XI.Annexe. Lettre : à

Annexe I

 

« L’affaire Bayle » dans les actes du consistoire

de l’Eglise wallonne de Rotterdam août 1697 - décembre 1698 [1]

 

Le même jour [4 août 1697]

Ayant été commencé à parler de l’affaire du livre du sieur Bayle mentionnée dans le second acte du dimanche dernier, Mr Basnage, pasteur, a représenté des raisons pour lesquelles il prie que la compagnie l’excuse du jugement de ladite affaire. Sur quoi la compagnie, ayant délibéré, ne trouve pas que les raisons de Mr Banage soient telles qu’elles le puissent excuser absolument de ladite affaire ; cependant elle veut bien l’excuser de faire des extraits du dit livre, mais l’exhorte d’assister aux délibérations sur les affaires générales qui peuvent concerner la doctrine ou la morale, et d’y opiner selon sa prudence ; et reconnaît qu’il est excusé de juger des points dans lesquels Mr Jurieu serait intéressé.

 

Le même jour [1 septembre 1697]

Mr Basnage, l’un de nos pasteurs, ayant fait de nouvelles instances pour être excusé de juger sur l’affaire du livre du sieur Bayle, à quoi il avait été exhorté selon le second acte du 4 du mois précédent, la compagnie a enfin résolu de dispenser Mr Basnage du jugement de ladite affaire.

 

Le meme jour

Mr Pielat, l’un de nos pasteurs, a représenté des raisons pour lesquelles il prie que la compagnie l’excuse du jugement de l’affaire mentionnée dans l’acte précédent. Sur quoi la compagnie ayant délibéré ne trouve pas que les raisons alléguées par Mr Pielat soient fondées pour qu’il en puisse être excusé : c’est pourquoi elle l’exhorte d’assister aux délibérations et d’opiner sur la dite affaire.

 

Le même jour [15 septembre 1697]

Mr Piélat, pasteur, a déclaré qu’il défère à l’exhortation que la compagnie lui a adressée dans le dernier acte du premier de ce mois, à l’égard de l’affaire du sieur Bayle.

 

Le même jour

Mrs de Superville et Le Page, pasteurs, ont rapporté qu’en conséquence du second acte du 16 juin dernier, ils avaient fait des extraits du livre du sieur Bayle intitulé Dictionnaire historique et critique ; et ont donné en abrégé une idée générale sur cette affaire ; et Mr Piélat, pasteur, a déclaré qu’en ayant fait aussi des remarques, suivant ledit acte, il en ferait rapport à la huitaine. Sur quoi la compagnie, ayant délibéré, a trouvé à propos de nommer des commissaires pour examiner les extraits et les remarques des susdits messieurs et pour les conférer avec ledit livre, et après en faire à cette compagnie leur rapport et en donner leurs ouvertures ; et, pour cet effet, elle a nommé Mrs Piélat, de Superville et Le Page, pasteurs, et Mrs Vander Hoeven le bourgmestre, Fanueil, Deodati, Rogge et Vermande, anciens, et Mrs Sismus, Verdoes, Tinebacq et de Peyster, diacres, pour se charger de la dite commission : et les dits commissaires pourront travailler quand ils ne seraient qu’au nombre de six : et cependant tous les membres de la compagnie sont priés de s’y trouver autant qu’il leur sera possible. Et Mr Piélat s’est excusé de la dite commission.

 

Jeudi le 9 janvier 1698

La compagnie, ayant terminé aujourd’hui l’affaire qui concerne le sieur Bayle, a résolu que tous les actes dressés jusqu’à présent sur la dite affaire, seront enregistrés de suite dans ce livre, ainsi que s’ensuit.

 

Actes dans l’affaire qui concerne le sieur Bayle.

 

Le 3 novembre 1697

Mrs les commissaires nommés dans le dernier acte du 15 septembre dernier, ont fait rapport qu’ils avaient examiné les extraits que Mrs de Superville et Le Page, pasteurs, ont fait touchant des passages du livre du sieur Bayle intitulé Dictionnaire historique et critique, qui regardent les saletés : et qu’ayant conféré lesdits extraits avec ledit livre, ils y avaient trouvé des réflexions sales, des expressions et des questions peu honnêtes, et quantité de citations obscènes, comme cela est plus amplement exprimé dans un mémoire qu’ils ont produit, où les passages en sont marqués. Sur quoi la compagnie a trouvé à propos que ledit mémoire sera gardé par le secrétaire pour être produit quand la compagnie fera la délibération générale à l’égard dudit livre ; et cependant les autres membres de la compagnie pourront encore examiner ledit mémoire et faire leurs remarques entre ci et quinze jours : et il a été trouvé à propos par provision que cet acte et les actes semblables qui seront faits sur ce sujet, ne seront pas enregistrés dans le livre des actes que par ordre exprès de la compagnie.

 

Le 17 novembre 1697

Le temps de quinze jours marqué dans l’acte précédent pour faire des remarques sur le mémoire mentionné dans ledit acte étant échu présentement, il a été demandé si les autres membres de la compagnie y avaient fait des remarques : sur quoi personne n’ayant témoigné en avoir fait, le rapport contenu dans ledit mémoire est arrêté et tenu pour être le sentiment de la compagnie.

