Lettre 160 : Pierre Bayle à Jacob Bayle

[Sedan,] le 26 novembre 1678

Pour m’acquitter de la promesse q[ue] je vous ay faitte[,] M[onsieur] e[t] t[res] c[her] f[rere], je m’en vai commencer à repondre point par point à votre lettre du 28 juillet [1]. Ce sera une piece à plusieurs reprises, car je pretens m’y appliquer à mesure que quelques bons momens de loisir me viendront.

Je vois dans votre premiere page quelque chose touchant Mr Pajon, à l’occasion dequoi je vous dis que l’hyver dernier Mr Claude ayant receu une longue lettr[e de M]r L[enf]an[t] ministre de Chatillon pleine d’injures, en fit ses plaintes au consistoire de Charenton, protestant que pour son interet personnel il en faisoit un sacrifice de bon cœur, mais qu’y allant de la justification d’un synode, il ne pouvoit pas s’empecher de parler, et là dessus il fit un long discours pour montrer que l’opinion q[ue] le synode venoit de fletrir, avoit eté de tout tems contraire à la doctrine de nos Eglizes, et que les plus grands ecrivains de notre communion avoie[n]t toujours combattu ces sentimens, ce qu’il justifia par plusieurs autoritez. En suitte de cela Mr de Langle fit un autre grand discours po[ur] montrer q[ue] cette meme opinion etoit contraire à l’Ecriture s[ain]te[.] Le resultat fut que l’on s’opposeroit par toutes voyes deües et raisonnables à la propagation de ces nouvelles doctrines, et comme cette compagnie là fut avertie q[ue] Mr Pajon q[ui] etoit alors à Paris prenoit grand soin d’insinuer ses sentimens par les maisons, elle chargea 2 anciens de lui aller dire de tenir une autre conduitte, faute dequoy on seroit obligé d’en prevenir les inconveniens par d’autres voyes [2]. Il se mit à faire de grands discours et à se justifier sur la necessité où il se voyoit d’eclaircir ses pensées à des gens qui le regardoient comme heretique [3]. J’ay seu depuis que Mr Lenfan a envoyé par toutes nos academies et Eglises principales, des lettres circulaires tant pour justifier sa doctrine, que pour se plaindre contre Mr Claude [4]. Vous pourrez savoir par mess[ieu]rs de l’acad[emie] de Puyl[aurens] s’ils en ont eu leur part.

La 2e chose qui m’arrete dans votre 1ere page c’est ce que vous me dites touchant Mad le Jurieu, Mesdemoiselles Du Moulin etc[.] A l’egard de la premiere vous saurez qu’elle s’est deffendue fort spirituellement de tous les eloges que vous luy donnez, avoüant qu’on ne peut pas • mieux tourner ni mieux assaisonner un eloge que vous le sa[v]ez faire, sur quoi elle m’a dit cent choses obligeantes pour vous, et pour / moy, qu’elle disoit avec son air agreable et fin, avoir eté la seule cause de l’encens qu’elle a receu de vous, par le portrait avantageux que je vous ay fait de sa personne. Vous croiez bien que je ne demeurai pas muet ni pour vous ni pour moi, mais croyez encore plus fermem[en]t que je n’ay usé d’aucune flatterie en vous parlant de Mad le Jurieu[.] A l’egard de la celebre Marie Du Moulin, je ne vous dis pas que vos dernieres civilitez lui sont connues, parce qu’elle est en Hollande depuis 7 ou 8 [moi]s d’o[ù e]lle ne reviendra de tout cet hyver [5], mais je n’attendrai pas son retour pour lui apprendre tout ce qui la concerne dans vos lettres, je lui ecriray au premier jour tout expres pour cela, et je vous asseure de la meme chose à l’egard de Mademoiselle Du Moulin mere de Mad le Jurieu [6], et de son incomparable sœur, qui sont toutes 2 depuis 5 ou 6 mois à Cantorbery ches Mr Pierre Du Moulin chanoine dans cette fameuse cathedrale [7]. Je croyois n’avoir plus rien à vous dire de la famille de Du Moulin, jusques apres le retour de Mad le Marie, mais co[mm]e je puis avoir sans elle par le moyen de Mad le Jurieu, la genealogie de cette maison, je ne renvoirai pas à une autrefois, à vous entretenir, ainsi vous aurez satisfaction sur ce point là avant que je vous quitte[.]

A l’egard de Mr Basnage tout ce que je vous en puis dire pour le present, c’est que son pere qui est un fameux avocat de Rouen est fils d’un ministre de Basse Normandie, et qu’il a un frere qui est presentement ministre de Bayeux, dont le fils y est aussi ministre [8], tous 2 fort habiles, ils sont gentilshommes ; je vous eclaircirai une autrefois lequel de ces Mrs Banage a eté moderateur d’un synode national • d’Alençon [9].

Le vieux professeur s’appelloit Mr Pithoys [10]. Il avoit eté minime et predicateur celebre, et avoit meme regenté la theologie dans son convent. Il etoit de Champagne. On ne peut pas avoir plus de feu qu’il en avoit ; il etoit fort subtil dans la scholastique, fort versé dans la jurisprudence, qu’il avoit apprise avant que d’entrer en religion. Il a conservé sa vivacité et l’impetuosité de son temperament jusques à sa mort quoi qu’agé de 86 ou 7 ans. Il a eté extremement sollicité de revenir au giron de l’Eglise, mais il a vigoureusem[en]t resisté à la tenta[ti]on. Il vint icy pour se defroquer et pour embrasser notre communion agé de 42 ans, l’etat ayant encore ses princes [11] ; on lui donna bien tot la charge de prof[esseur] en philo / sophie. Il s’est marié jusqu’à 3 fois et a survecu à sa 3e femme. Il a laissé 2 enfans, un fils qui est ministre à l’isle de Guernezay apres l’avoir eté à Lewarden en Frise [12] l’une des Provinces Unies, et une fille que Mad le de Beaulieu a pris ches elle depuis la mort de son pere, à cause qu’elle est la grande amie de mad le Guichon Le Blanc qui a toujours eté nourrie ches Mr de Beaulieu comme un enfant adopté [13]. Mademoiselle [Pi]thoy [p]eut avoir 20 ou 25 ans, est fort bien faitte, chante tres bien, ne manque pas de beauté, ni d’autres bonnes qualitez. Son pere a fait imprimer quelques livres comme L’Apocalypse de Meliton, un traitté de Cosmografie ; contre les astrologues etc [14][.] Au reste le s[ieu]r La Migue [15] q[ui] e[st] icy n’est pas celui que vous croyez, il n’a jamais eté à Puylaurens, vous l’avez pris pour son frere qui y a etudié jusques à la philosophie inclusivement, et qui continue ses etudes comme il peut à Mauvaisin. J’ay appris de lui que la maison de Du Bartas ne consiste à present qu’en une fille qui a epousé un gentilho[mm]e du voisinage nommé Mr d’Astor, elle avoit un frere qui fut tué par un bourgeois de Mauvaisin nommé d’Albeng. La mere de ces 2 personnes vit encore [16]. Je n’ay peu apprendre de lui qui e[st] cette fille de 50 ans qui se pique d’esprit et de literature, et ainsi cela ne vous doit pas empecher d’en demander plus de particularitez à Mr Charles [17].

Je n’ay point veu cette 4e harangue de Mr Morus où on vous a dit qu’il introduisit son predecesseur. Celle que j’ay veuë a eté prononcée à Amsterdam à la verité, mais elle est presq[ue] toute faite à la gloire de la republique de Venise, et fait tomber indirectem[en]t ses eloges sur Amsterdam à cause de la conformité qui se trouve entre ces 2 villes, baties l’une et l’autre sur des pilotis, et d’un commerce maritime incroyable. Elle est beaucoup plus courte que les 3 autres, mais n’a pas moins de beautez à proportion. Autant que je m’en puis souvenir elle fut prononcée apres le retour de Mr Morus d’Italie à Amsterdam [18], et au reste ce ne fut pas à Vossius qu’il succeda, mais à Mr Blondel, où je suis fort trompé [19]. Vous m’apprennez au sujet de Mr Morus des particularitez qui m’etoient inconnues et vous faites la meme chose sur tous les autres sujets. Je vous en remercie icy une fois pour toutes : • Vous croirez aisement que c’est me prendre par l’endroit de ma sensibilité*. Il faut attendre que je face un voyage à Paris pour vous trouver les harangues de Mr Morus qui vous manquent, et les traittez de Mr Colomiez [20], car icy nous n’avons qu’un relieur qui ne vend que des pseaumes et des cat[e] / chismes ; c’est un bonheur que j’aye peu trouver ches lui le Traitté de la foy justifiante [21], et ce n’est qu’à cause des prieres qui l’accompagnent qu’on le vend icy. La dame à qui le traitté est dedié ne demeure pas loin de cette frontiere, son mary etoit un gentilhomme suisse [22].

Je n’ay point seu ce que Mr le p[rin]ce a dit de l’ouvrage de Mr Jurieu ; il est à croire q[ue] cette altesse ayant le discernem[en]t si bon en aura eté fort satisfaitte [23][.] Pour [M]r Arnaud il a quelque raison de se reposer car il a fait [un] gros [in-4°] depuis • le dernier ouvrage de Mr Claude ou apres avoir dit tout ce qu’un habile homme peut imaginer pour appuyer la presence corporelle par l’ecriture, il tache de l’etablir par les authoritez des Peres [24]. Je n’ay p[oin]t leu ce livre, il y a de nos gens qui en parlent avec mepris, d’autres qui trouvent que cet ouvrage meriteroit une reponse, et qu’il y a un tour d’esprit et un air de solidité capable d’ebloüir les gens, à tout le moins fort propre à confirmer dans l’erreur ceux qui en sont deja prevenus. Outre cela Mrs de Port Royal avoient composé un in 12 intitulé Moyens generaux de repondre au livre de Mr Claude [25], ainsi vous voyez qu’ils sont restez les derniers sur le champ de bataille et qu’ils doivent s’applaudir d’avoir fait quitter la partie au ministre. Mr Lortie s’est melé dans la dispute et a fort bien repondu à ce que Mr Arnaud avoit avancé pour son dogme [26], et qu’il avoit tiré de l’Ecriture, mais on luy a repliqué, et je conjecture de ce que je lis dans la lettre de Mr Claude à Mr Ancillon, que cette replique est de Mr Nicole, un des plus forts esprits du siecle [27]. Plusieurs personnes ont sollicité Mr Claude de rentrer en lice, et Mr Le Moine m’a dit qu’ay[an]t leu le dernier in 4° de Mr Arnaud [28], il avoit eté trouver Mr Claude pour lui dire que jamais le Port Royal ne lui avoit donné si beau lieu de leur en donner jusqu’aux gardes*, et qu’il ne devoit pas negliger une si belle occasion ; Mr Claude se proposa de faire l’histoire du demelé et de remarquer tous les changes* q[ue] ses adversaires avoient pris, et tous les faux fuyans où ils s’etoient jettez pour changer le veritable etat de la question, en quoi faisant il eut donné une recapitulation fort instructive de tout ce qui est repandu dans les ouvrages de l’un et de l’autre party. On dit que le plan de sa reponse est tout dressé et qu’il ne faut que du loisir pour le remplir, mais je doutte qu’il y travaille jamais, car ce seroit revenir de bien loin et son livre n’auroit plus / la grace de la nouveauté, et outre cela il s’attache tout entier à la version de la Bible [29], a quelquefois des accez de goutte, toutes les affaires du consistoire et plusieurs autres sur les bras etc[.] Les adversaires ne demanderoient pas mieux que d’etre refutez de sa main, Un nommé Gatineau pretre ayant fait imprimer des Lettres de controverse où il donne beaucoup d’encens à Mr Claude, et repond a quelques endroits de son apologie pour notre Reformation [30] esperoit que Mr Claude luy repliqueroit et dans cette veüe il pria une dame de l’aller voir et de lui presenter un exemplaire de son livre. La dame fut trouver Mr Claude en carrosse et luy presenta ce livre. La reponse qu’elle en eut alloit à cecy qu’il y avoit grand apparence* q[ue] Mr Claude n’auroit pas seulem[en]t le loisir de le lire.

Le sermon de Mr Le Sueur ministre de Sedan prononcé un jour de jeune, dont vous me parlez, m’est inconnu. Je crains qu’il n’y ait equivoque dans le nom, et seurement il faut dire de Mr Le Vasseur qui a eté ministre de Sedan et professeur en theologie avant Mr Jurieu [31]. Il est mort assez jeune. Il avoit d’assez beaus dons et eut peu aller bien loin si la confiance qu’il avoit en son esprit et la facilité qu’il trouvoit en toutes choses ne l’eussent rendu negligent à etudier. Vous verrez ailleurs le nombre de nos prof[esseurs] et past[eurs.] Je n’ay rien à ajouter à l’eclaircissement sur le conseil des moderateurs et academique, et vous en trouverez assez dans le lieu où je vous ay eclairci cela pour repondre à tout ce qui est contenu dans votre 7. et 8. pages [32].

Mr Conrart n’etoit plus secretaire de l’Academie quand il mourut. Ses longues et frequentes indispositions avoient obligé cet illustre corps à le decharger de cet employ, qu’on a donné à Mr de Mezeray grand et fameux historiografe [33][.]

Tout ce que vous me dites des affaires domestiques me trouve extremement sensible*. Comme il n’est point de plus grand mal que d’avoir à craindre la persecution des creanciers, je serois fort d’avis de leur faire transport* de ce que les autres vous doivent, car c’est vous epargner la peine de vous faire payer qui n’est pas peu de chose, et vous liberer en meme tems de leurs importunitez. Je ne sai si les cances* reussiront à Icart comme ils font à Montauban [34], je le souhaitte à tout le moins. Expliquez moi ce que vous appellez un brassier [35]*. Je voudrois etre en etat de contribuer à la pension du cadet / et aux autres necessitez qui chagrinent n[otre] t[res] h[onoré] p[ere] mais il faut attendre ce que la paix apportera d’ameliorations à cette acad[emie.] J’ay senti un plaisir extreme en lisant la description de la maison et de votre cabinet en particulier, je me suis veu entrainer à la passio[n] de grossir les objets comme si par là j’eusse peu donner plus d’etendue à votre bonne fortune et à la mienne, et mon imagination m’a fait enfin concevoir tout cela comme un petit palais enchanté. Comme je conserve des sentimens fort tendres pour toutes les personnes de la parenté, vous m’obligez extremement de me parler de chacune. Je fais mille vœux au ciel pour la prosperité de tous en general et de chacun en particulier, avec plus ou moins d’ardeur selon qu’ils nous touchent de plus pres ou par la nature ou par l’amitié jointe aux liens du sang. Je regrette le bon Mr Hubert [36] et la nouvelle de sa mort m’a jetté dans de terribles inquietudes par la raison qu’il etoit né la meme année que m[on] p[ere] tum tua res agitur paries cum proximus ardet [37]. J’ay un plaisir extreme du bon etat de l’excellent Mr Rivalz [38]. Faites lui bien des assurances de respect, d’amitié, et d’obeissance de ma part je vous en conjure. J’approuve extremement votre gout sur le chapitre du mariage. Un ministre devroit avoir toujours une femme de merite qui eut de l’education et de la pieté, et de l’esprit sans attachement aux plaisirs du monde, et je vous conseille fort d’en choisir incessamment quelqu’une qui ait au moins un peu de tout cela. Pour moi je ne songe point au mariage, et quand je n’aurois point la grande raison que je ne suis icy qu’autant que je n’y serai point connu [39] je ne sai si un certain fonds de paresse, et un trop grand amour du repos et d’une vie exempte de soins, et qu’on peut donner toute à l’etude, et une humeur un peu portée au chagrin ne me feroit pas preferer l’etat de garson à celui d’homme marié. Ainsi je m’en remets fort à vos soins de perpetuer la famille, et ce vous doit etre un nouveau motif d’y travailler promptement.

