Lettre 383 : François Janiçon à Pierre Bayle

[Paris, le 2 février 1685]
 [1] • Essais d’un dictionnaire universel, contenant generalement tous les mots françois tant vieux que modernes, et les termes de toutes les sciences et des arts, scavoir, la philosophie, logique et physique, la medecine ou anatomie ; pathologie, terapeutique, chirurgie, pharmacopée, chymie, botanique ; ou l’histoire naturelle des plantes, et celle des animaux, mineraux, metaux, et pierreries, et les noms des drogu[es] artificielles. La jurisprudence civile et canonique, feodale, et municipale, et surtout celle des ord[onnances]. Les mathematiques, la geometrie, l’arithmetique, et l’algebre. La trigonometrie, geodesic, ou l’arpentage et les sections coniques. L’astronomie, l’astrologie, la gnomonique, la geographie : la musique, tant en theorie qu’en pratique, les instrumens à vent et à cordes, l’optique, catoptrique, dioptrique, et perspective. L’architecture civile, et militaire, la pyrotechnie, tactique et statique, les arts, la rhetorique, la poësie, la grammaire, la peinture, sculpture etc. La marine, le manege, l’art de faire des armes, le blason, la venerie ; fauconnerie, pesche, l’agriculture ou maison rustique, et la pluspart des arts mechaniques : plusieurs termes des relations d’Orient et d’Occident, la qualité des poids, mesures, et monnoyes. Les etimologies des mots, l’invention des choses et l’origine de plusieurs proverbes et leur relation à ceux des autres langues. Et enfin les noms des autheurs qui ont traité des matieres qui regardent les mots expliquéz avec quelques histoires, curiositez naturelles, et sentences morales qui seront rapportées pour donner des exemples de phrases et de constructions. Le tout extrait des plus excellents auteurs anciens et modernes. Receuilly et compilé par messire Antoine Furetière abbé de Chalivoy de l’Academie françoise, 1684, avec privilege du roy.

