.386), et ne devait toucher de traitement qu’à partir du mois d’avril suivant. Mais apparemment, il avait jugé son affaire en si bonne voie qu’il en avait annoncé d’avance l’heureuse issue à ses amis lointains.

[5] On est incité à conjecturer que Basnage avait prévenu Minutoli, comme Bayle, de l’imminence d’un concours à Sedan pour y pourvoir une chaire de philosophie, et que Minutoli avait averti Bayle qu’il ne voulait pas se trouver en compétition avec lui. Au surplus, la perspective de la nomination du Genevois à une chaire de l’académie de sa ville natale – après sept ou huit ans d’oisiveté forcée – réglait la question.

[6] Cet extrait, qui accompagnait la présente lettre, n’a pas été retrouvé.

[7] L’affaire « sur le bureau » concernant Minutoli pourrait avoir été son désir de reprendre le titre de ministre. La Vénérable Compagnie des pasteurs de Genève connaissait l’épisode fâcheux survenu autrefois en Zélande, quand Minutoli, tout jeune pasteur, y avait été suspendu à cause de ses fréquentations douteuses. Devant des interventions diverses – parmi lesquelles celle du comte de Dohna (voir Lettre 42, n.2 et 4) ne fut pas du moindre poids –, le synode de Zélande finit par se résigner à lever son interdit, sous la condition significative que Minutoli ne prétende jamais exercer le ministère dans les Provinces-Unies. La Vénérable Compagnie des pasteurs de Genève resta prudente : jamais Minutoli ne devait se voir confier de paroisse et il lui fallut attendre jusqu’au 29 novembre 1678 (voir RCP, xiii, f.728) avant de pouvoir joindre à son titre de professeur celui de ministre et avant de prêcher occasionnellement. Voir E. Labrousse, Pierre Bayle, i.98-99, n.15, 16 et 17.

[8] Sur le Père Vavasseur, voir Lettre 79, n.22 et 23 ; le traité De ludicra dictione liber, in quo tota jocandi ratio ex veterum scriptis æstimatur (Lutetiæ Parisiorum 1658, 4°) fut écrit à la suggestion de Guez de Balzac et fut dédié à celui-ci.

[9] Maxime Planude (1260 ?-1350 ?), moine grec à qui la tradition attribue une « Vie d’Esope ». Le Père Vavasseur le jugea en outre responsable de la versification grecque de certaines des fables d’ Esope, thèse à laquelle Bayle se rallia dans le DHC, art. « Esope », rem. K. Les spécialistes actuels ont abandonné cette conjecture.

[10] La « moralité » d’une fable ou d’un récit. Il s’agit ici de la fable 145 : « Les deux coqs et l’aigle », dont la moralité judéo-chrétienne pose des problèmes de datation.

[11] La Septante, traduction grecque de la Bible hébraïque (Ancien Testament), établie au siècle avant notre ère, à Alexandrie. La légende voulait que les soixante-dix interprètes chargés de ce travail, tous isolés les uns des autres, aient fourni un texte identique, miracle qui donnait une grande autorité à leur traduction.

[12] Pr 3, 34, et Jc 4, 6.

[13] Le Pirée est mentionné dans la fable 88 : « Le singe et le dauphin ». A partir de 493 avant J.-C., Thémistocle fit aménager et fortifier ce promontoire situé au sud-ouest d’Athènes, afin qu’il pût abriter la flotte athénienne, auparavant stationnée à Phalère.

[14] Thémistocle (vers 528-462), homme d’Etat athénien, en 483, persuada ses concitoyens de développer leur marine, prévoyance qui contribua à la victoire de Salamine, remportée sur la flotte perse en 480 avant notre ère.

[15] Xerxès, fils de Darius et roi de Perse de 486 à 465, poursuivit la politique d’agression de son père à l’encontre de la Grèce, mais il eut le dessous à Salamine.

[16] Dans le DHC (art. « Esope », rem. C), Bayle restera fidèle à cette chronologie contestable, fondée sur Plutarque, qui fait d’ Esope le contemporain de Solon et de Crésus : voir Plutarque, « Vie de Solon », lviii, i.206.

[17] Solon (vers 638-559), législateur d’Athènes, un des sept Sages de la tradition. Cyrus le Grand, fondateur de l’empire perse, mourut en 529 avant notre ère. Crésus (vers 591-546), dernier roi de Lydie, dont la richesse, fondée sur les sables aurifères du fleuve Pactole, devint légendaire.

[18] La Cour de Ptolémée Philadelphe, en Egypte, à l’époque où fut établie la Septante.