 

Le même jour

Mrs les commissaires susdits ont fait rapport qu’ils avaient examiné les extraits que Mrs de Superville et Le Page, pasteurs, ont fait touchant les passages du susdit livre du sieur Bayle dans l’article de David ; et qu’ayant conféré lesdits extraits avec ledit livre, ils y avaient trouvé que le sieur Bayle fait en général un portrait affreux de la conduite et du gouvernement de ce roi prophète, et qu’en particulier il traite plusieurs de ses actions d’une manière indigne et scandaleuse, comme cela est plus amplement exprimé dans un mémoire que lesdits commissaires en ont produit, où les passages en sont marqués. Sur quoi la compagnie a trouvé à propos que ce mémoire sera gardé comme le précédent ; et les autres membres de la compagnie pourront encore examiner ledit mémoire et y faire leurs remarques entre ci et quinze jours.

 

Le 1er décembre 1697

Le temps de quinze jours marqué dans l’acte précédent pour faire des remarques sur le mémoire à l’égard de l’article de « David » mentionné dans ledit acte étant échu présentement, il a été demandé si les autres membres de la compagnie y avaient fait des remarques. Sur quoi personne n’ayant témoigné en avoir fait, le rapport contenu dans ledit mémoire est arrêté et tenu pour être le sentiment de la compagnie.

 

Le même jour

Mrs les commissaires susdits ont fait rapport qu’ils avaient examiné les extraits que Mrs de Superville et Le Page, pasteurs, ont fait touchant des passages du susdit livre du sieur Bayle dans les articles des « Manichéens », « Marcionites » et « Pauliciens » ; et qu’ayant conféré lesdits extraits avec ledit livre, ils y avaient trouvé que le sieur Bayle non seulement y avance des arguments dont les manichéens se sont servi[s] autrefois, mais que de plus il y fait des arguments nouveaux en faveur du manichéisme qui tendent même à combattre les hypothèses de tous les théologiens protestants, et qu’enfin il fait triompher l’hypothèse des manichéens, dont les dits commissaires en ont été fort scandalisés, comme cela est plus amplement exprimé dans un mémoire que les dits commissaires en ont produit, où les passages en sont marqués. Sur quoi la compagnie a trouvé à propos que ce mémoire sera gardé comme les précédents ; et les autres membres de la compagnie pourront encore examiner ledit mémoire et y faire leurs remarques entre ci et quinze jours.

 

Le 8 décembre 1697

Mrs les commissaires susdits ont fait rapport qu’ils avaient examiné les extraits que Mrs de Superville et Le Page, pasteurs, ont faits touchant des passages du susdit livre du sieur Bayle dans l’article de « Pyrrhon » ; et qu’ayant conféré lesdits extraits avec ledit livre, lesdits commissaires avaient dressé un mémoire de ce qu’ils y avaient trouvé de scandaleux et de blâmable, lequel mémoire ils ont produit à la compagnie. Sur quoi, la compagnie a trouvé à propos que ce mémoire sera gardé comme les précédents, et que les autres membres de la compagnie pourront encore examiner ledit mémoire et y faire leurs remarques entre cy [ sic] et huit jours.

 

Le 15 décembre 1697

Le temps de quinze jours marqué dans le second acte du premier de ce mois pour faire des remarques sur le mémoire à l’égard de l’article des « Manichéens », « Marcionites » et « Pauliciens » mentionné dans ledit acte, et aussi le temps de huit jours marqué dans l’acte précédant celui-ci, pour faire des remarques sur le mémoire à l’égard de l’article de « Pyrrhon », mentionné dans ledit acte, étant échus présentement, il a été demandé si les autres membres de la compagnie y avaient fait des remarques. Sur quoi, personne n’ayant témoigné en avoir fait, le rapport contenu dans lesdits deux mémoires est arrêté et tenu pour être le sentiment de la compagnie.

 

Le même jour

Mrs les commissaires susdits ont fait rapport qu’ils avaient examiné les extraits que Mrs de Superville et Le Page, pasteurs, ont fait des passages du susdit livre du sieur Bayle dans divers articles, à l’égard des athées ou des épicuriens ; et qu’ayant conféré ces extraits avec ledit livre, lesdits commissaires avaient dressé un mémoire de ce qu’ils avaient trouvé de scandaleux et de blâmable, lequel mémoire ils ont produit à la compagnie. Sur quoi la compagnie a trouvé à propos que ce mémoire sera gardé comme les précédents, et que les autres membres de la compagnie pourront encore examiner ledit mémoire et y faire leurs remarques entre ci et samedi prochain.

 

Le même jour

Mr Le Page, l’un de nos pasteurs, a rapporté à la compagnie que le sieur Bayle était venu chez lui le 10 de ce mois lui dire qu’il avait appris que le consistoire examinait son Dictionnaire critique ; que cela l’avait surpris, parce que il ne croyait pas que les dictionnaires fussent sujet à l’examen ; qu’on l’avait assuré que nous trouvions à redire aux articles de « David », des « Manichéens » ou « Pauliciens », des « Pyrrhoniens », et à diverses expressions et citations trop libres ; que cela étant, il se proposait d’adoucir et de rectifier ces choses dans une seconde édition, soit en ajoutant, soit en retranchant : et qu’il souhaitait que notre compagnie fût informée de cette déclaration qu’il faisait, et dont il espérait qu’elle serait satisfaite. Sur quoi, la compagnie ayant délibéré, a trouvé à propos de se rassembler extraordinairement jeudi prochain sur l’affaire dudit sieur Bayle.