Je suis dans une pension dont j’ay grand sujet de me loüer. J’y suis fort choyé et fort consideré. Mr et Mad[am]e Neveux sont de tres bonnes gens, Mr Trouillart le prof[esseur] est frere de la femme [40], ils sont assez vieux l’un et l’autre, le mary assez infirme, mais la femme agit beaucoup. Ils ont 4 filles sans aucun garson. L’ainée est une des plus accomplies personnes qu’on puisse voir, d’un esprit fort solide, fort delicat et fort eclairé. Elle parle tres juste et connoit la finesse de notre langue. Elle est parfaitement instruite des matieres de / la religion, elle a un fonds de pieté et de devotion, d’humilité et de sagesse qui ne se peut assez loüer. Son attachement pour Mr Jurieu est extreme, enfin elle a toutes les bonnes qualitez d’une fille veritablem[en]t chretienne. Elle a un peu plus de 30 ans et ne pretend point se marier. Ses cadettes ne manquent point d’esprit aussi. La migraine m’a epargné considerablement ces 4 mois derniers. Je ne croi pas que l’etude en soit la veritable cause parce que je ne m’applique pas beaucoup à ce que je lis, je ne saurois mediter la moindre chose ; je ne sai jamais quand je commence une composition ce que je dirai dans la seconde periode, ainsi je ne me fatigue pas beaucoup l’esprit, et tout cela procede de ce fonds de paresse dont je vous ay parlé, car il est penible de ranger dans sa tete un plan bien suivy, de se faire des summa capita [41] et des analyses de tout ce qu’on a à lire ou à composer ; ceux qui le peuvent faire font bien, je les en estime heureux, et sans cela je ne voi pas qu’on puisse aller plus loin, on attrape à la verité quelque chose en lisant mais cela ne peut pas former ce qu’on appelle un homme profond, aussi pressens je bien que quand meme je pourrois rencontrer dans la suitte quelque employ à grand loisir, je ne le deviendrois jamais. Je lirois beaucoup[,] je retiendrois diverses choses vago more [42], et puis c’est tout. J’ay deja repondu à la proposition de reprendre l’etude de la theologie, je ne dirai donc icy sinon que je m’en vay y repenser tout de bon quelque peu d’apparence que je voye d’abord à m’y bien pousser [43].

Je me souviens d’avoir veu à la fin du N[ouveau] T[estament] latin de Junius et Tremellius [44] un manuscrit du savant Phinees de Lupé, autrem[en]t Mr Du Tillac [45]. C’eut eté une bonne nouvelle p[ou]r Mr de Graverolles lors qu’il composa son joly petit traitté De religionum conciliatoribus [46]. Il n’eut pas manqué de ranger Mr Du Tillac parmi ses faiseurs de reunions, comme il a fait feu Mr de Jaussaud pere du conseiller, dont il dit avoir veu le manuscrit qui refute Mr de La Miletiere à la verité, mais qui propose pourtant de voyes d’accommodement [47]. Il parle aussi d’un certain Hillarius de Jauviac qui se presenta à un synode où presidoit Mr Chamier. Il dit q[ue] c’etoit le synode de la province* des Helviens, Helviorum provincia. Je croy que c’est la votre mais je ne sai pourquoi on l’appelleroit ainsi [48]. /

La raison qui a empeché Mr Jurieu de faire imprimer le reste de sa reponse à Mr Arnaud, est qu’il avoit baty sur les hypotheses qui ont tant choqué de personnes quand elles ont paru dans la petite lettre imprimée [49]. Je vous ay deja dit q[ue] la suitte de la reponse regardoit l’efficace des sacremens. Mr Jurieu l’etablissoit sur le pie[d] de sa lettre imprimée et s’y etendoit bien davantage, car cela pourroit faire un in 12° de la grosseur des lettres contre Mr Louys Du Moulin ; pour ne choquer personne il faudroit adoucir la chose or cela ne se peut qu’en refondant l’ouvrage tout de nouveau ce qui demanderoit plus de tems qu’il n’y en peut donner. Il a fait un beau traitté touchant l’Eglise sous l’etat de la nature, et un autre de l’etat de l’Eglise sous la loy [50], dans lequel il dit de choses fort nouvelles et tres approfondies, il a dessein de poursuivre de l’etat de l’Eglise sous l’Evangile [51] ce qui sera un champ immense, car il n’y va pas de moins que de raporter les dogmes evangeliques et les diverses manieres dont ils ont eté combatus ou par les heretiques ou par les mecreans, ce qui est la mer à boire [à] moins qu’on ne trouve de voyes abregées et de moyens tout nouveaux de traitter cela. Je [cr]oyois vous envoyer une lettre qu’il ecrivit à Mr Ancillon au sujet de celle de Mr Claude [52], mais il m’a dit qu’il n’en avoit point gardé de copie ; elle est bien digne de votre curiosité[.] Il a envoyé ses 8 sermons sur l’Eucharistie en Hollande pour les y faire imprimer [53]. Je vous en promets un exemplaire dés qu’il y en aura, comme aussi de l’edition amplifiée et corrigée du Traitté de la devotion, que Lucas nous fait attendre bien long tems [54].

La famille de Mr Jurieu est originaire du pays de Forez, elle y a eté considerable par des charges et par la possession de plusieurs belles terres, et entre autres d’une qui porte le nom de Jurieu assez pres de la ville de Feurs [55]. Il y avoit une substitution* ouverte en faveur du grand pere de Mr Jurieu ministre de Chatillon sur Loin pour la terre de Jurieu [56] mais le peu d’attachem[en]t qu’il avoit au bien du monde luy en fit negliger la poursuitte. Il laissa un fils et 2 filles. Le fils fut ministre à Mer [57] et epousa une fille de Mr Du Moulin, duquel mariage est sorti Mr Jurieu d’à present et 2 filles  ; des 2 tantes de Mr Jurieu il y en eut une qui epousa un gentilho[mm]e ecossois nommé Mr Ebron neveu d’un fameux colonel de / ce nom qui fut tué au siege de Saverne [58]. Je ne sai rien de l’autre, et je croi qu’elle n’a laissé aucune posterité non plus que madame Ebron. Mr Jurieu avoit un ainé de grande esperance qui mourut à l’age de 12 ans. L’une de ses sœurs est morte fille, et l’autre qui etoit son ainée a eté mariée à un ministre de Bretagne nommé Mr Barbier frere d’un ministre de Poitiers qui portoit le meme nom [59]. Les enfans en sont morts et elle aussi si bien que Mr Jurieu n’a point d’autres parens que dans la famille de sa femme qui est damoiselle Helene Du Moulin fille de Cyrus Du Moulin ministre de Chateaudun ; or comme ils n’ont point d’enfans, leur bien regarde ceux que Mad le Suzon Du Moulin pourra avoir un jour. Mademoiselle Du Moulin leur mere veuve de Cyrus est de la maison de Marbais tres illustre et tres ancienne dans la Flandre dont il y eut un qui vint s’etablir du coté de la Loire à cause de la Religion*.

Mr Louys Du Moulin a repondu à Mr Jurieu avec beaucoup d’aigreur [60], son livre n’est pas encore icy, et on n’a pas dessein d’y repliquer la moindre chose, car ce seroit peine perdue, il ne fait q[ue] rebattre ce qu’il a dit cent et cent fois. Je vous envoye par la poste une lettre où Mr Jurieu vous parlera sans doutte de Mr Isarn, et vous remerciera de la reponse à son memoire p[ou]r l’academie de Puyl[aurens] q[ui] est assurem[en]t fort nette [61]. De peur de l’oublier je vous dis icy que Mad le Marie Du Moulin [62] [n]o[n] seulement est celle qui assista Mr Rivet dans sa derniere maladie, mais aussi celle qui a composé les dernieres heures de ce grand homme [63][.] J’ay un plaisir extreme de vous voir touché de la meme passion que moy de connoitre jusques aux moindres particularitez des grands ho[mm]es ; le mal qu’il y a c’est que peu de gens l’ont, ce qui les rend incapables de nous bien contenter. J’ay l’ouvrage de Beze sur nos reformateurs [64], mais je n’ay jamais eu l’ Athenæ batavæ de Meursius [65], ni la Bibliotheque espagnole de Schottus, de Lucius Marineus, et Alfonze Garcias [66], ni la Belgique d’ Eysengrenius et de Valerius [67], ni L’Italia regnante de Leti [68] où il parle de toutes les Academies d’Italie, des savans q[ui] y fleurissent et de leurs ouvrages, ni plusieurs autres de cette nature. Mr Du Cange dans son Glossarium dont je vous ay deja entretenu [69], donne un catalogue d’environ 5 000 autheurs de la basse latinité, avec la nation, la profession et le siecle d’un chacun, et le lieu où il a eté imprimé. Vous ne devez pas etre faché d’avoir le livre du P[ere] Jacob [70] car il est assez curieux, et au reste il ne faut pas s’etonner qu’il ait eu de mechans / memoires car cela e[st] presques inevitable dans ce genre de compositions.

Voicy dequoi vous satisfaire sur la genealogie de Mr Du Moulin[.] Mad le Marie l’a fit dresser en faveur d’un frere qu’elle a du 2. lit etabli en Bretagne, sur intendant de tous les biens de madame de Rohan, qui fut cité par les commissaires de la recherche des faux nobles, sur ce qu’il prennoit la qualité d’ecuyer. On employa pour cet effect un vieux ministre de Senlis nommé Mr de Montigny [71] tres versé dans la connoissance des familles, dans les chartres, registres de la Chambre des comptes et autres documens publics, et on prit des certificats de Mr de Turenne [72], et de Mrs les ducs de La Force et de S[ain]t Simon signez de leur main, • contresignez par leurs secretaires, et sceellez du cachet de leurs armes, par lesquels certificats ces seigneurs rendent temoignage q[ue] Mr de Montigny est un gentilhom[m]e d’honneur, de probité et de bonne foy, et d’une grande intelligence des genealogies, en particulier Mr le duc de S[ain]t Simon tombe d’accord de ce q[ue] Mr de Montigny avance du mariage d’un Du Moulin avec une dame de la maison de S[ain]t Simon [73]. Ces precautions n’etoient pas mal entendues, car on sait qu’un genealogiste de mauvaise foy fait descendre les gens de qui bon lui semble, de quocunque voles proavum tibi sumito librum [74], dit un homme de cette sorte à un autre qui vouloit passer pour etre de noble extraction dans la 8. Satyre de Juvenal. L’autheur de cette genealogie prend pour ses titres Maurice de Loberan de Montigny, seigneur d’Ablon, de Mons sur Seine et autres lieux. Il a fait un livre assez curieux des Grandeurs de la maison de France in 4° [75][.]

Pour revenir à la famille de Du Moulin, le p[remi]er qui paroit dans les tables genealogiques est un nommé Huë s[ieu]r Du Moulin qui servoit le Roy en homme d’armes l’an 1339 et 1340. Apres quelques generations vient Denys Du Moulin chevallier seigneur chatellain de Fontenay en Brie et autres lieux, m[ait]re des req[uet]es de l’hotel du Roy, conseiller et ministre d’Etat, puis sa femme estant morte, chanoine de Vienne, archevesque de Toulouse en 1421, evesque de Paris en 1439[,] patriarche d’Antioche et enfin cardinal créé par le pape Felix 5 en 1440[.] Il mourut le 15 sept[embre] 1447 et git au chœur de l’eglize N[ot]re Dame de Paris à coté droit du grand autel. Sa femme s’appelloit Marie de Courte / nay, fille de Pierre de Courtenay prince du sang royal de France. Entre les autheurs qui ont fait mention de ce Denys, Mr de Montigny cite Nicolas Bertrand en son histoire de Toulouse [76] et Mr Catel conseiller au parlement de • ce nom en son Histoire de Languedoc [77]. Il y a eu aussi un Pierre Du Moulin vice chancelier du Languedoc, archevesque de Thoulouse en 1439 mort le 3 octobre 1451 qui • git à S[ain]t Etienne de Toulouse derriere le grand autel. Un Jean Du Moulin chevalier s[ei]g[neu]r de Fontenay etc rendit hommage au Roy de toutes ses terres es années 1449[,] 1451 et 1452 et eut pour femme Margueritte de S[ain]t Simon fille de Gaucher, chevalier s[ieu]r de S[ain]t Simon, de Rosse etc plenipotentiaire au traitté d’Arras en 1440[,] lequel Gaucher avoit pour bisayeuls Mathias sire de Rouvroy gouverneur de l’Isle en Flandre, et Margueritte de Vermandois dame de S[ain]t Simon princesse du sang royal de France. Ce Jean Du Moulin laissa plusieurs enfans entre autres Pierre Du Moulin qui eut pour son partage la terre de Lormegrigny, qui est un fief dependant de Viry sur Seine entre Corbeil et Savigny. Il passa la pluspart de sa vie aux guerres d’Angleterre et d’Ecosse et y mourut ; il y avoit pris femme dans la maison de La Souche d’ancienne chevallerie en Angleterre et en Ecosse alliée aux Stuarts (remarquez en passant la raison pourquoi Mr Du Moulin le chanoine de Cantorbery a pris le titre de Lormegrigny dans la reponse à un des chapitres de La Politique de France, co[mm]e il paroit par la lettre latine qu’il a fait imprimer [78] afin qu’on ne le confondit pas desormais avec son frere Louys, et de laquelle je vous ay envoyé une copie il y a deja long tems [79].) Le dit Pierre Du Moulin eut p[ou]r fils P… Du Moulin ecuyer s[ieu]r de Lormegrigny exemt des gardes du corps du Roy de la compagnie ecossoise, s’allia au pays orleannois dans la famille des Galmets. Il eut pour fils Joachim Du Moulin, et celui cy un autre Joachim [80] qui fut desherité par sa mere d’une maison d’ancienne chevallerie nommée de Houville, en haine de la religion reformée qu’il embrassa. Il fut ministre à Orleans et c’est le pere du celebre Pierre Du Moulin cons[eill]er du roy Henry le grand et m[ait]re des requetes de son hotel, maison et couronne de Navarre, puis ministre de S[on] A[ltesse] R[oyale] Madame sœur unique / du Roy, en suitte de l’Eglise de Paris, et finalement professeur en theologie à Sedan dés apres le synode national d’Alez dont il avoit eté moderateur. Il n’avoit que 4 ans lors des massacres de l’a[n] 1572, et fut sauvé avec 3 de ses freres par une servante papist[e] qui les mit dans une may*. Vous avez peu voir dans ma precedente [81]* une bonne partie de sa posterité, ainsi il ne me reste • à vous dire sinon que Marie de Collignon sa p[remi]ere femme etoit fille de Nicolas, ecuy[er] s[ieu]r de Chalette intendant de la maison de Lorraine, dont il eut 4 fils et 2 filles. Les fils sont Pierre [82] ministre de la parole de Dieu, chanoine de Cantorbery, qui s’est marié avec une Angloise nommée Anne de Clavier, dont il n’a point d’enfans ; Louys docteur en medecine marié aussi avec une Angloise dont il a des enfans entre autres un qui est capitaine d’infanterie et ingenieur de Mr l’Electeur de Brandebourg et qui est en garnison à Wesel, Cyrus ministre de Chateaudun qui[,] de Marie de Marbais • fille d[e] Nicolas, ecuyer puiné d’une maison illustre en Brabant[,] a eu Pierre Du Moulin mort en Hollande designé gouverneur de Surina[m,] [83] mad le Jurieu d’aujourdhuy, et mad le Suzon Du Moulin sa cadette ; et Theophile Du Moulin mort dans le service du Roy en Italie ; les 2 filles sont Esther Du Moulin femme de feu Mr Jurieu et l’illustre mad le Marie Du Moulin qui n’a jamais voulu se marier quoi que sa beauté, son bien et son merité luy ayent procuré de considerables postulans. Mr Du Moulin se maria en secondes nopces avec Sara de Gelhay [84], fille d’un gentilho[mm]e qui a eté commandant dans Epernay, laquelle etoit fort belle, mais d’un esprit mediocre[.] Il en a eu 2 fils et une fille, asavoir Henry Du Moulin [85] qui a eté ministre au Havre de Grace et a eu de grands demelez avec son collegue nommé Mr Bespier [86] natif d’icy fils d’un Gascon qui s’y etoit etabli sous Mr le duc de Bouillon pere de Mr de Turenne. Ledit Mr Bespier est mort depuis peu et etoit fort savant et sur tout dan[s] les langues orientalles et plusieurs autres ; il l’a fait paroitre dans la traduction qu’il nous a donnée de L’Etat de l’empire ottoman compos[é] par un Anglois nommé Mr Ricaut, livre qui avoit deja eté traduit par Mr Briot, et par les notes dont il l’a accompagnée [87]. A present le dit Henry Du Moulin est ministre à Middelbourg où il a pris femme. So[n] frere Daniel Du Moulin [88] a la sur intendance des biens de madame / de Rohan, à quoi il s’est fort accommodé. Leur sœur est mariée icy avec Mr de Chadirac [89] qui a eté à Mr de Schomberg en Portugal, et a eté depuis ecuyer d’academie [90] en cette ville, mais la guerre ayant empeché les etrangers d’y venir faire leurs exercices, il a eté contraint de quitter cet employ, il a une compagnie d’infanterie. Son pere etoit un fort habile homme natif de Turenne en Limosin qui avoit eté secretaire de Mr de Bouillon le fameux Henry de La Tour marechal de France, et employé par lui dans ses conseils. Pour les freres et sœurs de Mr Du Moulin[,] je trouve Joachim et Eleazar morts dans le service, Daniel Du Moulin s[ieu]r d’Ancerville, et Jean Du Moulin s[ieu]r de Chatillon en Brie du quel je vous ay assez parlé, c’est à vo[us] en examinant les lettres de feu Mr n[otre] oncle à determiner lequel d’eux tous a eu liaison avec lui. Pour les sœurs je trouve Esther femme de René Bochart s[ieu]r du Mesnillet, • dont elle eut le celebre Samuel Bochart. Marie mariée p[remieremen]t avec Antoine Des Guyots capitaine de cavallerie au service de Mrs les Etats[,] 2° avec Mr Rivet. Suzanne Du Moulin damoiselle de Huval et Camille Du Moulin dame d’Origny en Champagne. Les branches ainées de celle du s[ei]g[neu]r de Lormegrigny que j’ay seulem[en]t poursuivie ont produit q[uan]tité de gens tres avantageusem[en]t alliez, et entre autres Charles Du Moulin grand jurisconsulte [91].