Au Roy

Sire

Le plus humble de vos sujets se prosterne aux pieds de V[otre] M[ajesté] et luy demande justice et protection pour ce petit ouvrage qu’il luy presente. C’est la priere ordinaire que font les auteurs aux grands princes dans leurs dedicaces : mais elle n’a jamais esté faite en une plus pressante necessité. Ce n’est icy qu’un leger essay d’u[n] prodigieux travail qui contient plusieurs gros volumes. J’ay entrepris une encyclopedie de la langue franc[oise] pour la faire connoistre aux estrangers, et la transmettre dans toute son étenduë à la postérité. Comme son abondance consiste en l’explication des arts et des sciences ; c’est à quoy je me suis particulierement attaché, et j[e] les ay compris en un mesme corps, ce qui n’a point encore été fait en pas une langue. On peut dire que jam[ais] ce travail ne pouvoit venir plus à propos, puis que jamais les arts et les sçiences n’ont été portées à un plus haut point de perfection que sous le regne heureux de V[otre] M[ajesté]. Ses conquestes par terre et par mer [ont] rendu si celebres [ sic] l’art de la guerre, et de la marine : la magnificence de ses batimens a rassemblé tout ce qu’il y a de plus acquis dans les beaus arts : ses liberalités ont établi des academies florissantes pour l’avancement des sçiences : il est donc necessaire de mettre au jour un ouvrage qui en puisse expliquer les termes et en publier les merveilles. Tant de belles ordonnances qu’à fait[es] V[otre] M[ajesté] pour le reglement de la justice, des finances, de la marine, de la guerre ; des eaux et forests, et du commerce contiennent des termes inconnus à plusieurs de vos sujets : et elles pourroient avoir quelque jour le sort des loix des Douze Tables qui n’estoient plus entendües à Rome du tems de Jules Cæsar. Cependant, Sire, comme l’envie traverse tous les bons desseins ; l’interest particulier d’un libraire, qui a imprimé une petite partie du Dictionnaire de l’Accad[émie] francoise, s’oppose à l’impression de celui cy, quoy qu’il soit entierement different. Il a gagné quelques uns de cet illustre corps que je respecte. Je sçay qu’il a l’honneur d’estre sous votre protection. Mais je sçay aussy que V[otre] M[ajesté] ne donne protection à personne que dans la justice, et en connoissance de cause. Je sçay qu’elle a prononcé elle méme contre ses propres interests quand il s’agissoit de plusieurs millions, et que / cette action heroïque qui encherit sur celles des Cæsars est le sujet du prix de poësie qui doit estre donné cette année. Je n’ay point besoin de combattre cette compagnie ; mais seulement quelques uns qui veulent prendre avantage d’une clause extraordinaire qu’on a glissée dans un privilege surpris de Mr d’Aligre sur la fin de ses jours. Cette clause porte des deffenses à toutes personnes de faire aucun dictionnaire françois pendant vingt ans, à compter du jour que celuy de l’Accademie sera imprimé. Elle en a fait à peine la moitie depuis 50 ans, c’est à dire que cette deffense s’etendra à une grande partie du siecle futur. D’ailleurs je suis tres certain que jamais l’intention de V[otre] M[ajesté] n’a été d’accorder une grace de cette nature, et qu’on ne luy en a jamais fait de remerciemens : ce qui montre que ce n’est pas le corps entier de l’Accademie qui l’a demandée puis qu’elle a fait des deputations nombreuses à des personnes fort subalternes pour les remercier de moindres faveurs. On connoit la protection generale que V[otre] M[ajesté] donne aux scavants, et on ne pourra pas croire qu’elle ayt voulu ôter à la literature cette honneste liberté dont elle a jouy dans tous les siecles et chez toutes les nations, ni donner une exclusion qui s’accorde seulement pour des interests pecuniaires de manufactures. L’accroissement des Lettres n’est venu que par l’emulation et la critique des autheurs, dont le different genie ayant traité les mémes sujets en differentes manieres, les ont enfin epuisez. Cela doit avoir lieu particulierement en matiere de dictionnaires, parce qu’ils ne peuvent jamais contenir assez de mots pour expliquer toutes les choses dont l’etendüe est infinie ; de sorte que le moindre peut servir de suplément au meilleur. Enfin, Sire, toutes les muses auront grande obligation à V[otre] M[ajesté] du champ libre qu’elle leur laissera pour s’exercer. Elles reconnoistront cette faveur par une infinité de poëmes et de panegyriques qu’elles feront à sa gloire ; moi mesme je m’efforceray de reveiller cette ardeur avec laquelle j’ay chanté autrefois vos victoires de la Franchecomté, et quoy qu’avec un genie que les ans ont affaibly, je publieroy chez tous les peuples où parviendra notre langue la grandeur de vos exploits, de vos bontés, et de vostre justice, comme estant, Sire, de V[otre] M[ajesté] le tres humble, le tres affectionné, et le tres obeissant serviteur et sujet. Furetiere Avertissement au lecteur.

Je vous prie de croire, mon cher lecteur, que quand j’ay conceu le dessein de ce grand ouvrage dont voicy un petit essay, ce n’a point été pour entreprendre sur le travail de l’Accademie françoise ; je la respecte autant qu’il est possible, et j’ay creu seulement contribuer de ma part au dessein qu’elle a de rendre service au public. Deux considerations m’y ont obligé, l’une qu’elle n’a pas compris dans son ouvrage les mots des arts et des sciences ; ainsi j’ay creu qu’elle ne trouveroit point mauvais que quelqu’un en fit le suplement. L’autre que pour satisfaire l’impatiance de plusieurs personnes, il estoit necessaire de leur donner un dictionnaire qui n’est pour ainsy dire que provisionnel, et le precurseur de celuy qui viendra en souverain dans une • entiere pureté juger tous les mots vieux et nouveaux, et interposer son autorité pour les faire valoir, je luy laisse sa jurisdiction souveraine, et ne pretends rien decider sur la langue. Je luy offre cet ouvrage comme de simples memoires qui luy pourront servir pour achever la derniere partie de son travail, et pour remplir les omissions de la premiere.

Cependant j’ay apris que quelques uns pretendent revendiquer quelques phrases communes, figurées et proverbiales qui ne sont icy employées que par necessité pour servir de passage et de liaison, ou pour arrondir le globe de cette encyclopedie de la langue que je me suis proposée. Je ne les employe que comme on fait le ciment pour lier les pierres d’un grand édifice, et je pretends n’avoir rien emprunté du Dictionnaire de l’Accad[émie], ny de ce qui luy peut appartenir en propre.