[19] Phèdre (15 avant notre ère - 50 après), affranchi d’ Auguste plutôt que de Tibère, fabuliste latin qui, en mettant en vers latins les fables grecques en prose d’ Esope, se trouva créer un nouveau genre littéraire.

[20] La Veneranda romanæ Ecclesiæ circa simoniam traditio (Parisiis 1675, 8°) de Jean de Launoy sera recensée ultérieurement dans le JS du 12 août ; l’information communiquée ici par Bayle provient donc d’une source orale. Pour la référence antérieure à Launoy, à laquelle Bayle fait ici allusion, voir Lettre 80, n.13.

[21] Il faut comprendre « antérieur » au pape Clément VI, souverain pontife de 1342 à 1352, un des papes d’Avignon.

[22] Les jacobins sont les dominicains et le « docteur angélique » est Thomas d’Aquin. Effectivement, le Père Noël Alexandre (1639-1724) allait opposer à Launoy sa Summa D. Thomæ vindicata contra præposteram Launoii dubitationem (Parisiis 1675, 8°), ouvrage dont le JS ne rendra compte que le 18 novembre, mais dont l’argumentaire avait circulé plus tôt dans les cercles érudits.

[23] Etienne Baluze (1630-1718), responsable de 1668 à 1700 de la magnifique bibliothèque réunie par Colbert, professeur de Droit canon au Collège royal en 1670, fut l’un des grands médiévistes de son temps ; il édita de nombreux documents et publia un grand nombre d’ouvrages érudits.

[24] Petri Castellani, magni Franciæ eleemosynarii, vita, auctore Petro Gallandio […] Stephanus Baluzius […] edidit et Notis illustravit. Accedunt Petri Castellani orationes duæ, habitæ in funere Francisci primi, regis Francorum Christianissimi, literatum et artium parentis (Parisiis 1674, 8°). La première édition des oraisons funèbres de François , mort en 1547, parut peu après sous le titre : Le Trepas, obseques, et enterrement de tres hault, tres puissant et tres magnanime Francois, par la grace de Dieu roy de France tres chrestien, premier de ce nom, prince clement, pere des arts et des sciences. Les deux sermons funebres prononcez esdites obseques, l’ung a Notre-Dame de Paris, l’autre a Saint-Denys en France ([Paris] s.d., 4°). Dans le DHC, Bayle consacrera un substantiel article à Pierre Castellan (Du Chastel) (1480-1552), évêque de Mâcon, puis d’Orléans, grand aumônier de France, prélat fort savant, aux tendances gallicanes et iréniques.

[25] Pierre Galland (?-1559), professeur d’éloquence, puis de grec au Collège royal, chanoine de Notre-Dame de Paris, fort estimé par les milieux humanistes.

[26] Inadvertance de Bayle, répétée trois lignes plus bas et aussi Lettre 101, p.210 : il aurait dû écrire François , et il déplorera plus tard sa bévue, Lettre 105, p.247. Du Chastel, dans son second sermon funèbre (p.265-66 et 277-78) avait fait état de la pénitence du roi, capable d’épargner au prince défunt les tourments du Purgatoire, mais ce n’aurait pas été le prélat qui eût répondu à ses censeurs par une raillerie, mais bien un certain Mendoza, maître d’hôtel du roi, qui se serait moqué des députés de la Sorbonne (note de Des Maizeaux). Dans le DHC, art. « Castellan », rem. N et O, Bayle atténuera sensiblement l’interprétation qui attribuait à Du Chastel un penchant pour l’hérésie.

[27] Voir dans l’édition procurée par Baluze, citée ci-dessus n.24, xxvii.44-45 : « Augustinum somniasse frequenter atque etiam delirasse sacra explicando asserebat » ; « il prétendait que S. Augustin avait souvent rêvé et même extravagué en expliquant les choses sacrées ».

[28] Scipion Dupleix (1569-1661), historiographe de France, Histoire de Henry le Grand, du nom, roy de France et de Navarre (Paris 1632, folio), Histoire de Louis le Juste, du nom, roy de France et de Navarre (Paris 1633, folio), Continuation de l’histoire du règne de Louis le Juste, du nom (Paris 1648, folio). François de Bassompierre (1579-1646) rédigea ses remarques sur les livres de Dupleix pendant les douze années où il fut embastillé par Richelieu, ce qui contribua sans doute à leur ton abrupt, leur auteur ne prévoyant pas qu’elles seraient un jour publiées. Or, les Remarques de monsieur le mareschal de Bassompierre sur les vies des roys Henri IV et Louis XIII de Dupleix constituèrent le second tome des Mémoires de Beauvais-Nangis, sur lesquels voir la note suivante.