Ce que vous me dites du frere de Mr Charles, de Mr de La Quere et de Mr de Bonrepos [92], m’a extraordinairem[en]t satisfait. On craint q[ue] le dernier ne succombe à la tenta[ti]on q[ue] Mr de Seignelay lui livre p[ou]r changer de religion [93]. Ce ministre devient bigot à veuë d’œil depuis la mort de sa femme qui etoit l’heritiere de la maison d’Alegre, et q[ui] est morte dans une tres grande jeunesse [94]. Ditez moi si Mr de Realville qui est dans les affaires à Lyon est fils de Mr Dalliez [95] comme on me l’a dit, on m’a dit aussi qu’il est encore de la Religion, quoi que son frere qui a acheté une charge de payeur des gages des officiers de la maison du Roy le sollicite d’etre son imitateur.

Je sai dés avant le tems que je partisse de Geneve qu’on avoit donné une partie de ce qui restoit des œuvres de Palavicin [96] et qu’on promettoit le reste mais comme je n’ay rien leu de tout cela, je ne sai où la chose est demeurée, ni jusqu’où elle a eté poussée. /

Vous m’apprennez que Mr Garrisson vous a achetté une metairie, et ailleurs qu’à cause de la substitution il ne vous est pas libre d’aliener quelque chose, je vous prie d’accorder ces 2 choses [97]. Ce que vous me dites de Mr de Villeneuve mestre de camp de cavalerie, qu’il e[st] du Bas Languedoc, me fait vous demander si le Roüergue (dont n[ot]re c[ousin] m’a ecrit q[ue] Mr de Villeneuve est natif) est compris sous le gouvernem[en]t du Languedoc, ou bien • sous celui de Guyenne [98]. Or comme je sai q[ue] Mad[am]e de Bioule est de la maison de S[ain]t Chamont, qui a un beau chateau à Picocos proche de Mont[auban] je vous prie de me dire si la dite maison de S[ain]t Chamont ou de Miolans a eu son p[remi]er etablissem[en]t à Picocos, ou si elle y est venue du Lyonnois, et quelles personnes il y a à p[rese]nt dans cette famille illustre. Vous voyez que l’occasion de cette remarque est ce que vous m’avez appris q[ue] Mr de Villeneuve a herité d’une partie des biens de Mr de Bioule [99].

L’ouvrage de Mr de Rocolles [100] est tres peu de chose. Le catalogue des savans qu’il y avoit fourré etoit si peu judicieux, qu’il l’a oté dans l’edition suivante. Il y avoit cent petits autheurs de bale* qui tenoient la place de plusieurs autres fameux ecrivains dont il ne disoit pas un mot. Outre qu’il • etait fort court et peu instructif. J’ay connu ce personnage à Geneve comme je me souviens de vous l’avoir ecrit [101], il y vint abjurer la rel[igion] romaine et apres y avoir demeuré quelque tems, il passa en Allemagne à la cour de Brandebourg, où il se maria, car il en avoit furieusement envie, quelques années apres il s’en alla à Leyde en piteux equippage et y fut regalé[,] à ce que nous dit la gazette, du titre de professeur honoraire en droit canonique [102], ce qui ne luy donnant pas à manger, il retourna en France et laissa sa femme à Leyde dans la derniere gueuserie*. Le marquis de Gamaches des enfans duquel il avoit eté gouverneur (c’est un grand s[ei]g[neu]r de Picardie cordon bleu) l’ayant trouvé l’obligea à abjurer n[ot]re croyance. Depuis cela il a veu quelques ministres entre autres Mr Basnage qu’il avoit connu à Geneve, et leur a temoigné un regret sensible de la necessité où il s’etoit veu de retourner dans le bourbier, les priant de l’ayder à s’en tirer. J’ay appris qu’il est passé depuis quelque mois en • Angleterre pour y etre secretaire de l’ambassadeur de Suede. Il est d’une assez bonne famille de Bezïers. Il a quelque lecture, mais au reste peu de chose. J’avois veu la p[remi]ere edition de son Introduction à l’histoire [103] ches Mr Rivals 2 vol[umes] in 12, qui / me servit fort pour me faire considerer de luy.

Le dessein que vous avez d’avoir les portraits des hommes illustres reliez en plusieurs volumes me paroit tres beau et tres instructif [104]. Mr l’abbé de Marolles a eté l’homme du monde le plus curieux à ramasser les belles estampes. Il en donna un Catalogue en 1666 qui fut imprimé ches Leonard, et qui en contenoit plus de six vint mille choisies et de grand prix [105]. C’etoit pour en composer plus de 300 grands volumes. Le Roy les fit acheter et les fit mettre à la bibliotheque royale, et gratifia l’abbé de 30 m[ille] livres pour son dedommagement, ce qui n’etoit pas neantmoins la juste valeur de ces pieces. Je voudrois que le meme abbé fit imprimer l’histoire tres ample qu’il a faitte des peintres, sculpteurs, graveurs, architectes, ingenieurs, maitres ecrivains, orfevres, menuisiers, brodeurs, jardiniers et autres artisans industrieux où il e[st] fait mention de plus de 10 m[ille] personnes[.] Vous aurez de la peine à trouver un correspondant de votre gout à Paris. Le s[ieu]r Bardon [106] ne seroit pas votre fait, j’ay voulu avoir commerce avec lui croyant en tirer les nouvelles de la rep[ublique] des • lettres, mais dans 4 ou 5 lettres que j’en ay receües [107], il n’y a pas eu un seul mot de choses curieuses, soit qu’il n’ait pas le loisir de s’en informer, ou que l’attachement aux mathematiques lui ote le gout des autres disciplines. Je me suis tourné de tous cotez pour avoir des nouvelles de Paris, tant des livres, que des conferences des savans, tout cela a eté en vain. Mr Duncan [108] qui s’en etoit fait de fete* tout le p[remi]er se lassa dés la 2e lettre, outre que ce qu’il m’ecrivoit n’etoit que des reflexions et des raisonnemens, au lieu que je lui demandois les faits memes c’est à dire les livres qui s’imprimoient, le sujet, la qualité et la reputation de l’ouvrage et de son autheur et choses semblables, je voulois lui faire donner franches les lettres que je lui aurois • repondues quand il m’eut fait connoitre que le payement du port l’incommodoit, et je le lui ecrivis d’une maniere à ne point gendarmer* sa delicatesse* ; je n’ay plus ouy parler de luy. Il m’en est arrivé autant à l’egard de plusieurs autres tentatives semblables, si bien que j’ay pris le parti de n’esperer plus rien de ce coté là. Au fonds il y a peu de gens qui soient capables de ramasser avec jugement et sans oublier les circonstances essentielles, les nouvelles dont nous sommes curieux vous et moy, et ceux qui en sont capables ne veulent pas se donner / la peine d’en composer des lettres, ou n’en ont pas le loisir. C’est une occupation qui prend presque tout le temps d’un homme, si bien que ceux qui y seroient propres, gagneroient fort bien une assez grosse pension si quelque curieux provincial la leur faisoit. Mr Basnage a l’esprit justement tourné comme je le voudrois à un correspondant, mais par malheur pour moi il a des malades à voir, des preches à faire, des visites à recevoir et à rendre, des affaires de consistoire et mille autres embarras inseparables de sa profession. J’ay demandé à plus de 5 ou 6 Parisiens qui etoit Mr de Vizé, de quel pays, de quel age, de quelle profession, si la dame à qui il ecrit n’est pas une supposition po[ur] avoir lieu de donner l’air de lettre à son Mercure, personne ne sait cela [109], on me promet de s’en informer et je n’en entens plus rien dire. Heureux ceux qui peuvent puiser dans la source, et malheur aux provinciaux qui n’ont pas le moyen d’avoir un bon et savant facteur* pour le commerce de leur curiosité. Je vous suis infinim[en]t obligé du catalogue de la bibliotheque de feu Mr B. et accepte tres volontiers vos offres pour ce qui n’y a pas eté mis [110]. Madame de La Ferté est sœur de madame d’Olonne, et a voulu se montrer digne sœur d’une telle Lucrece, en se prostituant au jeune comte de S[ain]t Paul. L’enfant a eté naturalisé sans qu’on ait fait mention de la mere, mais il n’en e[st] pas moins de notorieté publique que la mere est lad[i]te marechale [111]. Le pere de ces 2 impudiques sœurs mais belles et engageantes s’appelloit Mr de La Loupe marquis d’Angennes dans le pays du Maine. C’est la 2e femme du mar[quis] de La Ferté dont il a plusieurs enfans, l’ainé a eté receu en survivance* de la qualité de duc et pair et du gouvernem[en]t du pays messin, et s’est deja montré digne à la tete de son regiment de l’extraordinaire valeur de son pere, il a epousé Mad le de Toucy fille du marechal de La Mothe Houdancourt, depuis 2 ans [112]. Ce qui etonne le plus le monde c’est la patience du marechal qui tout vieux qu’il est et cu de jatte* est le plus emporté de tous les hommes[.] On admire qu’il n’ait pas fait donner cent coups de poignard à sa femme depuis cette noire infidelité. Je vous remercie de ce q[ue] vous m’apprennez de Mrs Esprit . Il n’y en avoit qu’un qui ait eté de l’Acad[emie] francoise, lequel est mort ces mois passez à Beziers où il s’etoit retiré depuis long tems. On croit q[ue] Mr l’abbé Colbert luy succedera. Il avoit un frere qui est p[remi]er medecin de Monsieur, outre celui qu’on appelle l’abbé Esprit [113].

J’ay parlé à Mr Jurieu de votre difficulté sur le bapteme par immersion[.] Il me dit en general qu’il ne faloit pas plus de tems pour cette ceremonie que / pour communier les fidelles, et que dans 2 ou 3 heures on donne la communion à plus de 2 ou 3 mille p[e]r[sonn]es ; qu’on en pouvoit baptizer plusieurs à la fois faisant une meme priere et une meme prononciation des paroles essentielles sur la multitude qui etoit dans l’eau[,] que les femmes se pouvoient preparer hors de la veuë des baptizans et entrer dans l’eau voilées d’un linceul, et la ceremonie faitte prendre les habits qu’il faloit sans que les hommes y assistassent mais co[mm]e c’est un point bien curieux je tacheray de le lui faire approfondir, et vous en communiquerai les eclaircissem[en]s.

Je ne croi pas qu’il faille faire grand cas des preuves de feu Mr Hobbes pour la divinité de l’Ecriture, car c’etoit un homme sans religion. Il a fait un traitté De cive [114], où il parle bien cavalierement de cette matiere, insinuant que l’honnete et le deshonnete n’est fondé que sur l’opinion des hommes, et qu’en fait de religion il faut obeir au souverain du pays où l’on se trouve, aussi bien qu’à ses loix politiques, de sorte qu’il fait de cela une chose qui depend uniquem[en]t du p[rin]ce[.] Son Leviathan [115] est rempli de mille impietez, comme que Dieu est corporel[,] q[ue l’am]e de l’homme l’est aussi [116] et qu’elle meurt avec le corps pour etre ressuscitée au jour de jugement, et pour vivre in æternum lors que Dieu l’a receuë en grace, mais pour etre annihilée avec le corps qui plutot qui plus tard, lors que Dieu l’a reprouvée et qu’il a dessein de la chatier selon ses demerites plus ou moins long tems selon q[ue] ses fautes sont plus ou moins grieves. Et cette annihila[ti]on sera selon lui cette mort seconde dont parle l’Ecriture, autrement il ne voit pas qu’il y ait pour les damnez une mort seconde s’il est vrai qu’ils doivent vivre eternellement. Objection qu’il est tres facile de refuter.

Je voudrois avoir un homme à ma poste* que je peusse consulter avec autant de fruict que vous le pouvez Mr de Sarraute [117]. Il n’y a qu’à luy demander des eclaircissemens par ecrit et le prier de vo[us re]pondre par ecrit aussi. C’est ainsi qu’on en use meme quand on est d’[u]ne meme ville et qu’on ne peut pas se voir commodem[en]t. Assurement Mr de S[ain]te Marthe s’est trompé prenant S[ain]t Clement p[ou]r Clermont [118]. Ajoutez s’il vous plait à l’exacte reponse q[ue] vous avez faitte, où demeure[nt] Mr de Rochechoüart et Mr de Faudoas [119] ; qu’est devenu le frere du feu marquis de Rabat, et dans quelle maison il s’etoit allié, si c’est un fils du baron de Rabat marié à une sœur de Mr de Leran, qui / a herité du marquis son oncle, s’il a des freres et des sœurs. Il me souvient d’avoir veu à Daumezan la veuve du baron qui avoit des enfans, et à propos de cela dites moi qu’est devenu le frere de Mr de Leran q[ui] s’etoit revolté*, que sont devenues ses sœurs, comment il fait elever ses enfans , • de quelle maison etoit sa mere etc [120][.]

Vous me parlez d’une dissertation de Mr Bochart qui peut debrouiller l’etymologie du nom de Gaule, apprennez moi si ce n’est pas une disserta[ti]on sur le livre de Gosselin, q[ue] Mr Bochart avoit faitte à la priere de feu Mr de Brieux à qui aussi elle s’addresse [121]. On doutoit l’autre jour ches Mr Jurieu si elle a eté jamais imprimée, mon avis etoit qu’ouy, mais je n’en ay pas une certitude entiere, tirez moi de ce doute si vous pouvez. L’autheur • d’ Athenes et de Lacedemone anciennes et nouvelles s’appelle Guillet, mais il fait ses relations comme si c’etoit son frere nommé La Guilletiere qui voyage en ce pays là [122]. Il a paru depuis peu un voyage de Grece, dont on fait grand cas. L’autheur se nomme Mr Spon [123], medecin de Lyon, qui a une grande literature* et beaucoup d’esprit. Il a dit plusieurs choses contre les relations de La Gui[l]letiere d’un air malin et avec des louanges empoisonnées, mais Mr Guillet luy repond dans la 4e edition de son Athenes qui paroitra bien tot [124]. C’est un Auvergnat qui [a de la science et de] l’esprit infiniment et qui tiendra bien tete à Mr Spon. Il joindra bien tot les plaisirs du gentilho[mm]e, aux arts de l’ho[mm]e d’epée qu’il nous a donnez dans le Dictionnaire dont je vous ay entretenu [125].

Mrs de Geneve se sont determinez à faire imprimer leur Bible sans avoir egard au travail de Mrs de Charenton qui n’a pas encore passé le Pentatheuque [126], de sorte que la presse roule* dessus, ils • n’ont pas voulu laisser echapper la belle disposition où se trouvoit un bon marchand de leur ville nommé Mr Facio [127], d’avancer 15 m[ille] livres pour les frais de l’impression. Mr Larriviere me repondit que Mr Fremont lui avoit asseuré qu’effectivem[en]t Cleanthe etoit Mr Barbier Daucour avocat de ses amis [128] ; il ne me fit point de reponse sur l’ autheur du Dictionnaire des rimes [129], et je n’en ay oui rien dire depuis, non plus que des Pseaumes de Mr Conrart [130][.]