Le seul moyen de faire connoistre cette verité, c’est la conference de ces deux dictionnaires, ou du / moins d’un semblable essay. Le public en sera le juge, du moins on ne me peut pas reprocher d’en avoir rien pris depuis les lettres O, et P qui ne sont pas encore faites. L’uniformité qui est en tout mon ouvrage fera voir clairement que je n’ay pas eu besoin du Dictionnaire de l’Accademie pour faire les premieres lettres, puis que sans son secours j’ay bien fait les dernieres ; celles cy pourront donner un beau champ pour exercer un droit de represailles s’il y avoit lieu, puisqu’on y trouvera bien plus à prendre que ce qu’on pourroit pretendre que j’aurois pris. J’espere neanmoins que la seule vüe de ces deux dictionnaires fera paroistre tant de difference entre l’un et l’autre, que ceux qui se donneront la peine d’en faire la conference trouveront que celuy cy n’a aucun rapport avec celuy de l’Accademie.

Vous voyez par ce que vous venez de lire que M. de Furetiere est resolu de se maintenir autant qu’il pourra dans la liberté de faire imprimer son Diction[naire] [2]. Ce livre dont je vous ay fait coppier l’Epitre dédicatoire, et la preface, n’est qu’un échantillon de son ouvrage. On ne le vent point, et il en a donné seulement quelques exemplaires à ses amis pour justifier son dessein et faire subsister son privilege. Ce[t] avan[t] coureur de son ouvrage est un petit in 4° dans lequel il a mis 8 pages sur chacune des lettres de l’alphabet, jusques à la lettre V inclusivement, et outre les trois dernieres lettres le K, et le Q, n’y sont point non plus comprises. Sur chacune des lettres il ne met guere que des noms, et la pluspart substantif[s] où il y a des choses assez recherchées sans beaucoup de politesse, le tout pour justiffier la necessité de son ouvrage et montrer qu’il n’a point profité de celuy de Mrs de l’Accademie comme on l’en accuse. Ces Mrs ont deputé un de leur corps avec Mr le Chan[celier], à savoir Mr Raynïé Des Maretz leur secretaire [3] pour demander la revoccation du privilege accordé audit s[ieur] de Furetiere, et sont toujours resolus de le degrader de leur corps, dont il ne se met pas beaucoup en peine. Il y a eu des personnes qui se sont entremises d’un accomodement pour tâcher de luy faire donner par l’Accad[émie] ou par son libraire une somme de 8 ou 10 000 l[ivres] t[ournois] pour son dedomagement. Mais cet expedient ne sera peut estre point gouté de part ny d’autre. • C’est par cette raison que je ne vous conseille pas de parler de ce dernier article, pour tout le reste je croy qu’il n’y a guere de gens de lettres et dedans, et dehors le royaume qui ne soient bien aise d’en estre informés. Si vous y ajoutés quelques reflexions de vostre chef prenés garde s’il vous plaist à ne rien dire qui puisse blesser Mrs de l’Accad[émie], et que les 39 personnes dont elle est composée doivent bien plustost estre ménagées que Mr de Furetiere qui en est le . Joint que dans le fond quand son Dict[ionnaire] seroit encore meilleur qu’il n’est, il ne seroit pas exempt de blâme de l’avoir composé, et fait imprimer à l’inceu d’une compagnie dont il estoit membre.

Tous les gens de lettres de ce pays icy ont bien du regret de ce que vos Nouvelles [de la] republ[ique] ne se debitent plus avec la mesme liberté que cy devant, et ne peuvent s’empécher d’avoir du chagrin contre M. l’ abbé de La Roque auteur du Journal des scavans de Paris qu’ils soupçonnent d’en estre la cause [4] : il a mis à la fin de son dernier Journal qui est celuy de cette semaine, un avis [i], qui a quelque chose de malin, en ce qu’il dit que ceux qui vous envoyent des memoires de Paris • les donnent sans estre bien informés des choses, et que sur un de ces art[icles], qu’il cite du mois de decembre dernier, ils vous ont fait faire trois fautes considerables. Il n’en marque pourtant aucune ; mais il y a assés apparence que par là il a voulu jetter du degoust dans l’esprit des personnes qui prennent beaucoup de plaisir dans la lecture de vos Nouvelles. Cet art[icle] est le 2 e, ou pour mieux dire c’est le preambule que vous y avez mis à la teste de la dissertation de M. Du Rondel sur l’antiqu[ité] dont il y est parlé [i]. / Ce qu’il y a de singulier en cecy est que si vous avez failly, c’est apres moy qui vous ay mandé* la pluspart des choses que vous dites dans ce preambule, et que je les tenois toutes de la propre bouche de Mr l’ abbé de La Roque, sçavoir le nom des personnes qui composent l’Accad[émie] des medales, le tems, et le lieu de leur assemblée, avec le dessein qu’ils ont de mettre l’histoire du Roy en medalles [5]. Si vous vous sentés obligé de répondre à cet avis charitable de Mr l’abbé de La Roque vous pourrez, si vous le jugez à propos marquer ce que je viens de vous dire sans me nommer.