 

Jeudi le 19 décembre 1697

La compagnie étant extraordinairement assemblée suivant l’acte précédent, et ayant fait relire les quatre premiers mémoires dans l’affaire du sieur Bayle mentionnés dans les actes précédents, elle a trouvé à propos d’avertir par la bouche du secrétaire le sieur Bayle de se trouver devant elle mardi prochain après midi à trois heures et demie pour la dite affaire.

 

Samedi le 21 décembre 1697

Le temps marqué dans le second acte du 15 de ce mois pour faire des remarques sur le mémoire à l’égard divers articles concernant des athées ou des épicuriens, mentionné dans ledit acte étant échu présentement, il a été demandé si les autres membres de la compagnie y avaient fait des remarques. Sur quoi, personne n’ayant témoigné en avoir fait, le rapport contenu dans ledit mémoire est arrêté et tenu pour être le sentiment de la compagnie.

 

Mardi le 24 décembre 1697

La compagnie étant extraordinairement assemblée suivant l’acte du 19 e de ce mois, a comparu devant elle le sieur Bayle ; à qui la compagnie ayant exposé par la bouche du président qu’elle avait trouvé dans le livre dudit sieur intitulé Dictionnaire historique et critique divers passages qui ont paru à la compagnie être scandaleux ; et en premier lieu, qu’il se trouve dans son dit livre des expressions, citations et réflexions impures : là-dessus ledit sieur Bayle a dit qu’il n’était point préparé à répondre, n’ayant pas su ce qui lui serait proposé par la compagnie ; et a ajouté, qu’il y avait de la différence entre un écrivain philosophe ou historien et entre un théologien : qu’un historien doit être fidèle et sans partialité, et qu’il est responsable quand il fait de faux rapports ; qu’il pourrait demander à cette compagnie vingt audiences de deux heures chacune pour exposer ses raisons, mais qu’il ne voulait point se servir de ce moyen et qu’il voulait éviter la longueur ; qu’il soutenait qu’il n’avait rien avancé dans son dit livre, comme son sentiment, qui fût contraire à nos confessions de foi, et qu’il y avait maintenu les points de la religion ; qu’on ne devait pas s’arrêter à ce qui n’est que des bagatelles ; qu’on pourrait critiquer sur les extraits que la compagnie a fait faire, à l’égard des faits et à l’égard du droit, mais qu’il ne voulait point entrer dans cette discussion ; que dans la préface dudit livre il avait déclaré qu’il serait pret à corriger ce qui s’y pourrait trouver devoir être corrigé ; et que dans ses réflexions qu’il avait publiées contre un imprimé intitulé Jugement du public il avait fait une semblable déclaration ; qu’il déclarait encore à cette compagnie d’être résolu de changer dans une seconde édition ce que la compagnie y trouverait à redire ; et que déjà il travaillait à la correction dudit livre.

Sur quoi, la compagnie ayant délibéré et fait rentrer le sieur Bayle, lui a fait dire par Mr le président qu’elle n’entrerait pas à présent dans une réponse aux raisons susdites alléguées par ledit sieur et, touchant sa résolution qu’il a déclarée, qu’elle paraissait à la compagnie d’être vague ; que ledit sieur avait parlé de changer dans une seconde édition, et non point de rétracter ; que la compagnie n’était pas assurée quand cette seconde édition se ferait, et aussi que divers empêchements survenant en pourraient empêcher l’exécution ; que les remarques que la compagnie a faites sur ledit livre étaient d’importance.

Sur quoi, le sieur Bayle a dit qu’il serait prêt non seulement de faire des changements dans son dit livre, mais aussi de rétracter ce qu’il y serait trouvé devoir être rétracté ; et que même dès à présent, s’il y avait des propositions étant de lui qui seraient contraires à notre religion, qu’il les déclarait hérétiques.

Après quoi, la compagnie lui a fait dire qu’elle lui ferait indiquer les passages dudit livre et les remarques de la compagnie. Et ensuite elle a nommé Mrs Piélat, de Superville et Le Page, pasteurs, Mrs Fanueil, Diodati et Vermande, anciens, et Mrs Tinebacq et de Peyster, diacres, pour indiquer au dit sieur Bayle les passages et les remarques contenues dans les cinq mémoires qui sont faits sur ce sujet et pour entendre ce que ledit sieur dira là-dessus, et ensuite en faire rapport à la compagnie.

 

Le 5 janvier 1698

Mrs les commissaires nommés dans l’acte du 24 décembre dernier ont fait rapport qu’ayant été assemblés le 30 suivant, ils avaient exposé au sieur Bayle en substance les remarques contenues dans les cinq mémoires faits à l’égard de son livre, mentionnés dans ledit acte, et qu’ayants entendu les éclaircissements et les réponses générales, et aussi les offres dudit sieur sur ce sujet, ils avaient trouvé à propos que le dit sieur mît par écrit ce qu’il avait dit devant eux : ce que le sieur Bayle ayant fait, ils en ont produit un mémoire signé dudit sieur, lequel, étant lu devant la compagnie, après des réflexions là-dessus, elle a trouvé à propos de prier les mêmes commissaires de dresser un projet de réponse au dit mémoire et de le communiquer à la compagnie, qui se rassemblera extraordinairement pour cela mardi prochain ; et a ordonné que le sieur Bayle soit averti de se trouver devant elle au dit jour.