Le s[ieu]r Borel dont vous m’apprennez la mort en le traittant [de sava]nt ne fait point de mention du roman de Geofroy à la grand dent sieur de Melusine [131], je ne sai comment il est echappé à sa diligence. Il s’est fort mal acquitté de la vie de Mr Des Cartes [132], elle est du dernier pitoyable, mais ses Centuries [133] sont bonnes. Celles que j’ay veües sont au nombre de 5 c’est à dire les 2 que vous avez veues et 3 qu’il y ajouta dep[ui]s[.] Il y a joint quelques observations d’un medecin de ses amis nommé Mr / Cattier [134] si je ne me trompe, et quelques memoires po[ur] faire la vie de Mr Des Cartes, lesquels il intitule mal à propos, La Vie de Mr Descartes. Quand on fait la vie d’un homme comme cela, il faut payer d’une autre sorte de diligence et de discernem[en]t, comme a fait le savant Gassendi dans la Vie de Mr de Peyresc conseiller au parlem[en]t d’Aix, de Copernic, de Tycho Brahé, de Regiomontanus [135] etc. et co[mm]e fait Mr de La Mare conseiller à Dijon qui travaille depuis si long tems à la vie de Mr de Saumaise [136]. Je ne sai comment le nom de Therson m’echappa au lieu de Therond, car c’etoit de ce dernier que je voulois parler, sachant que c’etoit lui qui avoit fait les vers de question [137]. Le cadet de Mr de Beringhen s’appelle Plehedel du nom d’une terre qu’ils ont en Bretagne, ils sont descendus de la meme maison q[ue] Mr le p[remi]er ecuyer, mais c’est d’une autre branche, asavoir de celle qui etoit demeurée dans les Pays Bas pendant qu’une autre se vint etablir en France et y abjura la Religion du tems d’ Henry 4 [138][.] Ceux qui resterent de la Religion sont aussi passez en France depuis ce tems là et n’y ont point changé de creance. Je vous renvoye au s[ieu]r Carla p[ou]r savoir le nom des conseillers du petit troupeau [139]. Ce qui me f[aira fair]e Gilles* si je suis connu n’est pas le changem[en]t qui arriveroit [dans le]s personnes qui m’ayment et qui m’estiment, on pardonne ces fautes quand le reste de la vie est à edifica[ti]on, mais c’est que ceux qui voudroient voir la place vaquante, ou qui auront quelque autre petite passion d’interet ou de chagrin ne manqueront pas de l’aller reveler, et de l’humeur dont je suis je les previendrois mille fois plutot en me retirant, que d’etre le temoin de cent recriemens que fairoient les personnes que cela surprendroit, et de mille autres facheuses et chagrinantes comparutions, et procedures. Dieu sur tout. Apprennez moy si l’ abbé qui devoit aler à Alet, y e[st] allé effectivem[en]t [140].

L’enfant porté 25 ans dans le ventre de sa mere à Toulouse a deja fait ecrire un celebre medecin de Rhei[ms] et professeur de l’université nommé Mr Rainssant. Le Journal des scavans apprit cette histoire prodigieuse en publiant un extrait d’une Lettre que Mr Bayle avoit e[crite à] l’autheur, le Mercure galant en parla aussi fort amplem[en]t et on [ve]rra au p[remi]er jour un livre sur ce sujet par le meme Mr Bayle [141] [.] La chose e[st] assurement surprenante. Mr Rainssant se mele d’autre chose que de medecine car il vient de publier un traitté fort curieux De l’origine des fleurs de lis [142]. Les dernieres Tables de Mr Rou [143] sont toutes confisquées et c’est une affaire faite. Mr Rou etoit passé en Angleterre po[ur] etre gouverneur des enfans du comte de Sunderland ambassadeur en / France, mais j’apprens qu’il est retourné à Paris. Mr de Montausier le servit autant qu’il peut, mais on avoit prevenu le Roy qui se piquant de fermeté dans ce qu’il a une fois dit ne voulut rien relacher quoi qu’on peut representer à S[a] M[ajesté.] Comme les theses du s[ieu]r Borle ne furent pas distribuées, je ne puis en trouver aucun exemplaire, le libraire les a toutes vendues au poids pour servir de cornets d’epices, ou à doubler du point [144], dont on fait beaucoup icy[.]

Je vous envoye la province de Berry et de l’Isle de France [145]. La p[remi]ere m’a eté donnée par Mr Jurieu, et l’autre par Mr Trouillart son collegue qui a eté pendant plusieurs années le moderateur adjoint du synode de cette province. J’ay prié Mr Basnage de m’envoyer celle de Normandie, et j’espere qu’il le faira [146]. Si je puis avoir quelqu’un q[ui] me puisse donner celle d’Anjou et de Poictou, je vous la fairai aussi tenir de bon cœur. Un bon geografe pourroit faire une carte de la France protestante, où on ne marqueroit que nos lieux d’ exercice* divisez par synodes et colloques [147], comme le P[ere] Lubin moine augustin dit que l’on pourroit faire à l’egard des elections, des presidiaux, des provinces des divers ordres des moines, etc[.] C’est un bon geografe, et il a fait entre autres les cartes de son ordre c’es[t à dire] des cartes, où il ne met que les lieux dans lesquels il y a des convens des augustins [148]. D’autres voudroient que l’on fit des cartes où l’on ne mit que les ponts des rivieres, comme Sanson en a donné où il n’a mis que les lieux par où passent les postes [149].

Ce que vous dittes à Mr Jurieu que vous ne desesperez pas de le voir et que vous me confirmez dans votre lettre me donne un plaisir incroyable. Mr et Mad le Jurieu le souhaittent le plus obligeamment du monde, face [ sic] le ciel que vos affaires domestiques vous le permettent [150]. Il n’y a pas encore un an que Mr Baudan [151] natif de Nismes et ministre du s[aint] E[vangile] se mit à la suitte d’un de ses oncles qui menoit une recrue* sur cette frontiere, afin de venir voir Mr Jurieu, il passa icy 8 ou 10 jours et s’en retourna par Paris le plus satisfait du monde des honnetetez* qu’il y avoit receues. Il y laissa un de ses parens etudiant en [theolo]gie qui n’y a demeuré qu’autant de tems qu’il luy en a falu po[ur] copier quelques traittez de Mr Jurieu entre autres celuy de l’Eglise sous la loy [152][.] Il n’y a fait que cela etant d’une humeur fort sombre et bien eloignée de la vivacité du bas Languedoc. Mr Baudan est fort honnete homme qui a demeuré long tems en Angleterre, et qui a le jugem[en]t bon et delicat. /

Comme ce n’est pas la delicatesse du pinceau qui faira le prix de v[ot]re portrait dans mon cœur, il sera toujours le tres bien venu, quelque mediocre qu’en soit le peintre [153]. Quand vous envoirez quelque paquet par deca* joignez y quelques theses de Mr Martel [154] des plus estimées afin que je les fasse voir à Mr Jurieu. Sa Reponse à la methode [155] est née sous quelque malheureuse constellation, car il n’est guere de livres qui ayent eté si generallem[en]t meprisez que celui là, ce qui fait que ceux qui ont eté temoins de l’esprit de Mr Martel dans ses preches et disputes, et qui en veulent parler avec de grands eloges, s’exposent à se faire traitter de mechans connoisseurs et de dupes.

Me voicy à la fin de v[ot]re lettre. J’ay laissé passer une infinité de choses sans reponse, parce que je n’aurois eu que des remercimens et des louanges à vous donner, chose dequoi vous me tiendrez quitte sans peine. J’ay eté plus scrupuleux lors qu’il s’agissoit de parler à v[ot]re curiosité, car j’ay taché de ne rien laisser passer sans vous en dire ce que j’en savois. Pour l[a repon]se au memoire [156], je ne saurois jamais vous en temoigner assez m[a] reconnoissance, et comme je trouve par experience qu’il est utile de recevoir des questions à repondre parce qu’on se voit obligé par là de se faire instruire exactement de plusieurs choses ou qu’on negligeroit ou qu’on se contenteroit de connoitre en gros, je ne fairai plus de difficulté de vous presenter de memoires, vous offrant la peine du talion [157], que je suis pret de subir selon que le cas y echerra*.

Je me souviens d’avoir leu dans un journal du voyage de Mr de La Feuillade en Candie, que Mr de La Feuillade avoit eu dessein de passer en Espagne pour se battre avec Mr de S[ain]t Auné sans autre raison si ce n’est qu’il vouloit vanger l’honneur du Roy dont le marquis avoit dit des choses fort outrageantes pendant sa retraitte de Madrit. Je voudrois savoir dequoi il etoit accusé ; apparemment d’intelligence avec les Espagnols [158], car je me souviens que du tems de la deroute devant Campredon o[n ne] dissimuloit pas que Mr de S[ain]t Auné s’entendoit avec les Espagnols et q[ue c’et]oit la raison pour laquelle nos troupes ne tenoient pas en Catalogne devant celles d’Espagne au lieu qu’elles etoient victorieuses par tout ailleurs [159][.]

Je comprends par v[ot]re reponse que le marquis de Carbon qui etoit le patron de La Serre de Miramont, et qui etoit cornette des gens d’armes de la / reyne ou quelq[ue] chose d’approchant, a eté tué à Paris par un mari jaloux [160]. Je ne savois pas cela et c’est dommage qu’une maison si illustre se voye dans le peril de l’extinction pour avoir perdu celui qui la pouvoit faire durer, dans une occasion si peu honnorable. Telle a eté la destinée de l’ancienne maison d’Albret. Le marquis de ce nom qui avoit epousé sa cousine germaine fille unique et heritiere du marechal d’Albret, et qui etoit dans une estime tres particuliere, etant deja arrivé à la charge de marechal de camp, ce marquis dis je, fut tué il y a 4 ou 5 mois dans la maison d’un gentilhomme de Picardie nommé Bussy Lamet dont il alloit voir la femme [161]. Il servoit dans l’armée du marechal de Schomberg qui passoit le long de la Meuse. La femme de Mr de Bussy l’ayant averti peut etre q[ue] son mary etoit absent, et qu’il devoit se prevaloir de cela puis que l’armée du marechal de Schomberg marchoit à si petites journées qu’il luy seroit tres facile de la ratrapper, il demanda congé au mar[quis] p[ou]r aller faire un petit tour à [Par]is, et ecrivit à la dame qu’il s’en alloit la joindre. Sa lettre tom[ba entre] les mains du mary qui sans consulter autre chose donna ordre à son homme de chambre de se tenir à l’entrée de la maison et de tuer le marquis d’Albret dés qu’il se presenteroit. Ce qui fut executé. Un laquais de la dame tua en meme tems l’ homme de chambre. La dame etant accourue au bruit et trouvant son galant etendu sur la place qui avoit deja expiré, se sauva promptem[en]t dans un cloitre. Je ne sai quelles seront les demarches de Mad[am]e d’Albret, qui n’a jamais eté aymée de son mary et qu’elle voit avoir pery dans une infidelité si manifeste. Il n’y a point d’enfans de ce mariage. Informez vous s’il reste quelque masle de cette illustre maison qui a fait tant d’honneur à la Guyenne depuis plusieurs siecles. Au reste le chevalier de Gassion [162] se defi[t] de son regiment l’année derniere et acheta une enseigne dans les gard[es] du corps. Apprennez moi d’où vient que madame de Bersier • porte ce nom outre celui de son mary qui est Baluon ; sans doutte l’un [est] le nom de la famille de son mary, et l’autre celui d’une terr[e. Que je] sache quel est le nom de la famille, et comment s’appelle le lieu où cette mondaine e[st] releguée pour ses pechez [163][.] 

Il me reste à vous demander sur Mr de Fontrailles dont vous m’avez appris bien de particularitez, d’où vient que sa sœur s’appelle madam[e] / de La Valette, et d’où vient q[ue] la fille de cette dame e[st] l’heritiere d’Espenan [164]. Je me souviens d’avoir leu dans la Relation que Mr de Fontarailles a faite de son voyage d’Espagne, qui se trouve parmi les Memoires de Montresor [165], qu’il remarque en un certain endroit qu’il venoit d’avoir une querelle avec Mr d’Espenan • qui avoit acquis depuis peu beaucoup de gloire en deffendant Leucate [166]. Ce Mr d’Espenan a eu beaucoup de part aux bonnes graces de Mrs les princes de Condé , et a passé p[ou]r un brave. Je croi qu’à present il n’y a plus tant de Gascons qui se distinguent par leur capacité militaire qu’il y en avoit autrefois.

N[ot]re cadet m’a ecrit touchant Vidal d’Auch d’une maniere que j’ay peine à accorder avec ce q[ue] vous m’en dites [167]. Ce que je voi dans v[ot]re lettre me fait juger que cet homme a servi la France au lieu q[ue] son nom de dom Vidal me faisoit conjecturer qu’il etoit au s[ervice] d’Espagne avec ce que le cadet m’avoit ecrit de la liaison [de ce] dom Vidal et de son fils Emanuel d’Auch, avec Jean de Werth et Picolomini generaux des troupes imperiales. Si vous jugés que cela merite une plus ample explication, à vous permis de m’en gratifier.

Je croi que le marquis de Malleche qui s’appelle à present Mr de Marin [168], est lieutenant des gardes du corps. Ce n’est que depuis v[ot]re lettre que je suis asseuré que Mr de Fimarcon [169] est ou de Guyenne ou de Languedoc. Je devois dire qu’il etoit, car il a eté tué à la tete de son regiment de dragons dans le combat donné aupres de Mons le 14 aout dernier. Je n’avois jamais ouy parler des marquis de Staffort ainez de Fimarcon [170], et c’est une alliance qui avoit echappé à ceux qui nous ont parlé dans L’Etat de la France, de Mr le duc de Roquelaure. Aprenez moi où est la residence de ce marquis de Stafort beau frere de Mr de Roquelaure [171]. Outre ce que vous m’avez [dit de M]r de Montaigu lieutenant de Roy dans la Basse Guyenne [gou]verneur du Chateau Trompette [172] je vous diray qu’il a eté gouverneur de Rocroy et cornette des chevaux legers de la garde du Roy. Le Mercure galant parle de Mr le comte de La Serre avec de grands eloges [173] ; avec un peu plus de bonheur il etoit p[ou]r devenir marechal de France aussi bien que son pere, mais il faut que la fortune se mele de / tout, pour y reussir. Le meme Mercure nous a dit depuis peu que le vicomte d’Aubeterre fils du vicomte de ce meme nom et cadet du feu marquis d’Aubeterre qui avoit epousé mad le de Gendrin [ sic] sœur du feu archevesque de Sens, que ce vicomte dis je a epousé mad le de Jonsac niepce du duc de Montausier [174].

Je me souviens d’avoir oui parler Mr de Sarraute sur les officiers de guerre en homme qui en connoissoit bien tous les tenans et aboutissans. Je me souviens entre autres de l’histoire qu’il faisoit un jour de Mr de S[ain]t Preüil [175] gouverneur d’Arras qui fut decapité à Amiens. J’ay leu depuis un an les Memoires de Mr de Pontis [176] gentilhomme de Provence qui parle fort de ce Mr de S[ain]t Preuil. Quoi qu’il fut des amis intimes de Mr de Pontis, celui cy ne laisse pas d’avoüer que S[ain]t Preuil etoit un homme sans religion mais brave et determiné tout ce qu’on le peut etre. Sachez de Mr de Sarraute d’où il etoit et de quelle famille.

Je n’ay point d’autres nouvelles à vous donner sinon que la [rati]fication d’Espagne n’est point venue dans les 6 sepmaines qu’on avoit accordées apres la signature du traitté ; que cela n’empeche pas qu’on n’espere la paix generale, on pretend que l’Espagne ne differe la ratification qu’afin de donner à l’Empereur le loisir de conclurre son traitté avec la France [177]. La plus part des trouppes du Roy hyvernent ou dans le pays ennemy comme la duché de Juliers, le dioceze de Cologne et autres terres de l’Empire ou dans les pays qu’on doit rendre par le traitté de paix comme la Lorraine, la chatellenie d’Aeth, Courtray, le pays de Vaes etc. ce qui soulage extremement les sujets du Roy. On a decouvert une conspiration contre la personne du roy d’Angleterre où on pretend que les jesuites ont eu bonne part. C’etoit pour exterminer dans les 3 royaumes la religion protestante et y re[tablir] la romaine mais Dieu tournera ce dessein contre les conspir[ateu]rs, car on espere que le roy d’Anglet[erre] se defiera desormais des catholiques et embrassera avec plus de vigueur qu’il n’a fait jusques icy les interets de la religion anglicane. On ne publie pas encore le fin de tout cet abominable complot, peut etre n’a t’on pas encore pe[n]etré jusqu’au fond [178][.]

Notes :

[1] Cette lettre est perdue. Bayle fait allusion à sa promesse dans la Lettre 159, p..

[2] Le même récit se lit dans Chaufepié, art. « Pajon », rem. E. M. de Langle est Samuel Baux de L’Angle.

[3] Voir Chaufepié, art. « Pajon », rem. E : à partir du moment où les adversaires de Pajon n’osent pas lui contester le droit de se défendre, il est clair que l’interdiction qui lui est faite de « dogmatiser » n’a guère de sens, ses interlocuteurs mettant régulièrement sur le tapis les accusations portées contre lui.