Au reste ceux qui ont pris goust dans la lecture de vos Nouvelles, et qui seroient bien fachez de ne la pouvoir continuer, croyent que Mr de Louvoy à qui appartient tout le proffit des postes étrangeres [6] tolerera facilement l’entrée de vos Nouvelles par cette voye, comme il tolere l’entrée des gazetes de Holande, et mesme celle des lardons, dont quelques uns sont assez malins et insolens, aussy bien que celle de la Gazete de Bruxelle qui ne ménage en aucune façon le gouvernement des min[istres] de France.

Quoy que Mr l’ abbé de La Roque ayt beaucoup plus à profiter que vous, je vous conseille pourtant d’ accepter l’offre que je vous ay fait[e] de sa part de vous envoyer reciproquement vos journeaux [7] à mesure qu’ils sont faits ; parce que si vous refusez ce party, il ne manquera pas de trouver des personnes en vos quartiers qui luy envoyeront vos Nouvelles. Il y a trois choses à mon avis • qui ont fourny de pretexte à la deffense qu’on a faite de les debiter, 1° les extraits des livres de Rel[igion] [8] qu’on aura dit estre d’autant plus dangereux qu’ils sont traités avec esprit et delicatesse, 2° la grande estime que vous paroissez faire des livres de Mr Simon [9] comme si vous entriez dans ses sentimens, 3° ce que vous avez dit cy devant touchant l’effet des bombes à Alger et à Gennes [10]. Ce 3 e chef vous doit faire prendre garde à ce que vous écrirez au sujet du livre que vous avez anoncé sur la fin de vostre mois de decembre dernier ; à scavoir le Dialogue italien entre les villes de Gennes et d’Alger fulminées par le Jupiter gaulois. Vous scavez sans doute bien que • celuy qui en est l’autheur, se nomme Marana, qui est un Gennois demeurant à Paris, et qui l’est aussy d’un autre livre que vous avez veu, intitulé, L’Espion du Grand Seigneur [11].

Apropos de Gennois, j’ay oublié cy devant à vous parler d’un livre nouveau que l’on voit icy depuis un mois, il est intitulé, Relation de l’estat de Gennes et le traité par lequel les Gennois se sont donnez à Charles six e et à ses successeurs roys de France, par Mr Le Noble procureur au parlement de Mets, imprimé à Paris chez Charles de Sercy 1685 [12]. • Je vous l’envoyeray par Mr de La Roque, qui comme vous pouvez l’avoir apris de luy, doit partir d’icy la semaine prochaine par la route de Metz, la trouvant plus commode ou plus seure que celle de Maëstricht. Je voulois aussy vous envoyer par luy une Dissertation sur douze medalles des jeux seculaires de l’empereur D’Omicien par Mr Raincan medecin, antiquaire et garde des medales du Cabinet du Roy [13]. Mais il m’a dit qu’il l’avoit acheté et qu’il vous le porteroit. Ce petit livre qui est à mon avis le premier qu’on se soit avisé d’imprimer à Versailles se vend icy chez Muguet.