Suit la copie du mémoire du sieur Bayle mentionné dans l’acte précédent.

 

Mémoire présenté à Messieurs du consistoire

de l’Eglise walonne de Rotterdam, le dimanche 5 de janvier 1698,

au sujet du Dictionnaire historique et critique [lettre 1344]

 

Messieurs

Ce que j’eus l’honneur de vous dire le 24 du mois passé et de répéter plus amplement à Messieurs vos commissaires lundi dernier lors qu’ils me lurent leurs remarques, je le donne par écrit aujourd’hui à la compagnie avec des explications plus particularisées.

Cela se réduit à deux points. Le premier est que j’ay une infinité de choses à alléguer tant en raisons qu’en exemples pour ma justification, sans la discussion desquelles on ne peut vider cette affaire équitablement par la voie du jugement. Le second est que si, pour éviter les longueurs et autres inconvénients, votre compagnie trouve à propos de la terminer par voie d’accommodement, j’en faciliterai les moyens de tout mon possible.

Pour cet effet je déclare en premier lieu très sincèrement que mon intention n’a jamais été d’insérer dans mon Dictionnaire aucune chose qui donnât un juste sujet de scandale aux bonnes âmes. J’ai toujours espéré que la liberté que je prenais à certains égards serait favorablement interprétée par les réflexions que l’on ferait que c’est un laïque et un philosophe qui parle, et cela dans une histoire, une critique et un vaste commentaire, et que j’ai eu soin de mettre par tout où ils étaient nécessaires des correctifs et des éclaircissements qui ramènent mon lecteur au principe le plus orthodoxe de notre communion, savoir que l’Ecriture est la règle de ce que nous devons croire, soit que la raison le puisse comprendre, soit qu’elle ne le puisse pas. J’ai espéré aussi que chacun se souviendrait que la qualité d’historien impose la nécessité de rapporter bien des choses qu’un autre auteur ne dirait pas sur le fort et le faible de chaque parti, et que les Pères de l’Eglise ont rapporté des détails d’impuretés et d’obscénités qui font horreur.

Je déclare en 2 e lieu que je suis extrêmement fâché que, contre mon intention et mes espérances, plusieurs personnes aient été offensées de la liberté que j’ai prise. Si j’avais prévu cela, je m’en serais abstenu avec un grand soin.

Pour y remédier d’une manière efficace, je promets de rectifier dans une 2 e édition à laquelle je travaillerai incessamment les endroits qui ont donné lieu aux plaintes. Cela me paraît facile soit par des retranchements, soit par des additions, soit par des changements d’expression. La lecture des remarques de Messieurs vos commissaires m’a fait connaître ces endroits plus distinctement que je ne les connaissais. Je me conduirai dans la correction avec de très grands égards aux dites remarques, d’autant plus que je reconnais qu’elles ont été faites par des personnes très habiles, et aux bons avis et aux lumières que Messieurs les pasteurs de cette Eglise voudront bien me communiquer, et je considérerai beaucoup plus si une chose peut choquer une partie de mes lecteurs, que si dans le fond elle est véritable et n’est pas contraire à nos Confessions de foi.

Je promets en particulier de refondre de telle sorte l’article du prophète David, qu’il n’y restera aucune pierre d’achoppement.

Quant à ce qui se rapporte à l’hérésie des manichéens, j’ai déclaré assez nettement qu’elle est horrible, extravagante, contraire aux notions communes, et que par l’Ecriture sainte on la ruine sans aucune peine. J’ai seulement établi que les objections sur l’origine du mal ne peuvent être résolues par les forces de notre raison, et je n’ai point cru que ce fût dire autre chose que ce que tous nos théologiens avouent de l’incompréhensibilité de la prédestination. Cependant je promets de méditer de nouveau sur cette matière, et de chercher des raisons philosophiques contre ces objections, et si Messieurs vos pasteurs veulent bien se donner la peine de m’en fournir, je les mettrai en œuvre le mieux qu’il me sera possible, et avec d’autant plus de joie que le manichéisme est une hérésie abominable à l’égard de la morale, et ridicule et monstrueuse à l’égard de la métaphysique.

Ce que je promets à l’égard de cet article se doit aussi entendre en particulier à l’égard de celui de « Pyrrhon ».

En un mot, je déclare que je recevrai avec joie et pour en profiter tous les avis qui me pourront être communiqués, afin de rendre mon livre plus utile au public et plus édifiant pour les Eglises. Surtout, je recevrai avec beaucoup de soumission les bons avis de la compagnie.

Il ne me reste, Messieurs, que deux choses à vous déclarer :

La première est que je n’ai jamais eu dessein d’avancer comme mon sentiment aucune doctrine qui fût contraire à la confession de foi de l’Eglise reformée dont je fais profession, et dans laquelle je demande à Dieu la grâce de me faire vivre et mourir. S’il se trouve donc dans mes ouvrages quelque doctrine de cette nature, je la désavoue et je la rétracte entièrement dès aujourd’hui.