[4] Ce détail ne figure pas chez Chaufepié, pourtant si bien informé, de sorte qu’on est en droit de conjecturer qu’il s’agit là d’une outrance de Jurieu.

[5] Marie Du Moulin demeura presque un an aux Provinces-Unies, du printemps 1678 au printemps 1679 ; il y a tout lieu de croire qu’elle surveilla alors l’impression, à Amsterdam, chez Elzevier, de son petit traité De l’Education des enfants : voir Lettre 90, n.2 et 8.

[6] L’épouse de Pierre Jurieu était née Hélène Du Moulin.

[7] Marie de Marbais, veuve de Cyrus Du Moulin, et sa fille Suzanne, future femme de Jacques Basnage, avaient donc traversé la Manche pour un séjour à Cantorbéry chez Pierre Du Moulin fils. Le projet de Basnage de faire un voyage en Angleterre en 1676 (voir Lettres 117, p.312 et 118, n.8) permet de croire que Suzanne Du Moulin, sa future épouse, y séjournait déjà à cette date.

[8] Benjamin Basnage (1580-1652), pasteur sa vie durant de Sainte-Mère-Eglise, en Basse Normandie, eut comme fils aîné Antoine, sieur de Saint-Gabriel et de Flottemanville (1610-1691), pasteur à Bayeux, puis, après la Révocation, à Zutphen ; le fils d’ Antoine, Samuel Basnage de Flottemanville (1638-1721), fut collègue de son père à Bayeux et lui succéda à Zutphen ; estimable érudit, il publia des ouvrages concernant l’histoire ecclésiastique et un traité de morale. Le fils puîné de Benjamin, Henri Basnage de Franquesnay, avocat à Rouen, fut père de Jacques Basnage, l’ami de Bayle.

[9] Ce fut Benjamin Basnage qui fut modérateur au synode national d’Alençon, en 1637.

[10] Claude Pithoys était le professeur auquel Bayle succéda dans une des deux chaires de philosophie de l’académie réformée de Sedan.

[11] En 1632, Sedan était encore une principauté indépendante.

[12] Joseph Pithoys avait étudié la théologie à Sedan, où il soutint des thèses sous Le Blanc de Beaulieu en 1652 et 1654. Après avoir été pasteur à Saint-Menjes, près de Sedan, il reçut vocation de servir l’Eglise wallonne qu’on érigeait à Leeuwarden, en avril 1659. Mais, en mars 1669, le synode wallon de Dordrecht le suspendit et lança une enquête à la suite de « mauvais bruits » le concernant (voir Livre synodal, art. 44 des Actes de ce synode). Cette enquête ne fut pas favorable à Joseph Pithoys puisque le synode suivant, réuni à Breda, non seulement ne le rétablit pas dans le ministère, mais le suspendit de la Cène (art. 14). Les faits reprochés ne sont pas précisés ; on peut soupçonner une indélicatesse financière. Pithoys partit alors pour l’Angleterre, mais c’est seulement en avril 1673, au synode de La Brille (art.16), que les autorités wallonnes laissèrent à leurs homologues londoniens de la Savoie la responsabilité de permettre de nouveau à Pithoys de communier. Le renseignement donné ici par Bayle montre que les Anglais furent indulgents pour Joseph Pithoys et lui rendirent même le droit d’exercer le ministère pastoral. Ce qui explique probablement la sévérité des autorités wallonnes, c’est que Joseph Pithoys avait commencé par exprimer une profonde repentance, puis s’était mis à clamer son innocence, deux attitudes difficilement conciliables.

[13] Les détails que donne ici Bayle laissent présumer que les Le Blanc de Beaulieu avaient adopté une orpheline qui leur était apparentée, mais nous n’avons pu préciser la nature exacte de ces liens de parenté. Louis Le Blanc de Beaulieu avait épousé Suzanne Arbauld, qui lui survécut et fut emprisonnée à la Révocation, puis expulsée de France en 1687.

[14] Claude Pithoys, L’Apocalypse de Meliton, ou revelation des mysteres cenobitiques (Saint-Léger [Sedan] 1662, 12°), réimprimé en 1665 et 1668, dont une édition avec Le Moine sécularisé (Villefranche 1668, 12°) ; Cosmographie ou doctrine de la sphère, avec un traité de la géographie (Paris [Sedan] 1641, 8°) ; Traités curieux de l’astrologie judiciaire (Sedan 1641, 8° ; Montbéliard 1646, 8°). Des extraits de ce dernier ouvrage et de quelques autres opuscules de Pithoys ont été édités par P.J.S. Whitmore, A Seventeenth-century exposure of superstition. Select texts of Claude Pithoys (1587-1676) (La Haye 1972).

[15] Bayle avait déjà signalé la présence d’ Isaac Lamigue à Sedan : voir Lettre 147, n.21 et 51.

[16] Le château du Bartas est, en effet, près de Mauvezin, comme Bayle l’a appris de son frère Joseph : voir Lettre 149, n.31, et c’est ce qui explique que Bayle ait pu obtenir ces renseignements sur la famille Du Bartas par l’intermédiaire d’ Isaac Lamigue. Cette relation comporte des confusions, comme le démontrent les sources archivistiques, sans qu’on puisse savoir si c’est la mémoire de Lamigue ou celle de Bayle qui est ici en défaut. D’abord, ce sont deux événements distincts que le meurtre dont fut accusé le bourgeois de Mauvezin, François Dalbenque, condamné par contumace et qui se trouvait en fuite en 1664, et l’assassinat, en septembre 1669, d’ Alexandre de Frere de Saluste, seigneur Du Bartas, arrière-petit-fils du poète, Guillaume Du Bartas. Cet Alexandre, arrogant et querelleur, avait tué en 1659 un des consuls de Cologne, meurtre pour lequel il avait obtenu des Lettres d’abolition en septembre 1665, de sorte qu’il est vraisemblable que la mort de ce seigneur brutal, dont le cadavre percé de coups fut découvert derrière une haie, a résulté d’une vengeance, dont l’auteur ne fut d’ailleurs jamais appréhendé. Voir Bulletin de la société archéologique du Gers, 14 (1913) ; H. Carrère, « Les exploits d’un Du Bartas », ibid., 22 (1921), p.190-200 ; A. Laffont, « Les descendants de Guillaume Salluste Du Barthas », ibid., 59 (1958), p.408-427. On aura noté que les orthographes connaissent des variations : Bartas / Barthas, Saluste / Salluste, Du Frère / Du Fraire.

[17] Il s’agit d’un des pasteurs de Montauban, Jean Charles (vers 1632-1693), qui était cousin germain de Paul Charles, pasteur de Mauvezin jusqu’en 1681, et qui, par celui-ci, pouvait avoir des informations sur les réformés mauvezinois. Nous conjecturons que la demoiselle lettrée mentionnée ici pourrait bien être Marie de Frère, une petite fille du poète qui était veuve de Meric Melchior de Mondenard, sieur de Belle-Isle. Ce serait une nièce de cette veuve, Jeanne de Frère, qui aurait épousé en 1675 François d’Astorg de Monbartier, mariage béni au Bartas par le pasteur Paul Charles. François d’Astorg allait abjurer à la Révocation, passagèrement, puisque sa femme meurt à Genève en 1705 (âgée de soixante-cinq ans) et qu’il est mentionné alors avec le titre de colonel, vraisemblablement dans un régiment suisse. Voir BSHPF, 58 (1909), p.64.

[18] Sur les harangues de Morus, voir Lettres 13, n.12, et 147, n.24. Le prédécesseur immédiat de Morus à l’Ecole Illustre d’Amsterdam fut David Blondel : voir la note suivante.

[19] L’erreur de Jacob Bayle, commise au reste par beaucoup d’autres, s’explique, car, si ce fut David Blondel qui succéda à J.G. Vossius (1577-1649), ce fut pour peu de temps : en effet, la vue de Blondel se détériora de plus en plus après son arrivée en Hollande en 1650 et la cécité l’obligea à abandonner son enseignement en 1651, année où Morus lui succéda.

[20] Il s’agit probablement des ouvrages de Colomiès cités par Bayle, Lettre 105, p.248, n.42.

[21] Sur le Traité de la foi justifiante de Pierre Du Moulin le fils, voir Lettre 147, n.48.

[22] Mme d’Haudanger, baronne de Sorcy : voir Lettre 147, n.48.

[23] Il s’agit du prince de Condé et de l’ Apologie pour la morale, de Jurieu : voir Lettre 147, p. et n.38.

[24] Après sa Réponse à la Perpétuité de 1670, Claude n’avait plus repris ce thème de controverse. En revanche, Arnauld, soutenu toujours par Pierre Nicole, ne l’avait pas quitté : Bayle semble faire allusion aux deux volumes suivants de la « grande » Perpétuité (Paris 1672 et 1674, 4°). Sur l’intervention de Richard Simon dans cette controverse, voir Richard Simon, Additions aux recherches curieuses sur la diversité des langues et religion d’Edward Brerewood, éd. J. Le Brun et J.D. Woodbridge (Paris 1983) ; J.D. Woodbridge, « La ‘grande chasse aux manuscrits’, la controverse eucharistique et Richard Simon », in Conflits politiques, controverses religieuses. Essais d’histoire européenne aux 16e-18e siècles, dir. O. Elyada et J. Le Brun (Paris 2002), p.143-176.

[25] Sous ce titre, Bayle désigne, sans doute, la Réponse générale au nouveau livre de M. Claude (Paris 1671, 12°) par Arnauld et Nicole.

[26] André Lortie, Traité de la Sainte Cène : voir Lettre 107, n.24.

[27] Cette lettre du pasteur de Charenton à David Ancillon est certainement une des lettres de Claude qui circulaient en manuscrit et que Bayle avait fait recopier pour son frère. La conjecture de Bayle est erronée : l’auteur de la réplique à Lortie est Michel Bourdaille : voir Lettre 107, n.24, et, dans le JS du 7 décembre 1676, le Catalogus librorum , où il est fait mention de la Defense de la foy de l’Eglise touchant l’Eucharistie, contre le livre de M. Lortie ministre (Paris 1676, 12°).

[28] Il s’agit d’ Etienne Le Moine, un des pasteurs de Rouen. Le dernier in-4° d’ Arnauld est apparemment Le Renversement de la morale de Jesus-Christ par les erreurs des calvinistes touchant la justification (Paris 1672, 4°), à moins qu’il ne s’agisse encore des nouveaux volumes de la « grande » Perpétuité, parus en 1672 et 1674, dus à Nicole, mais couramment attribués à Antoine Arnauld.

[29] Sur l’entreprise d’une nouvelle traduction de la Bible par les pasteurs de Charenton, voir Lettre 136, n.20, et ci-dessous n.124.

[30] Sur Gastineau et son ouvrage, voir Lettre 65, n.165.

[31] Josué Le Vasseur (1620-1672), pasteur et professeur d’hébreu à l’académie de Sedan en 1646, puis, en outre, de grec (en 1651) et de théologie (en 1658), auteur d’un Sermon sur l’Apocalypse, chap. II, verset X. Avec une exhortation sur la Loy en suitte dudit sermon. Fait à Sedan pour servir de cloture au jeusne qui s’y est celebré le 25. jour de mars 1660 (Sedan 1660, 12°).

[32] C’est dans la Lettre 158, dont il ne subsiste qu’un fragment, que Bayle a donné des éclaircissements sur le Conseil des modérateurs.

[33] Sur l’indisposition de Conrart, voir Lettre 109, n.30.

[34] Le terme « cances » désigne le bord du champ que la charrue ou l’araire ne peut atteindre et que les femmes et les enfants travaillent à la bêche, ou bien une bande de terre limitée de part et d’autre par quelques rangées de vigne et souvent elle-même plantée d’arbres fruitiers. Nous devons cette information à l’obligeance de M. Robert Pons de Bordes-sur-Arize. Icart est une terre.

[35] Il est singulier que Bayle ait ignoré le sens d’un terme encore en usage au siècle pour désigner un ouvrier agricole : un homme qui loue sa force, ses bras, à moins que son frère n’ait, dans une lettre antérieure, utilisé ce mot dans un sens particulier.

[36] On ne sait presque rien sur Jean Hubert, sinon qu’il était pasteur à Mazères.

[37] Horace, Epîtres, I.xviii.84 : « cela te regarde quand la maison de ton voisin brûle » ; dicton proverbial.

[38] Il nous semble que Bayle fait ici allusion à Elie Rivals, pasteur à Puylaurens : sur son mariage, voir Lettre 126, n.12.

[39] Autrement dit, tant que je n’y serai pas identifié comme relaps.

[40] Pierre Trouillart, le professeur de théologie : voir Lettre 147, p.6 et n.45.

[41] « têtes de chapitres ».

[42] « sans ordre ».

[43] La suggestion faite à Bayle de reprendre l’étude de la théologie venait probablement de Jean Bayle ; elle était fort peu réaliste pour peu qu’elle ait supposé que Bayle pourrait exercer le ministère dans le royaume. Voir Lettre 165, p..

[44] François Du Jon (Junius) le père (1545-1602), savant théologien réformé, fut professeur de théologie à Leyde pendant les dix dernières années de sa vie, après l’avoir été à Neustadt et à Heidelberg. Emmanuel Tremellius (vers 1510-1580), né à Ferrare et d’origine juive, fut professeur d’hébreu à Sedan après l’avoir été à Heidelberg. Du Jon et Tremellius collaborèrent à une traduction latine de l’Ancien Testament qui connut une quantité d’éditions. A partir de 1579 lui fut ajoutée une traduction latine du Nouveau Testament : Divinæ Scripturæ, nempe Veteris ac Novi Testamenti, omnia […] (Francofurti 1597, folio).

[45] Phinée de Lupé, sieur de Tilhac , gentilhomme de la chambre du roi, testa en 1634. Il était fils de Jean de Lupé, sieur de Maravat, qui fut gouverneur de la vicomté de Fezensaguet (Gascogne) et maréchal de camp. La présente lettre nous apprend que Phinée de Lupé était un homme savant.

[46] Sur Graverol et son livre, voir Lettre 58, n.6.

[47] Louis de Jaussaud (1580-1665), bon hellénisant, fut conseiller à la Chambre de l’Edit de Castres et membre zélé de l’Académie de cette ville ; son fils et homonyme, Louis (1630-1688), fut conseiller à la Chambre de Castres, comme l’avait été son père, un détail que Bayle ignore. Sur l’ouvrage manuscrit de Louis Jaussaud père contre La Milletière, voir Graverol, De Religionum conciliatoribus (Lausanne 1674, 8°).

[48] Bayle se trompe ici : la capitale des Helviens de l’ancienne Gaule était située non loin de Viviers (actuellement Ardèche). C’est un synode provincial du Dauphiné que présida très logiquement Adrien Chamier, que Richelieu tenta de rendre favorable à ses projets de réunion des religions. Adrien Chamier (1580-1671) fut ministre de Montélimar, comme l’avait été autrefois son père Daniel. Voir Graverol, De Religionum conciliatoribus et J. Solé, Le Débat entre protestants et catholiques français de 1598 à 1685 (Paris 1985, 4 vol.), p.368 ss.

[49] Sur la Lettre […] sur le baptême : voir Lettre 106, n.6.

[50] P. Jurieu, Traité de la puissance de l’Eglise (Quevilly 1677, 8°) : voir Kappler, Bibliographie de Jurieu, n°71.

[51] Ce traité n’a jamais été publié sous cette forme, mais il est probable que certains de ses développements ont été repris ou remaniés dans Le Vrai système de l’Eglise […] (Dordrecht 1686, 8°).

[52] La lettre de Claude à Ancillon a été imprimée dans les Œuvres posthumes du pasteur de Charenton, v.78-101, mais la lettre de Jurieu à Ancillon n’a pas laissé de traces.

[53] On ne connaît qu’un seul sermon de Jurieu sur ce sujet, imprimé plus tard : Sermon sur ces paroles de S. Paul I. Cor. chap. XI. vers.23. J’ai reçû du Seigneur ce que je vous ay donné (Quevilly 1682, 4°) ; ce sermon figure, avec pour sous-titre « Du Juge des controverses », en tête de diverses éditions de l’ Examen de l’Eucharistie de l’Eglise romaine (Rotterdam 1682, 4° ; 2e éd. 1683, 4°) et en tête du tome 2 du Recueil de divers traités touchant l’Eucharistie (Rotterdam 1713, 4°) : voir Kappler, Bibliographie de Pierre Jurieu, n°62, p.287-288.