J’ay • negligé de vous acheter un autre livre que j’ay veu afficher depuis un mois, intitullé, Observations sur la nouvelle deffense du Nouveau Testament de Monts. On m’a dit qu’il est composé par un jesuite de Rouen et demeurant à Paris nommé Le Tillier, lequel maltraite fort Mr Arnauld [14]. Je ne say s’il s’en acquite mieux que n’a fait Mr Malet [15] ; quoy qu’il en soit je croy qu’il est bon que vous en puissiez juger. C’est pourquoy je vous l’envoyeray, soit par Mr de La Roque, soit par autre voye, aussy bien que les cartes de Mr Sanson [16] que vous m’avez demandées. Vous ne m’avez point marqué si vostre / si vostre [ sic] amy les veut enlluminées, ou non. Elles sont au nombre de 42 en deux feuilles, cell[es] qui ne sont point enluminées à raison de 20 l[ivres] ; et celles qui le sont à 25 l[ivres]. Il ne sera point necessaire que vous en envoyiez l’argent à Mr Du Rondel, mais vous le pourrez donner à Mr Jozeph [17] pour partie du payement de ce que je luy devray pour les exemplaires des livres en blanc qu’il me doit envoyer. • J’oubliois à vous dire que Mr Sanson de qui j’ay acheté ses cartes, m’a prié de vous asseurer de l’estime qu’il a pour vous, et de vos ouvrages, et de vous demandez si vous aviez veu son petit livre contre l’ abbé Baudran lorsque vous en avez parlé dans vos Nouvelles, et ajouté qu’il preparoit quelque chose contre Mr Valois [18], ou si vous l’avez fait sur des memoires qui vous ayent esté envoyez de ce pays icy. Si vous n’avez pas veu son livre il m’a dit qu’il me le bailleroit pour vous l’envoyer.

Je n’ay point encore eu de réponse de vous à un[e] lettre que je vous écrivis par un voyageur, en vous en envoyant une que • Mr vostre frere m’a[voit] écrite du Carla, non plus qu’à deux ou trois autres que je vous ay • écrite depuis ce tems là. La derniere que j’ay eu[e] de vous, est du 28 e decembre qui estoit sous le couvert de Mr de La S[ablière] [19] et q[ue] je n’ay receüe que fort longtems apres sa date. Mr de La Roque qui a veu le Cherit [ sic] de Mr Riche[let] dont vous me parlés [20] et qui en connoist l’auteur, pourra vous en dire des nouvelles. Je suis surpris de n’avoir point encore receu les 2 tomes que vous me deviez envoyer de vos Nouvelles pour Mrs de l’Accad[émie] [21]. Je • continue à faire passer cette lettre par Maëstricht en attendant que je sçache si vous les re[cev]ez promptement et seurement. A Dieu, Monsieur, je suis toujours tout à vous, [ainsi], qu’à Monsieur Du Rondel.

2e fev[rier]
Pour Monsieur Bayle

Maëstricht/ A Monsieur/ Monsieur Du Rondel/ au College/ A Maëstricht

Notes :

[1] La lettre est datée à la fin « 2 fév[rier] » ; l’année est déterminée par le fait que les renseignements documentés que donne la présente lettre sur le Dictionnaire de Furetière se retrouvent dans les NRL de février 1685, art. VI.

[2] Furetière venait de publier son Essai d’un dictionnaire universel contenant généralement tous les mots français tant vieux que modernes, et les termes de toutes les sciences et des arts [...] (Amsterdam 1684, 4°), préfiguration du Dictionnaire universel contenant generalement tous les mots françois tant vieux que modernes de toutes les sciences et des arts […] (La Haye, Rotterdam 1690, folio, 2 vol.). Voir le compte rendu de Bayle dans les NRL, février 1685, art. VI, et, sur Furetière et son Dictionnaire, F. Gégou, Antoine Furetière, abbé de Chalivoy, ou la chute d’un immortel (Paris 1962), A. Viala, « Une nouvelle institution littéraire, les dictionnaires du français vivant. Polémiques autour de la genèse d’un genre et ses significations sociales », in De la mort de Colbert à la Révocation de l’Edit de Nantes : Un monde nouveau ? Colloque du CMR-17 (Marseille 1984), p.89-96, 130-136, et M. Garibal-Roy, Le Parnasse et le Palais : Furetière et la genèse du premier dictionnaire encyclopédique de la langue française (1649-1690) (Paris 2006).

[3] François-Séraphin Régnier-Desmarais (1632-1713), diplomate ; il fut à l’Académie française en 1670, en remplacement de Racan. Traducteur et grammairien, il collabora au Dictionnaire de l’Académie ; nommé en 1683 secrétaire perpétuel, il fut chargé de défendre les droits de l’Académie dans l’affaire Furetière. Il publia la première édition du Dictionnaire, travailla à une Grammaire, qui ne fut pas publiée au nom de l’Académie, et laissa quelques poésies françaises et italiennes.

