Lettre 433 : Henri Justel à Pierre Bayle

[Londres,] le 22 juin [16]85

Monsieur Dalone [1] m’ayant temoigné qu’il auroit de la joye de vous pouvoir rendre service, je me servirai de ceste occasion pour vous escrire et mettrai mes lettres dans son pacquet qu’il vous fera tenir seurement. Je vous entretiendrai le mieux que je pourrai. Nous avons ici plusieurs livres entre autres l’ Algèbre de Mr Wallis [2], un Traitté des eaux minerales par Mr Boyle [3], un Dialogue entre un admiral et un capitaine de vaisseau où il est parlé à fonds de la marine [4]. Il y a une response d’un habile homme à l’ Histoire ecclesiastique de Sandius [5]. Il y a un petit Traitté de geometrie sous la presse [6]. On imprime une Histoire des poissons que la Societé royale fait imprimé à ses despens [7]. L’ Hist[oire] des plantes en 2 vol. in fol[io] de Mr Raius est sous la presse [8]. Monsieur Wallis a donné à l’Academie une Logique propre pour des personnes de qualité[,] epurée des ordures de l’ecole [9]. Mr Boyle travaille sur le kinkina et en fait l’histoire [10]. L’ evesque de Rochester a fait celle du dernier plot [11]. Vous aurez oui parler de la vie d’un evesque d’Irlande nommé Bedel faicte par le Dr Burnet qui est à ceste heure en France. Il y a des lettres de Padre Paulo à la fin [12]. J’ay le bonheur de voir assez souvent Mr Paets [13] qui est un homme de grand merite pour qui j’ay beaucoup d’estime. Il est fort / de vos amis. Nous parlons souvent de vous et de Mr Jurieu et nous sommes de mesme sentimen sur plusieurs choses. Je me donnerai l’honneur de vous escrire à l’avenir le plus souvent que je pourrai et [vous] ferai part de tout ce que je scaurai.

Ayez la bonté de mettre la lettre que vous m’escrirez dans une enveloppe sur laquelle vous mettrez ceste addresse A Monsieur Cook secretaire à Witheal [14]. La lettre qui sera dans le pacquet et que vous m’addresserez sera cachetée avec ceste inscription A Monsieur Justel in Pikadelly street. Je suis tout à vous. Je vous prie de me mander* si Mr Jurieu a receu les l[ett]res que je luy ai ecrites [15].

 

A Monsieur/ Monsieur Bayle profess[eur]/ en philosophie à Rotredam/ A Rotredam

Notes :

[1] Sur Thierry d’Alonne, fils naturel de Guillaume II, voir Lettre 247, n.1, et sur ses rapports avec Bayle, voir Lettre 268, p.107 et n.6.

[2] Sur cet ouvrage de Wallis, voir Lettre 420, n.5.

[3] Sur cet ouvrage de Boyle, voir Lettre 420, n.2.

[4] Sur cet ouvrage, voir Lettre 420, n.7.

[5] L’exactitude de l’histoire du schisme anglican rédigée par l’historien catholique Nicolas Sanders (c.1530-1581) et complétée par E. Rishton fut très contestée au siècle, mais elle est actuellement admise pour la plus grande partie. Voir Doctissimi N. Sanderi de origine ac progressu Schismatis Anglicani liber. Continens historiam maxime ecclesiasticam annorum circiter sexaginta Editus et auctus per E. Rishtonum (Coloniæ 1585, 8°), traduit par François de Maucroix sous le titre : Le Schisme d’Angleterre (Paris 1676, 12°). Justel annonce ici la réponse de Burnet : The History of the reformation of the Church of England : In two parts. The first part. Of the progress made in it during the reign of K. Henry the VIII (2 e éd. du vol. i : London 1681, folio), qui fut traduite par M. de Rosemond sous le titre : Histoire de la réformation de l’Eglise d’Angleterre (Londres 1683-1685, 4°, 2 vol.). Burnet fut contré par Joachim Le Grand, Histoire du Divorce de Henry VIII, roy d’Angleterre et de Catherine d’Arragon : avec la défense de Sanderus. La Réfutation des deux premiers livres de l’Histoire de la Réformation de M. Burnet : et les preuves (Paris 1688, 12°, 3 vol.).