[54] Le Traité de la dévotion fut un gros succès de librairie ; en six mois, Lucas, l’imprimeur-libraire protestant de Rouen, en procura trois éditions ; la seconde comporte l’addition d’une petite méditation et d’une courte prière à la fin de chaque chapitre ; la troisième est augmentée d’un tiers et annonce avoir été « reveue, corrigée et augmentée par l’Autheur » (Quevilly 1676, 12°) : voir Kappler, Bibliographie de Jurieu, n°68. Toutefois, il est clair qu’en commerçant avisé, Lucas ne mit sur le marché effectivement la troisième édition qu’après avoir écoulé la seconde. Aussi Jurieu, à Sedan, attendit-il longtemps des exemplaires de cette troisième édition…

[55] En fait, les Jurieu avaient été châtelains de Feurs (qui donna son nom au Forez) entre 1482 et 1550 ; des membres de la famille y habitaient encore vers 1710, date de la composition par le curé de Feurs, de son Mémoire : voir Feurs. Mémoire de l’abbé Jean-François Duguet (1600-1724), éd. V. Durand, La Diana, Société archéologique de Forez (Montbrison, 2000).

[56] Siméon Jurieu, qui mourut vers 1632, avait été pasteur de Châtillon-sur-Loing.

[57] Pour des détails sur Daniel Jurieu, voir Lettre 147, n.13.

[58] Sur le siège de Saverne par Montecuccoli en septembre 1675, voir la Gazette, nouvelles de Brisac du 16 et 19 septembre et du 5 octobre 1675.

[59] On sait fort peu de chose sur Daniel Barbier, étudiant à Genève en 1644, d’origine angevine, qui fut pasteur à Poitiers de 1646 à 1667, et moins encore sur son frère, pasteur en Bretagne. Tous deux étaient assurément morts depuis des années à la date où Bayle écrit : voir Stelling-Michaud, ii.117.

[60] Sur cet ouvrage de Louis Du Moulin, voir Lettre 149, n.9.

[61] Jurieu avait cherché à connaître le fonctionnement exact des autres académies réformées du royaume dans l’espoir d’y trouver des arguments pour diminuer l’autorité de ceux des curateurs de l’académie de Sedan, qui n’étaient ni des pasteurs, ni des enseignants : voir Lettre 147, n.57, Lettre 149, n.4 et Lettre 153, n.46.

[62] Voir Lettre 90, n.2 sur cet opuscule de Marie Du Moulin.

[63] Voir Lettre 90, n.2 sur cet opuscule de Marie Du Moulin.

[64] Théodore de Bèze, Icones id est veræ imagines virorum illustrium doctrinâ simul et pietate (Genevæ 1581, 4°).

[65] Sur Meursius, voir Lettre 13, n.41. Il s’agit ici de son Athenae batavae sive de Urbe leidensi et Academia virisque claris, qui utramque ingenio suo, atque scriptis, illustrarunt libri duo (Lugduni Batavorum 1625, 4°).

[66] Andreas Schott, S.J., Hispaniæ bibliotheca, seu de academiis ac bibliothecis, item elogia et nomenclata clarorum Hispaniæ scriptorum (Francofurti 1608, 4°) ; Lucio Marineo, De rebus Hispaniae memorabilibus (Compluti 1533, folio) ; Alfonze Garcías, ou plutôt Alonso García, traducteur de Boccace, De Casibus Virorum et Foeminarun Illustrium. Cayda de principes , 10 vol. (i-viii traduits par P. Lopez de Ayala ; ix et x par A. García) (Toledo 1511, folio), réédité en 1552.

[67] Bayle désigne ici deux ouvrages distincts : Wilhelm Eysengrein, Catalogus testium veritatis locupletissimus, omnium orthodoxae matris ecclesiae doctorum, extantium et non extantium, qui adulterina ecclesiae dogmata in hunc usque diem impugnarunt (Delingæ 1565, 4°) ; Valerius Andreas, Bibliotheca belgica : in qua Belgicæ […] provinciæ, urbesq[ue] viri item in Belgio vitâ scriptisque clari ; et librorum nomenclatura (Lovanii 1623, 8°) ; cette première édition fut publiée par Heinrich Hasten à Louvain ; une deuxième édition, au titre légèrement modifié, parut également à Louvain par les soins de Jacob Zegers en 1643 in-4°.

[68] Gregorio Leti, Italia regnante, ò vero nova descritione dello stato presente di tutti principati e republiche d’Italia (Geneva 1675-1676, 12°, 4 vol.) ; voir le compte rendu dans le JS du 31 août 1676. En avril 1684, Bayle présentera les livres de Leti dans les NRL (art. IV).

[69] C’est dans une lettre à son frère qui ne nous est pas parvenue que Bayle lui avait signalé la parution du Glossarium ad scriptores mediæ et infimaæ latinitatis (Lutetiæ Parisiorum 1678, folio, 3 vol.) de Charles Du Fresne, sieur Du Cange (1610-1688). Voir JS, 1er août, 8 août et 5 septembre 1678.

[70] Louis Jacob, carme, Bibliographia gallica universalis, hoc est catalogus omnium librorum universum regnum Galliæ annis 1643 […] 1653 excusorum (Parisiis 1644-1654, 4°, 4 vol.), plus probablement que, du même auteur, Bibliographia parisiana, hoc est catalogus librorum Parisiis annis 1643 […] 1650 excusorum (Parisiis 1645-1651, 4°, 5 vol.).

[71] Maurice de Lauberan (parfois Loberan) de Montigny (1597-après 1679), ministre de Senlis, fils du pasteur de Charenton François de Lauberan de Montigny.

[72] L’attestation de Turenne a été imprimée dans le BSHPF, 9 (1860), p.195, mais le bref commentaire qui accompagne cette impression donne à tort le prénom de Gabriel au Montigny concerné ; Gabriel était le prénom d’un fils, pasteur lui aussi, du pasteur de Senlis, généalogiste à ses heures.

[73] Bayle précise au paragraphe suivant qu’au siècle un Jean Du Moulin avait épousé une Marguerite de Saint-Simon, ce qui explique l’attestation fournie par le duc, Claude, de Saint-Simon, père du mémorialiste.

[74] Juvénal, Satires, viii.134 : « prends l’auteur de ta maison dans le livre que tu voudras ». La substitution de librum à libro rend le sens du latin beaucoup moins clair.

[75] Les Grandeurs de la maison de France (Paris 1667, 4°), signé des initiales M[aurice] D[e] M[ontigny].

[76] Nicolas Bertrand, avocat au Parlement, De Tholosanorum gestis ab urbe condita […] (Tholosæ 1515, folio) connut une traduction française : Les Gestes des Tolosains et d’autres nations de l’environ, composées premièrement en latin […] et depuys faictes françoises, reveues et augmentées de plusieurs histoires qui ne furent oncq imprimées (Tolose 1555, folio).

[77] Guillaume Catel, Mémoires de l’histoire du Languedoc curieusement et fidelement recueillis de divers auteurs […] et de plusieurs titres et chartes (Tolose 1633, folio).

[78] Sous le nom de Lormegrigny, Pierre Du Moulin le fils avait publié des Réflexions sur le et le chapitres de la Politique de France de M.P.H.M. de C. où il censure le clergé de Rome et les Huguenots (Cologne 1671, 12°). Le livre attaqué était l’œuvre de Paul Hay du Chastelet (1620 ?-1682), Traité de la politique de France (Cologne 1669, 12°). Quoique relégué dans ses terres après un court emprisonnement, à cause de l’insolence qu’il y avait pour un sujet à donner des avis non sollicités, Hay du Châtelet fit paraître une seconde édition augmentée de son petit livre (Utrecht 1670, 12°), dans laquelle se trouve modifié l’ordre des chapitres, ce qui explique que la seconde édition des observations de Pierre Du Moulin le fils ait eu un titre modifié : Réflexions sur le et le chapitres de Politique de France […] (Cologne 1677, 12°). Voir Annuaire de l’Ecole pratique des Hautes Etudes, section, 1973-74, p.607-609.

[79] Sur cet ouvrage de Pierre II Du Moulin, voir Lettre 114, n.7.

[80] Joachim Du Moulin (1538-1618).

[81] Bayle renvoie au billet perdu qui avait accompagné la Lettre 159 : voir p. et n.8.

[82] Sur Pierre II Du Moulin, chanoine de Cantorbery, voir Lettre 114, n.7.

[83] Pierre III Du Moulin fut secrétaire de Guillaume d’Orange pour les affaires d’Angleterre : voir Lettre 40, n.10.

[84] Le 16 novembre 1623. Sur l’immense œuvre de Pierre Du Moulin, voir B. Armstrong, Bibliographia Molinæi. An alphabetical, chronological and descriptive bibliography of the works of Pierre Du Moulin (1568-1658) (Genève 1997).

[85] Henri Du Moulin était pasteur à Middelbourg, en Zélande, depuis 1664 ; il y eut des démêlés retentissants avec Labadie et il y mourut en août 1679.

[86] Bespier était pasteur de Senitot, non loin de Harfleur ; le sujet de sa furieuse querelle avec Henri Du Moulin est inconnu ; à en juger par les décisions synodales concernant les deux collègues, les torts dans cette dispute étaient partagés.

[87] Sir Paul Rycaut (?-1700), The Present State of the Ottoman Empire (London 1667, folio), réédité 1668, 1670, 1682, 1686, traduit sous les titres suivants : Histoire de l’état présent de l’Empire ottoman, contenant les maximes politiques des Turcs, les principaux points de la religion mahométaine, ses sectes, ses hérésies et ses diverses sortes de religieux, leur discipline militaire. Avec une supputation exacte de leurs forces par mer et par terre et du revenu de l’état, traduite de l’anglois de M. Ricaut par B[riot] (Paris 1670, 4°), et L’Etat présent de l’empire ottoman […] de la traduction du sieur Bespier sur l’original anglois du sieur Ricaut, enrichi de remarques fort curieuses (Rouen 1677, 8°).

[88] Daniel Du Moulin devait abjurer à la Révocation, une originalité pour un porteur de ce patronyme.

[89] Marthe Du Moulin épousa Abel de Chadirac : voir Lettre 119, n.19.

[90] Entendez « académie d’exercices » : sur ces institutions, voir Lettre 119, n.19.

[91] Cette lettre de Bayle établit la parenté, jusqu’ici simplement soupçonnée, entre le jurisconsulte Charles Du Moulin (1500-1566), qui avait lui aussi embrassé la Réforme, et la dynastie pastorale de ses cousins et petits-neveux.

[92] Il s’agit ici sans doute de Michel Charles, pasteur de Châtellerault (voir Lettre 132, n.9), frère de Paul Charles, pasteur à Mauvezin. Michel Charles eut comme fils Jean Charles, médecin à Mauvezin, dont le fils, Paul, fut également pasteur à Mauvezin. Quant à François d’Usson, sieur de Bonrepos (Bonrepaux) et à Tristan d’Usson, sieur de La Quère, il s’agit des deuxième et troisième fils de François d’Usson, qui était mort en 1667.

[93] François d’Usson (ou Dusson) de Bonrepos commença sa carrière comme sous-lieutenant dans le corps des galères en 1671 et devint l’un des principaux collaborateurs de Colbert et de Seignelay dans les bureaux de la marine ; en 1676, il devint commissaire général de la marine de Ponant, et allait devenir, en 1683, intendant général de justice, police et finances de la marine et des armées navales, avec rang de chef d’escadre. Seignelay obtint son abjuration, quelques années avant la Révocation. En 1685, il accéda à la charge de lecteur du roi, et, au cours des années suivantes, accomplit différentes missions diplomatiques en Angleterre. Cette belle ascension, qui faillit lui permettre de remplacer Seignelay comme secrétaire d’Etat à la Marine en 1690, prit fin après le désastre de La Hougue : son titre d’intendant général fut supprimé en 1692, et on lui donna en échange l’ambassade de Danemark ; en 1697, il devint ambassadeur en Hollande, et abandonna la diplomatie en 1699 pour cause de mauvaise santé. Sous la Régence, Saint-Simon le fit entrer au Conseil de Marine, qu’il quitta en octobre 1718 avec un brevet de conseiller d’Etat d’épée. Voir Saint-Simon, iv.198.

[94] Marie-Marguerite d’Alègre, femme de Seignelay, mourut le 16 mars 1678.

[95] Il s’agit d’ Aliès de Réalville, frère d’ Antoine, baron de Caussade et de Samuel, sieur de La Tour, fils de Jean d’Aliès, seigneur de Caussade : voir Lettre 164, n.50. C’est Samuel d’Aliès de La Tour qui a abjuré en 1677.

[96] Sur ces œuvres de Pallavicino, voir Lettre 103, n.12, 13 et 14.

[97] Voir SHPF ms 715 (41) : Acte de vente d’une métairie, cédée par Jacob Bayle à Pierre de Garrisson, et de diverses transactions avec les créanciers de feu David Bayle, signé à Montauban le 7 juillet 1677. Une substitution est une disposition testamentaire par laquelle on appelle successivement plusieurs héritiers à succéder, pour que celui qu’on a institué le premier ne puisse pas aliéner les biens sujets à substitution. Tel n’était donc pas le cas de la métairie vendue par Jacob Bayle, peut-être parce qu’il avait eu l’accord de l’autre héritier ou bien parce qu’il s’agissait de rembourser des créanciers de feu David Bayle. L’achat fut un jeu d’écritures : Pierre de Garrisson prenait à sa charge 3 600 livres de créances, qu’il remboursa en quelques mois, comme l’atteste la seconde partie du document. Pierre de Garrisson avait, semble-t-il, acheté cette métairie comme représentant de son fils, également prénommé Pierre.

[98] Les Villeneuve sont légion, et nous n’avons su identifier celui dont il est question ici. La généralité de Guyenne avait été créée en 1579 et fut démembrée par Richelieu en 1635 : à partir de cette date, les élections de Rouergue, de Quercy et de la Gascogne faisaient partie de la Haute-Guyenne. Voir Histoire de Rouergue, dir. H. Enjalbert et G. Cholvy (Toulouse 1979), p.204-206.

[99] Le château de Picquecos (actuellement, Tarn et Garonne) fut sous la domination des Montpezat au siècle avant de passer sous celle des Chevrières de Saint-Chamond. Les seigneurs de Bioule sont issus de la famille très ancienne des Cardaillac : la terre et seigneurie de Bioule, en Quercy, au diocèse de Cahors, fut érigée en comté en 1610 en faveur d’ Antoine de Cardaillac-de-Lévis, qui eut pour héritier son frère Louis, marquis de Cardaillac, lieutenant-général pour le roi en Languedoc et chevalier de ses Ordres, décédé sans postérité en 1666. C’est l’épouse de celui-ci que Bayle désigne comme Mme de Bioule : il s’agit de Marie-Elisabeth, deuxième fille de Melchior Mitte de Chevrières, marquis de Saint-Chamond, comte de Miolans et Anjou (1586-1649), et d’ Isabeau de Tournon. Le château de Bioule domine toujours le cours de l’Aveyron. Voir Histoire de Montauban, dir. D. Ligou (Toulouse 1984), M. de Boissieu, Généalogie de la maison de Saint-Chamond, dans Recueil de mémoires et documents sur le Forez publiés par la Société de La Diana (Saint-Etienne 1888), ix.133 et 188, et La Chesnaye-Desbois, article « Cardaillac ».

[100] Il s’agit apparemment de l’ Introduction à l’histoire de Rocolles, qui sera désignée explicitement plus loin ; sur ce livre, voir Lettre 20, n.8.

[101] Voir les allusions à Rocolles à Genève dans le cercle de Bayle et Minutoli : Lettre 25, p.140 et n.1, et Lettre 31, p.184. Nous n’avons pas de lettre antérieure de Bayle à son frère où soit mentionné Rocolles, ce qui confirme que cette correspondance ne nous est pas parvenue dans son intégralité.

[102] Le droit canonique est propre à l’Eglise catholique, et ce professorat honoraire de Rocolles a tout l’air d’une légende, en ce cas colportée par une gazette française.

[103] Voir Lettre 20, n.8.

[104] Sur ce projet de Jacob, voir Lettre 156, n.3.

[105] Michel de Marolles, Catalogue des livres d’estampes et de figures en taille-douce, avec un dénombrement des pièces qui y sont contenues, fait à Paris en l’année 1666 (Paris 1666, 8°) ; voir JS du 2 août 1666 ; l’abbé fit paraître par la suite un supplément, Catalogue de livres d’estampes, fait à Paris en l’année 1672 (Paris 1672, 12°), que Bayle semble ignorer.

[106] Ce Bardon, que Bayle avait connu autrefois à Puylaurens (voir Lettre 109, n.11), enseignait les mathématiques à Paris, probablement dans une académie d’exercices.

[107] Ces lettres sont perdues.