[29] Nicolas II de Brichanteau, marquis de Beauvais-Nangis (1582-1650), Mémoires de M. de Beauvais-Nangis ou l’histoire des favoris françois depuis Henry II jusques à Louis XIII, avec des remarques curieuses sur l’histoire de Davila et sur celle de Flandres, du cardinal Bentivoglio (Paris 1665, 8°, 2 vol.). Sur le tome ii, voir la note précédente ; au tome i, après les Mémoires de Beauvais-Nangis, on trouve des « Remarques sur l’histoire de Davila » (p.123-286), un « Jugement de l’histoire du cardinal Bentivoglio » (p.287-302) et un « Extrait d’une lettre de Monsieur d’Avaux, écrite de Venise le 24 juillet 1632 à Mgr le cardinal Bentivoglio ». Selon le Père Lelong, Bibliothèque historique de la France, n° 13739, p.700, les « Remarques sur l’histoire de Davila » trahissent une plume protestante, tandis que le « Jugement » concernant Bentivoglio serait d’un catholique. Il n’était pas rare que les libraires puisent à toutes mains pour gonfler les volumes qu’ils éditaient. Voir Beauvais-Nangis, Mémoires, i.131. Enrico-Caterino Davila (1576-1631), Historia delle guerre civili di Francia nelle quale si contengono le operationi di quattro rei, Francisco II, Carlo IX, Henrico III et Henrico IV, cognominato il Grande (Venetia 1630, 4° ; Colonia 1632-1639, 4°, 3 vol., au titre légèrement différent) ; traduction française : Histoire des guerres civiles de France, contenant tout ce qui s’est passé de mémorable en France jusqu’à la paix de Vervins depuis le règne de François II (Paris 1644, folio, 2 vol.). Le traducteur était le prolifique Jean Baudoin (1564-1650), membre de l’Académie française.

[30] Guido Bentivoglio (1579-1644), historien et diplomate, cardinal en 1621, fut nonce apostolique en Flandre en 1607, puis le fut en France à partir de 1617. Son ouvrage Della guerra di Fiandra fut imprimé probablement à Rome, mais sous l’adresse bibliographique : Colonia 1632-1639, 3 vol. 4°. La traduction française, Histoire de la guerre de Flandre, traduite de l’italien par André Oudin (Paris 1634, 4°), connut une « traduction nouvelle » sous un titre légèrement différent : Histoire générale de la guerre de Flandres (Paris 1669, 8°, 2 vol.), enrichie de deux textes supplémentaires : Traité de la trêve de Flandre, concluë dans Anvers le 19 d’avril 1519 [ sic pour 1609], ii.233-34, et Relation de la fuite hors de France de Henry de Bourbon, prince de Condé, ii.335-403.

[31] Girolamo Dandini (1554-1634), S.J. aura un article dans le DHC ; il fut envoyé en 1599 comme nonce au Liban par Clément VIII, avec la mission de se renseigner avec précision au sujet des pratiques religieuses des Maronites. Sa relation de voyage parut longtemps après sa mort : Missione apostolica al Patriarca e Maroniti del Monte Libano (Cesena 1656, 4°). Il faut rappeler que les Maronites représentaient la seule Eglise orientale en communion avec Rome. La « traduction » publiée par Richard Simon a pour titre : Voyage du Mont-Liban, traduit de l’italien du R. P. Jérôme Dandini, nonce en ce pays-là, où il est traité tant de la créance et des coustumes des Maronites, que de plusieurs particularitez touchant les Turcs et de quelques lieux considérables de l’Orient, avec des remarques sur la théologie des chrétiens du Levant et sur celle des mahométans (Paris 1675, 8°). Cette version est très libre : elle abrège le texte original sur certains points ; les Remarques, qui occupent près de la moitié du livre, sont le fait de Richard Simon et témoignent de sa science, comme de sa sympathie pour les Eglises orientales. Le Voyage du Mont-Liban n’en identifie le traducteur que par ses initiales R.S., désignant le pseudonyme – transparent – de Recared Scimeon, déjà utilisé en 1674 dans une autre traduction de l’italien (voir Lettre 69, n.6). Il est probable qu’à la date de sa lettre, Bayle ne connaît le Voyage du Mont-Liban que par la recension du JS (du 20 mai 1675), puisqu’il attribue ici au jésuite ce qui revient à son commentateur. L’idée que les divergences entre les Eglises latine et grecque procèdent avant tout de « disputes de mots » se retrouvera dans le DHC, par exemple à l’article « Nestorius » ; voir aussi NRL, mai 1684, art. II, et mai 1685, art. IX.