[6] Il s’agit sans doute ici du petit ouvrage de John Seller, A Pocket Book, containing several choice Collections in Arithmetic, Geometry (London 1685, 18°), ou bien éventuellement de celui de Seth Partridge, The Description and use of an instrument, called the double scale of proportion : By which instrument, all questions in arithmetick, geometry, trigonometry, astronomy, geography, navigation, fortification, gunnery, gaging vessels, dialling, may be most accurately and speedily performed, without the assistance of either pen or compasses (London 1685, 8°).

[7] Francis Willoughby, De Historia piscium (Oxonii 1685, folio) ; l’ouvrage est édité par John Ray, comme l’indique Bayle dans son compte rendu : NRL, juin 1686, art IX.

[8] John Ray, Historia plantarum species hactenus editas aliasque insuper multas noviter inventas et descriptas complectens : in qua agitur primò De plantis in genere ... methodo naturae vestigiis insistente disponuntur ... vires denique et usus recepti compendiò traduntur (Londini 1686-1704, fol.), voir NRL, septembre 1686, cat. v, et novembre 1686, art. VII.

[9] La Logique de Wallis semble n’avoir été publiée que deux ans après cette allusion de Justel. Voir John Wallis, Institutio logicæ : ad communes usus accommodata (Oxonii 1687, 8°).

[10] En dehors de quelques lignes dans l’introduction d’un écrit intitulé Of the Reconcileableness of specific medicines to the corpuscular Philosophy (London 1685, 8°), Robert Boyle ne semble pas avoir publié de commentaire substantiel sur ce qu’il appelle « la poudre des jésuites » et qu’on appelait plus couramment « l’écorce des jésuites » – c’est-à-dire l’écorce amère du quinquina. Justel pensait probablement à l’ouvrage de Gideon Harvey l’aîné (1640-1700), médecin du roi Charles II, qui avait publié The Conclave of physicians, detecting their intrigues, frauds, and plots, against their patients. Also a peculiar discourse of the Jesuits bark : the history thereof, with its true use, and abuse. Moreover, a narrative of an eminent case in physick (London 1683, 12°). Une seconde édition, remaniée, devait paraître à la même adresse bibliographique trois ans plus tard.

[11] Sur le « popish plot », voir Lettres 160, n.177, et 163, n.30. Justel signale ici l’ouvrage de Thomas Sprat, évêque de Rochester, A True Account and Declaration of the Horrid Conspiracy against the late King His Present Majesty and the Government. As it was order’d to be published by His late Majesty (London 1685, 8°).

[12] The Life of William Bedell, D.D. Bishop of Kilmore in Ireland [par Gilbert Burnet, évêque de Salisbury] (London 1685, 8°) contenant « The copies of certain letters which have passed between Spain and England in matter of religion, concerning the general motives to the Roman obedience, between James Waddesworth and W. Bedell ». Comme on le voit, ce volume comprend un échange de lettres, mais non pas entre Bedell et Padre (ou Fra) Paolo (Pietro Sarpi). Ce dernier, tout en restant fidèle à la doctrine catholique de l’Eglise, appréciait l’esprit d’indépendance des réformés. Wadsworth, au contraire, cherchait à convaincre l’évêque anglican Bedell de reconnaître la suprême autorité de l’Eglise de Rome.

[13] Adriaan Paets, alors en mission diplomatique à Londres : voir Lettre 440, n.1.

[14] Justel donne toujours la même adresse : voir Lettres 271, 347.

[15] Ces lettres de Justel à Jurieu ne nous sont pas parvenues.

Accueil du site| Contact | Plan du site | Se connecter | Mentions légales | Statistiques | visites : 169923

Institut Cl. Logeon