[4] En janvier 1685, la libre circulation des NRL en France fut, en effet, interdite ; on ne saurait confirmer que l’ abbé de La Roque en ait été la cause, même si cette mesure ne lui déplut certainement pas. Les NRL devaient désormais arriver par la poste et devenaient donc plus rares et plus chères. Tous les lecteurs fidèles de Bayle s’en plaignaient, mais les différentes tentatives pour faire rétablir la circulation libre du périodique devaient se heurter à la volonté inflexible du roi : voir E. Labrousse, « Les coulisses du journal de Bayle », in Pierre Bayle, le philosophe de Rotterdam. Etudes et documents, éd. P. Dibon (Amsterdam, Paris 1959), p.115.

[i] JS du 29 janvier 1685, in fine concernant les trois publications : J. Du Rondel, Dissertation contenant l’explication d’une antique ; J. Gronovius, Dissertatio de origine Romuli recitata die 23 Octobr.[…] ; Pomponii Melæ lib. III de situ orbis […] : « Ces trois derniers ouvrages sont contenus (avec quelques autres livres que nous connaissions déjà et dont nous avons même parlé) dans les dernieres Nouvelles de la république des lettres du mois de décembre. Nous en parlerons dans la suite, et sur ce que l’auteur a ajoûté à l’occasion du premier, touchant l’Académie des Inscriptions et Médailles et celle de la Bibliotheque du Roy, nous avertirons ceux qui luy envoyent des memoires de se mieux informer ou d’estre plus fideles sur ce qu’ils luy écrivent ; car dans ce seul article, ils luy ont fait faire pour le moins trois fautes, dont il ne sçauroit estre responsable. » Le ton de La Roque est aigre, mais on comprend qu’il ait pu s’agacer de voir que les informations qu’il confiait à son cercle se retrouvaient aussitôt dans le périodique de son rival et que Bayle avait donné en décembre 1684 le compte rendu d’ouvrages que le journaliste parisien annonçait fin janvier comme des « Nouveautez de la huitaine ».

[i] NRL, décembre 1684, art. II : « Dissertation de M. Du Rondel à Maestricht, contenant l’explication d’une antique, et envoyée à l’auteur de ces Nouvelles le 18 du mois passé ». Bayle introduit cette lettre par diverses informations, dont celles portant sur la « petite » Académie des Inscriptions et Médailles qu’il tirait de la Lettre 356, du 27 novembre 1684, que lui avait adressée François Janiçon. Une de ses erreurs est corrigée dans les NRL, mars 1685, cat. iv, in fine.

[5] C’est dans la Lettre 356 que Janiçon avait donné ces informations sur la « petite » Académie.

[6] Sur le profit que Louvois pouvait tirer des postes, voir Lettre 88, n.4.

[7] Sur ces échanges avec l’ abbé de La Roque, voir Lettres 325, 333, 368 et 370 in fine.

[8] Le fait que le ton modéré de Bayle inquiète les autorités trouve sa confirmation dans une lettre adressée le 15 mars 1685 à Versailles par le comte d’Avaux, ambassadeur de France à La Haye, et dont La Reynie, le lieutenant de police de Paris, résume les termes à l’attention de Louvois une semaine plus tard : « Sa Lettre sur les comettes, la Critique du calvinisme, et les Nouvelles de la république des lettres peuvent bien faire juger de son habileté, mais la finesse et la délicatesse de ces mesmes escritz ne les rendent pas moins suspects et, bien que cet autheur se soit beaucoup contraint dans son journal pour le faire recevoir en France, il n’a pu cependant si bien cacher sa mauvaise volonté et son dessein que Mgr le chancelier ne s’en soit aperseu et que le débit n’en ayt esté ici arresté par ses ordres. » (Lettre du 22 mars 1685, Archives de la Guerre A1 795, f° 38, citée par E. Labrousse, Pierre Bayle, i : Du Pays de Foix à la cité d’Erasme, p.272). Sur les causes et les répercussions de l’interdiction des NRL en France, voir E. Labrousse, « Les coulisses du journal de Bayle », p.115-116 ; H. Bost, Un « intellectuel » avant la lettre : le journaliste Pierre Bayle, p.114-118.