La seconde chose est que j’ai tout lieu d’espérer que la compagnie, n’ayant en vue que la paix et l’édification du public, sera pleinement contente de ce que dessus, car c’est ce me semble tout ce qu’on peut exiger d’un auteur en semblables cas. Outre qu’en prenant la voie du jugement, elle ne peut ignorer qu’il y aura beaucoup de longueurs, que j’ai des raisons justificatives à alléguer sur chaque point, qu’il faudra peut-être passer d’un tribunal à un autre, et en venir même à des écrits imprimés qui ne serviront qu’à exciter de nouveaux troubles sans aucun fruit pour l’Eglise, et au contraire au contentement de nos adversaires.

Si tout ce que je viens de dire ne produisait pas l’entière pacification de cette affaire, et si nonobstant cela on en venait à la voie du jugement, je demande qu’aucune des choses que j’ai déduites ci-dessus ne puisse préjudicier à ma cause, ni aux prétentions de récusation, s’il en faut faire, ni aux voies d’appel si le cas y échet. Je demande aussi qu’on ne prenne point pour une partie de mon plaidoyer ce que j’ai dit soit à votre compagnie, soit à Messieurs vos commissaires.

Et était signé, Bayle.

 

Mardi le 7 janvier 1698

La compagnie étant extraordinairement assemblée suivant l’acte dernier, et se trouvant incomplète, bien que tous les membres fussent avertis spécialement pour résoudre sur ce sujet, et considérant la brièveté du temps, à cause que le consistoire doit changer dimanche prochain, après avoir examiné le projet de réponse dressé par Mrs les commissaires mentionné dans l’acte précédent, elle a trouvé à propos de faire seulement lecture dudit projet au sieur Bayle : lequel en ayant demandé copie, la compagnie n’a pas pris résolution là-dessus, mais a trouvé à propos de se rassembler encore jeudi prochain.

 

Jeudi le 9 janvier 1698

La compagnie étant encore extraordinairement assemblée suivant l’acte précédent, et ayant lu de nouveau le projet dressé par Mrs les commissaires et communiqué au sieur Bayle (selon qu’il est mentionné dans l’acte précédent), l’a approuvé unanimement, dont la teneur s’en suit : La compagnie continuant à délibérer sur l’affaire qui regarde Mr Bayle, après avoir entendu ledit sieur Bayle dans ses éclaircissements et ses réponses générales, tant en plein consistoire le mardi 24 décembre dernier que le lundi 30 du même mois en présence des commissaires qui lui ont communiqué de vive voix la substance des cinq mémoires dressés par la compagnie sur son Dictionnaire et ont fait rapport de tout dimanche dernier 5e du présent mois ; après avoir aussi examiné l’écrit présenté à la compagnie le même jour dimanche dernier par ledit sieur Bayle, et signé de sa main, dans lequel il explique plus distinctement ses intentions et ses desseins ;

La compagnie déclare qu’elle est bien aise de voir

1° Que ledit sieur Bayle proteste vouloir vivre et mourir dans la profession de la Religion reformée que Dieu lui a fait la grâce de connaître et dans laquelle il a persévéré jusqu’à présent ; désavouant et rétractant dès aujourd’hui tout ce qu’il pourrait avoir avancé dans ses ouvrages contre notre confession de foi, posé qu’il s’y trouvât quelque chose de tel ; ce qu’il ne croit pas, puisqu’il a eu toujours une intention toute opposée.

2° Que ledit sieur Bayle est extrêmement fâché de ce que contre son intention et ses espérances, plusieurs personnes ont été offensées de la liberté qu’il a prise dans son Dictionnaire ; et que s’il avait prévu cela, il s’en serait abstenu avec un grand soin.

3° Qu’il a en horreur le manichéisme, comme une hérésie que l’Ecriture renverse de fond en comble, et qui est abominable et monstrueuse par rapport tant à la morale qu’à la métaphysique ; ajoutant qu’il travaillera fortement à la réfuter. Ce qu’il promet aussi à l’égard du pyrrhonisme.

4° Qu’en particulier il se propose de corriger tellement l’article de « David » dans une seconde édition qu’il n’y restera plus aucune pierre d’achoppement.

5° Qu’enfin pour remédier aux plaintes qu’on a faites contre son Dictionnaire, il se propose de travailler incessamment à une seconde édition, dans laquelle il changera, corrigera, rectifiera, retranchera tout ce qui peut avoir choqué ; et que pour rendre cette édition plus correcte, il aura de grands égards aux mémoires qui lui ont été communiqués par la compagnie et à tous les advis qu’elle voudra bien lui donner.

La compagnie est bien aise de voir Mr Bayle dans ces dispositions.