[108] Sur Daniel Duncan : voir Lettres 106, n.10, et 153, n.37. Sa correspondance avec Bayle est perdue.

[109] Ce témoignage de Bayle atteste combien Donneau de Visé, le rédacteur du Mercure galant, était étranger aux milieux érudits et aux milieux protestants.

[110] Il s’agit sans doute de la bibliothèque de Jean Bonafous, mort en 1676 : voir Lettre 134, n.21.

[111] Sur la liaison de Madame de La Ferté et du comte de Saint-Paul, voir Lettre 149, n.22. Catherine Henriette d’Angennes de La Loupe avait épousé en 1652 Louis de La Tremouille, comte d’Olonne. Ses écarts de conduite furent tels que c’est vraisemblablement elle que La Bruyère désigne comme une Messaline, si c’est bien sa sœur, Madeleine d’Angennes de La Loupe, qu’il désigne sous le nom de « Claudie » : voir Les Caractères, « Des Femmes », 33 (éd. R. Garapon, Paris, 1976, p.119 n.4). Bussy Rabutin est probablement ici la source de Bayle : voir Histoire amoureuse des Gaules, éd. G. Mongrédien (Paris 1930, 2 vol.), ii.I-50.

[112] Marie-Isabelle de La Mothe-Houdancourt, dite Mlle de Touci, troisième fille du maréchal, avait épousé le 18 mars 1675 Henri-François de Saint-Nectaire (ou Senneterre), marquis puis duc de La Ferté par la démission de son père, en 1678.

[113] Il y a une incertitude quant à l’identité des frères Esprit. Selon certaines sources, Jacques Esprit, originaire de Béziers, eut cinq frères : l’aîné, Thomas (?-1671), entra de bonne heure à l’Oratoire, où son frère Jacques le suivit en 1629 ; le deuxième, Jean (?-1678), fut premier médecin de Gaston, duc d’Orléans ; le troisième fut juge-mage de Limoux dans le Languedoc ; le quatrième, François, fut abbé de Combelongue, dans la même province (selon R. Kerviler, cet « abbé de Combelongue », prénommé Antoine, serait le cousin de Jacques Esprit) ; le cadet, médecin, est le Bahys de L’Amour médecin de Molière. Voir Dictionnaire de Port-Royal, art. « Thomas Esprit », et R. Kerviler, Le Chancelier Pierre Séguier (Paris 1874, 2e éd. 1875), p.540-567. Bayle semble désigner Jacques Esprit, l’académicien, Jean, le médecin, et François, abbé de Combelongue. C’est, en effet, Jacques-Nicolas Colbert, docteur de Sorbonne, archevêque de Rouen, abbé du Bec, prieur et seigneur spirituel et temporal de Charité-sur-Loire, qui succéda à Jacques Esprit à l’Académie française : voir Mercure galant, novembre 1678, p.84-109.

[114] Thomas Hobbes (1588-1679) aura un article dans le DHC ; il s’agit ici de son traité Elementorum philosophiæ sectio tertia, De Cive (Parisiis 1642, 4°, Amsterdam 1647, 12°), dont Samuel Sorbière procura la traduction française : Elemens philosophiques du citoyen, traicté politique où les fondemens de la societé sont descouverts (Amsterdam 1649, 8°, 2 vol.) ; il y eut plusieurs éditions ultérieures et de l’original latin et de la traduction française. Le De cive figure dans les Opera philosophica quae latine scripsit omnia ante quidem per partes, nunc autem, post cognitas omnium Objectiones, conjunctim et accurate edita (Amstelodami 1668, 4°, 2 vol.) : sur le rapport entre la morale et la religion d’un côté et le régime et la volonté du souverain de l’autre, voir De cive, Imperium, XII.i-ii.82-83 et XIII.v.92.

[115] Leviathan, or the matter, forme and power of a commonwealth ecclesiasticall and civill (London 1651, folio). Bayle, qui ne lisait pas l’anglais, connut l’ouvrage par sa traduction latine, procurée par Hobbes lui-même : Leviathan sive de materia, forma et potestate civitatis ecclesiasticæ et civilis (Amstelodami 1668, 4°), une traduction latine qui, elle aussi, connut plusieurs éditions. Dans l’édition de 1668, le Leviathan est suivi d’un appendice renfermant une série d’objections et de réponses, dont Bayle semble s’inspirer. Pour les idées de Hobbes sur l’autorité des Ecritures, voir Leviathan, I.vii.34 et III.xxxiii.176-182 ; pour l’eschatologie de Hobbes et sa doctrine de la matérialité de l’âme et de Dieu, voir Leviathan, III.xxxviii.208-217 ; III.xlvi.320 ; et Appendix, iii.360-363.

[116] Sur le caractère corporel de Dieu, voir Leviathan, I.xii.7 ; sur la mortalité de l’âme humaine, III.xxxviii.3 et IV.xliv.11 ; voir en général tout ce chapitre xliv. On peut conjecturer que les échos favorables à Hobbes qui avaient atteint Jacob Bayle s’expliquent par l’antipapisme du livre IV du Leviathan, consacré au royaume des ténèbres, mais il fallait beaucoup de candeur à un lecteur pour chercher chez Hobbes une démonstration convaincante de l’existence du Dieu chrétien…

[117] Nous n’avons su identifier ce M. de Sarraute, habitant des environs du Carla : il s’agit sans doute d’un ancien militaire, comme on le verra par les allusions ultérieures de Bayle à ses compétences.

[118] Il s’agit sans doute d’une confusion dans un des ouvrages de Pierre Gaucher (ou Scévole) de Sainte-Marthe, L’Estat de la Cour des roys d’Europe, où l’on voit les noms, surnoms, qualitez, armes, alliances, et postéritez des roys et princes souverains et autres princes et princesses de leurs maisons, vivans dans l’Europe (Paris 1670, 12°, 3 vol.), ou bien son Histoire généalogique de la maison de La Trémoille, justifiée par charte d’églises, arrests des Parlements (Paris 1667, 12°).

[119] Voir Lettre 152, n.22. Bayle fait peut-être ici deux personnes d’une seule. En effet, Jean Paul de Rochechouart de Barbazan d’Astarac, marquis de Faudoas, qui fut le dernier représentant de sa branche, avait recueilli en 1677 les noms, biens et armes de la maison d’ Astarac de Fontrailles, à laquelle appartenait sa grand-mère maternelle. Il mourut en 1696.

[120] Les Levis-Léran, qui deviendront Levis-Mirepoix au siècle, constituent une des branches de la maison de Levis, que Bayle décrira dans le DHC comme « l’une des plus nobles et des plus illustres qui soient en France » (art. « Perot », rem. A). La famille Levis-Léran fournit plusieurs chefs de guerre à la cause protestante en Haut-Languedoc au siècle et à l’époque des guerres de Rohan, en la personne de Philippe, qui mourut en 1573, et de son frère, Gabriel, qui mourut en 1638. Bien que réformé, le fils de Gabriel, Jean-Claude, fit un mariage catholique en 1629 en épousant Angélique Castelnau de La Loubère. Ce Jean-Claude de Levis-Léran mourut décapité en 1654, condamné par le parlement de Toulouse, bien que, formellement, son cas ait relevé de la Chambre de l’Edit de Castres ; son fils aîné, Gaston VIII de Levis-Léran, obtint que soit réhabilitée la mémoire du condamné peu d’années plus tard. Ce Gaston VIII épousa successivement deux protestantes et semble n’avoir abjuré (avec son fils aîné, Paul Louis, né en 1666) qu’à la Révocation. En revanche, un fils cadet, Claude, marquis de Léran, put quitter la France et servit dans les armées britanniques sous Schomberg ; par ailleurs, deux de ses sœurs furent emprisonnées à Castres à cause de leur refus d’abjurer. En ce qui concerne l’alliance des Levis-Léran et des Foix-Rabat, indiquons qu’une sœur de Jean-Claude, Isabeau, épousa (en secondes noces quant à elle) Jean-Roger de Foix, vicomte de Rabat et qu’une fille de ce couple, prénommée Isabeau comme sa mère, épousa en 1646 Jacques de Foix, baron de Rabat, neveu du vicomte Jean-Roger I (voir Lettre 37, n.14 et 15). C’est elle que Bayle a vue à Daumazan-sur-Arize, situé tout près du Carla, à l’Ouest. Voir Archives du château de Léran. Inventaire historique et général des documents de la branche Levis-Léran devenue Levis-Mirepoix (Toulouse 1903, 4 vol., sans nom d’auteur, mais avec une préface signée Siméon Olive), tome I, passim. Le château de Léran est situé un peu au sud de Mirepoix, et celui de Rabat, dans la montagne, un peu à l’ouest de Tarascon-sur-Ariège. Notons que la notice concernant les Levis dans Haag 2 comporte de fâcheuses confusions et des erreurs multiples de prénoms.

[121] Sur cette dissertation, voir Lettre 108, n.13, et sur Jacques Moisant de Brieux, Lettre 36, n.27.

[122] Voir sur ces ouvrages Lettres 74, n.16, et 121, n.13, et l’« Eloge de M. Spon le Père » paru dans les NRL, juillet 1684, art.V.

[123] Jacob Spon, Voyage d’Italie, de Dalmatie, de Grèce et du Levant, fait aux années 1675 et 1676 par Jacob Spon […] et George Wheler (Lyon 1678, 12°, 3 vol.) ; voir JS du 28 mars 1678, et Mercure galant, octobre 1678, p.308-309. Sir George Wheler (1650-1724) allait lui aussi raconter ses voyages : A Journey into Greece […] in company of Dr Spon of Lyons (London 1682, folio), qui fut traduit en français : Voyage de Dalmatie, de Grèce et du Levant (Amsterdam 1689, 12°, 2 vol.). Voir aussi l’édition critique de l’ouvrage de Spon établie par R. Etienne et J.C. Mossière (Paris 2004).

[124] En fait, La Guilletière répondit indépendamment : Lettres écrites sur une dissertation d’un voyage de Grèce publié par M. Spon (Paris 1679, 12°) : voir le JS du 23 janvier 1679. Spon rétorqua dans Reponse à la critique publiée par M. Guillet sur le voyage de Grèce (Lyon 1679, 12°) et Suite du voyage de Grèce, servant de reponse à la critique publiée par M. Guillet (s.l. 1680, 12°). Sur cette bataille, voir Mercure galant, décembre 1678, p.195.

[125] Sur cet ouvrage de Guillet de Saint-Georges, voir Lettre 151, n.18.

[126] Sur cette traduction de la Bible, voir ci-dessus n.29 et Lettre 136, n.20.

[127] Les Fatio sont très nombreux à Genève à cette époque. Il pourrait s’agir ici de François Fatio (1622-1704). Né à Zurich, il s’établit à Genève et fut reconnu habitant avant 1647, bourgeois le 6 février 1674, banquier, conseiller des Deux-Cents en 1658, diacre de la bourse italienne en 1669, Conseiller des Soixante en 1680 ; il acquit la seigneurie de Bonvillars au district de Grandson en 1675, et laissa des legs importants aux trois bourses française, italienne et allemande. Marié à Genève le 10 janvier 1647 avec Marie Franconis, il eut vingt-quatre enfants. Voir J.-A. et J.B.G. Galiffe, Notices généalogiques sur les familles genevoises depuis les premiers temps jusqu’à nos jours (Genève 1829-1892), iv.179.

[128] Bayle avait donc consulté Falentin de La Rivière, qui, sur la foi de Frémont d’Ablancourt, lui confirma que l’avocat Barbier d’Aucour était l’auteur aux sympathies jansénistes des Sentimens de Cleante ; sur cet ouvrage, voir Lettre 13, n.70. Sur Frémont d’Ablancourt, voir R. Zuber, « Entre Paris et La Haye : Frémont d’Ablancourt (1621-1693) réfugié », in Conflits politiques, controverses religieuses, dir. O. Elyada et J. Le Brun, p.223-230.

[129] Il s’agit sans doute de Pierre de La Noue, Le Grand Dictionnaire des rimes françoises, selon l’ordre alphabétique, diligemment reveu, corrigé et de nouveau augmenté (Genève 1623, 8°). A cet ouvrage succédera celui de Pierre Richelet, Dictionnaire des rimes (Paris 1692, 12°).

[130] Voir Lettre 104, n.22.

[131] La tradition folklorique poitevine, recueillie et popularisée par Jean d’Arras, au siècle, faisait de Geoffroy la Grand’dent un des fils de la fée Mélusine et d’un seigneur de Lusignan. Alors que la fée, femme-serpent le samedi, avait de multiples aspects bienfaisants, Geoffroy était décrit comme un seigneur brutal et terrible. Dans la légende surnageaient quelques faits historiques, puisqu’en 1242 Geoffroy de Lusignan se trouvait en conflit avec saint Louis. Bayle connaissait probablement la légende par Brantôme, Vie des grands capitaines, « M. de Montpensier », éd. Lalanne, v.19-20, ou par Rabelais, Pantagruel, chap. 5. Sur Mélusine (et accessoirement sur Geoffroy la Grand’dent), voir Jean d’Arras, Mélusine, ou la noble histoire de Lusignan, roman du siècle, éd. J.-J. Vincensini (Paris 2003) ; E. Le Roy Ladurie, « Mélusine ruralisée », in Le Territoire de l’historien (Paris 1973), p.281-298 ; sur les adaptations et traductions ultérieures de la version de Jean d’Arras, voir l’article et la bibliographie de B. Hébert, « La folie, miroir de la sagesse : pour une lecture de la Mélusine de Thüring von Ringoltingen », in Sagesse, démesure et folie, Actes du colloque de Saint-Etienne, éd. D. Alexandre (Saint-Etienne 1996).

[132] Pierre Borel, Historiarum et observationum medico physicarum centuriæ IV […] Accesserunt D. Isaaci Cattieri […] observationes medicinales raræ Dom. Borello communicatæ et Renati Cartesii vita eodem Borello authore, quæ omnia nunc primum in lucem prodeunt (Parisiis 1657, 8°) : voir Lettres 140, n.15, et 146, n.6 et 9.

[133] Sur les Centuries de Pierre Borel, voir Lettre 146, n.7.

[134] Isaac Cattier acheva ses études de médecine à Montpellier en 1637 et c’est évidemment sur les bancs de la Faculté que ce Parisien se lia avec son coreligionnaire Pierre Borel : Montpellier était la seule faculté de médecine du royaume qui n’exigeait pas de preuves de catholicité de ses étudiants. Cattier exerça la médecine à Paris et publia quelques ouvrages médicaux.

[135] Pierre Gassendi, Viri illustris Nicolai Claudii Fabricii de Peiresc […] vita (Parisiis 1641, 4° ; 2 e éd. Hagæ Comitis 1651, 12° ; 3 e éd. Hagæ Comitis 1655, 4°) ; Tychonis Brahei, equitis Dani, astronomorum coryphæi, vita […] Accessit Nicolai Copernici Georgii Peurbachii et Joanni Regiomontani, astronomorum celebrium, vita (Parisiis 1654, 4° ; 2 e éd. Hagæ Comitis 1655, 4°).

[136] Philibert de La Mare (1615-1687) travailla sa vie durant à une biographie de Saumaise qui ne vit jamais le jour ; toutefois, il édita certains textes inédits de Saumaise : voir Lettre 28, n.9.

[137] En 1662, à Puylaurens, Jacob Bayle avait été le condisciple d’un Thérond, proposant comme lui : voir Lettres 2, n.6, et 146, n.23.

[138] Voir Lettre 83, n.2. C’est apparement Adolphe, le fils cadet de Jean de Beringhen, qui a hérité du titre de Fléhedel. Sur le Beringhen d’une branche passée au catholicisme, « Mr le Premier », voir Lettre 144, n.14, et Saint-Simon, i.193, 265.

[139] A savoir, des conseillers réformés, les huguenots se décrivant souvent eux-mêmes comme le « petit troupeau », par allusion à Luc 12,32. Voir Lettre 156, p. : la liste des conseillers réformés au Parlement de Paris.

[140] Bayle fait de nouveau allusion à l’ abbé de R. qui lui inspire cette crainte d’être découvert en tant que relaps : si cet abbé était parti pour Alet en Languedoc, Bayle n’avait plus lieu de craindre de le rencontrer par hasard lorsqu’il se rendrait à Paris.