[32] Voir Lettre 83, n.12.

[33] Jean Muret (1630-1690 ?), Cérémonies funebres de toutes les nations (Paris 1675, 12°) ; la recension de cet ouvrage ne figure que dans le JS du 29 juillet, ce qui prouve que Bayle est informé par voie orale, probablement aux mercuriales de Ménage.

[34] Guglielmo Dondini (1606-1678), Historia de rebus in Gallia gestis ab Alexandro Farnesio Parmæ et Placentiæ duce III supremo Belgii præfecto (Romæ 1673, folio). L’ouvrage a été recensé dans le JS du 6 mai 1675. Il connut une nouvelle édition : s.l. 1675, 4°.

[35] Ambrogio de Spinola (1569-1630), célèbre général qui se distingua au service de l’Espagne dans diverses campagnes aux Pays-Bas. Bayle devait reprendre et élargir plus tard cette dénonciation de l’esprit partisan des historiens italiens : voir Cr. gén., i.3-4 et ii.3 ; DHC, art. « Guicciardin » et « Remond », rem. D.

[36] Bayle avait déjà donné ce renseignement à Minutoli : voir Lettre 81, n.43.

[37] Johann-Rudolf II Wetstein (ou Wettstein) (1647-1711) était professeur de théologie à Bâle. Il s’agit de l’édition qu’il avait procurée d’ Origène : . Dialogus contra Marcionitas, sive De recta in Deum fide. Exhortatio ad martyrium. Responsum ad Africani epistolam de historia Susannæ (Basiliæ 1673, 4° ; nouvelle impression dès l’année suivante). L’ouvrage avait été recensé dans le JS du 8 avril 1675, mais ou bien Bayle cite de mémoire, ou bien son information vient d’ailleurs, car ce n’est pas Origène, mais Jules l’Africain qui avait mis en doute l’authenticité de l’histoire de Suzanne (Dn 13,1-4), addition deutérocanonique en grec ajoutée au texte hébreu.

[38] Louis Cousin (1627-1707), avocat, puis président de la Cour des monnaies depuis 1659, avait eu les loisirs de se consacrer à l’érudition ; il devait par la suite devenir le rédacteur du JS en 1687, tâche qu’il assura jusqu’en 1702. Il s’agit ici du premier des quatre volumes de la traduction française, établie par Cousin, des anciens historiens ecclésiastiques, à savoir Histoire de l’Eglise écrite par Eusèbe, évêque de Césarée (Paris 1675, 4°), qui allait être recensée dans le JS du 17 juin 1675.

[39] On dit actuellement : esséniens, cette secte juive rigoriste est beaucoup mieux connue depuis les découvertes récentes de Qumrân ; elle avait débuté un peu avant l’ère chrétienne.

[40] C’est un pseudonyme de Jean Desmarets de Saint-Sorlin, Esther, poème héroïque comosé et dédié au Roy par le sieur de Boisval (Paris 1670, 4°).

[41] A savoir, René Le Bossu : voir Lettre 79, n.19.

[42] Iphigénie, tragédie écrite en collaboration par Michel Leclerc (1622-1691), académicien depuis 1662, et Jacques Coras (1630-1677) ; ce dernier était initialement un pasteur, qui abjura en 1665 et devint alors conseiller au Présidial de Montauban. Cette pièce fut représentée au théâtre de Guénégaud les 24, 26 et 28 mai par la troupe qu’on appelait toujours « de Molière ». L’ Iphigénie de Racine avait été jouée la première fois en août 1674 à la Cour, et elle figura au répertoire de la troupe de l’hôtel de Bourgogne pendant l’hiver 1674-1675. La rivalité des deux tragédies divisa l’opinion et donna lieu à quelques publications – ainsi, anonymes, les Remarques sur les Iphigénie de M. Racine et de M. Coras (Paris 1675, 12°) et de Pierre de Villiers (1648-1728), S.J., Entretiens sur les tragédies de ce temps (Paris 1675, 12°).

[43] Voir lettre 13, n.73. Bayle n’utilise cette formule latine qu’avec ceux qu’il sent très proches de lui : son frère Jacob (Lettre 13, p.75, et Lettre 79, p.84) et Minutoli (Lettre 21, p.128, et Lettre 25, p.141).

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