Mais elle ne peut approuver diverses autres choses que ledit sieur Bayle a insérées dans son écrit ; comme entre autres ce qu’il prétend pouvoir justifier ce qu’il a avancé dans son Dictionnaire si l’on en vient à une discussion ; ni qu’il parle des raisons qu’il alléguera alors, comme des raisons capables de le disculper : de manière qu’il semble que ce ne soit que par condescendance, et pour ne pas offenser les bonnes âmes, qu’il veuille bien corriger et rectifier son ouvrage, et non pas que dans le fond il y soit obligé, ni que cet ouvrage en ait besoin : parce qu’en qualité de laïque, de philosophe, d’historien et de commentateur, il lui a été permis d’avancer beaucoup de choses qu’on ne souffrirait pas dans un autre auteur. La compagnie ne peut goûter ces exceptions, ainsi que le président le représentera plus au long à Mr Bayle. Et cependant voulant bien prendre la voie d’indulgence pour tâcher de terminer cette affaire, elle estime que pour y parvenir, il faut

1° Que Mr Bayle acquiesce aux remarques qui lui ont été proposées par la compagnie ; qu’il en reconnaisse la solidité et promette d’en profiter en s’y conformant dans une seconde édition. Ces remarques regardent, 1. les obscénités répandues dans l’ouvrage ; 2. l’article de « David » ; 3. le manichéisme ; 4. le pyrrhonisme ; 5. les louanges excessives données aux athées, avec les conséquences qu’il en tire. Sur quoi il déclarera qu’il est fâché d’avoir donné sujet de plainte.

2° Il est nécessaire que ledit sieur Bayle promette qu’à l’avenir il se gardera bien de rien avancer dans ses écrits qui puisse choquer soit la pureté de la morale, soit la vérité de la doctrine ; mais qu’au contraire il consacrera les talents que Dieu lui a départis à la défense de l’une et de l’autre et à l’édification de l’Eglise.

3° Que pour réparer le scandale du passé et procurer l’édification publique, Mr Bayle sera fortement exhorté à n’attendre pas une seconde édition de son Dictionnaire qui pourrait tirer trop en longue[u]r, mais à travailler au plus tôt à faire imprimer quelque ouvrage dans lequel il fasse connaître au public les sentiments qu’il nous a témoigné avoir sur les points qui lui ont été proposés.

 

Ensuite, Mr Bayle étant entré, Mr le président lui a fait de nouveau lecture dudit projet qui était désormais la résolution de la compagnie, et lui a demandé ce qu’il avait à répondre là-dessus. Sur quoi, ledit sieur Bayle a témoigné qu’il acquiesçait à cette résolution, et a en même temps délivré le mémoire écrit et signé de sa main, tel qu’il suit [Lettre 1345] :

 

Messieurs

Etant persuadé que la compagnie ne cherche en finissant cette affaire qu’à procurer de bonne foi l’édification du public et la gloire de Dieu, et voulant concourir avec elle de tout mon possible pour ce grand bien, j’accepte les conditions contenues dans l’acte qui me fut lu le 7 du courant, et je déclare, en particulier quant aux remarques qui m’ont été communiquées par la compagnie, que j’y acquiesce comme à une règle que je suivrai ponctuellement dans la correction de mon Dictionnaire pour une nouvelle édition.

Je satisferai aussi autant qu’il me sera possible à l’exhortation de la compagnie touchant un écrit antérieur à la nouvelle édition, et j’espère que cela ne tardera pas beaucoup.

J’espère, et je le demande très humblement à la compagnie, qu’elle ne permettra point que ses remarques ni autres papiers touchant cette affaire tombent entre les mains de gens qui en puissent abuser pour publier des écrits qui ne feraient que troubler l’édification des âmes, et par eux mêmes, et par les réponses qu’on serait peut être contraint d’y faire. A Rotterdam le 9 de janvier 1698, et était signé, Bayle.

 

Ensuite Mr Bayle s’étant retiré, la compagnie délibérant sur sa réponse, a résolu de s’en contenter, parce qu’il accordait tout ce qu’on lui demandait, qu’il acquiesçait aux remarques de la compagnie sur son Dictionnaire et promettait de publier au plus tôt un écrit qui fera savoir au public ses bonnes dispositions. Elle a estimé qu’en terminant ainsi cette affaire, l’Eglise en serait plus édifiée que par de longues contestations ; outre que ce serait le moyen le plus efficace pour engager Mr Bayle à faire servir ses talents à l’avancement du règne de Notre Seigneur. Ayant donc été rappelé dans la compagnie, le président lui a déclaré 1° que la compagnie était contente de sa réponse ; 2° qu’elle l’assurait que les écrits communiqués de part et d’autre ne seraient donnés à personne pour être publiés : que ce n’était pas l’usage de la compagnie, et qu’elle savait bien que, quand des affaires étaient terminées, on ne devait pas donner lieu à les recommencer par des imprimés ; 3° qu’elle ne doutait pas aussi qu’il ne satisfît de son coté à la promesse qu’il faisait de publier dans peu un écrit par lequel il informerait le public des bons sentiments qu’il nous avait témoignés, et que le plus tôt que cet écrit paraîtrait serait le mieux. Ce que ledit sieur Bayle a encore promis. Après quoi, le président lui a représenté que plus Dieu lui avait départi de talents, plus il était en obligation de les consacrer à sa gloire ; qu’il devait travailler à édifier l’Eglise ; qu’on espérait qu’il s’y appliquerait à l’avenir ; que la compagnie l’y exhortait fortement, et que moyennant cela, elle priait Dieu de répandre sa bénédiction sur ses travaux. Mr Bayle a assuré qu’il répondrait aux intentions de la compagnie et l’a remercié de ses bons souhaits.

 

Tous lesdits actes de l’année 1697 jusqu’a ce jour, 11 de janvier 1698, ont été lus et approuvés par la compagnie le 11 janvier 1698.