[141] Pierre Rainssant (1640-1689), médecin mais surtout numismate, conservateur des médailles de Louis XIV en 1684, deviendra par la suite un des correspondants de Bayle (voir notamment NRL, avril 1685 cat.II et avril 1686 art.V). Voir JS du 18 juillet 1678 : « Lettre de Fr. Bayle à l’auteur du Journal sur un enfant demeuré 26 ans dans le ventre de sa mère » ; et du 22 août 1678 : « Examen savant et curieux sur toutes les circonstances de l’histoire prodigieuse de l’enfant de Tolose, tiré d’une lettre de M. Rainssant, Docteur et professeur en médecine à Reims, écrite sur ce sujet à l’auteur du Journal le 15 août 1678 ». Voir aussi le récit de Rainssant dans le Mercure galant, juillet 1678, p.75-91. Le livre de François Bayle s’intitula : Histoire anatomique d’une grossesse de 25 ans avec la recherche de tout ce qu’on a observé de plus considerable là-dessus (Toulouse 1679, 12°) : voir le compte rendu dans le JS du 23 janvier 1679.

[142] Pierre Rainssant avait en effet une double compétence : il était médecin et antiquaire avec la fonction de garde des médailles du roi. Bayle a lu le JS du 12 septembre 1678, où est annoncée la publication de la Dissertation sur l’origine de la figure des fleurs de lis, « par M. Rainssant, docteur et professeur en médecine à Reims », 1678. Nous n’avons pas pu localiser cet ouvrage.

[143] Sur ces Tables historiques de Jean Rou et leur saisie par les autorités, voir Lettre 78, n.5 (Bayle l’évoquera dans les NRL, janvier 1686, cat.VII à la fin) ; sur le rôle de Montausier auprès des réformés, voir Lettre 11, n.64.

[144] Par « doubler du point », entendez : doubler du point de dentelle ; le papier servait à donner un peu de rigidité à l’ouvrage de la dentellière. Sur les thèses de Marc Borle portant sur le temps et composées lors du concours pour le poste de Sedan, voir Lettre 115, p.302 ; les thèses de tous les candidats sont perdues.

[145] Il s’agit de la liste des lieux d’exercice et des noms des pasteurs des deux provinces de Berry et d’Ile-de-France. Cette liste se trouvait évidemment sur une feuille à part qui n’a pas été retrouvée.

[146] Cette lettre de Bayle à Basnage ne nous est pas parvenue.

[147] Ce projet n’a pas été réalisé avant S. Mours, Les Eglises réformées en France (Paris, Strasbourg 1958).

[148] Bayle a déjà fait allusion à la traduction par le Père Lubin de l’ Histoire de la Lapponie de Johannes Scheffer : voir Lettre 151, n.12 ; il se réfère ici à sa carte des augustins : il s’agit sans doute de son Orbis augustinianus, sive conventuum ordinis eremitarum S. Augustini chorographica et topographica descriptio (Parisiis 1659, 4°), dont une nouvelle édition parut en 1672.

[149] Voir la carte des postes par Melchior Tavernier (et non pas par Sanson) en 1632, vol.I, figure n° 1.

[150] Allusion au projet de voyage de Jacob au nord de la Loire : voir Lettre 153, n.47.

[151] Baudan est le nom d’une importante famille protestante de Nîmes qui compta dans ses rangs de nombreux pasteurs et de nombreux officiers : il est impossible d’identifier avec certitude celui de ses membres qui profita du voyage d’une troupe de recrues pour aller jusqu’en Ardennes voir Jurieu ; cependant, l’allusion faite à un séjour antérieur en Angleterre permet de conjecturer qu’il pourrait s’agir de Pierre Baudan, fils de Louis, sieur de Vestric. A la Révocation, ce Pierre Baudan se trouvait pasteur de Saint-Sever-du-Moustier (actuellement Aveyron) et le devint au Refuge à Haarlem, puis à Delft.

[152] Il a été impossible d’identifier plus précisément l’ étudiant en théologie copiste (qui, d’ailleurs, ne portait pas nécessairement le patronyme de Baudan) de l’ouvrage de Jurieu, Traité de la puissance de l’Eglise : sur cet ouvrage, voir Lettre 141, n.21 et Kappler, Bibliographie de Jurieu, p.353-355.

[153] Ce portrait de Jacob, s’il fut exécuté, ne nous est pas parvenu.

[154] Treize thèses rédigées par André Martel et imprimées à Montauban et Puylaurens (1653-1672) sont conservées à la bibliothèque de la Faculté de théologie de Montpellier sous la cote 16402. Voir la liste des titres publiée dans H. Bost, Ces Messieurs de la R.P.R. Histoires et écritures de huguenots, - siècle (Paris 2001), p.77.

[155] André Martel, Réponse à la méthode de M. le cardinal de Richelieu, divisée en quatre livres (Quevilly 1674, 4°) ; il s’agissait d’une réponse – tardive – au Traité qui contient la méthode la plus facile et la plus asseurée pour convertir ceux qui se sont separez de l’Eglise (Paris 1651, folio), réédité in-4° en 1657 et en 1663. L’ouvrage avait été composé, sur les indications du cardinal, par l’oratorien Louis Du Laurens (1589-1671). Sur son rôle probable dans la conversion momentanée de Bayle au catholicisme, voir E. Labrousse, Pierre Bayle, i.66-71.

[156] Voir Lettres 147, p., et n.59, et 153, n.46 : Jurieu avait demandé des informations sur le fonctionnement de l’académie de Puylaurens, et Jacob Bayle s’était acquitté consciencieusement de l’enquête demandée.

[157] Par cette expression, Bayle s’engage à une réciprocité dans les échanges de mémoires.

[158] Des Réaux de La Richardière, Journal de l’expédition de M. de La Feuillade pour le secours de Candie, par un volontaire (Lyon 1669, 12°), p.4 : « Si M. de La Feuillade passa seul en Espagne, pour y venger l’honneur de Sa majesté contre le comte de Saint-Oné, qui avait tâché de le noircir par d’insolents discours ; on en parle comme d’une fanfaronade qui n’est digne que d’un brave capricieux... » Sur Henri Bourcier de Barry, sieur de Saint-Aunais, voir Tallemant des Réaux, Historiettes, ii.231 et 1098, n.10. Saint-Aunais s’était réfugié en Espagne en mars 1665 ; ce n’était jamais que la troisième fois qu’il trahissait son roi – et on disait à Paris qu’il s’était choisi une devise offensante pour les fleurs de lys... La Feuillade prit la route de Madrid en compagnie du chevalier de Béthune, comme second, mais ils s’en revinrent sans qu’il y ait eu effusion de sang : tout Paris en plaisanta.

[159] Sur les aventures militaires en Espagne sous le ministère de Mazarin, voir A. Chéruel, Histoire de France sous le ministère de Mazarin.

[160] Il s’agit apparement de Jean de Monpezat, marquis de Carbon : voir Lettre 78, n.15.

[161] César-Phœbus d’Albret, maréchal de France (1614-1676) était beau-père et oncle de Charles-Amanieu d’Albret, qui fut tué à Pinon, près de Laon, dans la nuit du 5 au 6 août 1678 par Claude-François de Bussy-Lameth, époux d’ Henriette de Roucy-Sissonne ; voir Mme de Sévigné, ii.619-20, lettre à Bussy-Rabutin du 9 août 1678. Bayle tire peut-être son information, singulièrement précise, de Falentin de La Rivière, qui se trouvait auprès de Schomberg. Il la reprendra dans le DHC, art. « Albret ».

[162] Jean de Gassion : voir Lettre 138, n.5.

[163] Nous n’avons su identifier cette famille.

[164] Louis d’Astarac (début du siècle-1677), vicomte de Fontrailles (ou Fontarailles), marquis de Marestang, sénéchal d’Armagnac, avait été mêlé à la conspiration de Cinq-Mars. L’hostilité que lui témoignait Richelieu avait pour origine son duel avec le mari de sa propre sœur Paule, Roger de Bussolts, comte d’Espenan, gouverneur de Salces. Louis d’Astarac était père de Paule d’Astarac, qui épousa en 1672 Louis-Félix de Nogaret, marquis de La Valette (1635-1695), lieutenant général des armées du roi. La fille née de cette union que Bayle mentionne ici ne semble pas avoir atteint l’âge adulte. Louis d’Astarac eut pour héritier son petit-neveu, Paul de Rochechouart-Faudoas, petit-fils de Paule d’Espenan.

[165] Claude de Bourdeille, comte de Montrésor (1606-1663), Mémoires […] Diverses pièces durant le ministère du cardinal de Richelieu. Relation de M. de Fontrailles. Affaire de MM. les comtes de Soissons, ducs de Guise et de Bouillon, etc. (Cologne 1663-65, 12°, 2 vol.). Bayle estropie le nom de Fontrailles.

[166] Roger de Bussolts, comte d’Espenan (?-1646), baron du Luc, gouverneur de Salces. Salces est une place du Roussillon réduite par la famine le 24 décembre 1639, mais que les Français reprirent le 29 septembre 1642. Leucate est sur la côte du Roussillon.

[167] Cette lettre ne nous est pas parvenue. Sur Vidal d’Auch, voir Lettre 153, n.34.

[168] Nous n’avons su identifier M. de Marin, marquis de Mallèche : Pinard n’enregistre pas ces noms.

[169] François de Cassagnet, marquis de Fimarcon, était fils d’un premier mariage de Paul-Antoine de Cassagnet (avec Antoinette-Françoise d’Esparbès), célébré en 1607, et frère consanguin de Jean-Jacques Cassagnet de Fimarcon (1628-1708), issu du second mariage de leur père, en 1623, avec sa cousine Paule-Françoise de Narbonne, fille du marquis Almaric de Fimarcon. Jean-Jacques Cassagnet de Fimarcon épousa en 1656 Marie-Angélique de Roquelaure (1623-1678), fille du second mariage du maréchal Antoine de Roquelaure (1543-1625) avec Suzanne de Bassabat, et donc sœur cadette de Gaston-Jean-Baptiste (1615-1683) au bénéfice duquel Roquelaure fut érigé en duché-pairie en 1652. Il fut tué à la bataille près de Mons le 14 août 1678 : voir l’extraordinaire de la Gazette, n°87 : « Le combat donné près de Mons […] », du 30 août 1678.

[170] Bayle a cherché le détail de cette alliance entre les Fimarcon et les Stafford dans L’État de la France où l’on voit tous les princes, ducs et pairs, maréchaux de France, et autres officiers de la couronne : les évêques, les gouverneurs des provinces, les chevaliers des ordres, les cours souveraines, etc. Ensemble les noms des officiers de la maison du roi et le quartier de leur service ; avec leurs gages et priviléges, et l’explication des fonctions de leurs charges. Comme aussi des officiers des maisons royales, de la reine et de Monsieur, etc. Avec plusieurs traités particuliers. Le tout enrichi d’un grand nombre de figures, et dédié au roi, par N. Besongne (Paris 1665, 12°). En effet, cette alliance – si elle est réelle – semble avoir échappé aux généalogistes, et l’alliance entre les Roquelaure et les Stafford est bien plus tardive : voir Saint-Simon, éd. Boislisle, xvi.73-75, et Dictionnaire de Port-Royal, article « Gramont ».

[171] Gaston-Jean-Baptiste, duc de Roquelaure en 1652, était le fils du second mariage du maréchal Antoine de Roquelaure. Une sœur du duc de Roquelaure, Louise de Roquelaure, issue du premier mariage du maréchal, avait épousé en 1607 Antoine II de Gramont, comte de Guiche, puis maréchal de Gramont, et était morte en 1610 (cinq ans avant la naissance du futur duc de Roquelaure), probablement assassinée par son mari en châtiment d’un adultère. La très longue vie du maréchal de Roquelaure, qui n’eut de fils qu’en secondes noces, explique l’exceptionnelle différence d’âge entre ce dernier et sa sœur.

[172] Nous n’avons su identifier plus précisément M. de Montaigu, ancien gouverneur de Rocroi et cornette des chevau-légers du roi, lieutenant du roi dans la Basse-Guyenne et gouverneur du Château-Trompette. Sur cet établissement, voir Bordeaux de 1453 à 1715, dir. R. Boutruche (Bordeaux 1966). Pinard n’enregistre pas sa carrière.

[173] Sur le comte de La Serre, voir le Mercure galant, janvier 1678, p.296-299 ; Pinard ne donne aucune information sur lui ; il sera reçu conseiller d’honneur au parlement de Toulouse l’année suivante : voir Mercure galant, mars 1679, p.97-99.

[174] Pierre Bouchard d’Esparbès de Lussan, comte d’Aubeterre (1657-1748), épousa Julie-Michelle de Sainte-Maure en 1678 ; elle était fille du comte de Jonzac. La vicomté d’Aubeterre avait passé aux Esparbès de Lussan parce que François d’Esparbès de Lussan (mort en 1628), maréchal en 1620, avait épousé la fille unique du vicomte d’Aubeterre. La fille aînée du maréchal, Marguerite, avait épousé Léon de Saint-Maure, comte de Jonzac (mort en 1671) : comme il était fréquent, les alliances entre familles se répétaient de génération en génération. Il est à noter que David Bouchard, vicomte d’Aubeterre, baptisé réformé, était passé au catholicisme et avait même été Ligueur avant de se rallier à Henri IV. Bayle s’intéresse avant tout à la descendance, généralement devenue catholique, de nobles protestants du siècle. Le feu archevêque de Sens est Louis-Henri de Pardailhan de Gondrin (1620-1674), issu du second mariage d’ Antoine-Arnaud de Pardailhan avec Paule de Saint-Lary de Bellegarde ; une des sœurs de l’archevêque, Marie-Claire, épousa, en 1645, Pierre Bouchard d’Esparbès de Lussan, marquis d’Aubeterre, père du comte. Notons que Louis-Henri de Pardailhan de Gondrin, marquis de Montespan (mort en 1702), neveu de l’ archevêque de Sens et époux de Françoise-Athénaïs de Rochechouart, maîtresse de Louis XIV, était héritier du duc de Bellegarde par son aïeule paternelle, et duc d’Epernon par son aïeule maternelle.

[175] M. de Saint-Preuil est François de Jussac, décapité le 9 novembre 1641 à Arras. Les Mémoires de Montglat étaient encore inédits à la date où Bayle écrit ; il est probable qu’il connaît l’affaire par un volume publié en 1650 sous le titre Mémoires du cardinal de Richelieu, contenant tout ce qui s’est passé à la Cour pendant son administration, ensemble le procès de M. le maréchal de Marillac, de Montmorency, de Saint-Preuil, de Cinq-Mars et de Thou, avec plusieurs autres pièces que l’on a trouvées après sa mort écrites de sa main (Gouda 1650, 12°). Bayle évoquera le récit de Rosset dans la Lettre 164, p. (voir n.64). Sur Sarraute, voir ci-dessus n.115.

[176] Louis de Pontis, Mémoires du sieur de Pontis contenant plusieurs circonstances des guerres et du gouvernement sous les règnes des rois Henri IV, Louis XIII et Louis XIV [rédigés par Pierre Thomas Du Fossé] (Paris 1676, 12°, 2 vol.), comporte plusieurs passages se rapportant à Saint-Preuil : i.367-373, ii.32-35, 212-215, 231-257. Voir aussi l’édition critique établie par F. Villard (Paris 2000).

[177] Sur l’échelonnement des signatures du traité de Nimègue, voir Lettre 155, n.4.

[178] Il s’agit du « popish plot » dénoncé par Titus Oates (1649-1705). Expulsé de toutes les communautés par où il était passé au cours de sa carrière – études de collège, sacerdoce anglican, noviciat chez les jésuites de Valladolid, séjour dans un séminaire de Saint-Omer –, Oates avait fini par fabriquer et accumuler contre les catholiques britanniques des allégations extravagantes concernant un projet de régicide et de rébellion générale dans les trois royaumes. Une certaine couleur fut donnée à ces allégations par la découverte de quelques lettres compromettantes de la main du jésuite Edward Coleman, secrétaire de la duchesse d’York et d’intelligence avec le gouvernement français, ainsi que par l’assassinat, dont l’auteur reste inconnu encore, de Sir Edmund Berry Godfrey, le magistrat devant lequel Oates avait fait ses premières dépositions. Le pays était en tout cas agité depuis longtemps par la peur d’attentats de la part de pays étrangers catholiques contre la liberté de croyance des sujets britanniques. Les jésuites qui souffrirent en conséquence la peine de mort et les nombreux autres catholiques inoffensifs qui furent emprisonnés pendant quelque temps ressentaient le contrecoup de la politique de subversion pratiquée par Louis XIV à l’égard de l’Angleterre. C’est certainement de sources orales ou de journaux hollandais que Bayle tire cette vision d’un complot catholique et la vieille imputation aux jésuites de penchants régicides. Une foule d’articles de la Gazette sont consacrés à l’affaire : voir Lettre 163, n.30, et J. Kenyon, The Popish Plot (London 1972).

Accueil du site| Contact | Plan du site | Se connecter | Mentions légales | Statistiques | visites : 122531

Institut Cl. Logeon