[9] Bayle a traité à plusieurs reprises des ouvrages de Richard Simon (voir H. Bost, Un « intellectuel » avant la lettre : le journaliste Pierre Bayle, p.327), mais la recension la plus importante qu’il lui a consacrée est celle de la réédition par Reinier Leers de l’ Histoire critique du Vieux Testament ( NRL, décembre 1684, art. XI).

[10] Voir la notice consacrée à la Nouvelle manière de fortifier les places de Nicolas-François de Blondel ; NRL, juin 1684, cat. vii.

[11] Les Dialogues de Genes et d’Alger, villes foudroyées par les armes invincibles de Louis le Grand l’année 1684, avec plusieurs particularitez historiques touchant le juste ressentiment de ce monarque, et ses prétentions sur la ville de Genes, avec les réponses des Génois de Giovanni Paolo Marana, ouvrage dont Bayle a cité le titre en italien et indiqué que la traduction française vient de sortir des presses de Desbordes ( NRL décembre 1684, cat. vi), lui a inspiré ce simple commentaire : « La matière est toute nouvelle, et les Italiens sont les plus propres du monde à faire des dialogues sur ces sortes de sujet. » Malgré la mise en garde de Janiçon, il reviendra sur cet ouvrage en février (voir note suivante). Il avait présenté L’Espion du Grand Seigneur, et ses relations secrettes envoyées au Divan de Constantinople, et découvertes à Paris pendant le regne de Louis le Grand (Amsterdam 1684, 12°) dans le premier numéro des NRL, mars 1684, (cat. iii).

[12] Eustache Le Noble, Relation de l’Etat de Gênes et le traité par lequel les Génois se sont donnés à Charles VI et à ses successeurs roys de France (Paris 1685, 12°). Bayle mentionnera cette Relation de l’Etat de Genes à la fin de la notice qu’il consacre aux Dialogues de Genes et d’Alger dans les NRL de février 1685, cat. i.

[13] Pierre Rainssant, Dissertation sur douze médailles des jeux séculaires de l’empereur Domitien (Versailles 1684, 4°) ; un compte rendu en avait paru dans le JS du 22 janvier 1685 ; Bayle en donna le sien dans les NRL, mars 1685, art. II.

[14] Le Père Michel Le Tellier, S.J., Observations sur la nouvelle défense de la version franç[oise] du Nouv[eau] Testament (Rouen 1684, 8°).

[15] Sur l’ouvrage de Charles Mallet, voir Lettre 186, n.25.

[16] Sur Guillaume Sanson, voir Lettre 18, n.2, et Lettre 152, n.15. Janiçon pense ici à la notice ( NRL, mai 1684, cat. iii) que Bayle avait consacrée aux In Geographiam antiquitatem Michaelis Antonii Baudrand, Disquisitiones criticae (Lutetiae Parisiorum 1683, 12°) de Guillaume Sanson (1633-1703).

[17] « M. Jozeph », pseudonyme pour Pierre Jurieu : voir Lettre 366, n.20.

[18] Janiçon se réfère ici à la notice sur Sanson, NRL mai 1684, cat. iii : voir ci-dessus n.18. Le journaliste signalait : « Il promet aussi des Remarques sur la Notitia Galliarum du sçavant M. Vallois, qui n’a pas traité Sanson le père favorablement. » Les antagonistes mentionnés sont Adrien de Valois (1607-1692), historiographe de France, auteur de la Notitia Galliarum ordine litterarum digesta… (Parisiis 1675, folio), et le géographe Nicolas Sanson (1600-1667).

[19] La lettre de Bayle à Janiçon du 28 décembre 1684 est perdue : elle fut envoyée sous couvert d’une autre lettre perdue adressée à Nicolas de La Sablière : sur celui-ci, voir Lettre 320, n.1.

[20] César-Pierre Richelet, Histoire des chérifs et des royames de Maroc, de Fes, de Tarudant et autres provinces. Traduite de l’espagnol de Diego Torres par M. le duc d’Angoulesme le père, revue et augmentée par P.R. (Paris 1667, 4°).

[21] Bayle envoyait régulièrement les numéros des NRL à Benserade depuis septembre 1684 : voir Lettres 335, p. et n.4, et 353.

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