J. V. Hoeven, ancien

de Superville, pasteur

Le Page, pasteur

Piélat, pasteur

T. Van Schoonhoven, ancien

Basnage, ministre

Jean Faneuil, ancien

Jacob Vermande, ancien

Theodore Sismus, diacre et secrétaire

D. Prins, diacre

Suit la signature de l’autre coté

Govert Coolbrant

Isaac Verdoes, diacre

Pierre Baalde

G. Allard, diacre

Jean de Peÿster, diacre

 

Le même jour [4 mai 1698]

La compagnie a résolu de faire dire à Mr Bayle par le secrétaire qu’il eût à se trouver dimanche prochain à quatre heures au consistoire.

 

Le 11 mai [1698] [Lettre 1361]

Mr Caillaud a remis au consistoire un mémoire de Mr Bayle portant qu’il n’y a que les obstacles du libraire qui aient retardé jusques ici la publication de l’imprimé que la compagnie a souhaité de lui ; et qu’il est tout disposé à publier cet imprimé en cas qu’on ne trouve pas les raisons du libraire recevables. Sur quoi, la compagnie a résolu de faire dire à Mr Bayle par Mr Caillaud qu’il doit satisfaire à son engagement et donner son écrit incessamment et, avant de le faire imprimer, qu’il eût à le communiquer à Mrs Piélat, Superville, Le Page, et Mr le bourgmestre Vander Hoeven, pour l’examiner, et qui en feront rapport à la compagnie.

 

Le 18 mai [1698]

Mr Caillaud a fait rapport à la compagnie avoir parlé à Mr Bayle, qui lui a promis de donner incessamment l’écrit qu’il s’est engagé de faire imprimer, et qu’avant de le faire voir le jour, il le communiquera aux commissaires nommés par le consistoire pour l’examiner ; et qu’il approuvait fort la résolution de la compagnie.

 

Le 8 juin 1698 [Lettre 1368]

Monsieur Piélat a présenté un écrit délivré par Mr Bayle, lequel ayant été lu, la compagnie n’a pas trouvé qu’il fût conforme à la promesse faite par le dit sieur le 9 janvier 1698 ; c’est pourquoi la compagnie l’a désapprouvé et a résolu de prier Messieurs Piélat et Le Page de dresser un mémoire concernant les remarques faites sur le dit écrit et sur les choses que le dit sieur Bayle doit déclarer par son imprimé, lequel mémoire (après qu’il aura été approuvé) sera présenté à Mr Bayle afin qu’il publie au plus tôt son écrit antérieur à la nouvelle édition suivant ce mémoire et sa promesse.

 

Le 15 juin [1698]

La compagnie a examiné le mémoire dressé par Messieurs Piélat et Le Page touchant l’écrit présenté par Mr Bayle, lequel a été approuvé, et la compagnie a résolu de faire dire par Mr Caillaud à Mr Bayle de se trouver dimanche prochain au consistoire pour entendre la lecture du dit mémoire, qui contient les raisons pour lesquelles on ne peut approuver l’écrit du dit sieur Bayle, et la manière dont la compagnie souhaitait qu’il se conduise dans un autre écrit qui réponde mieux à l’engagement où le sieur Bayle est entré ci-devant.

 

Le 22 juin [1698]

Suivant la résolution de l’acte ci-dessus, Mr Caillaud a fait rapport à la compagnie d’avoir vu Mr Bayle, qui lui avait promis de se trouver aujourd’hui au consistoire, et en même temps le dit sieur Caillaud a délivré un mémoire cacheté qui lui avait été envoyé par Mr Bayle. La compagnie en ayant fait lecture, a trouvé que le dit sieur Bayle s’excuse s’il ne paraît devant elle, qu’une migraine bien forte l’en empêche ; sur quoi, la compagnie a délibéré que, bien qu’elle fût en droit de faire redire aux sieur Bayle de se trouver devant elle, ne voulait point user de son droit parce qu’elle a un dessein sincère de terminer promptement cette affaire, et c’est pour cela qu’elle nomme Messieurs Piélat, Le Page, Faneul, et Caillaud pour faire venir dans un des jours de cette semaine le sieur Bayle par devant eux, chez Mr Piélat, et là lui lire le mémoire de la compagnie, par où on lui fait connaître qu’on [n’]approuve pas l’écrit qu’il nous a mis en main ; ces messieurs lui feront aussi lecture de l’acte du 9 janvier 1698 par où on voit les engagements où le sieur Bayle est entré avec le consistoire, et ils l’exhorteront à y satisfaire et lui expliqueront les sentiments de la compagnie, ainsi qu’ils le jugeront à propos et ils feront rapport de ce qui se sera passé.

 

Le 29 juin [1698]

Messieurs les commissaires dans l’affaire de Mr Bayle mentionnés dans l’acte précédent ont fait rapport qu’ils ont lu en la présence de Mr Bayle le mémoire dressé par ordre de la compagnie, et que ces messieurs ont fait aussi lecture de son engagement avec le consistoire mentionné dans l’acte du 9 janvier 1698, l’exhortant fortement à y satisfaire, sur quoi Mr Bayle derechef a promis de suivre la résolution de la compagnie et de satisfaire à sa promesse.

 

Le dit jour [28 septembre 1698]

Quelques-uns des membres du consistoire lui ont présenté l’écrit que Mr Bayle s’était engagé de donner au public et qu’il a fait imprimer sur les endroits qu’on lui avait marqué désapprouver dans son Dictionnaire critique, sur quoi la compagnie a nommé Mrs Piélat, Superville, Vander Hoeven, Faneul, Rochefort, Caillaud, Tinnebacq et Peÿster pour examiner cet écrit et voir ensuite si on lui donnera des mémoires.

 

Le 7 décembre [1698]

Mrs les commissaires nommés dans l’acte du 28 septembre pour travailler dans l’affaire de Mr Bayle ont fait rapport de leur commission, sur quoi la compagnie trouve que

1° la lettre imprimée du dit sieur Bayle a paru plus tard qu’on avait lieu d’espérer, et qu’il aurait été à souhaiter que Mr Bayle l’eût fait imprimer plus tôt, conformément à ses promesses ;

2° que le dit sieur Bayle n’en a envoyé aucun exemplaire à la compagnie, bien qu’il fût en obligation de lui faire voir qu’il avait satisfait à son engagement ;

3° que le nombre des exemplaires de cette lettre a été trop petit, et qu’il ne s’en trouve plus (il y a longtemps) chez les libraires : de manière qu’il semble qu’on ait eu dessein de supprimer cette lettre aussi tôt qu’on l’a publiée et de ne la mestre entre les mains que de moins de personnes qui serait possible, ce qui est contre l’intention de la compagnie, qui souhaitait que le public fût informé des déclarations que Mr Bayle a faite sur cette affaire ;

4° ce qui est plus important, que Mr Bayle a passé bien légèrement sur les matières dont on avait été choqué, et qu’il en parle même comme de choses soutenables, prétendant pouvoir défendre ce qu’il a avancé dans son Dictionnaire : parce qu’en qualité de commentateur et d’historien, il lui a été permis de parler autrement que s’il avait fait le dogmaticien : excuse qu’il avait alléguée au consistoire par son écrit du [blanc], mais qu’on lui témoigna alors n’être nullement recevable, ce qui fit qu’il acquiesça purement aux remarques de la compagnie dont il reconnut la solidité, et auxquelles il promit de se soumettre, circonstance qu’il devait déclarer dans la lettre imprimée comme étant essentielle à la satisfaction qu’on lui demande.

Pour ces causes et autres, la compagnie estiment que la lettre imprimée de Mr Bayle ne satisfait qu’en partie à ce qu’il avait promis ; qu’ainsi la compagnie serait en droit de lui demander davantage ; que cependant, pour ne point se départir de la voie d’indulgence qu’on a déjà prise, la compagnie peut se contenter de représenter ces choses verbalement à Mr Bayle et de l’exhorter fortement à s’acquitter ponctuellement de ces promesses ; et la compagnie prendra cette voie dans la persuasion que le dit sieur Bayle, dans la seconde édition de son Dictionnaire, corrigera de bonne foi les choses qu’on lui a indiquées et profitera des avis qui lui ont été donnés : ce qui est le principal but que la compagnie s’est proposé en tout ceci, parce qu’elle le regarde comme important à la gloire de Dieu et à l’édification de l’Eglise.

De plus, afin que Mr Bayle (qui a promis de profiter des avertissements de la compagnie) le puisse faire plus aisément, la compagnie estime qu’il est à propos que les pasteurs qui ont déjà travaillé à cette affaire dressent quelques mémoires succincts concernant les remarques que la compagnie a faites, auxquelles ils en pourront joindre quelques autres sur des matières importantes, afin qu’après que la compagnie aura approuvé les dits mémoires, ils soient mis entre les mains de Mr Bayle pour son souvenir et y avoir égard.

La compagnie estime aussi, que notre très honoré frère Mr Jurieu, l’un de nos pasteurs, ayant été fort mal traité par Mr Bayle dans son ouvrage, il est à propos de donner là-dessus à ce dernier un avertissement et de l’exhorter à se conduire à l’avenir avec plus de modération, tant dans la seconde édition de son Dictionnaire que dans les autres volumes qu’il promet au public, la compagnie n’ayant pu voir qu’avec douleur qu’on ait eu si peu de ménagement pour un pasteur dont le ministère et les travaux ont été et sont en singulière édification à l’Eglise.

 

Le 20 décembre 1698

Messieurs les commissaires (nommés dans l’acte du 7 décembre) ont lu dans la compagnie les mémoires succincts concernant les remarques que la compagnie a faites sur l’écrit de Mr Bayle, et aussi leurs remarques sur les plus importantes matières du Dictionnaire du dit sieur Bayle : lesquels sont approuvées par la compagnie et résolu de les communiquer à Mr Bayle par Mrs Piélat, Superville, Le Page et Faneul.

Notes :

[1] Les noms mentionnés dans les actes du consistoire de l’Eglise wallonne de Rotterdam se retrouvent facilement dans l’index de notre édition de la correspondance de Bayle. Pour l’annotation des actes, nous nous permettons de renvoyer à l’édition de H. Bost, Le Consistoire de l’Eglise wallonne de Rotterdam, 1681-1706. Edition annotée des actes avec une introduction historique (Paris 2008).

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